‹ Essai sur le regne de l'empereur DomitienChapitre 9 sur 72 · C. I. L., XIV · texte numérisé non relu

C. I. L., XIV

(5) Richter, Topographie^ p. 884.

(6) Chronique urbaine : a Portam Capenam. »

(7) Voir plus haut, p. 101.

(8) Lanciani, Atti delV Accademia dei Lincei, toc. ct(., p. 439 (n** 105-106) et p. 519.

(9) Outre ceux qui ont déjà été cités, voir Lanciani, n** 10, 137, 471, 472, 473; Bullettino comunale, 1882, p. 171; 1888, p. 42; 1890, p. 179.

(10) îl le fut de 74 à 97 (Lanciani, p. 527). Sur les procuratores aquarum de répoque de Domitien, voir Hirschfeld , Verwaltungsqeschichte, p. 168, n. 1 ; Lanciani, p. 532.

(11) Martial, VII (livre paru en décembre 92), 61 :

Abstalerat totam temerarius inatitor orbem

inque sao nallam limine llmen erat.

Juasisti tenaes, Qermantce, crescere vicos,

et modo quae fuerat semita facta via est.

NuUa oatenatis pila eat praecincta lagonis,

neo praetor medio cogitar ire luto.

118 ESSAI SUR LE RÈ&NE DE L^EMPEREDR DOMITIBN.

A côté des édifices construits par Domitien à Rome , nous devons mentionner le palais d'Albano (1), où il aimait à sé*journer (2). On en a retrouvé des restes dans la villa Barberini , entre la voie Appienne et le lac d'Albano, le village d'Albano et celui de Castel-Gandolfo. Le palais de Tempereur, dont quelques substructions se voient encore, s'élevait dans un site splendide, au-dessus de quatre terrasses disposées en étages (3), et sur la cime du cratère qui enferme le lac (4). On découvre de là toute la campagne romaine, les lacs d^Albano, de Némi, les montagnes albaines, celles de la Sabine (5). Aux alentours se voient les ruines d'un théâtre (6), d'un amphithéâtre (7), d'un temple anti-

(1) Voir Henzen, Bullettino delV Jnstituto, 1853, p. 1 et suiv. (rapport sur les études de P. Rosa); Canina, Edifizj di Roma antica, V, p. 46-47, 58; VI, pi. LV, LVi, LViii, Lxx; Revue archéologique , XXX, 1875, p. 343 (fragments d'une grande corniche). Cf. Lanciani, Notizie degli ScavU 1889, p. 164.

l2) Dion Cassius, LXVI, 3 et 9; LXVII, 1 et 14. Suétone. Domitien, 4 et 19. Tacite, Agricola, 45. Martial, V, 1; XI, 7, 3. Stace, Silves, IV, 2, 65; V, 2, 168. Juvénal, Satire IV. Pline le Jeune, Lettres ^ IV, 11, 6; Panég,, 82. C. /. L., IX, 5420. — Avant lui, plusieurs princes avaient séjourné à Albano (Dion Cassius, LVIII, 24; Sénèque, Ad Polybium de consolatione , XVII, 4; Suétone, Néron, 25). Après Domitien, ce palais fut encore habité par les empereurs (Martial, XII, 48, 11; Gallicanus, Vie d'Avidiuê Cassiuê, 9; C. /. L., XIV, 2307 et 2308; Ephem. epigr,, VII, n» 1254; Nibby, Analisi délia carta dei dintorni di Roma, I, p. 98). L'amer Albanui pardi d'ailleurs avoir été en entier propriété impériale (Digeste, XXX, 39, 8).

(3) Sur la seconde terrasse , P. Rosa a cru reconnaître les restes d'un cirque , mais l'espace semble trop exigu pour avoir pu contenir une construction de ce genre. — Sur la troisième, s'ouvre un crypto-portique encore décoré de stucs dans les voûtes.

(4) Aussi l'appelait-on ce Arx Albana » : Tacite, Agncola, 45; Martial, IX, 101, 12: Juvénal, IV, 145. Cf. Dion Cassius LXVII, 1 (« àxp6icoXic »)et C. /. L., XIV, 2947. — Il couvrait l'espace compris entre la villa éarberini à Castelgandolfo et le couvent des Riformati. La célèbre Galleria di Sopra traverse les substructions de ce palais. — Dans la villa Barberini. on a trouvé des tubes do plomb avec les inscriptions suivantes : C. /. L., XIV, 2304 : « Imp(eratoris) Caesar{is) Domitiani Aug{usti), sub cura Alypi proc(uratori8), fec{erunt) Esychus et Herme>'08 8er[m). Alb(ano), » C. /. L., XIV, 2305 : « [lmp{eralor\s) Caesar(is) Do]mit\ani Aug{uêti), $ub cura [,.,} proc[uraloris\ Primigenius 8er{vu8) fec{il). -AI6(ano). » Cf. C. J. L., XIV, 2306. — De plus, la villa Barberini se trouve exactement au quatorzième mille de Rome, distance indiquée par Martial (IX, 64, 4; IX, 101, 12).

(6) Martial, V, 1 :

Palladiae sea collibas uteris Albae, Gaosar, et hinc TrÎTÎam (lac de Nomi) prospicis, inde Thetln.

(6) Vers l'entrée de la villa Barberini. C'était peut-être là que se célébraient une partie des jeux albains en Thonncur de Minerve. Voir plus loin.

