PREUVE DU RÉALISME IMMÉDIAT
La preuve complète du réalisme exige d’abord la justification de nos jugements immédiats et nécessaires, qui sont le pivot de la connaissance intellectuelle. C’est pourquoi Mgr Noël, à la suite de son maître, le cardinal Mercier, distingue deux étapes dans la preuve du réalisme. La première établit la nécessité intrinsèque de nos jugements premiers, sans les référer. explicitement à l’ordre de l'existence ; la seconde établit la valeur réaliste de leurs termes, c’est-à-dire d’une façon plus-générale, il s'agirait de montrer, dans cette seconde phase, que l'esprit humain atteint le réel extramental.
La première étape est longuement développée par l’illustre fondateur de l’Institut supérieur de philosophie, la seconde n’est que brièvement esquissée par lui. Son disciple, par contre, ne fait qu'indiquer très sommairement la première ; il s’occupe principalement de la seconde étape. Ses publications relatives au problème épistémologique s’y attachent presque uniquement. Il assure aborder cette question surtout du point de vue de la méthode à suivre pour établir le réalisme immédiat !.
Pour donner une vue complète de la preuve du réalisme, telle que la conçoit Mgr Noël, arrêtons-nous un instant à la première étape. Avant de montrer que la connaissance atteint le réel extramental, on peut considérer les premiers jugements de l'intelligence en eux-mêmes. On s’apercevra qu’ils s'imposent à nous avec une évidence objective et nécessaire. Nous prenons conscience que nous ne formons pas ces jugements sous l'impulsion de la volonté ou de sentiments personnels. On se rend compte que ces jugements expriment un rapport nécessaire, qui résulte de l’analyse des termes mêmes mis en rapport. On reconnaîtra plus tard que ces termes reposent sur des choses en soi. Ces jugements immédiats et nécessaires dominent toute la réalité. Mais,
1 Cf. R. I., Avant-propos, p. VI.
par eux-mêmes, ils ne nous révèlent d'aucune façon l'existence d’une réalité. Des lois arithmétiques, par exemple, nous savons qu'elles sont les lois du réel extramental. Mais, de par elles seules, nous ne saurons jamais si une réalité obéissant à ces lois existe. L'analyse de ces principes me livre cependant ceci que, si le sujet de ma proposition nécessaire se réalise quelque part, il est certain que le prédicat de ce jugement devra être attribué à ce sujet réel. Car le jugement est tel que le prédicat ne fait qu’énoncer un des caractères qui constituent le sujet ou qui résultent de sa constitution. C’est pourquoi, si l’on suppose le sujet réalisé, le prédicat doit être réalisé avec lui, car, sans cela, nous aurions un autre sujet. Savoir si le sujet appartient à l'ordre réel, c’est une autre question. Je ne puis en décider par-la simple considération des notions abstraites. Seul, le contact avec l'existence même, livrée par l'expérience sensible, peut trancher la question.
En montrant que les termes du rapport exprimé sont fondés dans les choses, c’est-à-dire réellement référées à l'existence, on peut, aux dires de Mgr Noël, établir la valeur réaliste des jugements nécessaires. Et c’est la seconde étape de la preuve du réalisme. La première n’a pas de consistance indépendamment de la seconde. Le réalisme n’est pas légitimement fondé, tant qu’on n’a pas complété la première phase par la seconde !.
En 1913 et 1914, Mgr Noël avait indiqué en des termes un peu spéciaux la méthode à suivre dans la première étape de l’épistémologie ?. Telle qu’elle a été présentée à cette époque, elle a suscité des critiques, surtout de la part de M. Gilson, comme nous le verrons dans la deuxième partie de cette étude. Le professeur de Louvain parle d’une certaine « praecisio » que fera la réflexion critique dans le « bloc » qui constitue l’ensemble de nos connaissances fournies par l'expérience. Ce bloc tout entier, c'est le « réel appréhendé ». En lui, on peut ne considérer, pour un instant, que l’ « appréhendé », c’est-à-dire envisager le connu, en faisant abstraction de son rapport au réel. Cela permet de résoudre certaines questions de l’épistémologie, avant de soulever le problème du réel. C’est ainsi que l’on constatera d’abord la nécessité intrinsèque des premiers principes. On se rendra compte que ces juge-
L Cf R: I; pp: 236, 253, 255.
