‹ Essai sur le principe de populationChapitre 96 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

âgés de moins d’une année est, pour tout le pays, 1/S ou même plus1 * *.

Le rapport des mariages annuels h toute la population est, en Russie, selon M. Herman, dans les villes, de 1 à 100 ; et dans les provinces, environ de 1 à 70 ou 80. Selon M. Tooke, dans les quinze gouvernements dont il avait les registres, ce rapport était de 1 à 92 \

Ce rapport est fort différent de celui qui a lieu en d’autres pays. Il est vrai qu’à Pélersbourg il est de 1 à 140’; mais c’est ce qui s’explique aisément par ce qui a été dit ci-dessus du petit nombre des hommes en comparaison des femmes.

Les registres de la ville de Pétersbourg sont envisagés comme des données sûres et sur lesquelles on peut compter ; ils attestent en général la salubrité du climat , mais on y remarque un fait directement contraire à ce qui a été observé dans tous les autres pays ; on y voit parmi les enfants, une mortalité plus grande pour les tilles que |wur les garçons. De 1781 à 1785, sur 1,000 garçons venus au monde, il n’en meurt que 117 la première année; tandis que sur le même nombre de filles, il en meurt 510* ; ce rapport est celui de 10 à 21 . Cela est tout-àfait inconcevable, et doit être attribué en partie à quelques causes accidentelles, cardans la période précédente, le rapport était de 10 à 14; mais ce dernier rapport même est fort extraordinaire, car on a remarqué généralement qu’à toutes les époques de la vie, excepté celte de la grossesse, la mortalité était moindre chez les femmes que chez les hommes. Le climat de la Suède ne parait pas fort différent de celui de la Russie; or, M. Wargenlin.remarque, à propos des tables de Suède, que la moindre mortalité des femmes s’y manifeste , non simplement comme l’effet d’une vie plus régulière et moins laborieuse, mais comme une loi de la nature, qui opère d'une manière constante depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse*.

Selon M. Krafft •, la moitié de tous les enfants qui naissent à Pétersbourg atteignent l’âge de 25 ans. Ce fait indique, pour l'enfance et pour la jeunesse, des circonstances beaucoup plus favorables à la vie qu’elles ne le sont communément dans une aussi grande ville ; mais après l’âge de 20 ans, la mortalité devient beaucoup plus grande qu’elle ne l’est généralement dans les autres villes d’Europe; on attribue avec raison

1 Mémoires abrégés de V Académie de Stockholm, p. 28.

* View of Russ. Emp vol. Il, b. III, p. 146.

•' Nova acta acadcmiœ. Mémoires de W. h. Krafft, t. IV. — 4 Ibid.

* Mémoires abrégés de l'Académie de Stockholm, p. 28.

* Nova acta acadrmitr, t. IV.

cette différence à l'usage immodéré de l’eau-de-vie'; enlre 10 et 15, la mortalité est si |>etite, qu’il cet âge il ne meurt que l garçon sur 17, et 1 fille sur 29; de 20 à 2.‘i, au contraire, elle est si grande, qu’il meurt 1 homme sur 9, et 1 femme sur 15. Les tables font voir que celte mortalité extraordinaire est principalement occasionnée par des pleurésies, des fièvres chaudes' et des consomptions. Les pleurésies enqwrient presque le l/l, les fièvres chaudes le 1/3», et les consomptions 1/6 de toute la population. Ces trois maladies ensemble emportent les trois quarts de tous ceux qui meurent.

La mortalité générale , de 1781 à 1783, fut , selon M. Krafft, de I sur 57 ; dans une précédente période , elle avait été de 1 sur 55 ; et dans une période subséquente, pendant laquelle il régna des épidémies, elle fut de 1 sur 29 '.Cette mortalité moyenne pour une grande ville est peu considérable; mais on peut conclure d’un passage du mémoire de M. Krafft5, que les morts des hôpitaux, des prisons et de la maison des enfants trouvés, sont omises ou ne sont point inscrites avec exactitude. Or, on ne saurait douter que l’insertion de ces morts dans les registres ne produise une grande différence dans la salubrité apparente de la ville.

Dans la seule maison des enfants trouvés, la mortalité est prodigieuse. On n’en publie point de tables régulières, et les communications purement verbales sont toujours sujettes à de grandes incertitudes; je ne puis donc faire fonds sur les informations que j’ai recueillies à ce sujet; mais ce que j’ai pu apprendre de plus exact de ceux qui sont attachés à cette maison de Pétersbourg, paraît prouver que le nombre moyen des morts y était de 100 par mois. L’hiver qui avait précédé l’époque de ces recherches, c’est-à-dire l’hiver de 1788, on y avait fréquemment enseveli 18 personnes par jour. Le nombre moyen des enfants reçus dans la maison est de 10 par jour. Trois jours après leur entrée, on les envoie tous à la campagne pour y être nourris ; mais comme il y en a un très grand nombre qui entrent mourants dans la maison, la mortalité ne peut manquer d’y être tris considérable. On a quelque peine à se persuader que le nombre des enfants reçus soit aussi grand qu’on le dit ; cependant ce que j’ai vu de mes propres veux me porte à croire qu’il n’y a pas beaucoup d’exagération, ni à cet égard, ni à l'égard de la mortalité dont je viens de parler. Je me trouvai à la maison environ à midi ; on venait d’y recevoir quatre enfants, dont l’un était

' Tooke's View a f thr Russian emp., vol. II, b. lit, p. 13.1.

’ Ibid., vol. Il, b. 111, p. 131. — * Ibid., vol. Il, b. lit, p. 130, note.

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