(7) Il y avait certainement un amphithéâtre au palais d' Albano sous Do-

ROMB SOUS DOBCITIBN. 119

que (1). Le lac tout entier était entouré de quais, de portiques, de loges , de nymphées (2).

Entre Rome et la villa d'Âlbano, au huitième mille de la voie Appienne, fut construit un temple d'Hercule : le dieu était représenté sous les traits de l'empereur (3).

Domitien avait aussi à Tusculum une villa somptueuse sur les ruines de laquelle la plus grande partie de la ville actuelle de Frascati est construite (4). Nous connaissons d'autres villas habitées par cet empereur à Antium (5), à Gaëte (6), à Circéi (7), à Anxur (8), à Baies (9).

Domitien fut , après Auguste, le prince qui modifia le plu? Taspect de Rome. Mais ces constructions contribuèrent à épuiser ses ressources (10) et causèrent les confiscations iniques qui marquèrent la fin de son règne.

mitien. Voir Dion Cassius, LXVII, 14; Juvénal, ÏV, 99. — Cependant Tampbithéâtre dont il reste des traces entre San Paolo et Téglise des Capucins semble, par son système de construction, dater d'une époque postérieure à Domitien : Westphal, Die rômische Kampagna, p. 24.

(1) C'est aujourd'hui l'église délia Rotunda. On a voulu y voir, sans raison plausible , un temple de Minerve , déesse qui avait certainement un sanctuaire à Albano (voir Suétone, Domitien, 4; Martial, V, 1, 1). — L© camp, dont il reste des vestiges au-dessus du village actuel d' Albano, semble dater seulement, dans son état actuel, de l'époque constantinionne (De Rossi, Bullettino delV InstitutOy 1870, p. 69).

(2) Voir Henzen, Bullettino delV Instituto, 1853, p. 24 et suiv. — Domitien aimait à s'y promener en barque (Pline le Jeune, Panég,, 82).

(3) Martial, IX, 3, 11 ; IX, 64; IX, 65 ; IX, 101. D'après la date à laquelle fut publié le livre IX (vers le milieu de 94), ce temple fut probablement terminé vers 93 ou 94. Sur son emplacement, voir Canina, Edifizjj V, p. 39. — n existe, au musée Torlonia (7 monumenti del museo Torlonia^ n* 401 ; BemouUi, Rômische Iconographie, II, partie 2, p. 55, n*5), une statue colossale trouvée, dit-on, à Antium, qu'on pourrait rapprocher de ces vers de Martial s'il était prouvé qu'elle représente Domitien en Hercule, comme le voulait P. E. Visconti. Mais la ressemblance de la tète avec Domitien me parait très contestable.

(4) C. /. L., XIV, 2657. Lanciani, Bullettino comunale, 1884, p. 181 et suiv., et pi. XX.

(5) Martial, V, 1, 3. Notizie degli Scam, 1883, p. 133.

(6) Martial, V, 1, 5.

(7) Martial, loc. ciL et XI, 7 4.

(8) Martial, V, 1, 6.

(9) Martial, IV, 30. Pline. Panég,, 82.

(10) Martial (IX, 3) parle' des dépenses énormes que Domitien fit pour tous ces édifices :

Dam tibi qaod BoWat non habet arca Jovis.

Voir encore Plutarque, Poplicola, 15. Suétone, Domitien, 12 : « exbaustus opcrum et munerum impensis. »

120 B8SAI SUR LB RÈaNB DB L^BICPBRBIIR DOMITIBN.

DKUZIÈlfB PART».

Afin de se concilier la faveur du peuple, qui considérait les jeux comme une dette du prince envers lui et montrait pour ces divertissements une passion violente (1), Domitien donna à Rome un grand nombre de fêtes (2). Il suivit à cet égard l'exemple de son père et de son frère (3) : il fallait faire oublier Néron à la foule, qui regretta longtemps cet empereur prodigue. Lui-même semble avoir eu beaucoup de goût pour les jeux : ce fut pour son plaisir personnel qu'il en institua à Âlbe et qu'il fit probablement construire un stade sur le Palatin.

Sous ce prince , qui acheva le Colisée et construisit les écoles de gladiateurs, les Jeux de l'amphithéâtre furent nombreux et brillants. Nous avons vu qu'il décida que des combats de gladiateurs seraient célébrés régulièrement tous les ans, au mois de décembre, par les questeurs désignés (4). Pour rehausser l'éclat de ces fêtes, il y assistait toujours et y faisait paraître, sur la demande du peuple deux couples de gladiateurs, instruits dans ses écoles : ils combattaient les derniers , revêtus de la livrée impériale (5). — Lui-même donna fréquemment des jeux exceptionnels dans l'amphithéâtre. Tandis que son frère Titus avait favorisé le petit bouclier thrace (parma) (6) , il se déclara partisan du grand (7). Lorsqu'il revint de son expédition contre les Sarmates, il institua des combats de gladiateurs, selon l'ancienne mode du Latium (8). A plusieurs reprises, il fit combattre dans Tarène des nains et des femmes (9). On]y vit aussi de grandes chasses (10),

(1) Voir Friedlânder, Sittengeschichte, II. 6» édit., p. 296 et suiv.

