‹ Essai sur le regne de l'empereur DomitienChapitre 10 sur 72 · CHAPITRE^V · texte numérisé non relu

CHAPITRE^V

l'itâlib, les provinces, l*arméb.

Le gouvernement de Domitien eut des effets bienfaisants en Italie.

Cet empereur prit au sujet des suJbsécives une mesure qui rendit la sécurité à beaucoup de cultivateurs italiens, troublés par des réclamations inopportunes de Vespasien et de Titus.

Le mot subseciva s'appliquait à différentes catégories de terres (1) :

a) Lors de la fondation d'une colonie, les arpenteurs {agrimen" sores) traçaient du Sud au Nord et de l'Est à l'Ouest deux séries de lignes qui, se coupant à angle droit, limitaient des lots {centuriae)^ en forme de rectangles parfaits. Comme le terrain concédé n'avait pas une couûguratiou régulière, des espaces plus ou moins considérables s'étendaient, après l'opération des arpenteui*s , entre ses limites naturelles et les limites artificielles de la surface divirfée en centuries. On les appelait subseciva (2), quand ils avaient moins de deux cents jugères (superficie ordinaire d'une centurie), et loca exiraclusa quand ils étaient plus grands; juridiquement ces loca étaient assimilés aux subseciva (3).

6) A l'intérieur même de la surface mesurée, il y avait une certaine quantité de terres qui , lors du partage du sol, n'avaient pas été distribuées , à cause de leur aridité ou du nombre trop restreint des colons. C'étaient des subseciva (4) (ayant une superficie inférieure à celle d'une centurie) ou des loca relicta (d'une

(1) Voir Rudorff, Gronialici veleres^ II, p. 390 et suiv. Marquardt, Sta&tsverwaltung, I, 2* cdit., p. 130.

(2) Frontia, De agrorum qualiiatet dans les Grom&tici veteres, I, p. 6.

(3) Frontin, De controversiiSf ibid,y p. 22.

(4) Frontin, De agrorum qualii&le^ p. 6. Hygin, De generibus conlroversiarum, p. 132. 8iculu8 Fiaccus, De condicionibus agrorum^ p. 163.

132 ESSAI SUR LB RÈGNE DE l'bMPBRBUR DOMITIBN.

super&cio plus grande), juridiquement assimilés comme les loca éxtraclusa aux subseciva (1).

c) Quelquefois, si le territoire destiné à la colonie était d'une étendue insuffisante , on achetait ou on confisquait dans les cites voisines des terres (2) que Ton divisait ensuite en centuries régulières et où il pouvait y avoir, soit après l'arpentage, soit après l'assignation , des subseciva, des loca extrachisa et relicta (3).

Les subsécives appartenaient de droit à l'autorité qui avait fait l'assignation (4), c'est-à-dire, pour les colonies militaires, au prince. Il pouvait les vendre ou les donner, soit à des particuliers dans une nouvelle distribution , soit aux communes (colonies ou municipes) sur le territoire desquelles elles se trouvaient (5), et il cessait d'en être propriétaire. — Quant aux subsécives non vendues ou non cédées , beaucoup d*entre elles furent occupées peu à peu par les cultivateurs voisins, sans que les empereurs réclamassent (6); elles continuèrent néanmoins à appartenir de plein droit au prince, car à Tégard des biens fiscaux, il n'y avait pas de prescription.

Vespasien,qui trouva l'Etat dans de grands embarras financiers, fit revivre ce droit de propriété. Il reprit pour les mettre en vente un grand nombre de subsécives occupées irrégulièrement (7). »• Les communes imitèrent cet exemple; beaucoup d'entre elles en effet étaient propriétaires de subsécives qui leur avaient été concédées autrefois pai* des empereurs, mais que, depuis, des particuliers avaient prises : elles les réclamèrent (8). ~ Justes au point de vue du droit strict, ces revendications étaient inopportunes

(1) Frontin, De controveraiis, p. 22.

(2) Hygin, De condicionibus agrorum, p. 119.

(3) Siculus Flaccus, De condicionibus agrorum, p. 163.

(4) Frontin, De controversiis, p. 8.

(5) Frontin, De controversiis agrorum, p. 53. Hygin, De generibue controversiarum, p. 133; De limitibus, p. 111; De condic. agr., p. 117. Siculus Flaccus, De condic, agr,, p. 163.

(6) Frontin, De conirov. agror,, p. 53 : « Per longum tempus attigui possessorcs vacantia loca quasi invitante otiosi loci oportunitate invaserunt, et per longum tempus inpune commalleaverunt. » Cf. ibid,, p. 56.

(7) Frontin, De controversiis agrorum, p. 54 : « Pecuniam quarumdam coloniarum Imp. Vospasianus exegit quod non haberent subsiciva concossa : non enim fieri poterat ut solum illud quod nemini erat adsignatum, alterius esse posset quam qui poterat adsignare. Non enim exiguum pecuniae fisco contulit venditis subsicivis. » Cf. Hygin, De limitibus, p. 111; Degeneribus coniroversiarum, p. 133. Voir à ce sujet JuUian, Bulletin épigraphiquûf IV» 1884, p. 136-137.

(8) Frontin, De controveniis agrorum, p. 54 et 56.

l'iTALIB, LB8 PROVINCES, l'aRMÉB. 133

(immédiatement après une guerre civile très funeste aux Italiens) (I) et même dans plus d'un cas contraires à Féquité, car souvent ceux qu'elles frappaient avaient acquis des subsécives par héritage, par don, par achat, sans môme savoir que PEtat ou les communes en fussent propriétaires; ils avaient passé de longues années à défricher des terres en général incultes. Aussi toute ritalie s'émut-elle; des députations furent envoyées à Vespasien, qui consentit à suspendre ses poursuites (2). Mais Titus les reprit (3).

Domitien régla définitivement la question des subsécives, peutêtre à la suite d'un procès qu'il eut à juger. En tout cas, ce procès fut antérieur à l'édit général rendu sur les subsécives , car après l'édit, il n'aurait pas eu raison d'être. Nous en avons conservé la sentence : elle est du 19 juillet 82 (4). Auguste, après la bataille d'Actium fonda une colonie de vétérans à Falerio (5). Une partie des colons furent aussi établis dans la commune voisine de Firmum, à laquelle Auguste fit don des subsécives après l'assignation des lots. Une centaine d'années plus tard, les subsécives se trouvaient occupées par les propriétaires voisins, descendants ou héritiers de ces colons, par conséquent citoyens de Falerio comme eux. Les Firmiens prétendirent qu'elles leur appartenaient et l'affaire fut portée devant Domitien. L'empereur dans son jugement constata que, par une lettre, Auguste avait engagé les Firmiens à vendre leurs subsécives : comme ils avaient vraisemblablement suivi cette recommandation , ils ne devaient plus en être propriétaires depuis longtemps. Il déclara aussi que, quand même les terres en question n'auraient pas été vendues, l'antiquité de la possession équivalait à un titre de propriété pour les Falériens (6).

(1) n faut observer de plus que Vespasien ferma aux Italiens l'accès des légions (Moromsen, Hermès, XVI, 1884, p. 19); c'était une ressource qu'il enlevait aux citoyens peu aisés de la pénins'ule.

(2) Frontin, De controv, agr., p. 54 : « [Vespasianus] postquam legationum miseratione commotus est, quia quassabatur universus Italiae possessor, interroisit, non conccssit. » .

(3) Frontin, loc. cit., Hygin, De generibus controversiarum ^ p. 133.

(4) (C. /. L., IX, 5420 : Table do bronze trouvée à Fallerone (Falerio dans le Picenum). Voir les observations de Mommsen à la suite de l'inscription.

(5) Liber coloniarum, p. 227. Voir Mommsen, C. /. L., IX, p. 519.

(6) « Et vetustas litis, quae post tôt annos retractatur a Firniianis adversus Falerienses vehcmonter me movot, cum possossorum securitati vel minus multi anni sufficerc possint, et Divi Augusti diligentissimi et indulgentissimi erga quartanos sues (les Firmiens : voir C. /. L., p. 508) principis épis-

134 ESSAI SUR LR RÉGNE DE L*BMPBRBUR OOMITIBN.

II rendit ensuite un édit d'un caractère général, par lequel il assimila les subcésives à des biens soumis à Tusucapion et les concéda en toute propriété aux particuliers qui les détenaient depuis longtemps (1). Toute réclamation ultérieure du prince et des communes était ainsi écartée. « Par cet édit, » écrit Frontin (2), auteur contemporain, « Domitien délivra toute l'Italie de la crainte > que lui avaient causée les mesures de Yespasien et de Titus.

Cependant , la situation économique de Tltalie n'en resta pas moins très précaire. Ce fut autant pour venir en aide aux agriculteurs que pour essayer d'arrêter la dépopulation de l'Italie que Nerva projeta et que Trajan organisa les institutions alimentaires.

Des travaux publics importants furent entrepris en Italie par Domitien. A partir de Sinuesse, point où la voie Appienne s'éloignait de la côte pour se diriger vers Capoue et Bénévent, l'empereur fit construire une nouvelle voie jusqu'à Cumes, la voie Domitienne, qui en remplaça une autre très incommode et fort longue. Rome fut ainsi rapprochée du golfe de Naples, de Baies, la grande ville d'eaux, et de Pouzzoles, le premier port du monde. A cause des marécages et des sables mouvants qui bordaient la côte, on avait dû faire des soutènements, des jetées, des ponts. Le Vulturne, qui répandait au loin ses eaux, avait été endigué. Un arc de triomphe indiquait à Sinuesse le commencement de la route qui, à certains endroits était pavée de marbre (3). Dans une Silve entière (4), Stace décrit cette voie, qui est, à ses yeux, une œuvre aussi imposante qu'aurait pu l'êtrele percement de l'isthme

tula , qiia admonuit eos ut omnia subpsiciva sua colligerent et vendcrent ; quos tamen tam salubri admouitioni paruisse non dubito. Proptor quae possessorum jus confirme. » Cf. Siculus Flaccus, De condic, agr,, p. 163.

(1) Suétone, Domitien , 9 : « Subsiciva quae divisis per veteranos agris carptim superfuorunt , voteribus posscssoribus ut usu capta concessit. » Hygin, De generibus controv,, p. 133 : a Domitianus per totam Italiam subsiciva possidentibus donavit, cdictoquc hoc notum universis fecit. » Cf. Siculus Flaccus, De condicionibus agrorum, p. 163. Traité Agrorum quae ait inapectio, p. 284.

