‹ Essai sur le principe de populationChapitre 73 sur 368 · LIVRE 1. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE 1. — CHAPITRE XII

greniers publics au soulagement des provinces les plus souffrantes. Quand la récolte manque dans une province, ou par la sécheresse ou par quelque inondation soudaine, les grands mandarins ont recours aux greniers publics. Mais souvent ils les trouvent vides , par la l'aule des mandarins inférieurs, à qui le soin eu est confié. On procède aussitôt à des informations, mais avec une sorte de répugnance il faire parvenir à la cour celte fâcheuse nouvelle. Enfin cependant les mémoires sont présentés, et passant de mains en mains n’arrivent à l’empereur qu’après plusieurs jours écoulés. Aussitôt les grands officiers d'état s’assemblent, et l’on délibère sur les moyens de soulager le peuple. On p"blie dans tout l’empire des déclarations pleines de sentiments de compassion. Finalement la résolution du tribunal est notifiée; mais pour l’exécuter il faut d’autres cérémonies, et les malheureux ont le temps de mourir de faim avant que le remède leur parvienne. Ceux d’entr’eux qui ne jugent pas à propos de l’attendre se transportent du mieux qu’ils peuvent dans d’autres districts , où ils espèrent trouver quelque ressource; mais la plupart périssent en chemin1.

Si, en temps de disette, la cour ne fait pas quelque tentative pour soulager le peuple, il se forme des bandes de voleurs qui grossissent peu à peu et troublent la tranquillité de la province. Pour prévenir ces réunions, on donne des ordres de tous côtés, et l’on se met en mouvement, afin d’occuper l’attention du peuple; et comme c'est moins la compassion qui fait agir que la raison d’état, il n’est pas probable qu’on aille au-devant du besoin au montent et de la manière qu'il faudrait pour le faire cesser*.

La dernière cause de famine qui est ici mentionnée, et qui y est présentée comme la plus active, est la grande consommation de grains qu’entraine la fabrication des eaux-de-vie*. Mais c’est une grande erreur, qu'a répétée l’abbé Grosier dans son Histoire générale de la Chine \ Cette cause a un effet tout contraire. La consommation des grains, pour d’autres usages que la nourriture, empêche la population d'atteindre la dernière limite des subsistances. Et comme, en temps de disette, on peut soustraire le grain h de tels usages, c’est une réserve plus considérable que ne seraient probablement des greniers publics. I ne telle consommation, établie d’une manière régulière et permanente, a précisément le même effet qu’on pourrait obtenir en faisant disparaître du pays une portion du sol avec tous scs habitants. Dans l'état

1 f.rllrrs edif I. XXII, p. 180. — v Ihid., p. 1.S7. — Ibid p. ii>4. 4 T. I, liv . IV, oh. III, p. 59i>, nngt.

OBSTACLES A LA POPULATION A LA CHINE ET AU JAPON. 155 moyen d'abondance, le reste de la nation resterait dans le même état qu’auparavant ; elle n’en serait affectée ni en bien ni en mal. Mais en temps de disette, le produit de cette portion de terre enlevée lui revient sous forme de subsistance, sans qu’elle soit obligée de partager avec ceux par qui cette portion était primitivement habitée. Si la Chine n’avait point de distilleries, elle serait incontestablement plus peuplée ; mais lorsque la récolte manque , elle aurait moins de ressources que dans son état actuel. Cette cause rend donc les famines moins fréquentes et moins cruelles.

L’état du Japon ressemble à tant d’égards à celui de la Chine , que si nous voulions le considérer en détail, nous ne pourrions que répéter une partie de ce que nous venons de dire. Montesquieu attribue la grande population du Japon au nombre considérable de femmes qui s’y trouvent1. Mais la principale cause de celle grande population, au. Japon comme à la Chine, est sans contredit le travail et l’industrie persévérante des habitants de ce pays, constamment dirigés vers l’agriculture, comme vers son principal objet.

En lisant la préface de l’ouvrage de Tlmnberg sur le Japon , il parait singulièrement difficile de dire quels sont les obstacles qui peuvent arrêter la population d’un pays où l’on vit dans une telle abondance. Mais l’ouvrage contredit la préface; et l’estimable Histoire du Jupon par Kacmpfer met ces obstacles en évidence. Dans les extraits qu’il donne de deux chroniques historiques publiées au Japon \ on trouve une notice très curieuse des diverses espèces de mortalités, de pestes, de famines, de guerres sanglantes, et d’autres guerres destructives , qui se sont manifestées depuis l’époque à laquelle ces annales commencent. Le caractère des Japonais se distingue de celui des Chinois, parce qu'ils sont plus belliqueux, plus séditieux, moins tempérants, plus ambitieux. Il semble, par le récit de Kaempfer, que l’obstacle que l’infanticide oppose à la population chez les Chinois, est remplacé au Japon par le libertinage, les guerres et les troubles intérieurs. Quant à l’obstacle destructif résultant des maladies et de la famine , les deux pays semblent au pair.

* Liv. XXIII, ch. XII. O» est surpris de voir faire de telles observations ù un auteur, qui, quelquefois, semble s'tHrcfait de justes idées au sujet de la population .

{JY oie de l’ auteur .) * Liv. U.

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