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LE « COGITO » ET LE RÉALISME IMMÉDIAT

(M. ETIENNE GILSON)

Un article de M. Gilson, publié en 1930, fut le point de départ d’une controverse qui prit une tournure assez vive dans la suite entre le professeur du Collège de France et Mgr Noël!. Quant à la saisie immédiate du réel objectif, M. Gilson est en principe d’accord avec le philosophe de Louvain. Mais il s’attaque à la manière de justifier ce réalisme.

Sa première objection concerne en particulier l'efficacité de la méthode de Mgr Noël, caractérisée par le « cogito ». — Selon M. Gilson, il n’y a qu'une seule façon d’entendre le « cogito », à savoir, la façon cartésienne. Or, le « cogito » de Descartes a conduit à l’idéalisme. L’histoire est là pour nous l’apprendre. Cette évolution n’est pas seulement un fait historique ; maïs, par sa nature même, la méthode du « cogito » aboutit à l’idéalisme. Car, selon l’éminent historien, on ne peut « demander à la pensée de donner médiatement ou immédiatement quelque chose d’autre que de la pensée »?.

Cependant, Mgr Noël soutient que, dans un acte de perception, il est possible de saisir l’ « esse » d’un objet comme étant indépendant de l’acte de pensée. La réflexion revenant sur un acte d’appréhension du réel y discernerait immédiatement le réel objectif en tant que tel.

Mais selon M. Gilson, la situation est ici entièrement différente de celle du « cogito ergo sum »! Il est évident que c’est parce que je suis que je pense, c’est-à-dire que mon être est la condition de ma pensée,

1 Etienne Gison : Le réalisme méthodique, [dans :] Philosophia perennis, t. 2. — Regensburg 1930. — [Cet article est reproduit dans :] Etienne Gizson : Le réalisme méthodique. — Paris [1937]; [recueil dont il constitue le premier chapitre. Nos références se rapportent à cette dernière édition].

2 Gizson : Le réalisme méthodique, p. 10.

car il faut d’abord exister pour pouvoir penser. Mais entre ma pensée et les choses, il n’y a pas la même relation de dépendance. Ce n'est pas parce que les choses sont que je les pense ; je peux les penser sans qu’elles existent, et elles peuvent exister sans que je les pense. Dès lors, rien ne permet d'affirmer que l'être saisi par la pensée comme distinct du moi est du réel objectif. « En partant d’un « percipi », on n’atteindra jamais d’autre « esse » que celui du «percipi» »'. Que j'appréhende un objet comme distinct du moi dans une saisie immédiate ou par une induction médiate, cela n’y, change rien, le problème reste le même. L'être saisi sera toujours de l’être perçu *. On ne sort pas de l'ordre de la pensée, et le sujet reste enfermé en lui-même. On se trouvera donc dans la même impasse que le réalisme indirect si sévèrement critiqué, car il restera toujours à passer de l’être pensé à l'être en soi.

Bref, selon M. Gilson, il n’est pas possible d'atteindre les choses par la méthode du « cogito ». « On n’obtiendra jamais d’aucun « cogito » la justification du réalisme de saint Thomas »#. Mais « si l’on ne peut sortir de soi pour aller aux choses lorsqu'on part de la pensée, cela prouve que ce n’est pas de là qu’il faut partir »°. C’est des choses qu'il faut partir selon M. Gilson, qui défend ce qu’il appelle un « réalisme méthodique ».

En répondant au professeur du Collège de France, Mgr Noël explique d’abord comment, selon lui, il faut entendre le « cogito » 4, — On peut l'interpréter de différentes manières. Aux yeux de certains

1 GYLSON, loc. cit., p. 9-

? M. Jolivet trouve que cette remarque de M. Gilson est, dans une certaine mesure, justifiée [1]. Et cela du fait que Mgr Noël paraît accepter parfois un doute méthodologique concernant l'existence du réel extramental. S'il accepte vraiment un instant le doute hypothétique, il est obligé de retrouver le réel par un processus inductif, opération condamnée à l'échec. Mais au fond, se dit M. Jolivet, « la position de Mgr Noël ne souffre que d’une difficulté de terminologie, qui explique l’objection de M. Gilson [?]. En vérité, malgré quelques apparences, Mgr Noël ne renonce pas « au bénéfice du réalisme immédiat », c’est-àdire à l'évidence immédiate de l'existence des choses qui n’a pas besoin d’être démontrée, mais dont il faut simplement prendre conscience.