(2) De controv, agr,^ p. 54 : a Praestantissimus postca Domitianus ad hoc beneficiuro procurrit et uno edicto totius Italiao moturo liberavit. »

(3) Voir N. Bergier, Histoire des grands chemins de l'Empire romain, édition de 1728, I, p. 229. Desjardins. Table de Peuiingery p. 219 et suiv.

(4) Silves, IV, 3. Cf. préface du livre IV; IV, 4, 2. Voir aussi Dion Cassius, LXVII, 14 : « 'Ev toutc^ Tcp xp^'^^ ^ ^^^ ^ ^"^^ Sivoéaoric iç IIovTe^Xou; àyowra XCOoic ioTopéffOT). » En réalité, la voie nouvelle se terminait à Cumes :

fine viae recentissimo, qua moastrat veteres Apollo Cumas.

(Stace, Silves, IW, 3, 114).

L*ITALIB, LBS PROVINCES, l'aRMÉB. 135

de Corinthe ou du mont Athos. Il faut remarquer qu'elle fut construite pendant la période de terreur qui remplit la an du règne de Domitien (1). Môme alors , ce prince ne négligeait pas les intérêts de l'empire.

Domitien ât aussi , à la fin de sa vie , réparer la voie Latine. Stace nous apprend qu'il confia ce soin au sénateur Vitorius Mar-* cellus, auquel Quintilien dédia son Institution oratoire (2). — Quelques travaux publics furent aussi exécutés sur Tordre de l'empereur à Rimini (3).

Nous savons fort peu de choses sur l'état des provinces au temps de Domitien. Les auteurs anciens ne nous font presque rien connaître à ce sujet; les inscriptions qui pouvaient témoigner de la reconnaissance des provinciaux pour les bienfaits accordés par cet empereur, celles qui furent gravées en son honneur par des gouverneurs et d'autres fonctionnaires furent presque toutes détruites après sa mort. Les surnoms dos villes, les noms des provinciaux indiquent d'ordinaire le prince qui leur donna des privilèges, qui leur concéda le droit de cité ; mais comme Vospasien , Titus et Domitien s'appelaient tous les trois T, Flavius , il est difficile de faire la part de chacun d'eux. De plus, il est probable qu'un certain nombre de cités qui, sous Domitien, avaient reçu l'épithète de « Flaviennes » y renoncèrent après 96 (4).

Quelques modifications furent faites dans le régime administratif des provinces.

La Mésie , qui s'étendait auparavant de la Save à la mer Noire fut partagée en deux provinces, Supérieure à l'ouest, Inférieure à Test, séparées par le fleuve Ciabrus (5) (la Kibritza), et gouvernées Tune et l'autre par des consulaires (6). — Pline, dont VHistoire

(1) Dion Cassius , lac, cit. l\ continue en rapportant que cette année-là môme (t$ aÙT^ Ixei), Glcmcns fut mis à mort : or Clemens périt en 95. Le livre IV des SUves fut édité en 95 (cf. Silves, IV, 1 et voira ce sujet Friedlànder, Sittengeschichte^ III, 6' édit., p. 478).

(2) Stace, SUves, IV, 4, 60 :

et apaiia antiqaae mandat [Domitianus] renovare Latinae.

Vitorius Marccllus était alors curateur de la voie latine.

(3) C. /. L., XI, 368. Il s'agit probablement de la rectification du cours d'un ruisseau ; voir la note ajoutée à rinscription dans le C. /. L. — Voir encore C. /. L., XI, 428 : inscription sur un tîiyau de plomb servant de conduite d*eau, à Rimini.

(4) Voir plus loin pour Corinthe.

(5) Ptoléraée, III, 9, 1.

(6) Voir Marquardt, Staatsver\sfalturnj, I, 2* cdit., p. 303.

136 ESSAI SUR LE RÈGNE DE l'eMPEREUR OOMITIBN.

naturelle parut on 77 (i), ne parle point de cette division (2) ; elle n'existait donc pas alors. En 82, C. Vettulenus Civica Gerialis est indiqué dans un diplôme militaire comme légat de Mésie, sans épithète. Mais , dans le môme document, le légat de Tarmée de Germanie Supérieure est mentionné comme exerçant son commandement « in Germania » (3). On ne peut donc en conclure que la division n'était pas faite à cette date, ce qui est cependant très probable (4). — Il faut sans doute placer cette division à Tépoque des guerres daciques qui eurent lieu sous Domitien, de 86 à 89, et l'expliquer par la nécessité dans laquelle les Romains se trouvèrent de surveiller plus activement leur frontière du Danube. Une inscription du temps de Domitien (5) nous apprend que L. Funisulanus Vettonianus fut successivement (6) légat de Dal-

(1) Préface, 3.

(2) III, 149 : « Pannoniae jungitur provincia quac Mocsia appcllatur, ad Pontum usque.cum Danuvlo dccurrcns. Incipit a confluente supra dicto [celui de la Save]. »

(3) Ephemeris epigraphiCfi, IV, p. 496 (le 19 septembre 82) : « lis qui sunt in Germania sub Q. Corcllio Rufo ; item in ala et cohortibus... quae sunt in Moesia sub C. Vettuleno Civica Ceriale. »

(4) En 85 ou 86 (voir chapitre VI, Guerres de Dacie)^ Oppius Sabinus semble avoir été légat de la Mésie tout entière. Voir Jordanès, Geftca, XIII, p. 76, édit. Mommsen : a Cui provinciae tune, post Âgrippam, Oppius praeerat Savinus. » [Il s'agit ici de Fonteius Agrippa, légat de Mésie, tué au début du rogne de Vospasien par les Sarraatcs (Josèpho, Bellum judalcum, VII, 4, 3)].

(5) C. /. L., III, 4013 : a L. Funisulano, L. f, An{ien8i tribu), Veltoniano,., leg{&lo) pro pr{aetore) provinc{iae) Delmntiaej item provinc{iaé) Pannoniae, item Moesiae superioris^ donato [ab Imp{eratore) Caes{are) Domitiano AU' g{usto) Germanico] bello dacico coronis 1111, murali, vallari, classica, aurea, hastis puris llll, vex[il)Us lUl. La mention de Domitien et le martelage de son nom indiquent que l'inscription fut gravée avant la mort de ce prince, que, par conséquent, en 90, la division des deux Mésies était faite. — Voir aussi C. /. L. , XI, 571, autre inscription de Funisulanus Vettonianus : les termes sont identiques.

(6) Dans la première des inscriptions citées note 5, le cursus honorum est dans Tordre direct. Le mot itein n'indique pas ici (comme le veut Ûorghesi, Œuvres^ IX, p. 273), des fonctions simultanées, mais des fonctions successives : cf. C. /. L., III, 550 (inscription d'Hadrien); Gagnât, Cours d'épigraphie latine^ p. 9G, n. 2. De même, Q. Pomponius Rufus qualifié dans une inscription (C. /. L., VIII, 13) de « [l€g{atus) Aug]{usti) pro pra€[toré) provin- [c{iarum) 3f]oesiae, Daimati[iie], » fut successivement gouverneur de ces deux provinces ; voir C. /. L., III, p. 859, p. 863, ci Archàologisch.-epigraphis^ che Mittheilungen aùs Ocslerreich, XI, 1887, p. 25. — Dans la seconde inscription, le cursus liunorum est dans l'ordre inverse et cependant les trois légations sont indiquées suivant le même ordre que dans la première. Mais il faut observer que la Dalmatic, la Pannonic, la Mésie supérieure étaient toutes les trois des provinces impériales consulaires, que Funisulanus ne

L*ITALIB, LES PROVINCES, l'aRMÉE. 137

matie, de Pannonie, de Misie Supérieure. Mais on peut préciser davantage. En 84 et en 85 , il gouvernait la Pannonie (1). Il alla donc, après 85, en Mésie Supérieure, province dont il dût être le premier légat, et ce fut vraisemblablement en cette qualité qu'il reçut des récompenses militaires , lors d*une des deux guerres contre les Daces (2). Le premier gouverneur connu de la Mésie Inférieure est Q. Pomponius Rufus qui la gouvernait en 100 (3), mais elle est mentionnée dès Tépoque de Domitien (4).

La Galatie et la Cappadoce furent d'abord réunies sous Domitien, comme sous ses deux prédécesseurs, et gouvernées par un légat consulaire (5). Mais après Tannée 92, on voit en Galatie un légat prétorien, Sospes (6), et avant 93 , en Cappadoce , un autre

reçut pas d'autres gouvernements impériaux , et que peut-être les trois légations qu'il exerça se succédèrent sans aucun intervalle. Ces considérations suffisent à expliquer l'ordre chronologique suivi dans la seconde inscription.

(!) Ephem. epigr.^ V, p. 94 : diplôme militaire du 3 septembre 84; C. 1. L., III, p. 855 : diplôme du 5 septembre 85.

(2) Cf. encore, pour l'époque de la création des deux Mcsies, C. /. L.,

VIII, 9372 : «... donis don&to ab [ ] Germ(anico) corona aurea, [

halstis puris ditabus, [ ] bello germanico, [proc(uratori) Aug{u8ti)

M]oesiae Superio[ri8 ...]. Il s'agit peut-être de Domitien et d'une des deux guerres de Germanie de 83 ou de 89.

(3) C. /. L., III, p. 863. Archàol-epigr. Mitlh., loc. cit.

(4) Spârtien, Vie d'Hadrien, 2 : « Post hoc in Inferiorem Moesiam translatus, extremis jam Domitiani temporibus. »

(5) Voir Marquardt, Staatsverwaltung^ I, 2« édit., p. 361 et suiv. Perrot, De Galatia provincia, p. 100 et suiv. — A. Caesennius Gallus, sous Titus et au début du régne de Domitien, gouvernait à la fois la Galatie et la Cappadoce : voir une inscription d'Ancyre en Galatie, de l'année S2 (C. /. L., III, 312), et des monnaies de Césarée de Cappadoce (Mionnct, Supplément^ VII, p. 663, n*« 25 et 26). Une inscription d'Ancyre (C. /. L., III, 250) qualifie Ti. Julius Candidus Marins Celsus de leg[alu8) Aug{u8ti) pro piiaetore). Deux hypothèses sont possibles : a) Ce personnage put être légat prétorien de Galatie avant son consulat, c'est-à-dire avant 86 (C. 7. L., III, p. 857) : la séparation des deux provinces aurait été faite par conséquent entre les années 82 et 86; b) il put être légat consulaire de Cappadoce et de Galatie après son consulat; cette seconde hypothèse reculerait de plusieurs années la date de la séparation. La première est plus probable : voir n. 1 de la page 138.