2 Cf. Note sur le problème de la connaissance. Annales de l’Institut supérieur de philosophie, t. Il, 1913, pp. 661-688. — [C£. N. Ep. chap. 2. — Cf. et La théorie de la connaissance selon l « Ecole de Louvain ». (Lettre à
la Revue thomiste). Revue thomiste 22, 1914, pp. 205-212. — [Cf. N. Ep.; append. I].
ments immédiats ne sont pas une construction subjective : mais qu'il y a une objectivité impersonnelle qui domine l'intelligence. On montrera plus tard que ces rapports existent dans la réalité extramentale, en découvrant que leurs termes mêmes nous viennent de l'expérience sensible.
Dans la dite « praecisio », la notion de la vérité prend un aspect un peu particulier chez Mgr Noël. A cette première étape de la preuve du réalisme, le rapport de vérité se trouve, « si l’on peut dire, transporté à l'intérieur de la conscience »!. Il faut remarquer que l’on ne dit pas cela d’une manière absolue, mais seulement par rapport à ce premier stade de l’épistémologie. Il est entendu que le rapport de vérité s'établit entre le jugement de l'intelligence et la chose extramentale appréhendée. Mais il n’est pas nécessaire de considérer une chose à la fois sous tous ses aspects. Ici, l’on n’envisage d’abord la chose qu'en tant qu'appréhendée. On se trouve en présence de données immédiates de la conscience, mais on ne dit encore rien, explicitement, sur la réalité extramentale de ses données. C’est dans ce sens que le rapport de vérité serait transposé d’abord à « l’intérieur de la conscience »!, À ce moment, on peut constater que le jugement exprime un rapport objectif et indépendant de la pensée. Plus tard, lorsqu'on aura trouvé le fondement des termes dans le réel extérieur, la notion de vérité s’élargira. La vérité deviendra le rapport de conformité entre le jugement et la réalité extramentale comme telle.
L'avantage, aux yeux de Mgr Noël, de cette manière de procéder, qui consiste à commencer par une « praecisio », c’est de rendre possible un exposé méthodique et de permettre de sérier les questions. Ce n’est pas douter de l'existence du réel extramental. À aucun moment, Mgr Noël ne la met en doute. Mais il ne croit pas être tenu d'affirmer du premier coup explicitement tout ce dont il ne doute pas. Si cela était chose illicite, aucun exposé méthodique d’une vérité complexe ne serait possible. En outre, il lui paraît utile de faire une « praecisio » de la manière définie, parce que cela facilite l'entrée en conversation avec les philosophes modernes.
Nous ne savons pas exactement qu'elle est la portée attribuée plus tard par le disciple du cardinal Mercier aux idées énoncées dans les notes citées de 1913 et 1914, plus de vingt ans avant la publication de son livre Le Réalisme immédiat. Dans ce dernier recueil, il n’y revient
1 N. Ep,., p. 31; cf. et pp. 227, 229.
que par deux fois, et cela à propos d’une controverse. Nous les avons cependant esquissées, pour rendre intelligibles les critiques de M. Gilson. Ces idées de Mgr Noël ne semblent pas avoir beaucoup d'importance dans l’ensemble de son œuvre dont l'accent, comme nous l'avons noté, porte ailleurs.
Le professeur de Louvain s’est surtout attaché à exposer la seconde étape de la preuve du réalisme immédiat. Celle-ci constitue l'objet principal du présent chapitre. Il ne s’agit pas ici de démontrer l'existence du monde extérieur. Le but de Mgr Noël est de montrer que notre connaissance atteint le réel extramental. C’est établir en même temps que les termes de nos jugements abstraits reposent, en dernière analyse, sur du réel objectif.
