‹ Essai sur le principe de populationChapitre 92 sur 368 · IJVIIE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

IJVIIE II. — CHAPITRE II

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Norwège, je ne pouvais m’empêcher de faire, sur l’état de la population ancienne de ces régions, quelques réflexions qui ne s’étaient point encore offertes h moi. Il est peu probable, par des raisons d’une autre nature, que cette population ait surpassé celle qu’on y voit de nos jours; mais l’apparence qu’offrent ces terres dépouillées présente le contraire comine possible, et permet de concevoir que le sol actuellement couvert de forêts aurait pu être, il y a mille ans, en état de culture. Des guerres, des pestes, ou le plus destnictif des fléaux, un gouvernement tyrannique , auraient pu survenir ensuite et faire disparailre les habitants, par la mort ou par la fuite. Vingt ou trente années de négligence , en Suède et en Norwège , suffiraient pour changer la face du pays. Je n’ai pu m’abstenir de faire ici cette réflexion , mais (é lecteur sait déjà qucje n’y donne pas assez de poids pour prétendre qu’elle est fondée en probabilité.

Pour en revenir à l’agriculture de la Suède, je ferai remarquer qu’indépendamment de l’imperfection de l’industrie nationale, il y a, dans les institutions politiques du pays, des circonstances qui s'opposent aux progrès naturels de la culture; il y reste encore des corvées onéreuses, imposées sur quelques terres en faveur des domaines de la couronne ’. La poste y est sans doute à bon marché et fort commode aux voyageurs; mais elle cause aux fermiers une grande perle de travail , tant en hommes qu’en chevaux. Ceux qui, en Suède, s'occupent d’économie politique , ont calculé que le travail que l’on épargnerait par la simple abolition de ce système dérèglements relatifs aux postes, produirait annuellement 500,000 tonnes de grains*. La grande distance des marchés en Suède, et la division complète du travail, qui en en est la suite presque inévitable, causent aussi beaucoup de perle de temps et de travail. Si la diligence et l’activité du paysan suédois sont grandes, il n’en est pas de même de ses lumières; il manque certainement de connaissances à l’égard des assolements ou de la rotation des récoltes successives sur un même sol , ainsi qu’à l’égard des engrais et des autres moyens d’amender les terres1.

Si le gouvernement s’occupait d’écarter ces obstacles , s’il encourageait et dirigeait l’industrie des fermiers, s’il répandait les instructions les plus sûres relativement à la culture des terres, il ferait pour la population beaucoup plus que ne pourrait faire l’établissement de cinq cents hôpitaux d’enfants trouvés.

* Mémoires.... du royaume de Suide, cil. VI, p. *202. — * Ibid., p. SO-I. ? Ibid., ch. VI.

OBSTACLES A LA POPULATION EN SUÈDE. tü»

Les principales mesures qu’il a prises dans ce but ont été , selon Cantzlaer, de fonder des collèges de médecine et des hûpilau.v pour les enfants trouvés et les femmes en couche'. Des collèges de médecine, destinés h traiter les pauvres gratuitement, peuvent faire souvent beaucoup de bien, et convenaient probablement aux circonstances particulières où se trouvait la Suède; mais l’exemple des hôpitaux fondés en France dans le même but peut faire douter que de tels établissemenLs soient toujours fort utiles. Des hôpitaux pour les femmes en couche, s’ils ont quelque effet, en ont probablement un nuisible ; parce que, de la manière dont ils sont généralement administrés, ils tendent h encourager le vice. Les hôpitaux d’enfants trouvés, soit qu’ils atteignent l'objet qu’on a en vue ou qu’ils ne l’atteignent pas , sont à tous égards contraires au bien public. Mais j’aurai occasion d’examiner dans un autre chapitre l’influence de ces établissements.

Cependant le gouvernement suédois ne s’en est pas tenu à ces établissements; il a encore adopté d’autres mesures en vue d’accroître la population du pays, Un édit de 1776 rend le commerce des grains parfaitement libre dans l’intérieur du royaume; et pour la Scanie, qui en produit plus qu’elle n’en consomme, l’exportation a été affranchie de tous droits’. Jusqu’à cette époque, l’agriculture des provinces méridionales avait été arrêtée par le défaut de débouché pour les grains, provenant de la difliculté d’en faire le transport et d’en vendre au dehors à à aucun prix. Les provinces du nord éprouvent encore à cet égard quelques diflicultés, quoiqu’elles y soient moins senties, parce que ces provinces ne produisent jamais la quantité de grains qu’elles consomment*. Mais en général il faut observer qu’il n’v a point d’obstacle plus nuisible aux progrès de la culture, que la difliculté d’écouler des produits ; car elle force le fermier à se contenter, dans les années d’abondance, d’un prix fort inférieur au prix moyen.

Mais ce qui a plus contribué peut-être qu’aucune autre cause à augmenter la population eu Suède, c'est l’abolition faite en 17-18 de la loi qui limitait le nombre des personnes pour chaque henman ou ferme L L’objet de celte loi semble avoir été de forcer les enfants des propriétaires à entreprendre le défrichement et la culture de nouvelles terres, parce qu’on supposait que c’était le meilleur moyen de mettre très vite en valeur toutes les terres du pays; mais l’expérience a fait voir que ces enfants, n’ayant pas de fonds suflisants pour de telles entreprises, se

' Mémoires du royaume de Suède , p. ISS. — * Ibtd. ch. VI, p. 204.