(2) Suétone, Domitien, A : c Bpectacula assidue magnifica et sumptuosa edidit. »

(3) Dion Cassius, LXVI, 10; LXVI, 15; LXVI, 25. Suétone, Titus, 8. Martial, SpecttLCulorum liber, livre dont toutes les -poésies se rapportent très probablement aux fêtes données lors de l'inauguration de l'amphithéâtre Flavien en 80 (voir Friedl&nder, édition de Martial, I, p. 134 et suiv.).

(4) Voir p, 59.

(6) Suétone, Titus, 8.

(7) Suétone, Domitien, 10. Cf. Pline, Panég., 33. Aussi Martial médit-il du petit bouclier, XIV, 213; cf. IX, 68.

(8) Martial, VIII , 80.

(9) Suétone, Domitien, 4. Dion Cassius, LXVII, 8. Stace, Silves, I, 6, 5t et suiv. Martial, I, 43; 10; XIV, 213. Cet usage, antérieur à Domitien, dura après lui : voir Dion Cassius, LXVI, 25; LXI, 17; LXXV, 10; Juvénal, I, 22 et suiv. ; VI, 246 et suiv. ; Scoliasto de Juvénal, IV, 53.

(10) Suétone, loc. cit. Martial, V, 65; VIII, 26; VIII, 55.

tlOlCB SOUS DOMITIBN. 121

des taureaux domptés avec lesquels des enfants jouaient (1), des lions qui saisissaient des lièvres et les reposaient ensuite à terre sans leur faire aucun mal (2), des cerfs attelés (3), des luttes d'antilopes (4), des représentations d'exploits illustres (5), et mille autres divertissements que nous font connaître Martial et Stace dans de mauvais vers. Ces fêtes avaient lieu parfois la nuit, au milieu de l'amphithéâtre illuminé (6). — Imitant l'exemple de Titus, Domitien donna dans l'amphithéâtre un combat naval (7). Comme nous l'avons dit, il restaura le grand Cirque. Aux quatre factions de conducteurs de chars qui existaient déjà (la rouge, la blanche, la bleue, la verte), il en ajouta deux nouvelles: la faction d'or et la faction de pourpre (8) , dont le matériel et les chevaux furent peut-être fournis par l'empereur lui-même. Elles disparurent sans doute bientôt, car il n'en est plus fait mention à une époque postérieure. A plusieurs reprises, des spectacles magnifiques furent donnés dans le cirque, entre autres, à la suite des. deux triomphes de 89, un double combat de cavalerie et d'infanterie (9). Lors des jeux séculaires , pour qu'on achevât plus

(1) Martial, V, 31. — Les épigrammes du livre V rappellent peut-être des jeux célébrés à l'occasion du double triomphe sur les Daces et les Gattes : voir chapitre VI.

(2) Martial, I, 6; I, 14; 1, 22; I, 44;' 1, 48; 1, 51 ; I, 60; 1, 104. Ces épigrammes rappellent vraisemblablement les fêtes célébrées lors du premier triomphe sur les Cattes, à la fin de 83 : voir Friedlânder, édit. de Martial, préface, p. 54. Stace composa une silve sur la mort d'un lion apprivoisé que chérissait Tempereur (II, 5).

(3) Martial, I, 104.

(4) Martial, IV, 35; IV, 74.

(5) Martial (VIII, 30) parle d'un criminel qui dut jouer dans l'amphithéâtre le rôle de Mucius Scaevola : il se brûla la main droite sur un brasier. Cf. X» 25 (où Martial proteste contre cette cruauté) et aussi I, 21.

(6) Suétone, DomUien^ 4. Dion Cassius, LXVII, 8. Stace, Silves, I, 6, 85 et suiv.

(7) Suétone, loc. cit. Cf. Martial, 1 , 5 (naumachie donnée sans doute lors du premier triomphe sur les Cattcsj.

(8) Suétooe, Domitien, 7; Dion Cassius, LXVII,- 4 (sans doute après la première guerre contre les Cattes, en 83). C. /. L., VI, 10062 : D{is)m[ani' bus), Epaphroditus, agitator f{actionis) r{us8atae); vic(it) CLXXVIII et at purpureum liber vic{it) VIIL — Un des plus célèbres conducteurs de chars de cette époque fut Scorpus, qui remporta 2048 victoires, et à qui l'on éleva des stotues (voir Martial, IV. 67 ; V, 25; X. 50; X, 53; X, 74; XI, 1. C. /. t., VI, 8628, 10048, ligne 19; 10052. Cf. Friedlànder, Sittengeschichte, II, 6^ éd., p. 328 et suiv.).

(9) Suétone, Domitien , 4. Dion Cassius, LXVII, 8. — A la suite du même triomphe, il y eut, parmi les fêtes qui furent célébrées, des courses de jeunes filles : Dion Cassius, LXVII, 8.

122 ESSAI SUR LB RÈGNB DB l'eMPERBUR DOIOTIBN.

aisément dans une seule journée les cent tours réglementaires, il réduisit chaque course de chars, de sept tours à cinq (1). — Comme Néron, il favorisait le parti des verts. Martial, en bon courtisan, se moqua des bleus sous son règne (2).