3 GILSON, loc. cit., p. 10.

4 Mgr Léon NoëËL : Réalisme méthodique ow réalisme critique? Bulletin de la Classe des lettres... [de l’] Académie royale de Belgique, t. 17, 1931, pp. 111-129. — Cf. et R. I., chap. 2 : La méthode du réalisme, et chap. 5 : Le « cogito » thomiste.

(M Cf. Régis JoLiver : Le thomisme et la critique de la connaissance. — Paris 1933, pp. 53-59.

F] Joziver, loc. cit., p. 56.

disciples de Descartes, sinon de Descartes lui-même, le « cogito » est «en même temps qu'un point de départ, une borne à ne pas franchir : et par une sorte de décret, ils posent à toutes leurs recherches futures cette condition qu’elles ne découvriront rien qui ne soit contenu à l'intérieur du « cogito » »!. De quel droit posent-ils ce décret ? Du fait que la pensée est pour elle-même ce qu’il y a de plus facile à connaître, il ne s'ensuit pas qu'elle ne puisse rien atteindre en dehors d’elle, En d’autres termes, « le « cogito » n’est pas nécessairement fermé, il peut être ouvert. Si la réflexion y prend son point de départ, rien n'empêche qu'elle en sorte pour atteindre, au delà, des réalités extérieures et distinctes de la pensée » ?.

Or, c'est ce que conteste décidément M. Gilson. On ne peut demander à la pensée de donner autre chose que de la pensée. L’objection porterait, remarque Mgr Noël, à cette condition que, d’une part, « l'objet saisi par la pensée ne fût lui-même que de la pensée, et que, d’autre part, le réel affirmé par les philosophies réalistes fût totalement étränger à la pensée » 4 Il semble cependant au philosophe du réalisme immédiat qu’on peut comprendre autrement les deux termes du problème, et que, dès lors, le passage de l’un à l’autre, du « percipi » à l’ «esse », ne sera plus impossible. Ce sont les points qu’on tâchera

’élucider dans la suite.

L'objet ne serait-il « que de la pensée » en ce sens qu'il s’identifierait avec l’acte ? Il est évident que non. L'objet est autre que l'acte, il ne se confond pas avec lui. Quand je pose un acte de pensée, j’implique du même coup un objet, je pense à quelque chose. Cet objet n’est certes pas du non-pensé, mais du pensé. Le « pensé » s'oppose à l'acte par lequel je le saisis comme son contenu ou son terme. « En face de la pensée pensante, il y a toujours la pensée pensée »5 ; et les deux ne s’identifient pas.

Dès lors, si la philosophie prend comme point de départ la pensée, ce ne sera pas la pensée isolée, mais la pensée avec son terme. Ce sera la dualité sujet-objet, donnée primordiale que rencontre la réflexion philosophique. Certes, si l’on voulait partir de la pensée seule, du « cogito » isolé, on n'atteindrait jamais les choses. Mais la pensée pure est une conception artificielle et purement théorique. Ce n'était pas non plus le point de départ de Descartes. Car pour lui, avec le

DR D 08. AIRIS 3 Souligné par nous. AR el D ART, D 02:

« cogito », sont données immédiatement les idées claires et distinctes qui s'opposent nettement à l'acte.

Admettant que l’objet s’oppose à l'acte, on peut concevoir qu'il ne soit « que de la pensée » dans un autre sens encore, à savoir, qu'il soit « produit par le sujet ou lui appartenant » !. L'objet ne serait qu'une idée ou représentation, il serait « d’étoffe mentale », comme s'exprime Mgr Noël!. Dès lors, il y a deux hypothèses possibles. Ou bien on s'arrête là et on admet que le monde se résout en idées ; et nous avons l’idéalisme. Ou bien on cherche le moyen de passer de ces idées à un monde qui en est distinct, mais auquel on accorde une certaine correspondance avec les idées. C’est l’acception de ce réalisme indirect qui se rencontre chez Descartes, Kant et bien d’autres philosophes. On a cru trouver dans le principe de causalité le pont permettant de passer de l’ordre idéal à l’ordre réel. « Mais tous les ponts, pour qui n’a admis au point de départ que des idées, sont eux-mêmes d'ordre idéal, et la rive à laquelle ils permettent d’atterrir sera d'ordre idéal encore. Jamais ils ne conduiront à la rive du réel »?.

