IV, 2; IV
(6) Domitien, 4. Voir plus haut, p. 120,
(7) Loc. cit., p. 61 et suiv.
250 ESSAI SUR LE RÊaNE DE L*BMPEREUR DOMITIEN.
t[oria et reditu] Imp(eratoris) .. [fratres Arvales vota] nuncupave' runt. » — Au 17 : « in CapUolio, oh vota adsuscipienda e[x ed]icto co{n)s(ulUm) et ex 8(enatus) c(onsulto)^ pro sainte et redit[u é]t victo^ ria lmp{eratoris .. i — Au 24 : « in Capitolio^ saenatus (sic) turae (sic) et vino sup[plicavit], » — Au 25 : « in Capitolio, oh laetitiam pithlicam^ in tem[plo Jovis 0{ptimi) M(aximi) fratres Arvales] Jov[i] 0{ptimo) M(aximo) hovem marem immolarunt, » — Au 29 : a in Capitolio, ad vota solvenda et nuncupanda pro sainte et re[ditu] Imp{eratoris).. fratres Arvales convener[unt]yJovi^Jnnoni, Minervae, Saluti, Fortimae, Victoriae Reduci^ [Genio po]puli Romani voverunt. » — La guerre dont il s*agit dans ces Actes a eu lieu en hiver, elle a nécessité le départ de l'empereur et causé une fort vive émotion à Rome; elle s'est terminée par une victoire soudaine à la suite de laquelle on ne fit plus de vœux que pour le retour de Domitien. Ces indications coiicordent bien avec ce que les auteurs nous apprennent sur la révolte. — Enfin, on peut remarquer que répigramme 84 du livre IX de Martial fut faite six ans au plus après la révolte (1). Or ce livre fut certainement édité en 94 (2), et les pièces de vers qu'il contient ne sont pas antérieures aux derniers mois de Tannée 93 (3). — Ainsi nous devons placer le commencement de la révolte vers la fin de novembre 88. Antonius Saturninus fut vaincu et tué au commencement de janvier (4).
Cette guerre s'appelle, dans les auteurs, hélium civile (5). Dans les inscriptions, on trouve le terme hellxim Germanicum (6), qui désigne à la fois la révolte d'Antonius et la guerre contre les Cattes, ses alliés.
En entraînant une partie des légionnaires, les ennemis de Domitien voulurent le faire renverser par ceux qui avaient été jusque-là les meilleurs soutiens de la dynastie ïlavienne, et s'as-
(1) Vers 9 :
Omne tibl noBtrum quod bis trietertde janota ante dabat leotor, nuno dabit auctor opus.
(2) Friedlâader, édition do Martial, préface, p. 61.
(3) Le livre VIII parut dans le courant de 93 : voir Friedlânder, loc, cit., p. 59-60.
(4) Il n*y a pas lieu, par conséquent, de rapporter à la découverte dea complices qu' Antonius avait à Rome, les mots qu'on lit dans les Actes des frères Arvales, au 22 septembre 87 : o ob détecta scelera nefariorum • (cf. plus haut, p. 248, n. 1).
(5) Suétone, Domilien, 6 et 10. Stacc, Silves, 1, 1. 80 : « civile nefas. »
(6) C. 1. L., VI, 1347; VIII, 1026; III, 7397 (ces deux dernières inscriptions sont citées p. 210, n. 1).
HOSTILITÉ DB l'aRISTOCRATIB CONTRE DOMITIEN. 251
surer Tappui d'une force armée suffisante pour réprimer les troubles qui pouvaient suivre la mort du tyran. — L. Antbnius Saturninus (t), légat de la Germanie Supérieure à cette époque (2), était un personnage assez méprisé, de mauvaises mœurs, et sans scrupules (3). De grande naissance (4), il devait partager la haine que la noblesse ressentait contre Domitien , qui d'ailleurs Pavait offensé en lui reprochant ses débauches (5). Il commandait une. armée composée de quatre légions (la XIIII Gemina, la XXI Rapax, la VIII Augusta, la XI Claudia) (6) et d'environ dix mille hommes de troupes auxiliaires (7). Le parti aristocratique , où il avait certainement des complices , vit en lui un instrument pour renverser l'empereur. Domitien disparu, on aurait pu se débarrasser sans peine de cet homme.