Le théâtre était, à Tépoque impériale, le moins populaire de tous les spectacles (3). Cependant les mimes étaient fort goûtés, et Domitien ne semble pas avoir pris de mesures pour réprimer leur immoralité (4). Nous connaissons plusieurs acteurs qui jouaient alors ces sortes de pièces : Latinus , qui jouit d'une grande faveur auprès du prince (5); Thymélé, probablement maîtresse de Latinus (6) ; Panniculus (7). — Mais Domitien interdit les représentations publiques de pantomimes, au grand mécontentement des Romains (8). Le plus fameux des pantomimes de cette époque fut Paris, amant de Timpératrice Domitia (9). Stace composa pour lui une pièce intitulée : Agave (10). — Martial et Juvénal nous ont conservé les noms de plusieurs musiciens célèbres : Canus (11), Glaphyrus (12), Pollio (13).

Pour célébrer ses triomphes sur les Daces et les Cattes, Domitien fit paraître des flottes presque entières dans un bassin creusé sur la rive droite du Tibre. Selon Dion Cassius , la plupart de ceux qui prirent part au combat périrent (14).

Mais parmi les fêtes que Domitien célébra à Rome, les jeux Capitolins méritent surtout d'être cités (15). Néron avait fondé en 60 les Néronées, qui comprenaient des courses de chars, des concours de chant, de musique, «de poésie, d'éloquence, d*athlétique,

(1) Suétone, loc, cit,

(2) VI, 46. Après le meurtre de Domitien^ il changea de langage : XI, 33.

(3) Voir Friedlânder, Sittengeschichte, II, p. 435.

(4) Martial, III, 86. Cf. I, 4, 5. ^

(5) Martial, I, 4, 5; II, 72, 3; III, 86, 3; V, 61, 11 ; IX, 28; XIII, î, 3. Juvénal, I, 36; VI, 44. Scolies de Juvénal à IV, 53. Suétone, Domitien, 15.

(6) Martial, I, 4. 5. Juvénal. I, 36; VI, 66; VIII, 197.

(7) Martial, II, 72, 4; III, 86, 3; V, 61, 12. — A ces noms il faut peut-être ajouter celui de Tettius Caballus (Martial, I, 41, 17).

(8) Voir plus haut, p. 85.

(9) Suétone, Domitien, 3 et 10. Dion Cassius, LXVII, 3. Martial, XI, 13. Juvénal, VI, 87.

(10) Juvénal, VII, 87.

(11) Martial, IV, 5, 8; X, 3, 8.

(12) Martial, IV, 5, 8. Juvénal, VI, 77.

(13) Martial, III, 20, 18; IV, 6, 9. Juvénal, VI. 387; VII, 176.

(14) Dion Cassius, LXVII, 8. Cf. Suétone, Domitien y 4.

(15) Sur les jeux Capitolins, voir Friedlânder, Sittengeschichte, II, 6* édit., p. 481 et suiv.; p. 630 et suiv.

et qui (levaient avoir lieu tous les cinq ans. L'empereur-artiste avait voulu imiter les grands jeux de la Grèce, et se faire décerner des couronnes sur des rivaux venus de toutes les parties du monde. Après sa mort, les Néronées furent abolies (1). — Domitien, s'inspirant de cet exemple (2), fonda des jeux quinquennaux en rhonneur de Jupiter Gapitolin (3) : les premiers eurent lieu en 86 (4). Ces fôtes, d'un caractère hellénique (5), étaient célébrées en été (6). L'empereur les présidait, chaussé de sandales, vêtu d'une toge grecque en pourpre, portant sur la tête une couronne d'or, où l'on voyait représentés Jupiter, Junon et Minerve ; le flamine diale et les prêtres des Flaviens divinisés siégeaient auprès de lui dans le même costume , mais sur leur couronne l'image de l'empereur remplaçait celle des dieux (7). — H y avait des concours musicaux (en prenant le mot dans le sens large que lui donnaient les Grecs) , équestres et gymniques : pour la poésie latine, la poésie grecque, l'éloquence latine, l'éloquence grecque, la cithare sans accompagnement, la cithare accompagnée par un chœur de chant, la citharédique (solo de chant avec cithare), le chant, la flûte, peut-être l'orgue, les courses de chars, les courses à pied auxquelles prirent part même des jeunes filles; les exercices du pentathle (saut, course, lutte, jet du disque, pugilat) (8). Ces concours avaient lieu dans l'Odéon, le Stade, construits exprès par Domitien, et le Cirque.

Les jeux Capitolins eurent tout de suite un grand retentisse-

(1) Sur les Néronées, voir Friediânder, II, p. 480.

(2) Un firagment, fort mutilé du reste, d'une lettre de Domitien, trouvé à Delphes {Bull, de corresp, hellén.y VI, 1882, p. 451), prouve l'intérêt que Tompereur prenait aux jeux pythiques.

(3) Suétone, Domitien, 4. Stace, Silves, III, 5, 92; IV, 2, 62. Martial, IX, loi, 22. Philostrate, Apollonius ^ VII, 12. Etc.. — En réalité ces jeux se renouvelaient tous les quatre ans, dans la cinquième année qui suivait les jeux précédents : sous Domitien, en 86, 90, 94.

(4) Gensorinus, De die natali^ XVIII, 15 : o Quorum agonum primus a Domitiano institutus fuit, duodecimo ejus et Ser. Gornelii Dolabellae consulatu. » Cf. Chronique pascale, I, p. 466, édit. Dindorf.

(5) Voir Friedlânder, Sittengeschichte , III, p. 427. On les comparait aux jeux olympiques : l'espace de quatre ans compris entre deux concours Capitolins est appelé, dans une inscription grecque, olympiade : C. /. G., II, add., 2810 B, ligne 28.

