‹ Essai sur le principe de populationChapitre 76 sur 368 · LIVRE 1. — CHAPITRE X1U · texte numérisé non relu

LIVRE 1. — CHAPITRE X1U

quelque sorte élémentaires, ne seraient pas susceptibles d'un nouveau partage'.

Cet auteur observe ensuite que , dans tous les cas , il faut que le nombre des enfants soit limité. En posant celte limite, on aura égard aux morts et aux causes de stérilité. Si on laisse chacun libre, comme c’est l'usage général , d'avoir autant d'enfants qu'il veut , la pauvreté ne peut manquer de régner. El ce fléau engendre le vice et la sédition. Ces raisons engagèrent Pheidon de Corinthe, l’un des plus anciens écrivains politiques, à proposer une loi directement contraire à celle de Platon. Il limita la population et n'égalisa pas les propriétés1.

A propos de Phaléas de Chalcédoinc , qui avait proposé l'égalité des fortuues comme (me mesure salutaire, il s’élève encore contre les institutions de Platon, et dit que ceux qui veulent ainsi régler les fortunes doivent savoir qu’il faut en même temps régler le nombre des enfants. Car, ajoute-t-il, si les enfants se multiplient au-delà des moyens qu’on a de pourvoir à leur entretien, la loi sera nécessairement eufreinte, et plusieurs familles passeront subitement de l'opulence à la misère, révolution toujours dangereuse pour la tranquillité publique*.

Aristote a donc vu nettement que la forte tendance de la race humaine à s’accroître doit, si l'on n’y met obstacle, renverser tout système fondé sur l’égalité de propriété. Et on ne peut opposer de meilleurs arguments à de tels systèmes, que la nécessité qu’ils entraînent d’user des moyens proposés par Aristote.

Une remarque subséquente , relative à Sparte , montre encore plus clairement qu’il entendait très bien le principe de population. I .'imprévoyance, qui dans cet Etat avait présidé aux lois des successions, y avait fait tomber les terres aux mains d'un petit nombre; et il en était résulté un grand affaiblissement de population. Pour parer à cet inconvénient et remplacer les hommes que la guerre enlevait journellement, les rois, prédécesseurs de Lycurgue, avaient adopté l'usage de naturaliser des étrangers. Il aurait été mieux, selon Aristote, d’avoir augmenté le nombre des citoyens, en rapprochant un peu de l’égalité la répartition des terres. Mais la loi relative aux enfants était directement opposée à cette amélioration. Le législateur, voulant avoir beaucoup de citoyens, avait encouragé la procréation par tous les moyens possibles : un homme qui avait trois fils était exempt de la garde de nuit : celui qui en avait quatre était libéré de toute charge publique. Mais il est évident, observe

1 Aristote, Rcpubl., liv. Il, ch. VII, édition de Gillies, p. se. * Ibid., vol. Il, 1). il, p. 8". — * Ibid., vol. Il, b. Il, p. 91..

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