Antonius choisit le moment où des préparatifs se faisaient pour recommencer la guerre contre les Daces et pour venger Cornélius Fuscus : une partie des légions que Domitien aurait pu lui op-
(1) Dion Gassius (LXVII, 11). Plutarque (Vie de Paul Emile, 25). Aurelius Victor {Epilome . XI) rappellent Antonius ('AvTcdvto;) ; Suétone (Domitien, 6 et 7) et Lampride (Vi> d'Alexandre Sévère, l), L. Antonius; Martial (IV, 11) et Suidas (sub verbo)^ Antonius Saturninus. — Une inscription de Constantine (C. /. L., VIII. 7032) nomme une Antonia, L{ucii) fi/ta. Saturnina, femme de G. Arrius Pacatus . tante maternelle d'Arrius Antoninus, d*Arrius Maximus et d'Arrius Pacatus, cl&rissimi viri. Une autre inscription d*Afriquo (C. /. L.. VllI. 8280) prouve que cette Antonia Saturnina avait de grandes propriétés à Touost de Gonstantine. C'était vraisemblablement la fille d'Antonius Saturninus. Voir Lacour-Gayet, Antonin le Pieux et son temps, p. 453.
(2) Suétone, Domitien, 6. Aurelius Victor. Epitome, XI. Dion Gassius, LXVII, 11. — Il avait peut-être été consul suffoct en 82. car le nom de celui qui fut cette année-là collègue do P. Valerius Patruinus (C. /. L.. IX. 5420) est martelé (voir Borghesi. Œuvres, VII, p. 395). Cependant ce nom peut être celui de quelque autre consulaire . mis à mort par Domitien (Asbach, Bonn, Jahrbûcher, LXXIX. p. 137).
(3) Voir Suidas, sub verbo Avxcfovioç ZatoupvTvoc. Gf. n. 5.
(4) Il descendait peut-être de Marc-Antoine, le vaincu d'Actium. Martial (IV. 11) s'adresse ainsi à lui :
Dum nimiam tado iumefactua nomine gaades....
et le compare au triumvir. Il aurait été , dans ce cas , le descendant de L. Antonius, petit-fils du triumvir, exilé par Auguste à Marseille (Tacite, Annales, IV, 44). — Mais lo vers âe Martial peut faire allusion seulement à la similitude dos noms, et non pa^ à un rapport de parenté.
(5) Aurelius Victor. Epilome, XI : <r Ilis ejus sacvitiis ac maxime injuria vôrborum. qua se scortum vocari dolebat. acconsus Anto)iius... »
(6) Voir p. 178 et suiv.. et 195.
poser en d'autres temps était alors retenue sur le Danube* Il n'hésita pas à s'allier avec des Germains, sans aucun doute avec les Cattes (1) : c'était donner à ces barbares une nouvelle occasion de piller l'empire. Pour s'assurer l'appui de la XIV Gemina et de la XXI Rapaz, les deux légions de Mayence, où il résidait (2)^ il s'empara des sommes déposées par les soldats dans les caisses d'épargne militaires (3). Peut-être sut-il aussi tirer parti du mécontentement qu'avaient dû causer aux soldats les travaux fatigants du Unies Germanicus^ exécutés les années précédentes. Il se ât alors proclamer empereur (4).
Domitien montra une grande énergie. Des qu'il reçut la nouvelle de la révolte, il partit de Rome avec la garde prétorienne (5).
Trajan, alors légat de légion (6) , reçut l'ordre d'amener d'Espagne en toute hâte les deux légions qui y séjournaient (7), la
(1) Voir p. 197. Tacite {Hist.^ I, 2) faisait en partie allusion à la révolte d*Ântoniu8 , lorsqu'il disait que, depuis la mort de Néron jusqu'à celle de Domitien, il y avait eu des guerres civiles et étrangères tout ensemble.
(2) Suétone, Domitien^ 7 : c L. Ântonius apud duafum legionum hiberna... » Mayence était la seule ville de la Germanie Supérieure où il y eût alors deux légions, et le légat de la province y résidait (voir Bergk, Zur Geschichte, p. 72 et suiv.; Zangemeister, Westdeutsche Zeitschrifî, III, 1864, p. 313; Mommsen, Rômische Geschichle, V, p.«i37, n. 1). Fort rapprochée des Germains, alliés d'Antonlus, réunie à la rive droite par un pont, Mayence était le lieu le plus favorable à la révolte.
(3) Suétone, Domitien, 7.
