LIVRE 11. — CHAPITRE III
évidemment mourant, et un autre paraissait avoir peu de temps à vivre.
Une partie de la maison sert d'hôpital pour les femmes en couche. Toute femme qui s’y présente y est reçue et on ne lui fait aucune question. Les enfants qui naissent de la sorte sont confies à des nourrices dans la maison, et on ne les envoie pas à la campagne comme les autres; la mère, si elle le veut, peut nourrir son propre enfant dans la maison; du reste il ne lui est pas permis île l'emmener avec elle. Un enfant élevé dans la maison peut en tout temps être réclamé par ses parents, moyennant qu’ils prouvent que leur situation les met en état de l’entretenir. Tous ces enfants sont marqués et numérotes lorsqu’on les reçoit, afin que leurs parents puissent les reconnaître et qu’on fuisse les leur montrer lorsqu’ils le demandent ; car si ceux-ci ne sont pas eu état de les réclamer, ils ont au moins permission de les venir voir.
Les nourrices de campagne n’ont que deux roubles par mois. Comme le rouble en papier, qui est la monnaie courante, vaut rarement plus d’une demi-couronne, ce traitement équivaut à quinze pences par semaine1. Cependant on assure que les dépenses générales de l'établissement s’élèvent à 100,000 roubles par mois. Les revenus réguliers dont il est en possession ne sont pas, ii beaucoup près, sullisants pour cette dépense. Le gouvernement se charge de toute cette administration, et par conséquent en supporte les frais additionnels; comme on y reçoit tous les enfants sans aucune exception, les frais ne peuvent être limités. Il est évident que si le nombre des enfants n’était point limité et que les sommes destinées h leur entretien le fussent, il eu résulterait les maux les plus déplorables; par conséquent de tels établissements, s’ils sont bien administrés, ou si les dépenses n’en sont pas diminuées par une mortalité extraordinaire, ne peuvent subsister longtemps que sous la protection d’un gouvernement fort riche. On peut, même avec un tel appui, en présager la chute prochaine.
A l’âge de 6 ou 7 ans, les enfants qu’on a envoyés à la campagne reviennent dans la maison , où ils font toutes sortes de travaux. Les heures fixées pour le travail sont de G h 12 et de 12 à 4. Les tilles quittent la maison à l’âge de 18 ans, et les garçons à 21 ou 22. Quand la maison est trop pleine, on laisse dans les campagnes, sans les ramener, quelques-uns des enfants qu’on y a envoyés.
En conséquence, la plus grande mortalité a lieu chez les enfants au moment où on les reçoit, et chez ceux que l’on élève à la maison; mais
' t'n rouille argent vont 4 fr. t.e rouble papier valait alors 3 fr. ; il ne vaut plus guèrrs que le tiers. (Jyh. <1.;
elle est encore fort grande parmi ceux que i’on y ramène de la campagne et qtii ont atteint un âge moins faible. Je fus surpris d’apprendre combien cette mortalité est considérable, après avoir admiré, comme je l’avais fait, la propreté et la douceur qui règneut dans cette maison et qui s’y font remarquer de toutes parts. Le bâtiment a toute l’apparence d’un palais; toutes les chambres en sont vastes, aérées, et ont .neme de l’élégance. J’assistai au diner de 180 jeunes garçons; tous étaient proprement mis; le linge de table était blanc, et chaque enfant avait sa serviette à part. Les aliments me parurent excellents; il n'y avait pas la moindre odeur désagréable dans ce réfectoire. Dans les chambres à coucher, chaque enfant avait son lit séparé; les lits étaienten fer, sans ciels ni rideaux; les couvertures et les draps d’une blancheur parfaite.
Des soins de propreté poussés à un si haut point, dans un si grand établissement, étonnent et semblent presque inconcevables. Ils étaient dûs principalement à l’intluenee de l'impératrice douairière actuelle, qui s’intéressait à tous les détails de cette administration, et qui, lorsqu’elle était à Pétersbcurg, passait rarement une semaine sans venir l’inspecter elle-même. La mortalité qui a lieu dans cette maison, malgré tant de soins, fait voir bien clairement que la constitution de l'enfance ne peut supporter une vie si casanière et un travail de huit heures par jour. Tous les enfants que je vis dans cette maison avaient plus ou moins l’air pâle et maladif; si l’on avait jugé de la beauté nationale par ces petites filles et ces |ietiLs garçons, on en aurait eu fort mauvaise opinion.
11 est clair que des tables de mortalité pour Pétersbourg, où l’on omet les morts de cet établissement, ne peuvent point donner une idée juste de l’état de cette ville , par rapport h la salubrité; mais il ne faut pas oublier qu’une partie des observations qui attestent cette salubrité, telles que le nombre île ceux qui meurent sur mille, etc., sont indépendantes de cette circonstance ; à moins cependant qu’on ne dise, ce qui n’est pas impossible, que presque tous les parents, (tour qui leurs enfants sont une charge diflicile à supporter, les envoient à la maison des enfants trouvés; car en ce cas les autres enfants, appartenant presque tous à des parents qui vivent dans l’aisance, logés dans des maisons saines et bien aérées, offriraient sans doute une mortalité bien au-dessous de la moyenne prise parmi tous les enfants que fournit la population entière.
A Moscou, la maison des enfants trouvés est dirigée précisément sur le même principe qu’à Pétersbourg. M. Tooke donne l’état de la perte
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