(6) Friedlânder, II, p. 481, n. 2. Lafaye, De poeiarum et oratorum certaminibus apud veteres, p. 66.

(7) Suétone, Domitieny 4.

(8) Suétone, Domitien, 4 (cf. Philostrate, Apollonius, VII, 12), et les textes cités par Friedlânder, II, p. 630.

124 BSSAI SUR LB RÈaNB DB l'BMPBRBUR DOMITtBN.

ment. On accourait de fort loin pour y prendre part (1). Le nombre des rivaux, qui appartenaient à toutes les classes de la société (2)9 était considérable : en 94, pour le prix de poésie grecque , cinquante-deux concurrents se présentèrent (3). Ceux que les juges déclaraient vainqueurs recevaient une couronne de chêne de la main même de l'empereur (4) : c'était leur unique récompense (5), mais ils devenaient célèbres dans tout l'empire. Nous connaissons les noms de quelques-uns de ces vainqueurs. CoUinus remporta le prix de poésie latine en 86 (6), Scaevus Memor, a honneur du cothurne latin » , frère du poète satirique Turnus et beau-frère de la célèbre Sulpicia , en 90 ou 94 (?)• Ce fut au second ou au troisième concours qu'échoua le futur historien P. Annius Florus, encore tout enfant (8); Stace, dont le riom était cependant connu de tous (9), fut vaincu en 94 ; il ne s'en consola pas et , bientôt après , il quitta Rome , qu'il avait prise en dégoût(lO). En94,Q. Sulpicius Maximus, un enfant de douze ans qui mourut peu de temps après, par suite d'excès de travail, se mit sur les rangs pour le prix de poésie grecque (11). On donna comme sujet : « Jupiter reprochant à Phébus d'avoir livré son char à Phaéton. » Nous avons conservé la pièce du jeune poète, gravée sur son monument. Ce sont des vers bien tournés , mais déclamatoires et sentant l'école : le thème, déjà traité mille fois, ne se prêtait guère à des développements originaux. Du reste ,

(1) Martial, IX. 40 :

Tarpeiaa Diodorui ad ooronas Romam cmn peteret Pharo relicta...

(2) Palfarius Sura était -fils d*un consul, Stace d*un rhéteur, Q. Sulpicius Maximus d*un affranchi, semble-t-il.

(3) Ce renseignement nous est donné par le monument de Q. Sulpicius Maximus, qui se trouve à Rome au Musée des Conservateurs : Kaibel, Inscriptiones graec&e Siciliae et Itali&e, 2012; cf. Lafaye, loc, cit., p. 70 et suiv.

(4) Martial, IV, 1, 6; IV, 54; IX. 3, 8; IX, 23, 5; IX, 101,22. Stace, Silves, IV, 2, 62; V, 3, 231. Juvénal, VI, 387.

(5) Peut-être les vainqueurs qui n'avaient pas le droit de cité le recevaient-ils (voir Friedlânder, II, p. 634).

(6) Martial, IV, 54.

(7) Martial, XI, 9; cf. XI, 10. Scolies de Juvénal, I, 20.

(8) Edition Halm, p. 106. — Friedlânder, p. 631. Lafaye, p. 80 et suiv.

(9) Juvénal , VII, 83.

(10) Stace, Silves, III, 5, 31 et suiv. ; V, 3, 231 et suiv. Voir Friedlânder, Sitteng., III, p. 478; Kerckhoff, Duae quaestiones papinianae, p. 30.

(11) Monument cité, n. 3. A plusieurs reprises, des enfants concoururent pour le prix de poésie des jeux Capitolins (voir C. /. L., IX, 2860).

BOMB SOUS DOMITIBN. 125

Solpicius ne reçut pas la couronne de chêne ; ses parents disent seulement qu'il sortit honorablement de la lutte (1). — Palfurius 8ui*a reçut le prix d'éloquence latine à un des concours du règne (2). — L'athlète T. Flavius Artemidorus fut vainqueur en 86 (3); il échoua, semble-t-il , quatre ans après (4). T. Flavius Archibius remporta, en 94, le prix pour le pancration des adolescents (5).

Le nombre des concours fut restreint après Domltien (6) , mais les jeux Capitolins ne furent pas abolis : jusqu'à la fin du quatrième siècle , on les célébra , et le souvenir s'en conserva au moyen âge (7).

A Albano, Domitien institua des fêtes en l'honneur de Minerve, sa déesse favorite (8); ces fêtes, quoique moins brillantes que les jeux Capitolins, leur ressemblaient à certains égards. Elles avaient lieu tous les ans du 19 au 23 mars (9). Elles étaient dirigées par un des prêtres du collège de Minerve, que l'empereur avait fondé. On y assistait à des représentations théâtrales, à des chasses d'animaux dans l'amphithéâtre, à des concours d'orateurs et depoètes(lO). La récompense des vainqueurs était une couronne d'olivier en or (1 1). Stace obtint le prix pour des poésies célébrant les guerres de Germanie et de Dacie (12). — Après la mort de

(1) « Favorem quem ob teneram aetatem excitaverat in admirationem ingénie suo perduxit, et cum honore discessit. »

(2) Suétone, Domitien^ 13. — Pour l'éloquence grecque et latine, le sujet était toujours le même : Téloge de Jupiter Gapitolin. Voir Quintilien, Inst. orat.f III, 7, 4 : « Laudes Capitolini Jovis, perpétua sacri certaminis materia. » L'expression sacrum cert&men désignait les jeux Capitolins (Quintilien, Inst. Orat., IX, 4, 11; C. /. L., VI, 10047).

