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CHAPITRE XIII. — DES OBSTACLES A LA POPULATION CHEZ LES CtttCS

C’est une chose reconnue et incontestable, que les Crées et les Romains, au premier période de leur existence, ont été placés dans des circonstances très propres h encourager la population. La propriété était divisée avec assez d’égalité, et le travail se dirigeait principalement vers l'agriculture. L’agriculture n’est pas seulement, comme ledit Hume’, l’espèce de travail la plus nécessaire pour faire subsister une nation nombreuse; c’est le seul travail par lequel une nation nombreuse puisse exister. Les arts et les manufactures, qui , dans les temps modernes, semblent faire subsister tant de gens, n’ont pas la moindre inlluenee sur la population; si ce n’est comme tendant à accroître la quantité des produits de l'agriculture et à en faciliter la distribution*.

Dans les pays où, par l'influence de diverses causes , la propriété du sol est divisée en très grandes portions, les arts et les manufactures sont absolument requis pour obtenir une grande population. Sans ces arts, l’Europe serait dépeuplée. Mais là où la propriété est divisée en petites portions, ils ne paraissent pas également nécessaires. La division suflît seule pour atteindre immédiatement un important objet, qui est la distribution. Si, en ce cas, la demande d’hommes est toujours la même, pour la guerre et la défense de l’Etat, ce motif, joiul à l’amour de sa famille, doit suffire pour engager chaque propriétaire à cultiver de son mieux la portion de terre qu'il possède, afin de pouvoir nourrir une nombreuse postérité.

La division des peuples en plusieurs petits Etats, an premier période de l’existence des Grecs et des Romains, donnait à ce motif une nouvelle force. Dans un État où le nombre des citoyens libres n’excédait pas dix ou vingt mille, chacun d’eux devait sentir l'importance de son travail pour la communauté. Sachant que l'État dont il était membre était entouré de voisins jaloux, et qu’il ne pouvait compter pour sa défense que sur sa force intérieure, il aurait cru manquer à son devoir de citoyen , s’il eût négligé de mettre ses terres en valeur. Ces causes firent donner beaucoup d'attention à l’agriculture, sans le concours des besoins artificiels qui tendent parmi nous à l'encourager. La population

1 Essai XI, p. 467, in-4"; amjl.

’ Ce raisonnement est exact si l'on suppose que tous les étals voisins ne produi sent que les subsistances nécessaires à leur population. Mais qu’il y ait seulement excès de nourriture sur un point du globe, et l’on pourra se procurer cet excès par la voie des échanges, c'est-à-dire qu’on pourra accroître la population par l’industrie et le commerce, ou uulreir.cnt que par l'agriculture. [J pli . G.)

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suivit l’accroisseiuent des produits de la terre et lit même des progrès plus rapides; lorsque la guerre n’eu réprima pas l’excès, elle se répandit au dehors et forma de nombreuses colonies. I.a nécessité d’avoir recours à cet expédient, jointe à la petitesse des États, qui rendait la chose sensible à tout homme capable de réfléchir , lit bientôt reconnaître aux législateurs et aux philosophes la tendance qu'a la population à s’accroître au-dcla des moyens de subsistance. Ils ne perdirent pas de vue, comme font trop souvent les politiques modernes, un objet si immédiatement lié h la paix et au bonheur social. Quelque atroce que fut l’expédient qu’ils proposèrent, on doit avouer qu’ils ne manquèrent pas de pénétration , et qu’ils virent fort bien que la puissance de peupler, si on ne la contenait pas , renverserait bientôt leurs systèmes de bonheur et d’égalité républicaine.

La faculté de former des colonies est nécessairement limitée. Après un certain laps de temps, il devient extrêmement difficile, ou mémo impossible, à moins de circonstances très particulières, de trouver un sol vacant. Il fallut donc chercher quelqu’autre remède.

II est probable que la pratique de l’infanticide avait prévalu en Grèce dès les premiers temps. Dans les parties de l’Amérique où on l’a trouvée établie, elle parait être née de la diflicullé d’élever plusieurs enfants dans le cours d’une vie sauvage et vagabonde , exposée à des famines et h des guerres perpétuelles. On peut croire qu’elle eut la même origine chez les premiers ancêtres des Grecs; et qu’en permettant l’exposition des enfants, Solon ne lit que sanctionner une coutume.

Ce législateur eut en cela deux objets en vue. Le premier, et le plus évident, fut de prévenir un excès de population , propre à produire la pauvreté et le mécontentement universel. Le second, d’élever la population au niveau des subsistances que le pays pouvait produire , en écartant la crainte d’avoir une nombreuse famille, qui est le princi|ial obstacle au mariage. L’effet de cette pratique en Chine fait voir quelle remplit le second de ces objets plus sûrement que le premier. Mais si le législateur ne sentit pas cette vérité, ou si une habitude invétérée faisait préférer aux parents le meurtre de leurs enfants à la pauvreté, une telle pratique dut paraître propre à remplir à la fois le double objet qu’on avait en vue, de maintenir pleinement, et d’une manière constante, le juste rapport entre les vivres et les consommateurs.

L’importance de ce rapport , et les suites qu’eutraine le défaut ou l’excès de population, la faiblesse ou la pauvreté, ont été fortement senties par les politiques grecs, et ils ont imaginé divers plans pour maintenir à cct égard un juste équilibre.

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