Nous voilà, semble-t-il, arrivés au même résultat que M. Gilson. C’est que, dans un certain sens, il avait raison de dire que, en partant de la pensée, on n’atteindra jamais « autre chose que de la pensée » ; à savoir quand on présume « a priori » que l’objet de pensée ne peut être que d’étoffe mentale. Mais on peut concevoir autrement la nature de l’objet. Selon la doctrine du réalisme immédiat, cet objet est lui-même directement du réel. « Il faut que le réel soit donné dès l’abord, avec le « cogito » et en même temps que lui »#.

Cependant, l'idéalisme même ne maintient pas la dépendance absolue de l’objet à l'égard de l’acte de pensée. Le solipsisme, la forme la plus logique de l’idéalisme, n’a pas trouvé beaucoup d’adhérents, les conséquences en étant trop absurdes. Ce système fait dépendre les choses de l'acte individuel : le monde n’existerait que pour moi et pendant que je le pense. Pour éviter cette énormité, l’idéalisme classique a institué une Pensée impersonnelle qui contiendrait tous les objets dont ma pensée s'occupe ou peut s'occuper. Il y a d’ailleurs beaucoup de nuances à l’intérieur de cette doctrine.

Il reste à savoir comment la pensée individuelle peut entrer en contact avec cette Pensée universelle ? Ce point est assez obscur dans

RTE D 33 RD 50-02 LR AT FD RO:

les divers systèmes. En tout cas, la Pensée est, pour le sujet particulier, un au-delà, tout aussi séparé de lui que l'univers des « choses en soi ». Et, au point de vue critique, la difficulté semble rester la même que dans le réalisme. Le point dont il faut partir, c’est toujours mon acte individuel avec ce qui apparaît à ma conscience. Les objets de la Conscience universelle ne sont-ils pas aussi indépendants, aussi étrangers au sujet que les « choses en soi » du réalisme ?

Il y a cependant une différence, nous dira-t-on. Les objets de la Conscience universelle sont, par nature, des objets de pensée ; ils sont pensables. Entre ces objets et ma pensée, il y a une homogénéité grâce à laquelle je peux les penser, car ils sont de même étoffe. Ce n’est pas le cas des choses du réalisme. Celles-ci sont radicalement hétérogènes à ma pensée. Elles sont par conséquent impensables et sans rapport avec l'univers de la représentation.

Mais faut-il concevoir de cette façon les choses du réalisme ? Au dire de Mgr Noël, les idéalistes ont inventé cette définition en vue de leur but. Elle ne coïncide pas avec la conception propre au réalisme thomiste. Selon la tradition scolastisque, il y a homogénéité entre l'esprit et l'être indépendant de la pensée. Tout est connaïssable en raison de cette parenté de nature qui consiste dans l’intelligibilité de tout être.

La nature de l’objet de pensée et de l’être extramental ainsi élucidée, Mgr Noël essaie de montrer que le passage de l’un à l’autre n’est pas impossible, ou plutôt que les deux termes peuvent s'identifier. En partant de la pensée, du « cogito » ouvert, on peut trouver autre chose que de la pensée, c’est-à-dire du réel objectif.

Certes, le réalisme immédiat, qui veut être en même temps un réalisme critique, ne prétendra pas que tout ce que nous connaissons soit du réel. Son ambition est simplement « de montrer que, parmi les objets que la conscience atteint, il en est qui ne dépendent pas de la connaissance actuelle qu’elle en prend »!.