(4) Lampride, Alexandre Sévère, 1; Spartien, Pescennius Niger, 9; Vopiscus, FirmuB, 1 ; Aurelius Victor, Epitome, il ; Polemius Silvius, Nomina omnium principum romanorum, édition Mommen, Chronica, minora ^ p. 520.
(5) Plutarque, Paul Emile, 25. Cf. Dion Cassius, LXVII, 1. — L'inscription C. /. L., V, 3356, se rapporte peut-être à cette expédition : « [TUberio) Claudio], T\{herii) f(Hio) Quir{ina tribu), Alpine, praef{ecto) alae Gallic{ae)^ trib(uno) leg{ionis) II Aug{u8tae) , praef{eclo) coh{orti8) II pr(a«tortae), don{is) don{ato) bello Germ(anico).„ » Ce personnage vécut à Tépoque de Domitien (voir plus haut, p. 72, n. 1). Mais ce bellum germanicum pent aussi bien être la guerre contre les Cattes de 83 que celle do 89. — Selon Bergk {Zur Geschichte , p. 63), le départ de Domitien aurait été décidé le 12 janvier et aurait eu lieu le 17. Il s'appuie sur les Actes des Arvales cités plus haut. Mais je crois que c'est forcer beaucoup le sens des textes.
(6) Voir de la Berge, Trajan, p. 12. M. Ton Domaszewski (Hheintsc/ies Muséum, XLV, 1890, p. 6) pense qu'il était alors légat de l'armée de l'Espagne Citérieure (composée de deux légions), et non pas seulement d'une seule légion.
(7) Pline, Pan., 14. Les phrases suivantes indiquent qu'il s'agit de la guerre contre Antonius : a cum Icgiones ducores. seu potius (tanta velocitas erat) raperes. » Domitien se trouvait donc dans un danger pressant. —
HOSTILITÉ OB L^ABISTOCAAtlE CONTRE DOllITIBN. 253
VII Gemina et peut-être la I Adjulrix (1). Ce pays, où la dynastie Flavienne était très populaire (2), pouvait être laissé sans armée. Quelques troupes furent peut-être même appelées du Danube (3). — Cependant Rome était en émoi , les bruits les plus contradictoires y couraient ; un jour, on annonça la mort d'Antonius et la destruction de toute son armée : cette fausse nouvelle se répandit si bien que beaucoup de magistrats offrirent des sacrifices (4). Comme Domitien était encore le maître, le Sénat et les consuls ordonnaient des vœux solennels pour son salut, son retour et sa victoire (5). Martial prédisait à Antonius qu'il serait vaincu (6) : a Trop fier d'un vain nom [celui d' Antonius], malheureux, tu as honte d'être Saturninus, et tu as provoqué une guerre impie dans les pays situés sous la constellation de TOurse, comme jadis celui
« Nec dubito quin ille qui te intor illa Germaniae beUa ab Hispania usque ut validissimum praesidium exciverat, iners ipse alienisque virtutibus tune quoque inyidus imperator, cum ope earum îndigeret... » Cette guerre s'appela officiellement « Oermanicum bellum o : voir p. 250, n. 6; d'ailleurs, en 83, Trajan n'était pas encore préteur (^oir de la Berge, p. 11), — Peiit-étre, au commencement du môme chapitre XIV, faut-il lire : a cum... nomen Germanici jam tum mererere, cum ferociam superbiamque Chaitorum ex proximo auditus magno terrore cobiberes » (voir Asbach, Westd. Zeitschr., III, 1884, p. 21). •» Selon Pline, Trajan passa les Pyrénées et les Alpes. S'il avait marché directement contre Antonius, il n'aurait pas eu ces dernières montagnes à traverser. Peut-être ne faut-il pas donner un sens trop précis à la phrase oratoire de Pline. Mais il est possible que Trajan ait reçu Tordre de se rendre à Vindonissa, où campait la XI Claudia restée Ûdéle : ce lieu aurait servi de centre de ralliement à toutes les troupes venues d'Italie avec Domitien, du Danube, d'Espagne. Il est aussi permis de supposer que Trajan reçut mission de barrer à Antonius la route de Rome (voir Asbach, W, Z,, p. 10). — Les légions amenées d'Espagne ne prirent point part à la bataille 4ans laquelle Antonius fut tué , car Pline ne mentionne que la marche de Trajan. Le futur empereur fut récompensé de son zélé par le consulat ordinaire, qu'il reçut on 91 (Voir Klein, Fasti cons.f p. 49).