Pour fonder un réalisme immédiat, il faudrait montrer, d’une part, que l’objet de notre connaissance est du réel objectif et, d'autre part, que celui-ci est atteint de manière immédiate. Il semble y avoir deux questions. Une réponse affirmative à la première ne déciderait rien pour la seconde. Deux possibilités resteraient ouvertes : le réalisme médiat et le réalisme immédiat. Mais si l’on réussit à montrer que ce qui est atteint sans intermédiaire par le sujet connaissant, c’est du réel objectif, les deux questions sont résolues du même coup. Il suffit donc de répondre à la seconde.
Rappelons que le défenseur du réalisme immédiat ne soutient pas que toutes nos connaissances portent sur du réel objectif. Il se contente d'affirmer qu’au moins quelques-uns de nos actes aboutissent directement à une réalité extramentale. Les principes de cette doctrine ne nous obligent pas à prendre pour des choses les constructions de l'esprit. Cette limitation du réalisme immédiat est importante ; sans elle, il mériterait le reproche d’être une conception naïve.
La méthode par laquelle on entend établir ce réalisme est très simple. Elle consiste à prendre conscience de la présence immédiate du réel extramental par une réflexion. « Le réel, en effet, n’est pas à démontrer ; il suffit de montrer que nous avons conscience du réel, ce qui est le travail de la réflexion et non d’un raisonnement » !, Quand nous connaissons une chose extérieure, nous avons conscience qu’elle est directement donnée en elle-même et que nous n'avons pas affaire à une représentation seulement de cette chose. La présence du réel
1 Acta II! Congressus Thomistici, Romae 1936, p. 46. — Cf. et N. Ep., pp. 36-37, 46-47.
objectif est un fait qu’il s’agit de constater tout simplement. On cherche à se rendre compte de ce qui est donné dans l'acte de connaissance. La constatation doit être faite d’une façon précise, mais elle ne constitue pas un raisonnement à strictement parler. Elle ne découvrira pas des éléments nouveaux, mais elle mettra en pleine lumière les données primordiales de la connaissance.
La réflexion en question, Mgr Noël l’a rapprochée du « cogito ». « L'intelligence revient sur elle-même, elle saisit son propre acte ; c’est bien le « cogito » et c’est le point de départ de la critique » !. On réclame donc le droit de partir du « cogito » pour fonder le réalisme. L'entreprise paraît hardie, car on sait que le « cogito » de Descartes a conduit à l’idéalisme. Et cela malgré lui, car il n’y a pas à douter, nous l’avons déjà noté, des intentions réalistes de Descartes.
Mais il y a plusieurs manières d’entendre le « cogito ». Chez Descartes lui-même, la conception en aurait évolué. Et Mgr Noël retrace les lignes essentielles de ce développement. Dans les Méditations, la pensée est enfermée avec ses idées. Celles-ci, Descartes les considère seulement comme des modes de la pensée, « cogitationis meae quosdam modos »?. À partir du sujet ainsi enfermé, il est impossible de sortir pour atteindre le réel extramental. Le « cogito » avec son pendant « ergo sum », le « je pense, donc je suis », n’aboutit qu’à la réalité du sujet pensant. Le principe de causalité ne permet pas non plus de sortir de la pensée selon Mgr Noël, comme nous l’avons montré au chapitre précédent.
Cependant, le « cogito » n’est pas nécessairement fermé. On constate que, même chez Descartes, il n’a pas toujours été conçu de cette façon. « Dans les Regulae, Descartes s'exprime d’une manière qui laisserait croire qu’il n’a pas encore entièrement renoncé au réalisme direct du sens commun. Dans le passage même, où la première ébauche de la réflexion cartésienne se dessine avec le projet du futur « cogito », on a l'impression que les choses dominent encore l'horizon de la pensée. Sans doute, il s’agit, pour l'esprit, de revenir sur lui-même, c’est ce qu'il y a pour lui à la fois de plus facile et de plus nécessaire... ; mais ce retour n'exclut pas un regard sur les choses, à condition qu'on les aborde dans la perspective de la réflexion [c’est-à-dire] en tant
OR ED ULO0e:
2 Meditationes, Med. III; dans l’édit. d'Adam et Tannery, t. 3, p. 37, ligne 26; cf. et p. 35, ligne 1 : « cogitandi quidam modi tantum ».