Comment Mgr Noël entend-il le montrer ? Il part de la notion spontanée du réel, et de notre conscience de la présence de ce réel. D'où nous viendrait la notion du réel, si le réel n’était pas donné lui-même ? Nous appelons réel ce qui nous est donné comme de l'indépendant, ou mieux, comme du non-dépendant, de notre activité connaissante. Ce réel, nous l’opposons spontanément à l’idée, c’està-dire à ce que nous connaissons comme du dépendant de la pensée.

TVR TMD. 237:

L'idée, c’est l'œuvre de l'esprit, la représentation dans laquelle il exprime ce qui lui est offert. Mais il n'y a pas de «représentation » sans une « présentation » primitive ; si rien n’était présenté à l'esprit, il n’aurait rien à exprimer. Le sujet a conscience de la présence d’une donnée qui s'oppose à lui, d’un objet préexistant qu'il essaie de reproduire par son activité. Cette donnée, c’est le réel. On ne voit pas que ce mot puisse recouvrir originairement un autre sens pour nous. L'idée et le réel semblent exprimer ensemble « une alternative immédiatement offerte à la conscience dans les objets qu’elle atteint »!. L'idée apparaît dépendante de l’activité connaissante, le réel n'apparaît pas dépendant. A partir de cette constatation, le philosophe de Louvain voit une issue à l’objection idéaliste que M. Gilson a faite sienne : « Comment passer du « percipi » à l’ «esse » ? »?, L’embarras vient de ce que l’on suppose l’objet donné d’abord comme dépendant de la pensée, et l’on se demande ensuite comment prouver son indépendance, tentative manifestement vouée à l'échec. À cela, on peut opposer que le réel est donné d'emblée en face de l’activité connaissante. À quoi reconnaîtrons-nous le caractère réel de ce qui est donné ? Cela ressortira de son opposition à l’idée. Il se présente à côté de l’idée et avec d’autres caractères que l’idée. « La réflexion nous montre que l’idée dépend du sujet; elle ne nous montre pas que le réel en dépende »?. Cela suffirait pour nous rassurer sur la valeur de cette donnée. On pourrait se déclarer non satisfait de cette constatation et soutenir que l’objet dépend tout de même du sujet, parce qu'il aurait été posé antérieurement par une activité, dont l'esprit n'a pas conscience. À quoi l’on répondra que « c’est là une hypothèse métaphysique qui n’a rien à voir avec les données premières de la philosophie »?. — La donnée primitive et réelle qu’affirme le réalisme immédiat, « c’est la donnée sensible que la conscience trouve à tout moment en face de son activité et qui s’impose à elle comme un élément étranger » *. Le réel, ainsi donné directement, l’objet saisi par la pensée étant lui-même du réel, il n’y a plus d’abîme à franchir. La question de savoir comment passer du « percipi » à |’ « esse » disparaît, car l« esse » même est donné dans l’acte de perception ; l’appréhension atteint directement l'être indépendant de l’activité du sujet connaissant. Il s’agit de prendre conscience de la présence du réel objectif. La tâche de la réflexion épistémologique consistera simplement à

ARTS p 237. URL D. 36.

retrouver et à formuler cette base première du réalisme. Ce n’est pas accepter un postulat; c'est reconnaître simplement, « à côté du « cogito » et en partant de lui, un de ces termes « les plus aisés à connaître » au moyen desquels la philosophie peut tenter une reconstitution critique du savoir »!,

Il reste à considérer la méthode du « cogito » du point de vue historique. Le mouvement de la philosophie moderne, partant du « cogito », a abouti à l’idéalisme. C’est là un fait indéniable. Ce fait justifie-t-il la conclusion de M. Gilson, que le « cogito » conduit nécessairement à l'idéalisme ? Ce sont les écrits de Descartes même qui vont éclaicir ce problème. Nous avons déjà résumé, dans le chapitre concernant la preuve du réalisme immédiat, l'aperçu historique de Mgr Noël. Nous y revenons ici brièvement, en insistant sur les points importants pour cette controverse.

