‹ Essai Sur Le Régime De La VinificationChapitre 5 sur 25 · ES LORS · texte numérisé non relu

ES LORS

Jusqu'en 1850, la situation viticole ne soulève pas d'inquiétude.

« La vigne est cultivée dans les coteaux principalement dans les terres légères, caillouteuses, peu fertiles; le vin est encore une boisson de luxe. La vigne est cultivée un peu partout, mais il n'y a pas à proprement parler de régions viticoles. De 1800 à 1850 environ, on constate un certain équilibre entre la production et la consommation; les prix sont rémunérateurs. On entend seulement des plaintes au sujet de l’importance des impôts, qui par endroits rendent difficiles la situation des producteurs.

«Mais par la suite, la culture de la vigne va s'étendre dans les terrains d’alluvions riches et profonds, elle va devenir intensive, les gros rendements vont être recherchés à raison des maladies que va subir le vignoble et qui vont diminuer la production. Les besoins de la consommation iront croissant. L'équilibre entre l'offre et la demande sera souvent rompu; il y aura de fréquentes crises dont les conséquences se feront d'autant plus sentir que la vigne sera devenue dans certaines régions, la seule culture. » (1).

La création des Chemins de Fer va avoir pour résultat de faciliter les échanges, de diminuer le prix d'achat de différents produits, et par conséquent de

(1) Georges CHArFAL. — Les Crises Viticoles modernes et la dépréciation actuelle du vignoble, Imprimeries Réunies (Lyon 1908, page 11).

permettre la diffusion du vin au sein de toutes les classes de Îa société. De plus, la crise de l’oïdium incita de nombreux propriétaires à se livrer à la culture de la vigne à raison des bénéfices jusque là inconnus, réalisés au cours de cette période critique par les viticulteurs qui les premiers avaient découvert le remède effcace pour combattre le fléau.

La crise de l’oidium dura de 1852 à 1856. De très rares régions furent épargnées par le désastre. Les ravages furent tels, que la production s’abaissa de 1851 à 1854, de 45.000.000 d’hectolitres à 11.000.000. Les viticulteurs de l'Hérault trouvèrent les premiers le remède, la fleur de soufre répandue sur les feuilles et raisins attaqués par le champignon. Les Héraultais furent donc les premiers à bénéficier de prix rémunérateurs. Devant cet exemple, les autres régions viticoles luttèrent contre le fléau et l’on entra résolument dans la voie de la culture intensive. Dès 1863, la production s'élevait à 51.000.000 d’hectolitres pour s’accroître ensuite et atteindre le chiffre fabuleux de 84.000.000 d’hectolitres en 1875. En 1857 l'oïdium était déjà vaincu et la crise terminée, grâce aux efforts des vignerons. Le législateur n’était pas intervenu.

La période de 1857 à 1875 devait être une ère de prospérité pour la viticulture. Cependant, dès 1865, le phylloxéra faisait son apparition dans le Gard près de Roquemaure, et en 1868 tout le bassin du Rhône était contaminé. À la même époque, le fléau gagnait le Bordelais et en 1879, presque tous les soixante-quatre départements viticoles étaient atteints,

Le désastre fut sans précédent. En 1879 et 1880, 1l y eut fléchissement énorme de la production. Un million d'hectares furent arrachés. Les pertes occasionnées par le fléau ont été estimées à plus de six milliards de francs.

La loi du 22 juillet 1874, attribua un prix de trois cent mille francs à l'inventeur d’un moyen efficace pour détruire le phylloxéra et empêcher ses ravages. Les lois du 15 juillet 1878 et du 2 août 1870, interdirent le transfert des plants et sarments attaqués. Le décret du 12 juillet 1880 étendit les lois précédentes à l'Algérie. La Convention de Berne du 29 avril 1882, conclue entre les principales nations viticoles d'Europe, édicta une série de mesures contre le phylloxéra. La loi du 29 juillet 1884 accorda aux viticulteurs une remise de taxe sur le sucre qu’ils employaient pour la chaptalisation ou la fabrication des vins de sucre. La loi du 1 décembre 1887 exemptait de l'impôt foncier toutes les terres plantées en vignes, âgées de moins de quatre ans. La loi du 14 août 1880, loi Griffe, et la loi du 11 juillet 1891, loi Brousse, visaient à entraver la fabrication des vins artificiels, leur refusant l'appellation de vin, ne permettant leur circulation que dans des récipients portant en gros caractères: ( vins de sucre, vins de marc, vins de raisins secs », leur imposant des locaux distincts pour la fabrication et la mise en vente. Ces deux lois ne devaient pas d’ailleurs avoir de résultat efficace. Enfin en 1802, un relèvement des droits sur les vins étrangers protège le vignoble national de la

RE concurrence des vins d'Espagne, d'Italie, de Grèce, de République Argentine, etc. |

Dès r800, les désastres causés par le phylloxéra étaient palliés par la reconstitution du vignoble avec des porte-greffes américains. Une nouvelle crise surgit en 1893, causée par une récolte abondante. Depuis 1883, la récolte moyenne était de 30.000.000 d’hectolitres. Elle fut de 50.000.000 en 1893. La crise fut autant une crise de stagnation des affaires en prévision d’un écoulement difficile du vin qu'une crise de surproduction. La nature se chargea de rétablir la situation par des gelées générales de 18095, 1897, et 1898 qui rendirent les récoltes déficitaires.

Mais les viticulteurs furent amenés à demander avec plus d’insistance, une protection plus efficace contre la fraude.

Une première loi du 24 juillet 1894, intervint contre le mouillage et le vinage. Un second texte fut voté le 6 avril 1897 contre les vins de raisins secs. Enfin de nouvelles mesures furent prises par la loi du 1° février 1809 contre les vins étrangers. Le prix du vin fut rémunérateur durant la période de 1894 à 1899, mais surtout en raison de la médiocrité des récoltes.

La crise allait reparaître avec un caractère suraigü lorsque les droits de douane sur les sucres, qui étaient alors de 60 francs, furent ramenés à 25 francs (loi du 28 janvier 1903). Le cours des vins s’abaissa, dès 1904, à 0,80 et 0,90 centimes le degré hectolitre et la baisse devait par la suite s’accentuer encore davantage.

La loi du 1°” août 1905 n'avait eu qu’une efficacité très limitée, parce que l'application normale en était subordonnée à un règlement d'administration publique qui se fit attendre plus de deux ans. Les efforts d'organisation des viticulteurs représentés par la C. G. V. naissante, ceux du groupe parlementaire de défense viticole devaient aboutir au décret organique du 3 septembre 1007, dont le décret du 19 août 1921, n’est qu’un perfectionnement obtenu grace à l'expérience acquise.

T'elles sont les vicissitudes que traversa notre vignoble depuis 1780, jusqu’à la période contemporaine.

Jetons maintenant un rapide coup d'œil sur l’évolution des procédés de vimification tant au point de vue mécanique qu’au point de vue de la chimie vinicole.

Une cave moderne est une véritable « usine vinaire. » (1).

Le machinisme a introduit ses bienfaits dans la cave du vigneron. Il permet une économie de main-d'œuvre très appréciable et offre l'avantage de réaliser la manipulation des grappes, du moût et du vin dans des conditions de propreté particulièrement intéressantes au point de vue de la santé future du produit.

En ce qui concerne l'outillage mécanique, d'immenses progrès ont été réalisés, surtout grâce aux efforts des Coopératives de vinification.

(1) Pierre Paur. — De la Vinification. Fritsch éditeur (Paris 1804, page 119).

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