‹ Essai sur le principe de populationChapitre 90 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

des trois quarts ou des deux tiers de la quantité de grains dont il était accoutumé à se servir auparavant , et de suppléer au reste par quelque aliment d’un autre genre, dont l’emploi lui est suggéré par la nécessité, qui est toujours mère de l'industrie. Je dis à peu près, parce qu’il est dilliciie de supposer qu’il n’y ait pas un peu plus d'importation dans les années de disette, quoique les tables publiées par Cantziaer n’en donnent aucun indice. Selon ces tables, la plus grande importation eut lieu en 1708, et monta h 390,205 tonnes de grains ' ; niais cette grande importation n'est elle-même que do 130,000 tonnes au-dessus de la moyenne du besoin. Qu'est-ce qu’une telle quantité pour suppléer à un déficit du quart ou du tiers de la récolte? L’importation entière comparée à un tel déficit serait fort peu de chose.

La population de la Suède, h l’époque où écrivait Cantziaer, était d'environ deux millions et demi’. Il compte quatre tonnes de grains par homme ’. D’après ce calcul, les besoins annuels de la Suède s'élèveraient à dix millions de tonnes. Quatre h cinq cent mille tonnes seraient peu de chose pour suppléer à un déficit de deux millions et demi, ou trois millions. Et si nous n’avons égard qu’à la dillérence entre l’importation extraordinaire et l’importation moyenne, on verra que le secours qu’en tire la Suède en temps de disette est bien peu considérable. La suite de cet état de choses est que la population de la Suède doit se ressentir d’une manière marquée de toutes les variations de disette et d’abondance.

Il n’y a donc pas lieu d’être surpris d’une observation, aussi curieuse qu’instructive, deM. Wargentin à ce sujet. Les registres de la Suède lui ont fait voir que les naissances, les mariages et les morts croissent et décroissent selon la nature de la récolte de grains. Dans le nombre des neuf années dont il a donné testables, il choisit pour exemple les suivantes ‘ :

Années stériles

Années d'abondance. .

Mariages.

Naissances.

Morts.

On voit qu’en 1760, les naissances furent aux morts dans le rapport de 13 à 10; tandis qu’en 1738 ce rapport ne fut que de 1 1 à 10. En consultant les tables de la population totale pour les années 1737 et 1760, que M. Wargentin a données”, on voit qu’en 1760 le nombre

1 Mémoires. ... du royaume de Suède , table XLlt, p. 418.

* Ibid., ch. VI, p. 184 . — * Ibid., p. 196.

4 Mémoires a l ri'jrl de /* Académie de Stockholm, p. 29. — * Ibid., p. 2! , 22.

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des mariages est à toute la population comme 1 à 101; et en 1757, seulement comme 1 h 121 à peu près. Kn 1700, les morts sont à toute la population, comme 1 b 59; en 1757, comme 1 b 52; et en 1758, comme 1 b 51.

Dans quelques observations sur les registres de Suède, M. Wargentin dit que dans les années malsaines, il est mort annuellement 1 personne sur 29; que dans les années salubres, il en est mort 1 sur 59; et qu’eu prenant une moyenne, la mortalité peut être estimée de 1 sur 50'. Mais cette conséquence ne parait pas juste, car la moyenne entre 29 et 59 est 51; cl les tables mêmes que cet auteur a publiées contredisent la mortalité moyenne de 1 sur 50, et prouvent qu’elle a été b peu près de 1 sur 51 5/1.

Le rapport des mariages annuels b toute la population se trouve être, par une moyenne, environ de 1 b 1 12. Il varie entre les deux extrêmes de 1 b 101, et de 1 b 121, selon que chaque année offre plus ou moins de probabilité de pouvoir sullire b l’entretien d'une famille. Il est probable au reste que les variations de ce rapport s’étendent beaucoup au-delb de ces limites, vu qu’elles ne sont déduites que des tables de neuf années.

Dans un autre mémoire que M. Wargentin a publié dans la même collection, il fait de nouveau remarquer qu’en Suède, les années les plus fertiles en subsistances sont aussi les plus fertiles en enfants*.

Si on faisait en d’autres pays des observations exactes, il est probable qu’on remarquerait des différences de même genre , quoique moins considérables ». Quant b la Suède, ces différences prouvent que la population y a une très forte tendance b croître; que non-fseulement elle suit avec beaucoup de promptitude le progrès moyen des subsistances, mais qu’il suffit que celles-ci reçoivent un accroissement occasionnel et momentané pour que la population s’élève aussitôt en proportion : d’ou il suit qu'elle dépasse sans cesse son taux moyen d’accroissement, et qu’en conséquence elle y est forcément ramenée par les retours périodiques d'un déficit dans les subsistances, déficit qui engendre les plus pressants besoins et les maladies qui en sont la suite.

Malgré cette tendance constante et si frappante b peupler au-delb des justes bornes, le gouvernement, chose étrange! et tous ceux qui en

' Mémoires abrégés de l'Académie de Stockholm, p. 29. — ’ Ibid., p. 31.

* Cola a été confirai» pour l'Angleterre par tes extraits des registres de paroisse qui ont été publiés. Les années 1793 et tsoo offrent une diminution marquée de mariages et île naissances, en même temps qu'on y voit un accroissement du nota bra des morts. ( fiole de Couleur.;

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