(6) C. /. L., III, 6818 : «... Sos[pi]/i. fetiali, leg(alo) Aug{u8iorum) pro pr{aelore) provinc{iarum) Gal(a/iae), Pisid(tae), Phryg{iae)f Luc[aoniae), /«aur(iac), Pap/i/a<;\oniae), Ponli GaZat(ici), Ponti Polemoniani, Arm{eniaé).» Toutes ces povinces dépendaient do la Galatie. Il n'y a pas lieu, comme le supposait Mommsen, de suppléer, après provinc[iarum) le mot [Cappadociae], — Auparavant, comme nous l'apprend l'inscription, co personnage avait pris part, comme légat de la légion XIII Gemina, à l'expédition contre les Suèves et les Sarmates, qui eut lieu en 92 (voir chapitre VI). Le consulat

légat prétorien, C. Antius A. Julius Quadratus (1). Les deux provinces étaient donc séparées à cette époque. Elles furent réunies de nouveau à la fin du règne deDomitien : T. Pomponius Bassus les gouvernait en 95-96 (2), sans aucun doute comme légat consulaire.

M. Mommsen pense que la Thrace, auparavant province procuratorienne, reçut, sous Domitien, un légat impérial de rang protorien (3). Il s'appuie sur une table de bronze qui nous apprend qu'en 82, les vétérans de la colonie Flavia PacisDeultensium, en Thrace choisirent comme patron T. Avidius Quietus, légat d'Auguste (4), personnage qui fut plus tard consul (5). Ces mots c légat d'Auguste, » employés d'une manière absolue, semblent indiquer qu'il s'agit du gouverneur delà province dans laquelle se trouvait Deultum, Cependant, une inscription do Périnthe (6), datant do Tannée 88, mentionne un procurateur de Thrace, qui paraît avoir été alors le premier fonctionnaire de la province ; car l'inscription

n'étant pas indiqué sur cette inscription qui présente un cursus honorum complet, Sospes était prétorien à l'époque où elle fut gravée.

(1) Ce personnage fut consul suffcct on 93 (C. /. L., III, p. 859). Or ce fut avant son consulat qu'il fut légat de Gappadoce : voir Waddington, Fastes des provinces asiatiques, n* 114. Entre cette légation et son consulat doivent se placer son proconsulat de Crète et de Cyrène , et sa légation de Lycie. C'est pourquoi il est vraisemblable que la division des doux provinces fut faite avant l'année 86.

(2) Le nom de Pomponius Bassus se trouve sur des monnaies de Césarée de Gappadoce, avec l'effigie de Domitien, de l'an te' (15= 95-96) : voir Mionnet, IV, p. 412, n»34; Supplément, VU, p. 665, n»- 35 et 36. C'est certainement par suite d'une erreur qu'on trouve dans Mionnet une monnaie portant le nom de Pomponius Bassus et marquée de l'an 8 (88-89) do Domitien. Mionnet (IV, p. 412, n* 33, Supplément , VII , p. 665, n* 38) indique aussi des monnaies de ce légat datées de l'an iB' (14 = 94-95); mais c'est là, très probablement, une autre erreur. Voir Perrot, De Galat. pr., p. 111, n. 2; Waddington dans Mommsen, Elude sur Pline , p. 99, n. 1. — En même temps il gouverna la Galatie, comme l'indiquent d'autres monnaies frappées, il est vrai, sous Ncrva et Trajan, qui laissèrent à Bassus le commandement de CCS deux provinces (jusqu'en 100). Voir Mionnet, IV, p. 375 et suiv., p. 413; Supplément, VII, p. 632. Cf. C. I. L.. III, 309, 6896, 6897, 6899.

(3) Ephemeris epigr,, IV, p. 501.

(4) C. /. L., VI, 3828 : « [Avi]dio Quieto, leg{alo) Aug{usti), ornatissimo viro, [deferendum patrocinium] coloniac nostrae esse, »

(5) En 98, il fut légat impérial de Bretagne {Eph, epigr., loc, cit.),

(6) Dumont, Mélanges d'archéologie et d'épigraphie, p. 381, n* 72 a : « AOtoxpdTOpt Raîaapt Ao|jLiTtav(J> SeêaaTcj) repiLovixqi, x6 i5' OicdTC)), èiciTpoiCEvovTO; epà(i)xTjs K. OùeTTtôiov BàtrooM, etc. » — Cf. une inscription datant probablement du règne de Domitien , et mentionnant un « èin[T]pé[icoc Bp^xTic » {Bull. corr. hellén., IV, 1880, p. 607).

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dont il s'agit aurait très probablement indiqué le légat impérial, s'il en avait existé un à cette époque. Le premier légat de Thrace connu avec certitude est Juventius Celsus, sous Trajan (1).

En 92, le petit royaume de Chalcidène, dans le Liban, possédé auparavant par des princes Juifs, fut réuni à Tempire et rattaché à la province de Syrie (2). L'ère de Chalcis date de l'année 92 (3), et cette ville porte sur les monnaies le surnom de Flavienne (4). Il en fut sans doute de même du petit royaume d'Aréthuse et d'Emèse (5) : les premières monnaies d'Emèse ont été frappées sous Domitien (6).

C'est peut-être au règne de Domitien qu'il faut rapporter l'institution définitive des deux provinces de Germanie Inférieure et de Germanie Supérieure (7). Auparavant, les deux légats étaient désignés sous les noms de legatus pro praetore exercitus Germanici Inferioris et de legatus pro praetore exercitus Germanici Superioris, C'est encore le titre qui est donné à Gn. Pinarius Cornélius Clemens, légat en 74 (8). Ces légats possédaient aussi, il est vrai, l'administration civile sur les pays frontières où ils avaient le commandement militaire (9); cependant ils n'étaient pas, à proprement parler, des gouverneurs de provinces. Mais G. Octavius Tidius Tossianus L. Javolenus Priscus, qui était légat en Germanie en 90 (10), est qualifié, sur une inscription, de legatus consularis provinciae Germaniae Superioris (11) : c'est la plus ancienne mention épigraphique de ce titre qui soit actuellement connue (12). Il

(1) Borghosi, Œuvres^ III, p. 275. Mionnet, Spipplément^ II, p. 401, n«* 1187,

(2) Voir Noris, Epochae Syromacedonum, dans ses Opéra (édit. do 1729), II, p. 328 et suiv. Marquardt, Staatsvei-wallungt I, 2* édit., p. 401.

(3) Eckhel, III, p. 265.

(4) Mionnet, V, p. 144, 145; Supplément^ VIII, p. 115 et suiv.

(5) Marquardt, loc. ci7., p. 404.

(6) Mionnet, V, p. 227.

(7) Voir, à ce sujet, Asbach, Donnische Jahrbûchery LXXXVÎ, 1888, p. 128, et Wesldeutsche Zeitschriftf III, 1884, p. 11; Riese, Forschungen zur Geschichte der Rheinlande in der Rômerzeity p. 23.

(9) Voir Dosjardins, Géographie de la Gaule romaine^ III, p. 173 et suiv.; Mommsen, liômische Geschichte, V, p. 108 etsuiv^

(10) Ephemeris epigr., V, p. 6r)2 : diplôme du 27 octobre.

(11) C. /. L., îll, 99C0.

(12) Dans Suétone {Domitien^ 6), L. Antonius Saturninus, légat en 88, est qualifié de « Superioris Germaniae p?*aeses. » Tacite {GermaniCy 29) dit, en parlant de l'annexion définitive des Champs décumatos, qui eut lieu probablement sous Domitien : u Mox limite acto promotisque praesidiis sinus

est possible que la reconnaissance officielle des deux Germanies comme provinces (1) ait suivi Fannexion d'importants ten^itoires sur la rive droite du Rhin , lors de la guerre cattique de 83, territoires qui furent rattachés à la province de Germanie Supérieure (2).

En Bretagne, nous trouvons pour la première fois, sous Domitien, un juridicus provinciae Britanniae. C'est Javolenus Priscus (3) qui le fut avant le 27 octobre 90, date à laquelle il était légat de Germanie Supérieure (4); entre ces deux fonctions, l'une prétorienne, Tautre consulaire, doit se placer le consulat de Javolenus Priscus (5). — M. von Domaszewski (6) et moi (7) avons montré que C. Salvius Liberalis Nonius Bassus, qui vécut à l'époque flavienne , avait été aussi juridicus de Bretagne. Cette fonction est désignée dans l'inscription de Salvius Liberalis (8) par les mots : legato Augustorum [provin ou iuridi]c(iae ou o) Britann{iae). M. von Domaszewski pense que le mot Augustorum désigne Domitien et Nerva , et suppose que la création de la fonction de juridicus en Bretagne a été la conséquence du départ de la II Adjutrix, qui cessa d'appartenir à l'armée de cette province sous le règne de Domitien. Mais je crois que psiv Augustorum il faut plutôt entendre Vespasien et Titus (9) : la création des jun-

imperii et pars provinciao habentur. » Mais ces textes ne prouvent pas grand'chose, car, avant Domitien, on se servait déjà du mot provincia dans Tusage courant pour désigner le territoire romain des bords du Rhin : voir Pline TAncicn, Hist. naf., XXXIV, 2 : a in Germania provincia. »

(1) n est, en effet, à croire que la Germanie Inférieure devint province en mémo temps que la Supérieure. La plus ancienne inscription connue d'un legatus pro praetore provinciae Germaniae Inferioris date d*Hadrien (C. /. L., V, 8T7).

(2) Voir plus loin, chapitre VI : Guerres du Rhin.

(4) Vovr plus haut, p. 139.

(5) Peut-être en 87 : voir Klein, Fasti consulareSy p. 49.

(6) Rheinisches Muséum, XLVI, 1891, p. 599 et suiv.

(7) Mélanges de l'Ecole française de Rome, VIII, 1888, p. 69 et suiv.