(3) Kaibel, Iriêcriptiones Graecae Siciliae et Italiae, n* 746.

(4) Martial, VI, 77, et Tobservation de Friedlànder.

(5) Kaibel, n* 747. Pour les concours gymniques, les vainqueurs étaient ordinairement des Grecs ; les Romains, en effet, méprisaient l'athlétique.

(6) Suétone, Domitien, 4.

(7) Friedl&nder, II, p. 634; III, p. 427. Lafaye, p. 89 et suiv.

(8) Suétone, Domitien^ 4 : « Celebrabat in Albano quotannis quinquatria Minervae. » Dion Cassius, LXVII, 1.

(10) Suétone et Dion Cassius, loc. cit.

(il) Martial, IX, 23; IX, 24; IX, 35, 9; cf. IV, 1, 5, (12) suce, Silves, III, 5, 28 :

Ter me nitidis Albana ferantem don* oomis, sanotoqae indatam Caesaris aaro...

rv, 2,66:

com modo Oennanae aoies, modo Daca •onantam praelia, Palladio tua me manas Indmt aaro.

Domitien ces jeux furent supprimés : ils ne sont plus mentionnés à une date postérieure.

Domitien ât au peuple de grandes largesses, pour célébrer soit des solennités religieuses comme les sacri&ces du Septimontium{\)^ soit des victoires (2). C'étaient tantôt des repas où la plèbe, les chevaliers et les sénateurs venaient s'asseoir (recta caena)^ tantôt des distributions de vivres dans des corbeilles que chacun emportait (sportuia) (3). Parfois l'empereur faisait remettre des jetons : ceux qui les avaient reçus les échangeaient ensuite contre des boissons ou d'autres présents (4). De petites boules de bois contenant des bons étaient lancées dans l'amphithéâtre au milieu des spectateurs; ces bons donnaient droit à différents objets, dont plusieurs étaient d'un certain prix : comestibles, vêtements, vases, chevaux, esclaves (5). De grands banquets étaient célébrés dans le palais impérial (6); Martial et Stace furent une fois au nombre des convives, ils s'en montrèrent si fiers qu'ils déclarèrent qu'une invitation de Jupiter lui-même ne leur aurait pas fait plus de plaisir (7).

 trois reprises, Domitien fit donner soixante-quinze deniers à chacun des deux cent mille Romains qui participaient aux dis-

si per me serta tnliasee Caesarea donata manu.

Hie mea oarmina

regina bellonm virago Caesareo deooraTii anro.

Dans le premier passage cité, Kerckhofif (Ouae questiones Papini&nae, p. 28 et suiv.) lit tu au lieu de (er, correction qu'U appuie sur des arguments assez vraisemblables.

(1) Suétone, Domitien, 4.

(2) Dion Cassius, LXVII, 4; MarUal, I, 11 et 26 (après l'expédiUoa coaltt les Cattes de 83). Dion, LXVII, 8; Stace, Silves, I, 6 ; Martial, V, 19, 8 (après les triomphes de 89 : voir chapitre VI). Martial, VIII, 50 (après l'expédition du Danube de 92).

(3) Suétone, Domitien, 4 : c Septimontiali sacro quidem, senatui equitique panariis, plebei sportellis cum obsonio distributis, initium vescendi primus fecit. » Cf. Martial, V, 49, 10.

(4) Martial, I, U; I, 26. Suétone, Domitien, 4, in fine.

(5) Dion Cassius, LXVII, 4 (cf., pour Téclaircissement de ce texte, LXVI, 25). — On jetait même aux spectateurs des fruits, des gâteaux, des oiseaux (Stace, Silves, 1, 6, 9 et suiv., 75 et suiv.). On leur distribuait des essences (Stace, toc, cit,, 66).

(6) Pline, Panég., 49.

(7) Stace, Silves, IV, 2, en particulier vers 10 et suiv. Martial, VIII, 39 et IX, 91.

ROME SOUS DOBflTIBN. 127

tributions réglementaires de blé (1). Ce fut une dépense totale de quarante-cinq millions de deniers. Ce chiffre» fort élevé, est cependant inférieur à celui des libéralités des empereurs du second siècle (2).

Nous n'insisterons pas sur Tétat des arts à Rome sous Domitien. Dans l'énumération de ses constructions, nous avons indiqué les édi&ces qui nous restent de cette époque et les sculptures qui servirent à les décorer : les reliefs du forum transitorium et ceux de Tare de Titus (3). On connaît les noms de quelques artistes de la fin du premier siècle : Rabirius, l'architecte du Palatin (4) ; Evodus dont nous avons une belle intaille représentant Julie (5) ; le peintre Artémidore (6). Le luxe de Domitien fut utile aux artistes dont il occupa l'activité. Mais, malgré l'excellence de certaines œuvres, le règne du dernier empereur Plavien ne semble pas avoir marqué une période importante dans l'histoire des arts qu'aucun esprit nouveau ne transforma. Des signes de décadence se montrent dans Farchitecture qui vise trop à la richesse : un goût exagéré pour les matériaux précieux, la surcharge de l'ornementation.