Ibid.— ' Ibid , p. 177.

lrn I.IVRE I. — CHAPITRE III.

voyaient contraints de chercher fortune ailleurs ; et cette raison, dit-on, en a l'ail émigrer un grand nombre. Maintenant, un père peut diviser son fonds de terre en autant de portions qu’il le juge convenable; le gouvernement encourage même de tels partages ; et quand on considère la vaste étendue des fermes en Suède, étendue telle qu’une seule famille ne peut absolument y suffire, on comprend que, sous tous les rapports, il convenait de les diviser.

I.a population de la Suède était en 1751 de 2,229,601 ’. En 1799, selon l’état que m’en a communiqué à Stockholm le professeur Nicander, successeur de M. Wargentin, elle était portée h 5,013,751. C’est là sans doute un accroissement bien considérable de population permanente; et il est venu à la suite d’un accroissement proportionné dans les produits du sol, car l’importation des grains n’a pas augmenté, et il n’y a pas lieu de croire que la condition du peuple, en l’estimant par une moyenne, soit empirée.

I .et accroissement toutefois n’a pas eu lieu sans avoir rencontré des obstacles périodiques, qui l’ont ou arrêté, ou fort retardé dans sa marche. Je ne suis pas en état, d’après les données dont je puis faire usage, de déterminer avec précision combien de fois ces retards se sont fait sentir, pendant le cours des cinquante dernières années; mais je puis indiquer au moins quelques-unes de ces époques défavorables à la population. Le mémoire de M. Wargentin ’ que j’ai cité ci-dessus, prouve que les années 1757 et 1758 furent stériles, et que la mortalité fut [tendant ces années-là plus grande que la moyenne. L’année 1 768, si l’on en juge par l’augmentation de l'importation1, [tarait avoir aussi été peu productive. Les tables additionnelles que M. Wargentin fournit au docteur Price, font voir que les années 1771, 1772 et 1775 furent très mortelles*. L’année 1789 doit l'avoir été beaucoup; car dans les états que j’ai reçus du professeur Nicander, cette année seule affectait essentiellement le rapport moyen des naissances aux morts pour vingt années finies en 1795. Ce rapport, lorsqu’on y comprend l’année 1789, est de 100 à 77, et de 100 à 73, lorsqu'on ne la comprend pas; c’est une différence remarquable produite par une seule année sur vingt. Pour terminer cette énumération, je dirai encore que l’année 1799, qui est celle où j’ai été en Suède, doit avoir été une des plus destructives.

1 Mémoires du royaume de Suède, p. 1S4.

’ Mémoires de i Académie de Stockholm , p. as.

1 Mémoires du royaume de Suède, table XI. Il

' Price's observ. on revers. Pay. vol. Il, p. ta».

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OBSTACLES A LA POPULATIÔN EN SUÈDE. fin

Dans les provinces voisines de la Norwège, les paysans disaient qu’ils ne s’en rappelaient point d'aussi mauvaise. Le bétail avait beaucoup souffert pendant l’hiver de la sécheresse de l’a’nnée précédente. Au fnois tle juillet, environ un mois avant la moisson, une partie considérable du peuple se nourrissait d’un pain fait de l’écorce intérieure du sapin, et d’oseille desséchée, sans aucun mélange de farine propre à en augmenter la qualité nutritive. La figure blême et l’air triste des paysans faisaient assez voir combien cet aliment était insalubre. La mort en avait déjà enlevé plusieurs; mais les effets de ce régime n’avaient pu encore se faire pleinement sentir ; il est probable qu’ils se seront ensuite manifestés sous la forme de quelque maladie épidémique.

La patience avec laquelle les classes inférieures du peuple supportent, en Suède, une telle détresse, est véritablement étonnante; elle ne peut provenir que de ce qu’ils se sentent livrés aux seules ressources de leur industrie, et de la persuasion où ils sont que c'est à la loi de la nécessité qu’ils se soumettent, et non au caprice de ceux qui les gouvernent. J'ai dit ci-dessus que la plupart des ouvriers mariés cultivent une petite portion de terre; lorsque, par l’influence d’une saison défavorable, la récolte manque, ou que les bestiaux périssent, ils voient clairement la cause du besoin qu’ils éprouvent, et le supportent comme une dispensation de la Providence ; tout homme est prêt à endurer avec patience les maux qui lui paraissent une suite des lois générales de la nature ; mais si la vanité ou la bienveillance trompée du gouvernement et des classes supérieures parvient à persuader aux inférieures, à force de se mêler de leurs intérêts, que c’est des gouvernants et des riches qu’elles reçoivent, à titre de bienfaits, tous les biens dont elles jouissent, il est tout simple qu’elles les envisagent aussi comme les auteurs de leurs maux : et dès-lors on ne peut attendre d’elles beaucoup de patience. Quoiqu'il soit permis, pour éviter de plus grands maux, de réprimer par la force les actes de violence que l’impatience suggère, l’impatience même est justifiée, et il faut en imputer les suites à ceux qui l’ont provoquée.

Quoique les Suédois eussent supporté la cruelle disette de 1 799 avec une résignation extraordinaire, on assure que l’édit par lequel le gouvernement prohiba ensuite la distillation des grains, excita uuc espèce de soulèvement. Cette mesure avait certainement pour but le bien du peuple; la manière dont elle fut accueillie est une preuve frappante de la différente impression que font sur le peuple un mal qui vient de la nature et une simple privation que le gouvernement lui impose.

Les |)ériodes de maladie qui ont retardé, en Suède, les progrès de la

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