Descartes était d'intention réaliste. La méthode du « cogito » lui servait à rétablir le réalisme provisoirement mis en question. Dans sa pensée, le « cogito » a évolué. Dans la première ébauche, il n’était pas fermé, mais ouvert, c’est-à-dire, la réflexion de l'esprit sur sa pensée n’excluait pas un regard sur les choses. A s'en tenir aux Regulae, le « cogito » n’exprime que cette réflexion critique que se doit la pensée humaine pour prendre conscience de ses possibilités et de ses limites. C’est une réflexion où l'esprit se prend lui-même pour objet, c’est-à-dire, où il considère son activité propre. « Cette réflexion ne saisira pas une pensée vide, elle trouve le sujet à l’état connaissant et elle trouve, avec lui, l’ensemble de ce qu’il connaît »?. Descartes va-t-il éliminer dès l’abord cet inventaire ? Point du tout ; il va chercher à savoir exactement comment ces objets sont connus, « quomodo singulae mentis nostrae examini subjectae sint » 5. Or, ce qu'il connaît, ce n’est pas un ensemble de pensées, mais un ensemble de choses : « res omnes in hac universitate contentas »5. Les choses sont-elles connues directement, selon Descartes ? ou ne le sont-elles que par l'intermédiaire des représentations, seules atteintes directement ? Le texte des Regulae ne le précise pas ; il trace un programme de recherches. Et la recherche n’est pas limitée d'avance par un préjugé. Avant de l'effectuer, nous ne savons rien. La réflexion donnera ce qu’elle doit donner. Telle est l'attitude d’esprit qu’expriment les Regulae. Et tel

EDR I D 09: SR T0. #6: À 3 Regulae ad directionem ingenii, Reg. VIII; dans lédit. d'Adam et

Tannery, t. 10, p. 398.

est aussi l’état d'esprit que requiert l’épistémologie moderne, lorsqu'elle aborde le problème de la connaissance. C’est « l'attitude critique dans son caractère essentiel » !.

Plus tard, le « cogito » cartésien s’est fermé et de plus en plus rigoureusement à mesure qu’il a été précisé. Pour finir, il ne comprend plus que ce qui est mode du sujet. Cette évolution est un fait. Mais rien n'indique qu’elle résulte nécessairement du projet cartésien. Si la pensée moderne a abouti à l’idéalisme, c’est parce qu’elle est partie du « cogito » fermé. Si l’on retient, sans préjugé, seulement ce qu’il y a d’essentiel dans le « cogito », à savoir la réflexion sur l’acte de pensée, on peut, selon Mgr Noël, aboutir à un autre résultat.

Dans sa réponse à l’objection de M. Gilson, d’après laquelle, en partant de la pensée, on n’atteindra jamais autre chose que de l'être perçu, Mgr Noël a donc expliqué, d’une part, que le « cogito » peut être conçu comme ouvert et, d'autre part, que l’objet connu ne s’identifie pas avec l'acte, qu’il n’est pas nécessairement d’étoffe mentale, mais qu’il peut être du réel objectif. Celui-ci peut devenir objet de pensée parce que, entre les deux termes, il y a homogénéité ; elle consiste dans l’intelligibilité de tout être. Enfin, on a tâché de rendre manifeste qu’en effet le réel objectif est donné en partant de la notion spontanée du réel et de son opposition à l’idée. C’est, peut-on dire, exploiter le « cogito » ouvert.

La critique de M. Gilson est-elle réfutée par ces analyses du professeur de Louvain ? Prouvent-elles que l'être saisi par la pensée comme distinct du moi n’est pas nécessairement que de l'être perçu ? En d’autres termes, nous fournissent-elles l'évidence de la réalité objective de certaines données ? Il nous semble qu’elles ne conduisent pas à une évidence nécessaire. — Le « cogito » peut être conçu comme ouvert ; rien ne nous oblige à décréter qu’en connaissant nous ne saisissons que les modes du sujet pensant. Mais le « cogito » ouvert, à lui seul, ne prouve encore rien. Il n’est qu’un point de départ. Mgr Noël le sait bien et apporte d’autres arguments pour montrer que le réel objectif est atteint par la connaissance. — L'intelligibilité de tout être est encore une condition de la saisie du réel. Mais ce principe aurait lui-même besoin d’être justifié par une analyse rigoureuse avant de servir d’argument dans le problème qui nous occupe. — Enfin, que prouve notre idée spontanée du « réel » ? Il nous semble que le simple

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