(9) Titus et Domitien sont «exclus par le fait que Salvius Liberalis était à Rome quelques jours après ravcnemont de Domitien (C. /. L., VI, 2060). Si Salvius Liberalis avait été juridicus de Bretagne en 96, sous Domitien et Nerva, il serait devenu consul sous Nerva au plus tôt, et il n'aurait pu être désigné par le sort au proconsulat d'Asie (voir C. /. L., IX, 5533) que vers 110 : c'est peut-être prolonger trop la vie de ce personnage qui ne devait déjà plus être jeune en 73. quand il fut mis au rang des anciens tribuns (il avait été auparavant quatre fois quinquennalis à Urbs Salvia), et dont toute mention disparaît après l'année 101.

L*ITALIBy LBS PROVINCES, L*ARMÉE. 141

dici en Bretagne ne pourrait pas , dans ce cas i être attribuée à Domitien.

Dai^s la province impériale d'Espagne Citérieure, gouvernée par un légat consulaire, il y avait, dès Tépoque d'Auguste (1), un légat prétorien placé sous les ordres du gouverneur et investi d'attributions civiles dans la partie centrale de la province. A la fin du premier siècle, il était appelé, soit simplement legatxis Hispaniae Citerions (2), soit juridicus Hi^paniae Ciierioris Tarraconervis (3). Au second siècle, on trouve dans la même province un autre légat de l'empereur portant le titre de juridicus per Asturiam et Callaeciam (4). Il est diflBcile de dire quand cette fonction fut instituée. M. von Domaszewski (5) pense qu'elle le fut à la suite du départ définitif d'une des deux légions d'Espagne, lors de la révolte de Saturninus, en 88 ; .mais cela n'est pas prouvé.

Domitien veilla k la bonne administration des provinces. « Il le fit, » dit Suétone (6), « avec tant de zèle que jamais les gouverneurs ne se montrèrent plus honnêtes ni plus justes. » Sous Nerva et Trajan , ils cherchèrent à se dédommager : plusieurs provinces, en particulier la Bithyuio, turent pillées par des pro-

(1) Strabon, III, 4, 20.

(2) C. /. L., V, 6974 et suiv.

(3) C. /. L., XII, 3167. Il s*agit d'un personnage qui paraît avoir été tribun militaire vers 86 ou en 89 : il dut donc être juridicus sous Nerva ou au début du régne de Trajan.

(4) Mommsen, Ephem, epigr.^ IV, p. 224.

(5) Rheiniêches Muséum, XLV, 1890, p. 10.

(6) Suétone, Domitien, 8. — Pline {P&nég, 70) fait sans doute une allusion malveillante à cette sévérité si louable de Domitien. Il félicite Trajan d'avoir recommandé aux élections un personnage qui s'était bien acquitté de ses devoirs de questeur provincial , et il ajoute : c te dignum qui de magistratibus nostris somper haec nunt|es , nec poenis malorum , sed bonorum praemiis bonos facias! » Voir aussi tiilius Italiens, Punica, XIV, 686 et suiv. :

At ni cara Tîri, qui nano dédit otia mondo, eflSrenam areeret popalandi oancta fororem , nadassent ayidaa terras fretamque rapinae.

On voit d'ordinaire, dans ces vers, une allusion à Nerva (Teuffel-Schwabe, Gêschichle der rômischen Literatur, § 320, 3; Cartault, Revue de philologie, XI , 1887, p. 13) : mais nous pensons qu'il y a plutôt là une flatterie à l'adresse de Domitien. A la fin du régne de ce prince, il n'y eut plus de guerres, et les bienfaits de la paix furent célébrés par Martial et par Stace (voir chapitre VIII, au début). Sous Nerva, au contraire, les Romains eurent à combattre sur le Danube et sur le Rhin. D'autre part , Domitien veilla mieux à la bonne administration des provinces que Nerva, qui voulait ménager l'aristocratie sénatoriale. Les vers do Silius s'appliquent donc plus justement à lui.

142 ESSAI SUR LE RÈGNE DE l'eMPERBUB DOMITIBN.

consuls peu scrupuleux (I). Ces scandales semblent avoir été plus rares sous le dernier Flavien. Il y eut cependant, en 93 (2), un procès qui fit grand bruit, celui de Baebius Massa, ancien gouverneur de Béligue, accusé de malversations. Massa était un délateur fort connu (3). Tacite dit de lui, en racontant les événements de Tannée 70 (4) : « cet homme ; dès lors le fléau des gens de bien, et dont le nom reviendra souvent parmi les auteurs des maux que nous réservait l'avenir. » Le prince qui se servait de lui , le sacrifia cependant aux provinciaux. Il permit au Sénat d'accorder contre lui une enquête, puis de le condamner à payer des dommages-intérêts à ses victimes (5). — Il ne serait pas impossible aussi que Marins Priscus, proconsul d'Afrique, et Caecilius Classicus, proconsul de Bétique, qui commirent de graves exactions pendant leur gouvernement provincial, aient été proconsuls à la fin du règne de Domitien (6). Us ne furent jugés par le Sénat que sous Trajau, en 100 et en 101 (7).

Quelques hommes de mérite reçurent, sous Domitien, des gouvernements de provinces. Le célèbre jurisconsulte C. Octavius Tidius Tossianus L. Javolenus Priscus fut légat do Germanie Supérieure,et peut-être de Syrie, Arrius Antoninus, aïeul maternel de l'empereur Antonin, Sex. Julius Frontinus, auteur du Traité des Aqueducs et d'autres écrits, proconsuls d'Asie. — Malgré son caractère méfiant, Domitien donna successivement L Fuuisulanus Vettonianus les gouvernements de Dalmatie, dePannonie, de Mésie supérieure , et le laissa peut-être parvenir ensuite au proconsulat d* Afrique. G. Antius A. Julius Quadratus devint légat

(1) Suétone, Domitien, 8. — Voir de la Berge, Tr^'an, p. 126 et suiv.

(2) Au mois d'août 93, lors de la mort d'Agricola, Massa était déjà accusé (Tacite, Agricola , 45). Nous aurons à reparler de ce procès au chapitre IX.

(3) Sidoire Apollinaire, Lettres, V, 7. Juvénal, I, 35 et le scoliaste, qui cependant commet des erreurs.

(4) Histoires, IV, 50. — Martial (XII, 29, 2} dit que Massa était un voleur.

(5) PHne, Lettres, VI, 29, 8; VII, 33.

(6) Ils furent proconsuls dans la même année (Pline le Jeune, Lettres, III, 9, 2). Un passage de Pline pourrait à la rigueur indiquer, comme le croit M. Guiraud {Les assemblées provinciales dans l'empire romain^ p. 18ô, n. 4) que Tenquéte contre Classicus était déjà commencée sous Domitien (III, 9, 31) : « [Norbanus, chargé de Tenquéte,] homo alioqui flagitiosus et Domitiani temporibus usus ut multi, eloctusque tune a provincia ad inquirondum, non tamquam bonus et fidelis, sed tanquam Classici inimicus. i» Mais le mot tune peut désigner seulement ici l'époque à laquelle fut instruit le procès dont parle Pline dans cette lettre, non l'époque de Domitien.

(7) Mommsen, Etude sur Pline le Jeune, traduction Morel, p. 9 et 13.

L'ITALIE, LB8 PROVINCBS, L*ARtfÉB. 143

de Gappadoce, proconsul de Crête et de Gyrëne, légat de Lycie et de Pamphylie. Agricola ne fut rappelé de Bretagne qu'après sept années de commandement (1).

Pline le Jeune semble dire que les députations des provinces et des cités avaient difficilement accès auprès de Domitien (2). Le seul texte qui nous apprenne quelque chose sur ces députations nous montre, au contraire, Tempereur accueillant les réclamations de la province d*Âsie lors de l'édit sur la plantation des vignes (3). — En 83, il présida personnellement les opérations du recensement en Gaule (4).

On a retrouvé, en 1851, près de Malaga, deux tables de bronze (5) gravées entre 82 et 84 (6), qui contiennent une partie de la constitution du municipum Flavium MalacUanum (Malaga) et du municipiam Flavium Salpensanum (Salpensa). Ces communes, avec toute TEspagne (7), avaient été dotées du droit latin (8) par Vespasien , mais leur condition ne fut définitivement réglée, comme nous rapprennent ces tables, qu'au début du règne de son second âls.

L'assemblée* du peuple, composée de tous les citoyens, élit les magistrats : duumvirs, édiles, questeurs. La liberté et la sincérité des élections sont garanties par des dispositions minutieuses. — Les magistrats administrent le municipe avec l'assistance d'un sénat ou conseil des décurions. Les attributions des duumvirs sont très étendues : ils convoquent et président l'assemblée du peuple et le sénat, gèrent les finances, adjugent les travaux pu-

(1) Sur tous ces personnages, voir l'appendice II.

(2) Panég. , 79.

(3) Philostrate, Vie des sophistes, I, 21, 12; cf. Vie d* Apollonius , VI, 42. Voir plus loin.

(4) Frontin, Stratagèmes , I, 1, 18.

(5) C. /. L., II, n*' 1963 et 1964, p. 253-262, oU se trouve la bibliographie de la question. Je n'insisterai pas sur ces tables; les dispositions qu'elles renferment ont été souvent étudiées; de plus, elles ne se rapportent pas spécialement à l'époque de Domitien. Voir surtout Mommsen, Die Stadtrechte der lateinischen Gemeinden Salpensa und Malaga in der Provinz Baelica, dans les Abhandlungen der kôniglich^sàchsischen fiesellschaft der Wis^ senschaften, II, p. 398 et suiv.

(6) Elles sont antérieures à l'année 84, à partir do laquelle Domitien porte toujours sur les monuments le surnom de Germanicus , qi^on n'y lit pas. Mais elles ne roioontcnt pas tout à fait au début du régne ae Domitien, car elles mentionnent des édits antérieurs rendus par ce prince (Loi de Malaga, 22 et 23).

(7) Pline l'Ancien, H. N., III, 30.

(8) Voir Hûbner, C. /. L., II, p. 261-262.