(1) Suétone, Domitien , A : a Congariom populo nummorum trecenorum ter dédit. » Martial, VIII, 15, 4 : « Et ditant Latias tertia dona tribus, b Chronique urbaine : a Congiarium dédit ter ^ LXXV. u Cf. Pline le Jeune, Panég, , 28. — Ce fut en 93, à la suite de son expédition contre les Suéves et les Sarmates, que Domitien ordonna le troisième congiaire, dont parle Martial. La pièce de vers commence ainsi :

Dam noTa Pannonici nnmoratar gloria belli.

Les deux autres furent peut-être donnés en 83 et en 89, à la suite des triomphes que l'empereur célébra alors. — Une monnaie de Domitien (Cohen, 43), datée de son deuxième consulat (en 73), porte au revers: Cong{iarium} II, mais eUe est hybride. Voir Pick, Zeitschrift fur Numismatik, XIV, 1887, p. 371.

(2) Voir Lacour-Gayet, Antonin le Pieux et son temps, p. 72.

(3) On a quelques beaux portraits de cette époque , par exemple : la prétendue Julie du musée du Capitole (BemouUi, Rômische Ihonographie, II, 2, p. 50, fin du paragraphe) , une autre prétendue Julie du musée de Florence (BernouUi, loc. cit., p. 49, n* 2 et pi. xvi), la Domitia (?) du musée du Capitole (Bernoulli, loc. cit., p. 64 et pi. xx a et b),

(4) Voir plus haut, p. 95.

(5) Brunn, Geschichte der griechischen Kûnstler, 2* édition, p. 340. Bernoulli, loc, ct(., p. 44.

(6) Martial, V, 40 :

Pinzisti Venarem ; oolis, Artémidore, Minervam, •t miraria opos displioniase tnun.

C'était donc, selon Martial, un peintre médiocre.

Je ne parlerai pas en détail de la littérature à Tépoque de Domitien; je dirai seulement ce qu'il fit pour et contre elle.

Malgré le peu de goût qu'il montra depuis son avènement pour les lettres (1), il témoigna une certaine bienveillance aux écrivains. Dans la société de cette époque , la poésie tenait une place importante (2). C'étaient surtout les poètes qu'on étudiait dans les écoles (3) ; quelques auteurs étaient de leur vivant même considérés comme des classiques et lus jusqu'au fond des provinces (4); les plus grands personnages faisaient des vers (5), occupation dont le prince ne pouvait guère prendre ombrage et à laquelle les portait leur éducation ; d'aucuns professaient pour la poésie un véritable culte (6). Par politique autant que par vanité; Domitien devait chercher à provoquer les flatteries des poètes dont les œuvres se répandaient partout. Les nobles, qu'il prétendaitabaisser, protégeaient les écrivains qui en retour les célébraient dans leurs vers (7) : ne pouvant empêcher ces louanges , l'empereur voulut s'en faire décerner de plus grandes.

En dépit de sa prodigalité, ce ne fut pas par des secours pécuniaires qu'il se concilia l'affection des poètes : à cet égard, l'avare Vespasien se montra plus généreux que lui (8). Martial eut beau lui adresser maintes fois des prières fort peu discrètes; Domitien resta sourd à ses plaintes (9). Il ne consentit même pas à lui donner la concession gratuite de l'eau d'aqueduc (10), faveur qu'il accorda cependant à Stace (il). *- Mais il flatta la vanité des poètes. Il faisait bon accueil à leurs vers (12) et leur en commandait quel-

(1) Voir plus haut, p. 38.

(2) Voir Friedlànder, Sittengeachichte y III, G- édit., p. 377 et suiv. Boissier, Religion romaine d'Auguste aux Antonins, II, p. 164 et suiv.

(3) Martial, VIII, 3, 15. Quintilien, I, 8.

(4) Martial, I, 1; III, 95, 7; V, 15, 4; VI. 87; VII, 88; IX, 97; X, 9; XI, 3; XII, 3; etc.

(5) Voir Friedlànder, Sittengeschichte^ III, p. 459 et suiv.

(6) Pline, Lettres, III, 7, 8; III, 15, 2.

(7) Voir Friedlànder, III, p. 432 et suiv.

(8) Voir Suétone, Vespasien, 18; Tacite, Dialogue des orateurs, 9.

(9) Martial, IV, 27; V, 15; V, 19; VI, 10 (dont le dernier vers prouve que Martial n'avait pas encore éprouvé la générosité de Domitien); VII, 60; VIII, 24. — On a remarqué que, dans les œuvres de Martial, il y a beaucoup de demandes d'argent à l'adresse de Domitien, mais aucun remerciement (Nisard, Poètes latins de la décadence, I, p. 402).

(10) Martial, IX, 18.

(11) Stace, Silves, III, 1, 61 et suiv.

(12) Martial, I, 4; I, 101 ; II, 91, 3; IV, 27; V, 6; VI, t, 5; VI, 64, 14; VII, 12 ; VIII, 82.

ROME SOUS OOMITIBN. 129

quefois (1). Il les' invitait à sa table (2). Turnus, le poète satirique, était fort bien en cour (3). Martial avait assez d'influence auprès du prince pour faire obtenir le droit de cité à des personnages qu*il recommandait (4). Lui-même reçutle droit des troisenfants(5). Les concours Albains etCapitolins ne durent pas être fort utiles aux lettres, ils ne provoquèrent sans doute que des œuvres banales et ampoulées; cependant les poètes vinrent avec empressement s'en disputer les couronnes et y chercher la consécration solennelle de leur talent. — Domitien n*eut d'ailleurs pas comme Auguste le dessein de faire d'eux les auxiliaires de sa politique : Horace prêchait la morale au nom du prince ; Martial parlait bien haut du plaisir que Domitien, ce rigoureux censeur, prenait à lire ses épigrammes.