3 La parenthèse est ajoutée par nous.
qu’elles sont atteintes par la pensée » 1, Et voici le texte décisif : « Neque immensum est opus, res omnes in hac universitate contentas cogitatione velle complecti, ut quomodo singulae mentis nostrae examini subjectae sint, agnoscamus »?. Embrasser, par la réflexion, toutes les choses contenues dans cet univers, pour savoir comment elles sont atteintes par l'esprit, cela ne serait pas chose impossible pour nous.
On conclut de ce texte que le « cogito », en sa première ébauche, a été conçu comme ouvert, c’est-à-dire qu’il implique encore un regard sur les choses, « res omnes in hac universitate contentas »?. Mais le « cogito » s’est fermé, « et de plus en plus rigoureusement, à mesure qu’il s’est précisé »%. On a vu de quelles restrictions Descartes l’a entouré dans les Méditations. «x Cette évolution est un fait, on ne voit pas qu’elle résulte nécessairement du projet cartésien » ?.
Mais, en se référant aux Regulae, on peut retenir que la réflexion de l'esprit sur ses actes reste la démarche fondamentale et indispensable d’une philosophie qui veut s'assurer de ses bases.
Chez Kant, Mgr Noël constate, d’ailleurs, la même exigence 4. Quand le philosophe de Kôünigsberg recommande la fameuse « Selbsterkenntnis », il veut dire que la pensée doit revenir sur elle-même pour se rendre compte des possibilités et des limites de la connaissance. Cependant, chez Kant, on ne trouve plus la trace d’un regard sur les choses comme dans les Regulae. Les Méditations avaient déjà exercé leur influence.
Néanmoins, la nature de la réflexion critique reste la même. De soi, chez Kant, pas plus que chez Descartes, la méthode de la réflexion ne devait conduire à l’idéalisme.
Il s’agit de maintenir ce qu’il y a d’essentiel dans le « cogito », à savoir la méthode à suivre. On aura soin d’éliminer ce qu’il y a d’arbitraire et d’excessif dans les positions historiques. Au lieu d’être fermé, le « cogito » sera ouvert, c’est-à-dire, la possibilité restera ouverte pour la réflexion d'atteindre, au delà de l’acte subjectif, des réalités extérieures et distinctes de la pensée 5. Une analyse sincère, conduite sans préjugé, de ce retour devra manifester si, en effet, on peut atteindre le réel objectif par cette voie.
HR Al pere:
? Regulae ad directionem ingenii. Reg. VIII ; dans l’édit. d'Adam et Tannery, t. 10, p. 398.
DER TD 25: 4 Cf. R. I., pp. 46-47. CLARA D 4104:
Avant d'effectuer cette analyse, montrons quelle est, selon Mgr Noël, l'opportunité de la méthode du « cogito ». — L’épistémologie 1 réclame un point de départ incontestable, une première évidence qui ne suppose aucune vérité demandant à son tour d’être justifiée. Ce point, on le trouvera là où il n’y a plus aucune distance entre le sujet et l'objet. Il semble que le « cogito » puisse satisfaire à ces exigences. L'esprit revient sur son acte et se saisit en tant que connaissant : à ce moment, il n'y a plus de distance entre le sujet (l'esprit qui se replie) et l'objet (l'acte spontané de connaissance sur lequel l'esprit se porte).
À partir de ce point, soustrait à toute discussion, on pourra montrer comment nous atteignons les choses. Car, d’une part, on ne trouve jamais la pensée seule : « Revenant sur l’acte de pensée, la réflexion est aussitôt obligée de le dépasser ; lorsqu'elle veut le saisir seul, il s’évanouit... La pensée n’est qu’en fonction de son objet. Pour la saisir, il faut saisir, à côté d’elle, l’objet sans lequel elle n’est rien »?. Tout acte de connaissance implique un objet. D’autre part, tout ce que nous connaissons, nous l’atteignons par la pensée; ce qui est commun à tous les objets, c’est d’être atteint par la pensée. L’acte de connaissance est le point où l'esprit et les choses se rejoignent. Il peut donc être utile, pour étudier leur rapport, de revenir sur cet acte 5.
