‹ Essai sur le principe de populationChapitre 91 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

Suède s’occupent d’économie politique dirigent toutes leurs vues vers les moyens d'engager h peupler encore davantage. Canlzlaer dit que le gouvernement , ne pouvant ni engager les étrangers à s’établir dans le pays, ni augmenter à son gré le nombre des naissances, s’est occupé, depuis l'année 1748, de tous les moyens d’accroitre la population qui peuvent être à sa portée1. Supposons un moment que le gouvernement eût en sa puissance d’engager les étrangers à s'établir sur son sol ou d’augmenter à son gré le nombre des naissances; quelle serait la conséquence de l’usage qu’il en ferait? Si les étrangers n’introduisaient point un nouveau système d'agriculture, il faudrait qu’ils mourussent de faim ou que leur présence augmentât le nombre des Suédois qui périssent faute d'aliments suffisants. El si le nombre des naissances était accru, les tables de M. Wargentin prouvent, à mon avis, fort clairement, qu’il n’en résulterait qu’un accroissement de mortalité; il se pourrait bien même que la population totale en fût plus diminuée qu’augmentée, parce que les épidémies qu’engendrent la mauvaise nourriture et l’entassement de la population, ne s'arrêtent pas toujours à l’instant où elles ont moissonné l’exccs de cette population, mais elles enlèvent une partie, quelquefois très considérable, de celle à l’entretien de laquelle le pays pourrait aisément suffire.

Dans les climats d’une latitude très élevée, il faut que les principaux travaux de l’agriculture s’exécutent dans l’espace de peu de mois. Pendant ces mois d’été, il doit donc arriver nécessairement qu’on éprouve un manque de bras; mais il faut soigneusement distinguer ce besoin momentané de la demande réelle et effective de travail, qui doit suffire à l’occupation et à l’entretien de l’ouvrier pendant l’année entière, et non simplement pendant deux ou trois mois. Dans l’état ordinaire des choses, la population de la Suède satisfait toujours pleinement k cette demande effective , et si l’on y ajoutait quelque chose par des recrues étrangères ou par des naissances additionnelles, on ne ferait qu’ajouter au malheur et k la misère commune.

Quelques auteurs suédois disent qu’en Suède, un nombre donné d’hommes et de jours ne produisent que le tiers de ce qu’ils produisent ailleurs*, et se plaignent grièvement, en conséquence, de l’état peu avancé de l’industrie nationale. Il n’est pas facile k un étranger de prononcer sur de telles accusations; mais il me semble qu’en ce cas c’est moins k l’industrie nationale qu’il faut s’en prendre qu’a la nature du sol et du climat. Pendant une grande partie de l’année, l’activité des ha-

1 Mémoires du royaume de Suède, cli. VI, p. ISS — * Ibid., p. 191.

bitauLs est nécessairement paralysée par la rigueur du climat; ensuite, pendant le temps où ils peuvent se livrer aux travaux de l’agriculture, la mauvaise qualité du sol, et la grande étendue de surfaee requise pour un produit donné, forcent d’y' employer une quantité de travail plus grande proportionnellement. On sait fort bien en Angleterre, qu’une ferme très étendue et d’un mauvais sol, exige bien plus de dépense pour donner le même produit, qu’une petite ferme d’excellent terrain ; or, on ne peulnier qu’en général le sol de Suède ne soit naturellement peu fertile.

J’ai remonté la côte occidentale de la Suède ; ensuite, en revenant de Norvège, j’ai traversé le pays pour me rendre à Stockholm; de lit j’ai remonté la côte orientale jusqu'au point du passage en Finlande. Je dois dire que, dans ces voyages, je n’ai pas trouvé autaut de marques que je m’y serais attendu de l'imperfection de l'industrie nationale. Autant que j’en puis juger, j’ai très rarement vu sans culture un sol qui, en Angleterre, aurait été cultivé; et j’ai incontestablement vu nombre de places mises en labour, sur lesquelles, en Angleterre, on n’aurait jamais passé la charrue : les terres dont je parle sont celles où l’on trouve, tous les quinze ou trente pieds, de gros blocs de pierre ou des rochers, autour desquels il faut faire tourner la charrue, si l’on n’aime mieux la soulever et la porter. On use de l’un ou de l’autre de ces expédients, selon la grandeur de la niasse qui fait obstacle. La charrue est fort légère, et attelée d’un seul cheval; lorsqu’on laboure parmi des troncs ou souches peu élevées , la pratique générale est de sauter par-dessus ; celui qui tient les cornes de la charrue exécute ce mouvement fort lestement, et n’arrête pas le cheval, ou du moins l’arrête fort peu.

Quant à la valeur des terres couvertes de forêts, on accuse, avec raison, les Suédois et les Norvégiens de les défricher avec trop de précipitation, sans s’être préalablement assurés du produit de tels défrichements. La suite de cette inattention est que, pour une bonne récolte de seigle , que procure l’engrais des cendres obtenues en brûlant les arbres, on détruit d’excellents bois de construction et l’on rend quelquefois la terre inutile à toute espèce de produit. La pratique commune, après la récolte de seigle, est de mettre les bestiaux en pâture sur le sol, où ils mangent l’herbe qui peut y croître spontanément; si le terrain est bon, les bestiaux, en pâturant, empêchent les sapins d’y pousser et de s’y propager de nouveau; mais s’il est mauvais, les bestiaux ne peuvent y rester, et lèvent, en y répandant les semences des arbres voisins, ne tarde pas d’y reproduire d’épais taillis.

Kn voyant ces places inutilement défrichées, tant en Suède qu’eu

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