144 ESSAI SUR LB RÈ6KB DE L^EMPEREtlR DOMITIEK.

blics. afferment les propriétés communales, recueillent les revenus ordinaires ou extraordinaires, infligent des amendes, jugent les procès civils jusqu'à un taux déterminé, ont la juridiction volontaire. — Leur pouvoir est limité, non par l'intervention du gouvernement central , mais par le droit d'intercession que chaque magistrat peut exercer à Tégard de son collègue , par le droit de contrôle et, dans certaines circonstances, de cassation que possède le conseil dos dccurions , par la menace d'amendes perçues au proQt de la commune , par l'obligation de fournir caution , enfin, par la courte durée des charges qui sont annuelles et ne peuvent être conférées de nouveau au même personnage qu'après un Intervalle de cinq ans. — Le conseil des décurions peut élire librement des protecteurs du municipe ou patrons. — Nulle part, dans ces lois, n'apparaît le gouverneur de la province (1). Quant h Tempereur, il peut être duumvir du municipe, et dans ce cas, il se fait remplacer par un préfet unique dont les attributions sont celles des duumvirs ordinaires, mais, lui-même, il est élu comme les autres magistrats : la commune implore son intervention, il ne l'impose pas. — Le pouvoir impérial cherche même à stimuler le zèle des citoyens pour les intérêts de leur ville, en concédant le droit de cité romaine aux magistrats sortis décharge, ainsi qu'à leurs père, mère, femme, enfants légitimes.

On ne doit pas faire honneur à Domitien de ces dispositions appliquées avant lui à toutes les communes de droit latin, et, en grande partie aussi, aux communes romaines. Mais on peut s'étonner qu'un prince si autoritaire n'ait pas cherché à les détruire, qu'il les ait même propagées. C'est que les libertés municipales s'exerçaient dans des territoires très restreints ; elles n'avaient rien de commun avec les affaires politiques que le pouvoir central se réservait ; elles permettaient à beaucoup d'hommes nouveaux de s'initier aux affaires administratives et d'exercer ensuite des fonctions publiques. Elles ne pouvaient donc porter ombrage à cet empereur.

 une autre extrémité du monde romain, dans les cités grecques d'Asie Mineure, la vie municipale était alors fort active. De graves débats s'y élevaient, surtout au sujet de la gestion des deniers publics : les passions éclataient avec tant d'ardeur qu'elles

(1) Au gouverneur étaient cependant réservés le jugement des affaires criminelles et celui des procès civils à partir d*un taux déterminé. Il avait aussi une haute surveillance en matière financière.

L*ITALIE, LBS PROVINCES, l'aRICÉB. 145

amenaient souvent des troubles (1). Ces villes envoyaient à Tempereur des députés pour lui adresser des réclamations dont il était tenu compte (2). Elles se montraient âëres de leur passé et de leurs privilèges, fort susceptibles, jalouses les unes des autres (3)| sans que cette vitalité bruyante excitât les défiances du prince.

G*est cependant sous Domition qu'on trouve la première mention épigraphique des curateurs des cités. On lit en efifet dans une inscription déjà mentionnée plus haut (4) : ... Sos [pi\ti^ fe^ tiali^ leg(alo) Aug(usti) pro pr{aetore) provinc{iarufn) Gal{atiae)^

donat(o) don(is) militarib{us) expedit{ione) Suebic{a) et Sar-

m{atica)f cor{ona) mur{ali), cor{ona) vall{ari)j cor(ona) aur{ea)f hast{is) pur{is) trib(us)y vexill{is) trib{tjis)f curat(ori) colonior{um) (5) et municipior(um)^ praeifscto) frum(ento) dand(o) ex s{enatus) c(onsulto)j prctetorij aed(Ui) curul(i)^qu{aestori)Cret{ae)et C[yrlenarum)], trib(uno) leg{ionis XXI [7] Primigen(iae), III vir{o) a{uro)^ a(rgento)

a(ere) f{lando) f{eriundo) Gomme on le voit, le cursus kono-

rum est dans Tordre inverse. La guerre suévo-sarmate ayant eu lieu en 92, ce fut avant cette date que Sospes exerça, en qualité d'ancien préteur, la fonction de curator coloniarum et municipiorum. Il ne s'agit pas , semble-t-il , d'un curateur semblable à ceux que nous rencontrons plusieurs fois dans les cités à une époque antérieure. Par exemple, en 20, le Sénat ât élever à Smyrne un temple et nomma à cet effet un curator templi (6). Vespasien fit construire un édifice à Noie et confia la sur-

(i) Voir Dion Ghrysostome, Discours, 39, 40, 43, 45, 46, 47.

(2) Philostrate, Vie des Sophistes, l, 21, 12; Vie d'Apollonius^ VI, 42.

(3) Dion Ghrysostome, Discours , 33, 34, 41. — En Bithynie, Nicée reçut, sons Donatien, le droit de s'appeler icpcorv) . titre indiquant la place que devaient occuper les représentants de la ville dans la procession du culte provincial (Beurlier, Essai sur le culte rendu aux empereurs romains^ p. 111), et que Nicomédie, qui portait déjà celui de |iv)Tp6ico>ic, reçut aussi. Les Nicomédiens se montrèrent fort émus do la faveur faite aux Nicéens, et Dion prononça un discours pour les apaiser [Discours^ 38). Après Domitien, Nicée perdit ce titre de ic{><oty). Voir Marquardt, Staatsverwallung^ I, 2*édit., p. 355, n. 8; Eckhel, II, p. 427 et p. 430.

(4) C. /. L., III, 6818 et ici, p. 137, n. 6. Cf. Degner, Qu&estionis de curatore reipublicae pars prior (1883), p. 14. Il me semble difficile, vu l'absence complète de témoignages épigraphiques de faire remonter plus haut que la fin du premier siècle cette institution des curateurs, comme le veulent Kuhn {Verfassung des rômischen ReictiSp I, p. 37) et Herzog {Geschichte und System der rômischen Staatsverfassung, II, partie I, p. 309, n. 1).

(5) Sic.

(6) Tacite, Annales, IV, 56.

146 BSSAI SUR LE RÈGNE DE L^BMPBRBUR DOMITIBN.

veillance des travaux à un ancien magistrat de la ville, qui est qualifié sur une inscription de « curatori oper(um) publicor{um) dato a Divo Auglusto) Vespasiano (1). » En effet, remploi des fonds que TEtat fournissait pour une destination spéciale devait être contrôlé par des agents qu'il nommait lui-même (2). — Mais dans notre inscription, il s'agit d'un personnage prétorien qui est qualifié d'une manière absolue de t curator. » Il doit être assimilé aux curaiores rei publiccte qu'on trouve en grand nombre à une époque postérieure, curateurs chargés de surveiller d'une manière générale les finances municipales et exerçant souvent cette surveillance dans plusieurs cités à la fois (3).

Cette institution nouvelle des curateurs, nommés par le prince , est assurément une atteinte portée aux libertés municipales. Mais il faut observer que le curateur n'a en général qu'une compétence financière ; de plus , il ne se substitue pas aux magistrats dans la gestion de la fortune publique , il se contente de les surveiller. Il autorise ou interdit telle recette, telle dépense; il vérifie les comptes; mais il ne prend point part à l'administration. Si la nomination d'un curateur enlevait à une cité le droit de disposer librement de ses revenus , elle l'empêchait de se ruiner ; elle était un remède et une garantie contre l'incapacité ou les malversations des magistrats. Loin d'être considérée comme une mesure tyrannique prise pour étouffer la vie municipale, elle dut être souvent souhaitée, sollicitée même parles communes (4). D'autre part, il est certain que l'institution de curateurs en Italie et dans des provinces sénatoriales était une atteinte portée aux droits administratifs du Sénat : ce qui ne doit pas étonner de la part de Oomitien.

Le droit de cité fut accordé libéralement aux provinciaux par les empereurs flaviens, ainsi que le témoigne la grande diffusion du nom de T. Flavius, surtout en Orient et en Afrique (5). Le grand développement de la tribu Quirina dans l'emipire se ratta-

. (2) Voir, à ce sujet, C. Juliian, Les transformations politiques de Vltalie sous les empereurs romains^ p. 105. — Les deux consulaires qu'après l'incendie du Vésuve Titus nomma curatores restituendae Campaniae (Suétone, TituSy 8. Dion Cassius, LXVI, 24) doivent être rapprochés des curatores viarum^ aguarum, etc., sauf qu'ils reçurent une mission extraordinaire.

(3) Voir, par exemple, C. /. L., XIV, ^3993; Wilmanns, Exempta, 1213,

1215, etc.

(4) JulUan, loc. cit., p. 110 et suiv.

(5) Voir les indices du C. /• L., III, p. 1074 , et VIII, p. 999; du C. /. G., p. 133.

t'iTALlB, LB8 FROVINGBS, l'aRHÈB. 147

che aussi en partie à la dynastie Flavienne (1) qui appartenait à cette tribu , comme déjà du reste Claude et Néron (2). A l'égard de la collation du droit de cité, il est très probable que Domitien suivit la politique de son père Yespasien (3). Des efforts furent faits pour bâter la romanisation des pays encore k demi-barbares : en Bretagne , ce f ut , au dire de Tacite , une des pi-éoccupa*tiens d'ÂgricoIa (4); en Pannonie, en Mésie, en Thrace, des fondations de colonies, de municipes répandirent les mœurs et les institutions romaines ou grecques (5). En 88, une des deux légions de la Tarraconaise semble avoir quitté définitivement ce pays où la domination romaine n^avait plus rien à craindre (6).

Le nombre des provinciaux faisant partie des deux premiers oiv dres de TEtat et appelés à exercer les fonctions, les magistratures les plus considérables de TEtat semble s'ôtre beaucoup accru à cette époque. Vespasien en avait fait entrer un grand nombre dans la curie (7), d'autres s'élevèrent par la voie ordinaire des honneurs. Trajan et Q. Valerius Vegetus, originaires de Bétique, furent consuls en 91 (8); L. Licinius Sura et L. Minicius Natalis, originaires de Tarraconaise (9) firent une partie de leur carrière sous Domitien (10); L. Helvius Agrippa, indiqué comme pontife

(1) Kabit8chek| De Rom&narum tribuum oHgine ac propagutionê, p. 122- 124. Principalement en Afrique (Kubitschek, Imperium romànum tributim discriptum, p. 136), où un grand nombre de communes sont inscrites dans cette tribu, quoique, pour un certain nombre d'entre elles, Tinsoription dans la tribu Quirina puisse remonter à Claude (Kubitscbek, De Romanarum, p. 200, n. 741). — En Pannonie, les municipes d'Andautonia et de Latobicorum (Kubitschek, Imperium, p. 226 et 227) ont pu être inscrits dans la tribu Quirina à l'époque flavienne. — Pour les communes espagnoles, pour &olva dans le Norique , pour Siscia en Pannonie , pour Icosium en Mauretanie, l'inscription dans la tribu Quirina date certainement de Vespasien (Kubitscbek, Imperium, p. 169 et suiv., 164, 224, 229).

