‹ Essai sur le principe de populationChapitre 72 sur 368 · LIVRE I. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE XII

vrage d’un mandarin célèbre par sa sagesse et son humanité, on lit la proposition de fonder un hôpital d'enfants trouvés, et il est fait mention de quelqu’ancien établissement de ce genre *, qui avait été insensiblement abandonné. L’auteur y parle du grand nombre des enfants qu’on expose, et de l’horrible misère qui engage à le faire. « Nous voyons, dit-il, des parents si pauvres, qu'ils ne peuvent pourvoira l’entretien de leurs enfants. C'est pour cela qu’ils en exposent un si grand nombre. C’est dans la capitale, dans les principales villes de province, dans les places où il se fait un grand commerce, que ce nombre est le plus considérable. Mais on en expose aussi beaucoup dans des endroits moins peuplés et même dans les campagnes. Comme dans les villes les maisons sont plus rapprochées, cette pratique s’y fait plus remarquer. Mais partout ces malheureux enfants ont besoin de notre secours’. » Le même ouvrage contient une partie d’un édit fait dans le but d’empêcher de noyer les enfants : « Quand on jette sans pitié, dans les (lots, un fruit tendre qu’on vient de produire, peut-on dire qu’on lui a donné et qu’il a reçu la vie, puisqu'il la perd aussitôt qu’il commence d’en jouir? La pauvreté des parents est la cause de ce désordre ; ils ont de la peine à se nourrir eux-mêmes, encore moins peuvent-ils payer des nourrices, et fournir aux autres dépenses nécessaires pour l’entretien de leurs enfants : c’est ce qui les désespère; et ne pouvant se résoudre à laisser mourir deux personnes pour en faire vivre une seule, il arrive qu’une mère, afin de conserver la vie h son mari, consent à l’ôter à son enfant. Cependant il ne laisse pas d’en coûter à leur tendresse naturelle, mais enfin ils se déterminent à ce parti, et ils croient pouvoir disposer de la vie de leurs enfants, afin de prolonger la leur. S’ils allaient exposer leurs enfants dans un lieu écarté, l’enfant jeterait des cris, leurs entrailles en seraient émues : que font-ils donc? Ils jettent ce fils infortuné dans le courant d’une rivière, afin de le perdre de vue d’abord, et de lui ôter en un instant toute espérance de vie \ »

De tels documents ne permettent pas de douter que l'infanticide ne soit fort commun en Chine. Staunton, d’après les meilleures informations qu’il a pu recueillir, estime qu’à Pékin, le nombre des enfants exposés annuellement est d’environ deux mille*. Mais il est probable que ce nombre varie singulièrement d'une année à l’autre, et dépend beaucoup de l’abondance et de la disette. Après une épidémie ou une famine destructive, on peut croire qu’il y a peu d’enlànts exposés; et

* Ixtlrci édif ., t. XIX, p. 110 (Recueil XV, p. 123 de l'ancienne édition.)

’ Ibid., p. 111. — 1 Ibid., p. 124. — * Embassy lo China, vol. Il, p. ISO.

OBSTACLES A LA POPULATION A LA CHINE ET AL JAPON. 153 qu’il y en a toujours plus à mesure que la population croit et s'entasse. Entin le nombre en est plus grand dans les mauvaises années, où le produit moyen ne suffit pas pour nourrir la population actuelle.

Ces mauvaises années ne sont pas rares; et la famine, qui en est la suite, est peut-être le plus puissant des obstacles destructifs qui diminuent la population de la Chine, quoique la guerre y ait aussi exercé quelquefois ses ravages1. Dans les Annales des empereurs chinois , il est souvent parlé de famines'. Il n’est pas probable qu’on les eût mises au nombre des principaux évènements de l’empire, si elles n’avaient pas été fort destructives.

l’n des jésuites remarque que les occasions où les mandarins affectent de montrer le plus de compassion pour le peuple, sont celles où l’on craint que la récolte ne manque, à cause de la sécheresse, des pluies excessives, des sauterelles, qui fondent par nuées sur certaines provinces ou de tout autre accident*. Il est probable que ceux que l’écrivain donne ici pour exemple arrivent assez fréquemment en Chine et sont ceux que l’on y redoute le plus.

Meares parle d’ouragans violents qui enlèvent la récolte et produisent la famine. En 1787, cette cause, jointe à une sécheresse excessive, occasionna une affreuse disette dans toutes les provinces méridionales de la Chine, d’où résulta nne grande mortalité. Il n’était pas rare à Canton, de voir de pauvres malheureux affamés rendant le dernier soupir. Les mères se faisaient un devoir de détruire leurs enfants naissants. Les jeunes gens achevaient les vieillards , pour leur éviter les horreurs d’une lente et cruelle agonie*.

Le jésuite Parennin écrit à un membre de l’Académie des sciences : « Une autre chose que vous aurez de la peine à croire , c’est que les disettes sont fréquentes en Chine*. » Et il finit en disant, que si la famine ne venait pas de temps en temps diminuer la population, il serait impossible que ce pays lût tranquille*. Il tâche de déterminer les causes de ces fréquentes famines. Il observe d’abord avec raison qu'en temps de disette, la Chine ne peut recevoir aucun secours de ses voisins; qu’il faut qu’elle tire de ses propres provinces tout ce qu’elle consomme’. Ensuite il décrit les artifices et les délais par lesquels on élude souvent les intentions bienfaisantes de l’empereur, lorsqu'il veut faire servir les

' .4«n. dis rmp. chinois. Duhalde, llisl. de la Chine, t. I, p. 130. — * Ibid.

* Lettres êilif., t. XIX, p. 134.

* Meares, Voyage, ch. Vit, p. 92; fini)!.

* Lettres «dif , t. XXII, p. 17i. — • Ibid., p. i*0.—’ Ibid., p. 173.

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