Il ne se montra pas hostile à l'éloquence : dans sa lutte contre Taristocratie , il eut besoin de délateurs habiles à parler pour se. débarrasser de ses adversaires. Comme son père (6), il protégea les rhéteurs (7). L'hostilité de ces hommes, qui regrettaient parfois .la république , époque plus favorable que le principat à l'art oratoire, et dans les écoles desquels on glorifiait souvent le temps passé et la liberté (8), eût été dangereuse pour le pouvoir : ils avaient une grande influence sur l'esprit des jeunes gens qui

(1) 8tace, Silves, I, prooemium : « Hos versus quos in Equum Maximum feci, indulgentissimo Imperatori, postcro die quam dedicatum erat opus, tradere jussus sum. »

(2) Voir p. 126.

(3) Scoliaste de Juvénal, I, 20.

Quot mihi Caesareo faoti sunt munere cives, nec famnlos iotidem suspicor esse tibi.

Cf. IV, 27, 4.

Praemia laudato tribuit mihi Cnesar aterqae natoromqae dédit jura paterna trium.

Cf. II, 91 et 92 ; IX, 97. — Il est possible que Titus ait accordé à Martial ce droit et que Domitien le lui ait confirme (Friedlânder, édition de Martial, I, p. 6). Mais les deux Césars peuvent être aussi Vcspasien et Titus (Mommsen, Staatsrecht, II, 3* édit., p. 888, n. 4).

(6) Suétone, Vcspasien, 18. Zonaras, XI, 18, p. 494. Digeste , L, 4, 18, 30. Voir, à ce sujet, Boissier, La fin du paganisme, II, p. 198.

(7) Ceux naturellement qui ne le provoquèrent pas par leurs attaques. Le rhéteur Curiatius Maternus fut mis à mort sous sou règne pour avoir déclamé contre les tyrans. Voir chapitre XI.

(8) Juvénal. I, 15 et suiv.; VII, 150. Dion Cassius, LXVII, 12. Tacite, Dialogue des orateurs, 35.

venaient en foule écouter leurs leçons. D'autre part, ils pouvaient rendre au gouvernement impérial d'importants services en glorifiant le prince et en attaquant les ennemis acharnés des Flaviens, les philosophes y qu'eux aussi détestaient, par jalousie de métier (1). Quintilien, le plus célèbre rhéteur de cotte époque (2), fut chargé par Domitien de l'éducation de ses deux neveux et fils adoptifs (3) et reçut de lui les ornements consulaires (4). Aux jeux du Gapitole et aux jeux Albains furent institués des concours pour l'éloquence grecque et l'éloquence latine.

Le règne de Domitien fut peu favorable à T histoire. Elle fut écrite soit par des courtisans, qui virent dans le récit d'événements presque contemporains une occasion de flatter l'empereur et la dynastie à laquelle il appartenait (5), soit par des écrivains d'opposition qui racontèrent le passé pour faire des allusions malveillantes au temps présent. Ces pamphlets furent punis avec une extrême rigueur (6). -* Quant aux philosophes, nous verrons que Domitien les persécuta (7).

Parmi les services que cet empereur rendit aux lettres , il faut citer la restauration des bibliothèques de Rome dont plusieurs avaient été brûlées lors des incendies de la ville sous Néron et Titus (8). Il fit rechercher partout des exemplaires des livres qui avaient péri et envoya même des copistes à Alexandrie (9).

(!) Voir Friediânder, III, 6* édit., p. 679.

(2) Martial, II, 90. Pline le Jeune, Lettres, II, 14, 10 ; VI, 6, 3.

(3) Inst. Ora(., IV, prooemium, 2.

(4) Ausone, Graliarum actio, VII, 31 : (. Quintilianus consularia per Clementem (cousin de Domitien et père des deux enfants adoptés par l'empereur) ornamenta sortitus. »

(5) Tacite, Hist,, II, 101 : « Scriptores temporum, qui potiente rerum Flayia domo monimenta belli hujusce (la guerre de 69) composuenint , curam pacis et amorem rei publicae corruptas in adulationem causas tradidere. »

(6) Suétone, Domitien^ 10; Tacite, A^ricola, 2. Voir, plus loin, aux chapitres VII, IX et XL

(7) Voir chapitre IX.

(8) Suétone, Domitien, 20. La bibliothèque du portique d*Octavie avait brûlé en 80; voir p. 90. Elle dut être rétablie aux frais de Vaerarium Saturni, car elle ne dépendait pas de l'administration impériale (voir Hirschfeld, Verwaltungsgeschichte^ p. 191). — Domitien semble avoir déplacé la bibliothèque du temple d'Auguste, peut-être à la suite d'un incendie. Trajan la remit à son ancienne place. Martial, XII, 3, 7 (livre édité en 101 ; voir Friediânder, édition do Martial, préface, p. G5 et suiv.) :

Jure tuo Tenoranda dot! (c'est le temple d'Aaguste) pete limina templi,

reddita Pierio saut ubi teeta choro.

Voir, sur ce passage, la note de Friediânder, ad locum,

(9) Suétone, loc, cit.

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