(2) Kubitschek, loc. cit., p. 118-122.

(3) Voir Schiller, Geschichte der rômischen Kaiserzeit, I, p. 514, n. 3.

(4) Voir chapitre VI (Querres de Bretagne).

(5) Mommsen, Rômische Geschichte, V, p. 193 et suiv.

(6) Voir chapitre VII.

(7) Suétone, Vespasien, 9» — Voir Bloch , De decretis functorum magisiratuum ornamentis, p. 139 et suiv.

(8) Klein, Fasti consulares, p. 49-50. Pour la famiUe de Valerius Vegetus, voir C. /. L., II, 2074, 2076, 2077.

(9) Pour Sura. Martial, I, 49, 40; C. /. L., II, 4508, 4536, 6148. Pour Minicius Natalis, C. i. L., II, 4509; Uûlsen, Rômische Miltheilungen ^ III, lii88, p. 84 et suiv.

(10) Sura fut consul en 102 pour la seconde fois : voir Klein^ loc, cit,^ p. 54.

vers 82-83 (1), était aussi d'une famille espagnole (2), ainsi que Marius Priscus(3) qui fut proconsul d'Afrique, peut-être à la fin du règne (4), et par conséquent consul sous Domitien (5). Yalerius Paulinus, qui dut recevoir des honneurs sous ce prince (6), semble avoir appartenu à une famille de Fréjus (7), dans la Gaule Nar> bonnaise. T. Aurelius Fulvus, préfet de la ville au tenjps de Domitien, était de Nimes (8), comme aussi probablement T. lullus Mazimus Ma [...?] Brocchus, personnage prétorien (9). C. Antius A. Julius Quadratus, consul en 93, gouverneur de plusieurs provinces orientales (10), était né à Pergame (1 1). Caecilius Glassicus, qui fut peut-être proconsul de Bétique à la fin du règne do Domitien (12), était africain (13). Le fait que Trajan décida que les candidats aux magistratures devraient justifier du placement du tiers de leur patrimoine en immeubles italiens (14) atteste qu'un assez grand nombre de provinciaux faisaient alors partie de la curie.

Des provinciaux se faisaient un nom dans la littérature : parmi les compatriotes de l'espagnol Martial , on peut citer le rhéteur Quintilien, Canins Rufus, poète et historien (15), le jurisconsulte Maternus(l 6), l'avocat Licinianus(17),le philosophe Decianus(18).

Le titre de « Flavium^ Flavia, » qu'un certain nombre de villes

(1) Voir plus haut, p. 80.

(3) Pline, Lettres, III, 9, 3.

(4) Voir plus haut, p. 142.

(5) Peut-être en 87 : voir Klein, loc. cit., p. 49.

(6) Il était consulaire vers 103 (Pline, Lettres, IV, 9, 20).

(7) Voir Mommsen, Index de Pline le Jeune , dans l'édition Keil.

(8) Voir p. 65.

(10) Waddington. Fastes des provinces asiatiques, n* 114. Il faut remarquer qu'il fit toute sa carrière en Orient.

(11) C. /. G., 3549. C. /. L,, III, 7086. Voir Waddington, loc. cit.

(12) Voir plus haut, p. 142.

(13) Pline, Lettres, III, 9, 3. — Un personnage qui fut introduit dans le Sénat (sans doute allectus inter praetorios) par Vespasien et Titus est qualifié, sur une inscription de Constantine (C. /. L., VIII, 7057), de co{n)s{uli) ex Afric[a p]rimo. Borghesi {Œuvres, VIII, p. 559) pense qu'il s'agit de Q. Pactumeius Fronto, consul suffect sous Titus en 80, mais la chose n'est pas certaine.

(14) Pline, Lettres, VI, 19.

(15i Martial, I, 61 ; III, 20.

(16) MarUal, X, 37.

(17) Martial, I, 49 ; I, 61 ; probablement aussi IV, 55.

(18) Martial, I, 8 ; 1 , 61.

l'italie, les proyingbs, l'armée. 149

portent sur des inscriptions et sur des monnaies, remonte, pour plusieui'S d'entre elles, au règne de Domitien, et rappelle soit la fondation d'une colonie , soit l'octroi du droit romain ou latin, soit d'autres privilèges ou bienfaits. Nous citons ici celles qui ont reçu ou peuvent avoir reçu ce surnom de Domitien (1) :

Dans les Champs décumates (rive droite du Rhin), Arae Flaviae (Bwfxol ^Xauiot), aujourd'hui Rottweil (2).

En Germanie Supérieure, Flavia Nemetum (3), désignant la civitas des Nemètes dont le chef-lieu était Noviomagus (Spire).

En Helvétie, la Colonia Pia Flavia Gonstans Emerita Helvetiorum foederata (4), désignant tout le pays des Helvètes (civitas Helvetiorum) (5).

En Pannonie, le municipium Flavium Scarbantia (GEdenburg sur le lac Neusiedel) (6), le municipium Flavium Neviodunum (Dernovo) (7), la colonia Flavia Sirmium (Mitrovitz) (8).

(1) Nous savons, en effet, par Pline, dont l'Histoire naturelle parut en 77, ou par les monnaies, qu'un certain nombre d'entre elles prirent ce titre sous Vespasien. Par exemple , en Espagne , on trouve beaucoup de municipia, Flavia^ nom remontant certainement à Vespasien, qui conféra le droit latin à toute la contrée. Pour Flaviobriga en Tarraconaise , voir Pline, H, n., IV, 110; pour Solva dans le Norique, Pline, III, 146; pour Siscia en Pannonie , C. /. L., III, p. 501 ; pour Deultum et Flaviopolis en Thrace , Pline, IV, 45 et 47 (cf. Eubitschek, Imperium , p. 239, n. 348); pour Philadelphie en Lydie, Mionnet, IV, p. 101, n' 557; pour Flaviopplis en Cilicie, Eckhel, III, p. 56; pour Samosate en Commagène, Eckhel, III, p. 253, et Marquardt, Sta&tsverwaltung^ I, p. 399; pour Gésarée en Samarie, Pline, V, 69; pour Neapolis en Samarie, Mionnet, V, p. 499, n* 69; pour Emmaûs (Flavia Nicopolis), Josèphe, Guerre de Judée, VII, 6, 6. — Le nom Flavia Aeduorum (Autun en Gaule) date de l'époque de Constantin : voir Brandt, Eumenius, p. 23.

(2) Table de Peutinger, édition MiUer, Segment IV, 1. Ptolémée, II, 11, 15. Voir plus loin, chapitre VI.

(3) Zangemeister, Bonnische Jahrbûcher, LXXVI, 1883, p. 87 et suiv. (inscription de Seligenstadt): a... L.Gellius, L, f,» Flavia Celeranus Nemes.., » Cf. Henzen, Annali delV Instituto, LVII, 1885, p. 260.

(4) Mommsen, Inscriptiones confoederationis Helveticae, n*» 175 (Aventicum y a été interpolé), 179.

(5) Mommsen, Hermès, XVI, 1881, p. 479.

(6) C. J. L., III, p. 533, n- 4192, 4243.

(7) C. i. L.. III, p. 498, n- 3919.

(8) C. /. L., III, p. 418, n« 753; X, 3375; Ephem, epigr., IV, 891, ligne 21; 894 b, ligne 13. — Mursa est une colonie d'Hadrien (C. /. L., III, p. 423) et appartient à la tribu de cet empereur, la Sergia (Kubitschck, Imperium romanum iributim discriptum., p. 227). C'est donc probablement par erreur (comme le pense Kubitschek, loc, cit.) qu'elle est qualifiée de Fliavia) Mursa sur une inscription de Rome (Eph. epigr,, IV, 894 6, ligne 8).

150 B88AI 8UR 1.8 RÈOMB M l.*BIIPIiRBirR DOMITIBM.

En Dalmalie, le municipium Flavium Scardona (1).

En Mésie, la colonia Flavia Scupi (Kôutschewitsch) (2).

En Tbrace, Philippopolis est qualifiée de Fl(ayia) sur une inscription (3). Les premières monnaies impériales de cette ville datant de Domitien et de Tannée 88 (4) ; leur légende est bilingue : Imp{erator) Caes(ar) Domit{ianus) Aug{uslus) Germ{anicus)f a){ny s{ul) XIIII^ cens(or) per(petuibs), p(ater) p{atr%aé). — i^ : OcXinnoiro- ^(thdv (5). Domitien accorda peut-être le droit de cité romaine aux habitants de Philippopolis (6).

En Achaïe, Gorinthe s'appelle, sous Domitien, Colonia Julia Flavia Augusta Gorinthus (7). Gette épitbëte de Flavia s'explique par le revers de quelques monnaies frappées dans celte ville sous le règne de cet empereur; on y lit : perm(issu) Imp{eratori8) (8). Yespasien avait enlevé à Gorinthe le droit de battre monnaie et Titus avait maintenu cette interdiction (9); Domitien la leva. Après la mort de Tempereur, Tépithète de Flavia disparut (10).

En Bithynie, Gratia Flaviopolis (il).

En Galatie, Ancyre (12).

(1) C. L L., III, p. 365, n* 2802.

(2) C. /. L., VI, 3205; C. J. L., III, Supplément, p. 1460. — En Dacie, le municipium Drobeta (prés de Tum-Severin) date d'Hadrien (Kubitscbek, Imperium , p. 230) : c'est peut-être à tort que dans l'inscription C. /. L., III, 8017, on a lu mun(icipii) Fl{àvii).

(3) Eph. epigr., IV, 894 b, ligne 3.

(4) Eckhel, II, p. 42.

(5) Mionnet, I, p. 415, n*' 340, 341; Supplément, II, p. 444, n'* 1423, 1424.

(6) P,bilippopolis eut cependant sous l'empire une constitution grecque : C. /. 6., 2047 et suiv.