(1) La VII Gemina se trouvait en Espagne en 79 (C. I. L., II, 2477); après la guerre de 88-89, eUe y retourna (voir, par exemple, Ptolémée, II, 6, 28). Sous Hadrien, elle fit de nouveau un court séjour en Germanie Supérieure (von Domaszewski, Rheinisches Muséum^ XLVII, 1892, p. 215). — Quant à la I Adjutrix, elle ne retourna pas en Espagne, mais fut envoyée sur le Danube (voir plus haut, p. 179 et 231).
(2) Vespasien avait concédé à l'Espagne le droit latin.
(3) Voir plus haut , p. 210, n. 1 , l'inscription de M. Julius Avitus, qui combattit dans la guerre germanique de 88-89, probablement comme centurion de la XV ApoUinaris, légion de la province de Pannonie.
(4) Plutarque, loc. cit,
(5) Voir p. 250.
qui prit les armes pour TEgyptienne. As-tu donc oublié le destin de ce nom qu^ensevelit à jamais la colère terrible des flots d'Âctium? Le Rhin t*a-t-il promis ce que lui a refusé le Nil? et le fleuve du Nord pourrait-il davantage? Souviens-toi que cet Antoine est tombé sous nos armes, lui qui^ comparé à toi, perfide, était un César ! » •
Quoique Texemple des troupes de Mayence n*eût pas été imité par les autres légions de l'empire, tout le monde prévoyait une grande guerre (1). Mais la révolte fut brusquement terminée par L. Norbanus Appius Maximus (2). — Les suppositions les plus diverses ont été émises sur la fonction que ce personnage l'emplissait alors. Bergk (3) Ta regardé comme un procurateur de Rbétie, à cause de ce vers que lui adresse Martial (4) :
Me tibi Vindelicis Raetus narrabat in oris.
Mais c'est une erreur, car plusieurs autres textes prouvent que Norbanus était de rang sénatorial. — Renier (5) en a fait un l^at d'Aquitaine; M. Asbach (6) , un légat de Lyonnaise, à cause des briques de la VIII Augusta portant son nom qui ont été trouvées à Néris (7),^ en Aquitaine, et de celles qui ont été trouvées à Mirebeau (8), que M. Asbach place en Lyonnaise (9). Mais ces briques indiquent simplement que la VIII Augusta, dont le camp était à Argentoratum, en Germanie Supérieure (10), avait alors des
(1) Plutarque, loc. cit. Cf. Dion Cassius, LXVil, 11.
(2) Martial (IX, 84) l'appelle Norbanus; Aurelius Victor {Epitome XI), Norbanus Appius; Dion Cassius (loc, cit.), L. Maximus; une inscription (C. /. L., VI, 1347), Appius Maximus : « Appi Maximi bis co{n)8(ulis) , confectoris belli Germanici, d — Il est sans doute identique au légat L. Appius, mentionné sur des briques de la VIII Augusta, trouvées à Néris (Allier) et à Mirebeau (Côte-d'Or). Voir Mowat, Bulletin épigraphique^ III, 1883, p. 306, et Mommsen, Hermès, XIX, 1884, p. 438 : Leg{io) VIII Aug{ust&) L{ucio) Appio leg{ato), L. Appius Maximus, proconsul de Bithynie sous Domitien (Pline, Lettres f X, 58), est le môme personnage (voir Mommsen, Index de Pline le Jeune, édit. Keil).
(3) Zur Geschichte, p. 65.
(5) Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, 1872, p. 426.
(6) Bonnisc/ie Jahrbûcher, LXXIX, 1885, p. 122 et 139; Westdeutsche Zeitschrift, III, 1884, p. 22.
(7) Voir note 2.
(8) Voir môme note.
(9) Mommsen {Hermès, XIX, 1884, p. 438) place Miiebeau en Germanie Bnpérienre.
(10) Voir p. 178.
HOSTILITÉ DE L*ARISTOCRATÎE CONTKB DOMITIEN. 255
détachements sur plusieurs points de la Gaule (1). Si Appius y est nommé, nous verrons que c'est peut-être parce qu'il commanda l'armée de Germanie Supérieure. — M. Pichlmayr (2) croit que Norbanus était légat de la légion qui était campée à Yindonissa. Rien ne permet, à mon avis, d'accepter cette hypothèse. — M. Mommsen (3) voit en lui un légat de Paniionie. Selon ce savant, qui s'appuie sur Martial, il vint par la Vindélicie et la Rhétie pour combattre Antonius. Mais les vers du poète (4) peuvent s'interpréter autrement :
Gum tua sacrilegos contra, Norbane» furores staret pro domino Gaesare sancta fides, haec ego Pieria ludebam tutus in umbra, ille tuae cultor notus amicitiae.