Notons encore que la réflexion ne portera pas sur la vie connaissante à un moment de recueillement, de pensée purement intérieure, où l’on cherche plutôt à se fermer aux influences du dehors. Mais on choisira un moment de spontanéité, où la conscience est ouverte sur les choses extérieures, attentive à ce que lui rapportent les sens.
Si la réflexion critique revient sur des actes de connaissance concrète, c’est parce que c’est dans ces actes que j'ai l'expérience du réel objectif. Ce n’est pas le sens seul qui connaît ce réel, ni l'intelligence seule, mais c’est l’homme. L'unité du sujet, unissant les deux facultés, donne seule la saisie du réel extramental sensible 4.
1 Selon la définition de Mgr Noël, l’ « épistémologie » est la discipline qui étudie le problème de l’objectivité de la connaissance en général. Elle est antérieure à ce qu’il appelle la « critique » au sens strict, discipline qui opère un discernement parmi nos connaissances particulières (cf. R. I., p. 259). Néanmoins, en pratique, Mgr Noël emploie les expressions de « critique », « problème critique » et « réflexion critique » pour dire « épistémologie », respectivement « problème épistémologique » et « réflexion épistémologique ».
2%R, J, p. 10%, cfretup. 932:
3 Cf N. Ep., p.80:
4 Cf. Acta IIi Congressus Thomistici, Romae 1936, p. 45.
Ce qui se présente à l'esprit dans la réflexion sur ses actes, ce sont les données immédiates de la conscience. Celles-ci constitueront le véritable point de départ de la preuve du réalisme immédiat, Selon Mgr Noël, elles ne comprennent pas seulement les faits de conscience en tant que tels, mais pour lui, le réel objectif peut aussi s'y trouver, en tant que celui-ci est actuellement atteint par la pensée. Pour éviter la confusion, on dirait peut-être mieux les données immédiates de la connaissance. Il semble d’ailleurs que Mgr Noël emploie indifféremment les deux expressions. En tous cas, il veut dire qu'il entend partir de ce qui est immédiatement présent à l'esprit quand il connaît.
La preuve consiste à rendre manifeste que, parmi les éléments présents de cette manière, il y a le réel objectif. Je n'ai pas besoin de prouver que cela, dont je pars, est immédiatement présent ; car cela ne sert de base à ma preuve qu’à la condition d’être immédiatement offert à la conscience. C’est la condition « sine qua non » de mon point de départ, son caractère particulier et indispensable. — Ce qui est, en fait, immédiatement présent, c’est ce sur quoi le regard de l'esprit se porte directement, ce qu’il connaît d’abord, avant toute autre chose, ce sur quoi se porte actuellement l’attention, ce qui remplit le champ de la conscience à tel moment de la connaissance actuelle. — Sans préjugé, il faut prendre conscience de ce qui est présent de cette manière. L'analyse montrera si le réel objectif s’y trouve, ou bien s’il n'y a que des éléments subjectifs.
Essayons d'appliquer la méthode préconisée.
Prenons les objets qui, en ce moment, se présentent à ma conscience, avec ce caractère d’immédiateté : je vois devant moi un mur gris, sur ma table des livres et des feuilles blanches ; j'entends des cris d'enfants, un chien qui aboie. Ces choses s'imposent à mon attention et s'opposent à ma volonté. Ces bruits, par exemple, je voudrais les faire disparaître, parce qu’ils me gênent, mais je ne puis m'empêcher de les entendre, pas plus que je ne puis ne pas voir les objets posés devant moi, à moins de fermer les yeux. « Avant toute activité de l'intelligence, les données premières sont là ;:... elles sont « das Vorgefundene », ce qui précède notre activité et que nous trouvons déjà tout fait, avant que nous ayons fait quoi que ce soit »1. En face de ces données, j'éprouve mon impuissance à les modifier ou à les supprimer. Elles sont là comme préexistant à ma connaissance. Elles