(7) Voir Eckhel, II, p. 241. Mommsen, Histoire de la monnaie romaine, traduction de Blacas, III, p. 339, n. 5. Mionnet, II, p. 178. n** 222, 223 ; Supplément, IV, p. 75 et suiv., n" 503, 504, 510, 511, 512, 514. Cohen, Domitien^ 690, 695, 697 et suiv. Catalogue of the greeh coins in the British Muséum , CoHnth, p. 72-73.

(8) Mionnet, II, p. 177, n- 218; p. 178, n- 219, 220, 221 ; Supplément, IV, p. 78, n« 521. Cohen, Domitien, 687, 711, 712. Etc.

(9) En effet, on n'a pas de monnaies de Corinthe sous Vespasien et Titus.

(10) Sur une seule monnaie de Trajan, on lit a Col(onta) Jul(ia) L{aus) Aiugusta) Fl{avia) Cor{inthus) : Mionnet, Supplém,, IV, p. 79, n» 528, d'après Sestini. Est-elle exactement décrite? l'ordre des mots n'est pas rcguUer; il se pourrait d'ailleurs qu'elle fût hybride.

(il) Mionnet, II, p. 424 ; SuppL^V, p. 33 et suiv. : KpriTiécAv 4>aouioico>siT«iv. — Mionnet, Supplém., V, p. 32, n* 175 : O'XaêttficoXic. — Voir à ce sujet Eckhel. II, p. 412.

(12) Ephem, epigr., IV, 894 6, ligne 17 : Af. i4ur(e/iu8), M. f[iliu)s, Fi(ama) Faustini{anus) Ancyra, Cf. 894 c, ligne 30.

l'italib, lbs provinces, l*arméb. 151

En Syrie, Sidon (1).

Dans l'île de Chypre, Paphos (2).

En Afrique, la colonia Flavla Âugusta Emerita Âmmaedara (Haidra) (3), la colonia Flavia Cillium (Uenchir-Gasrine) (4).

En NumidiOi une inscription trouvée au nord de TAurès, près de Khenchela, mentionne des Aquae Flavianae (5).

Des travaux publics furent exécutés, sur Tordre de Domitien, dans plusieurs provinces : la restauration de la grande voie qui traversait la Bétique en passant par Cordoue, Séville, et qui aboutissait à Gadës (6) ; Tachëvement des routes de la Galatie, de la Cappadoce, du Pont, de la Pisidié, de la Paphlagonie, de la Lycaonie, de la petite Arménie (7), commencée sous Titus (8) et peut-être même sous Yespasien pour des motifs stratégiques. Des ouvrages dont nous ignorons la nature, furent construits à Savaria , en Pannonie (9). Malalas parle de constructions faites sur Tordre de Domitien à Antioche (10), indication qui se lit aussi dans le douzième chant sibyllin (11). On trouve encore dans Malalas la mention d'une ville, Domitianopolis , fondée par Domitien en Isaurie (12). Cette liste serait sans doute plus longue si presque toutes les inscriptions portant le nom de Domitien n'avaient pas été détruites ou mutilées après sa mort (13).

(1) Eph. epigr.^ IV, 894 c, ligne 21 : M, Aur(eliu$)y M. f[iliua), F2(at>ta) MarinuB 8idon(e),

(2) C. /. L.» III, 218 : U(6aaxiù KX(audCa) 4>X(aovia) [nàjfoc (:= Lebas et Waddington, Voya^^e archéologique, 2806; cf. 2785).

(4) C. I. L., VIII, p. 33 et n* 2568, ligne 46.

(5) Recueil de Const&ntine, XXIV, 1886-1887, p. 191. — L'inscription africaine, C. /. L-, VIII, 14279 {r= 1148), ne mentionne pas, comme on Ta cru, une ville portant le surnom de Flavienne.

(6) C. /. L., II, 4721, 4722. 4723. Voir Hûbner, au Corpus, p. 627. L'inscription C. /. L., II, 4918, se rapporte probablement à la même route.

(7) C. /. L., III, 312, borne milliaire trouvée près d'Ancyre. — On voit des vestiges d'une de ces routes entre Ancyre et Iconium (Perrot , De Galatia provincia, p. 102).

(9) C. I. L., III. 4176, 4177. — A Lilybée, en Sicile, l'inscription C. /. L., X, 7227 (datant de 84) mentionne la construction d'un aqueduc, mais rien n'indique que le travail ait été entrepris aux frais de l'empereur.

(10) Edition Dindorf, p. 263 (des bains et un temple d'Esculape). Cf. O. Mûller, Antiquilates Antiochenae, p. 87.

(11) Vers 135. Ce chant fut composé au troisième siècle.

(12) Page 266.

(13) Il faut observer que l'inscription Gruter, p. chv, n* 1 (= C. /. L. , II, 446*) est fausse.

Les expéditions militaires de Tempereur sur le Rhin et sur le Danube, la guerre contre les Nasamons en Afrique furent faites surtout pour défendre les provinces frontières, les Gaules, la Pannonie, la Mésie, l'Afrique, menacées fréquemment par les barbares (1).

Nous n'avons point de renseignements sur la condition matérielle des provinces à Tépoque de Domitien , mais il ne semble pas qu'elle ait été mauvaise.

Les transactions commerciales furent favorisées par le bon système monétaire que Domitien sut maintenir jusqu'à la an de son règne, malgré ses embarras financiers. Uaureus pesa, eii moyenne, 7 grammes 43; sous Vespasien et Titus, son poids moyen était de 7 gr. 29; sous Trajan et Hadrien, il tomba à 7 gr. 21 , 7 gr. 20 (2). L'alliage du denier d'argent, sous Vitellius, était d'un cinquième; sous Domitien, il ne fut que d'un dixième; sous Trajan, il fut beaucoup plus fort (3). Les monnaies fourrées , communes sous Néron et même sous Vespasien , devinrent plus rares à l'époque du dernier empereur Flavien (4).

Plusieurs textes pourraient cependant nous faire croire que Domitien se montra, à certains égards , peu soucieux du bienêtre des provinciaux. Il semble que, voulant assurer la marche de son armée dans des expéditions au delà des Âlpe^^ il ait imposé des réquisitions trop lourdes aux communes italiennes et provinciales dont il traversait les territoires (5) : c'est là un acte de mauvaise administration qui étonne de la part de cet empereur. — Il y eut peut-être alors une ou plusieurs grandes famines dans l'Empire (6). Elles paraissent avoir provoqué un édit célèbre

(1) Voir chapitre VI.

(2) Voir Mommsen, Monnaie romaine, trad. Blacas, III, p. 23 et suiv.

(3) Mommsen, loc, cit., p. 29.

(4) Mommsen, loc. cit,, p. 33. Cohen, l, p. 389, n. 1. Pick, Zeitschrift fur Numismalih, XIV. 1887, p. 353.

(5) Pline, Panég., 20. — Nerva exempta les Italiens de ces réquisitions qui, en temps ordinaire , s'appliquaient au service de la poste. Voir une monnaie dans Eckhel , VI, p. 408 : deux mules paissant derrière une voiture, avec la légende « Vehiculatione Italiae remissa. »

(6) Chants sibyllins^ XII, 133 :

xai T^Tc (sous Domitien) navvov(Y)v xai KeXrCda Y^^av âicaaav |iei(oaei \i\^àç xal èic' àXXvfiiç &XXov 6Xéaaei.

Dans le chant IV (écrit sous Titus en 80) , il est question d'une famine qui sévit vers cette époque en Carie (vers 149 et suiv.). — Ailusion possible dans TApocalypso do saint Jean (VI, 5 et 6), si Ton admet pour la composition de cet écrit la date traditionnelle (6n du régne do Domitien).

l'ITALIB, LB8 PROYINGBS, l'aRMÉB. 153

de Domitien , qui pouvait être fort préjudiciable aux intérêts de plusieurs provinces. « Voyant, > dit Suétone (1), « que le vin était en extrême abondance et qu'au contraire il y avait disette de blé; il pensa que la passion des vignes faisait négliger les champs : c'est pourquoi il défendit d'en planter de nouvelles en Italie et ordonna qu'on ne laissât subsister dans les provinces que la moitié des anciens plants (2). > Cette mesure, quoiqu'elle entravât en Italie le développement de la viticulture , dut être bien accueillie dans cette contrée dont les vins étaient alors la principale richesse, car elle diminuait la concurrence des autres vins. Mais les provinces s'émurent fort : des députations furent envoyées à l'empereur (3), et Domitien ne fit pas exécuter Tédit (4). Zonaras, d'après Dion Cassius, dit, sans doute avec exagération , que beaucoup de tributaires se révoltèrent parce qu'on exigeait d'eux de l'argent par des moyens violents (5). Nous parlerons, au chapitre suivant, de la révolte des Nasamons que cet auteur mentionne. Dans les provinces même, il y eut quelques troubles sous Domitien. En 87 ou 88, apparut en Orient un faux

(1) Domitien, 17. — Stace, Silves, IV, 3, 11 (vers écrits en 95) :

[Domitianas] qui oastae Carori dia negaU raddit jagera lobriasque terrai.

Eusôbe. Chronologie, p. 160 et 161. à l'année 2108 (1«' octobre 91-30 septembre 92). La Chronique pascale (I, p. 466) indique cet édit dès l'année 90.

(2) L*édit de Domitien n'est pas aussi tyrannique qu'il le paraît. Dans les provinces situées au delà dos Alpes, il était interdit de planter des vignes (voir Marquardt, Das Privatleben der BOmer, 2* édit., p. 446; Mommsen, Rômiache Geschichte, V, p. 98.

(3) Philostrate, Apollonius^ VI, 42; Vie des sophUteSy I, 21, 12. — Philostrate raconte même que Domitien fit cette défense parce que la vigne excite aux troubles. C'est là une invention du sophiste.

(4) Selon Suétone (Domitien)^ 14, le bruit courut que l'édit ne fut pas exécuté par suite des craintes superstitieuses de l'empereur. Le mécontentement des provinces est une raison assez sérieuse pour qu'on n'en cherche pas d'autre. — Selon Philostrate, le sophiste Scopelianus aurait été envoyé à Domitien pour lui porter les plaintes do toute l'Asie, et sa mission aurait obtenu un tel succès que non seulement l'empereur accorda la permission de cultiver des vignes , mais menaça môme d'amendes ceux qui n'en planteraient pas. Ce dernier trait n'a évidemment rien d'historique; il est en contradiction avec les vers de Stace cités plus haut, vers faits plusieurs années après l'édit. Stace ne les aurait certainement pas écrits, si cet édit avait été rapporté.