Mé tibi Vindelicis Raetus narrabat in oris , nescia nec nostri ûominis Arctos erat...
Omne tibi nostrum quod bis trieteride juncta Ante dabat lector, nunc dabit auctor opus.
Ces vers indiquent que, pendant l'espace des six années précédentes, Norbanus vainquit Antonius et qu'il alla sur les bords du Danube, en Hhétie et en Vindélicie. Mais rien ne prouve, comme le fait remarquer M. Asbach (5) , que ces deux actions aient été contemporaines. On peut admettre, par exemple, que Norbanus, qui acquit une grande réputation militaire par suite de sa victoire 'sur Antonius , reçut ensuite un grand commandement militaire sur le Danube, soit en 89, lors de la seconde expédition de Domitien sur le Danube (Rome eut alors à combattre les Marcomans), soit en 92, lors de la guerre suévo-sarmatique. Il est vrai qu'une inscription (6) nous apprend qu'un soldat qui appartenait sans doute alors à la légion XV Apollinaris combattit dans la guerre contre Antonius et les Cattes. Cela laisse supposer que quelques troupes furent appelées de Pannonie. Mais le moment n'était pas
(1) On a aussi trouvé à Viviers en Narbonnaise des briques de la VIII Augusta, mais sans nom de légat (Mowat, Bulletin épigraphique j III, 18S3, p. 303).
(2) r. Flavius DomitianuSf p. 91.
(3) Eludé sur Pline (traduction Morel), p. 93.
(5) Westdeutsche Zeitschrift, III, 1884, p. 23; Bonnische Jahrbûc/ier, LXXXI, 1886, p. 40, n. 2.
l6) Citée plus haut, p. 210, n. 1 et p. 253, n. 3. Elle a déjà été indiquée à ce propos par M. von D omsAzeYf&ki, Korrespondenzblatt der Westdsutschen Zeitschrift, XI, 1892« p. 115.
256 EdSAt SUtl LE RÈÔNB DB L^RHPBREtm DOinTIBN.
propice , alors que le Danube était très menacé par les Barbares, pour faire venir en Germanie le légat de Pannonie avec toutes ses troupes. •— MM. Roulez (1) et Pâtzner (2) ont vu en lui un gouverneur de la Germanie Inférieure, mais ils ne s'appuyaient pas sur des arguments bien solides. La preuve me semble avoir été donnée par M. Ritterling (3). Il a montré que les légions de l'armée de Germanie Inférieure et quelques autres corps de cette armée ont reçu alors les surnoms de Pia Fidelis. La VI Yictrix, qui n*avait pas ces surnoms sous Néron (4), et la X Gemina, qui ne les avait pas sous Yespasien (5), les portent sur des inscriptions peu postérieures à Tannée 100(6). La IMinervia, créée par Domitien, les portait en 112 (7). La XXII Primigenla, qui ne les avait pas en 86 (8), les portait également en 112 (9). La classis Germanica les portait peu après l'année 100 (10). On lit aussi sur des inscriptions de la fin du premier siècle ou du commencement du second les surnoms de Pia Fidelis , appliqués à des troupes auxi* liaires de la Germanie Inférieure : à Tala Indiana (tl), à une cohorte de Lucences (12), à une cohorte d*Astures (13). — Or, il est très probable que ce fut leur conduite lors de la révolte d'Antonius qui valut cet honneur aux corps de troupes qui viennent d'être mentionnés, de même que les légions de Dalmatie (la septième et la onzième) reçurent les surnoms de Pia Fidelis sous Claude, en récompense de leur résistance à la révolte de Furius Gamillus Scribonianus. Il n'y eut pas à cette époque d*autres faits d'armes importants auxquels ait pu prendre part Tarmée de Germanie Inférieure : sous Nerva, Yestricius Spurinna, légat de la province, fit une promenade militaire chez les Bructères, il n'eut pas à combattre (14). — Après ces mots P{ia) F{idelis), on trouve quel-
(1) Les légats propréieurs de la Germanie Inférieure j p. 23.