(5) Zonaras, XI, 19, p. 500 : a noXXoi tûv (ncoxeXcôv *Pa>(ia{oi; à^Coravro xp^- |Mita fUaimç icpaoatf|ievoi, »

154 ESSAI 8UB LB RÈGNE DB l'BUPERBUB OOMITIBN.

Néron (1). Déjà en 69 (2) et sous Titus (3) s^étaient montrés de semblables imposteurs : ils abusaient de l'afifection que la populace avait toujours eue pour ce tyran (4), et de la croyance très répandue qu'il ifétait pas mort et qu'il reviendrait un jour^S); la réapparition de Néron était surtout attendue par les Juifs et les chrétiens : elle devait être suivie en effet pour les chrétiens du retour, pour les Juifs de la venue du Messie (6). — Ce personnage , comme le faux Néron du temps de Titus (7) , fut soutenu par les Parthes, anciens alliés de Néron (8), qui n'entretinrent pas toujours de bonnes relations avec la dynastie Flavienne (9), Du reste, cette sédition semble avoir été étouffée sans peine. Suétone n'en dit qu'un mot à la fin de la biographie de Néron. Le faux empereur fut livré par les Parthes et sans doute mis à mort (10).

(1) Suétone, Néron, 57 : « Cum post viginti annos [post mortem Neronis]. adulcsccntc me, extitissot condicionis Incortae qui se Neroncm esse jactaret, tam favorabile nomen ejus apud Parthos fuit, ut vehementer adjutus et vix redditus ait » Tacite {Hist.^ l, 2) cite, parmi les événements qui se passèrent de 68 à 96 : « Mota prope Parthorum arma falsi Neronis ludibrio. » En parlant du faux Néron de Tannée 69» il dit {Histoires ^ II, 8) : « Ceterorum casus conatusque in contextu operis dicemus. »

(2) Tacite, HisL, II, 8 et 9. Dion Cassius, LXIV, 9-

(3) Zonaras, XI, 18, p. 496. Chants sibyllins, IV, 137 (chant écrit en 80). Cf. Jean d'Antioche, édition Mûller, Fragmenta historicorum graecorum, IV, p. 578, n* 104. Sur les faux Nérons, voir Mommsen, Rômische Geschichte, V, p. 396-397.

(4) Suétone, loc. ciU Tacite, Hist,, I, 25. Othon et Vitellius crurent nécessaire de traiter avec respect la mémoire de Néron : voir Tacite, Hist,, I, 78; 11,71; II, 95; Suétone, omon, 7; Vitellius, 11; Dion Cassius, LXIV, 8; LXV, 7.

(5) Néron s'était tué à une certaine distance de Rome, devant quelques témoins seulement. Le bruit se répandit vite qu'il avait échappé à la mort et qu'il s'était réfugié chez les Arsacides. Voir Suétone, JVëron, 47 et 57; Tacite, Hist,^ H, 8; Dion Chrysostome, Discours 21, p. 300, édition Dindorf : Chants sibyllins, V, 147 et suiv. et 363; VIII, 70 et suiv. (chants composés à l'époque des Antonins).

(6) Voir l'Apocalypse de saint Jean et les poèmes sibyllins IV et V.

(7) Je ne crois qu'il y ait lieu de nier l'existence du faux Néron de Tépoque de Titus et de croire à une confusion avec celui du temps de Domitien : voir le texte de Tacite cité plus haut (note 1), c ceterorum. •

(8) Depuis 63 (voir Mommsen, Rômische Geschichte^ V, p. 392 et suiv.).

(9) Voir chapitre VI.

(10) Sur dix monnaies frappées entre le 1*' janvier 88 et le 13 septembre, Domitien est qualifié d'tmperalor XIV; sur une, d'tmperator XV (Chambalu. De magistratibus Flaviorum^ p. 26). Cette salutation date donc du milieu à pou près de l'année 88. Peut-être se rapporte-t-elle à la révolte du faux Néron, soutenue par les Parthes.

L'iTALIBy LB8 PROVINGBS, L*ARMÊB. ISS

Il est possible que Décébale, roi des Daces, contre lequel Domitien eut de longues guerres à soutenir (1) , ait trouvé des sympathies parmi les populations de la Mésie et de la Tbrace , qui appartenaient à la même race que ses sujets. On doit observer de plus que, dans le premier siècle de TEmpire, les Romains avaient à plusieurs reprises transporté de force, à Tintérieur de leur territoire, un grand nombre de barbares de la rive gauche du Danube (2). Ces nouveaux sujets ne devaient attendre qu'une occasion pour se révolter. Nous savons par Dion Cassius (3) qu'il y avait dans Tarmée de Décébale de nombreux transfuges. Une monnaie de 86, représentant la Mésie en pleurs, se rapporte peut-être à des mouvements favorables aux Daces , mouvements qui furent réprimés par Domitien (4).

Mais ce ne sont là, semble-t-il, que des faits isolés : on peut croire qu'en général le gouvernement de Domitien ne fut pas impopulaire parmi les provinciaux. Bonne administration, libertés municipales, diffusion du droit de cité, accès plus facile aux honneurs, travaux publics, développement delà prospérité matérielle, tels furent les avantages dont ils paraissent avoir joui sous ce règne.

Nous avons peu de renseignements sur l'état de l'armée au temps de Domitien. Cet empereur avait besoin de son appui contre l'aristocratie : ce fut pour se la rendre favorable qu'il voulut la gloire militaire et qu'il éleva la solde. Depuis longtemps déjà, les légions se plaignaient de ne pas être assez payées ; les révoltes militaires de Germanie et de Pannonie au commencement du règne de Tibère n'avaient pas eu d'autre cause. Ces réclamations ne manquaient pas de fondement, car depuis l'empire, le prix de toutes choses avait fort renchéri, par suite de l'augmentation du numéraire (5). D'autre part, le service militaire n'était plus depuis

(1) Voir chapitre VI.

(2) StraboD, 7, 3, 10. C. /. L., XIV, 3608 (inscription de Plautius Silvanus, légat de Mésie) : ... leg&t{o) prio) pr&et(ore) Moesiae, in qu& plura. qu&m centum mill(i&) ex numéro Tr&n8d&nuvi&nor{um) ad praest&nda tributa cum conjugib{u8) ac liberis et principibus aut regibus suis transduxit,

(3) LXVIII, 9, 10 et 11,

(4) Eckhel, II, p. 6: a MuoCa : Provincia moesta humi decumbens juxta armorum congeriem. u II n'est pas vraisemblable qu'elle ait eu pour objet de commémorer l'invasion de cette province par les barbares.

(5) Ainsi les mines d'or de Dalmatie furent exploitées depuis Néron ^voir Pline r Ancien, Hist. nat., XXXIII, 67; cf. Stace, Silves, IV, 7, 13, etc.). -^

156 K88AI SUR LE RÈGNE DE l'bMPBREUR DOIATIEN.

un siècle qu'un métier pour les hommes des classes inférieures. Or les événements des années 68-69 leur avaient prouvé qu'un empereur pouvait être fait hors de Rome; Galba en Espagne, Vitellius en Gaule, Vespasien en Judée avaient été proclamés par leurs troupes. Dès lors les soldats furent tentés d'imiter cet exemple : ils pensèrent, non sans raison, que leur général, une fois parvenu au rang suprême se montrerait libéral envers eux. A leurs yeux, la révolte fut désormais une entreprise lucrative (1). Plus que tout autre prince, Domitien devait craindre une sédition militaire, car il se savait détesté de la plupart des légats légionnaires et provinciaux, tous membres de cette aristocratie qu'il avait humiliée.

Pour parer à ce danger, il décida après la guerre contre les Cattes, en 83 (2), que chaque légionnaire recevrait, tous les quatre mois, cent deniers au lieu de soixante-quinze (3). On ne sait pas si Domitien augmenta aussi la solde des prétoriens qui gagnaient déjà sept cent vingt deniers par an (4) : l'attachement qu'ils montrèrent à cet empereur le ferait croire. En outre, il semble avoir fait souvent aux troupes des dons supplémentaires (donativa) (5). Voulant se faire aimer des soldats, il se montra peut-être indulgent pour leurs fautes et attentif à leur épargner de trop grandes fatigues (6). — Après la révolte d'Antonius, Domitien prit contre

Il faut observer cependant que sous l'empire le prix des rations de vivres ne fut plus déduit sur la solde.

(1) Voir à ce sujet Guiraud, Revue historique^ II, 1876, p. 248. — Il ne faudrait cependant pas trop exagérer : pondant les guerres civiles qui suivirent la mort de Néron , les soldats donnèrent souvent à Tempereur auquel ils avaient prêté serment des preuves de dévouement désintéressé.

(2) Zonaras, XI, 19, p. 500.

(3) Suétone, Domitieriy 7 : c Addidit et quartum stipendium militi, aureos ternos. » Zonaras, loc. cit, : « névTs yàp xal é65o|iiqxovTa 8pax(ià; éxàaxou Xa4i- 6ivovToc, ixarov ixé).euae ÔCfiodOai. » Il faut observer qu'une drachme équivalait à un denier et que les soldats étaient payés tous les quatre mois. Avant Domitien, ils recevaient à chaque paye trois auret ou soixante-quinze deniers. Depuis ils reçurent quatre auret ou cent deniers. L'augmentation pour toute Tannée fut donc de trois aurei ou soixante-quinze deniers. Voir Marquardt, Sla&isver'w&Uung, II, 2* édit., p. 96.

(4) Tacite, Anna/e», I, 17.

(5) La moitié des donattua accordés aux soldats était conservée dans les caisses d'épargne des légions (Végèce, II, 20). Or, les dépôts devaient être assez considérables sous Domitien, car Antonius entraîna deux légions à la révolte en les confisquant (voir chapitre VII).

(6) Pline, Panëp., 18 [à Trajan] « disciplinam castrorum lapsam extinctamque refovisti, depuiso prioris saeculi malo, inertia et conturoacia et dedignatione parendi. )>

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