(2) Geschichie der Legionen, p. 79. ,
(3) De legione Romanorum X Gemtna, p. 12 et suiv., 119 et auiv.
(5) OreUi, 2008.
(€) Brambach, Corpus inscriptionum RKenanarum^ 660, 662, et Ritterling, p. 40 et saiv.
(7) C. /. L,, III, 550. Cf. C. i. L.. III, 6819 (époque de Trajan).
(8) Bullettino delta commissione comunale di Roma, 1886, p. 83.
(9) C. /. L,, III, 550. Cf. C. /. L., III, 6819; MôHer, KorrespondembUU der Westdeutschen Zeitschrift, V, 1886, p. 185-187, et Mommsen, ibid^ p. 234.
(10) Brarabach, 662.
(11) OreUi, 4039.
(12) Brambach, 6.
(1^ Brambach, 678. Of. RitterUng, toc. dt^ p. 124, n. 1. (14) Voir p. 181, n. 9.
flOSTIÛTÉ ÎSÉ L'ÀRISTOCRATife CONTAB OOMITÎEN. 257
quiBfois la lettre D (l), que M. Ritteriing; (2) explique avec assez de vraisemblance par D{omitiana). Le surilom dont il s'agit ne fut naturellement porté que du vivant de Dôniitien , puisqlie la mémoire de cet empereur fut condamnée. Il aurait été donné, comilie les surnotas de Pia Fid'elis, aux troupes dé Germanie Inférieure à la isuite dé leur victoire sur Anlonius. D'après ces observations, il y a lieu de supposer que L. Norbanus Appiiiâ Maximùs, qualifié de wnfectoir belli Germanicl, tomniandait ces troupes, (Jù'il était légal de Germanie Inférieure (3).
Du reste , il peut avoir reçu alors de Domitien un grand cbmmandedient qui s'étendait sur les deux Germailies, avec autorité militaire dans toute la Gaule. Ainsi s'expliqueraient les briques de la VIII Augusta, trouvées à Néris et à Mirebeau, qtli poHent son nom (4).
Norbanus marcha contre les rebelles, les rencontra sur les bords du Rhin (5j et lès vainquit contre toute attente (6). Les Geroiains
(t) Voir, poar la X Qemina, Brambach, 651 : — pour la XXII Primigenia, Brambach, 140 d, 3 et 4 < le n* 4 porte peut-être même : [Lè]g(io) XXII Pr(i' migenia) P(ia) F{elix) Do{mitiana), >, Brambach, 1626; — pour la I Minervia, Bonnische Jahrbûctier, LVil, 1876, p. 70; — pour la classis Germanica, Brambach, 684; — pour la (deuxième?) cohorte d'Astures, Brambach, 678.
(2) Loc. cit., p. 15.
(3) Martial fait peut-être allusion à cette légation dans le vers (IX, 84, 6) :
Neacia Bec nostri noBainis Arctos erat.
(4) Bi l'hypothèse est fondée ^ il faut observer que cet état de choses ne dura pas longtemps : le 27 octobre 90, Jàvolenus Priscus était légat de la Gbrmanie Supérieure (Éphem, epigr.^ V, p. 65'i).
(5) Oh la bataille fut-elle livrée? Mommsen {Etude sur Pline, p. 93; Rëmische Geschichte, t. V, p. 137) pense que ce fut prés du lac de Constance. Cette opinion s'appuie sur le vers de Martial : a Mo tibi Vindelicis, etc., » qui ne se rapporte probablement pas à la révolte. Il est plus vraisemblable que le combat eut lieu sur le Rhin moyen , près de Mayence , à proximité des Germains, alliés d'Antonius (dans les Champs décumates, il n'y avait pas de Germains). Il n'eut pas lieu à Mayence même , car , à cet endroit, existait probablement un pont sur le Rhin (voir p. 194), et le dégel qui survint à l'heure même de la bataille n'aurait pas einpéché les Barbares de traverser le fleuve.
(6) Dion Cassius, LXVII, il. Les soldats qu'Antonius avait mis de son c6té par des moyens violents le soutinrent peut-être mal , tandis que ceux de Norbanus, fidèles à Domitien, combattirent avec courage (voir Dion, loc. cit,). Il faut remarquer aussi que, depuis le règne de Vespasien, les soldats des troupes auxiliaires de l'armée de Germanie n'étaient plus des Germains, comme sous la dynastie julio-claudienne (voir, à ce sujet, Mommsen, He/'mès, XIX, 1884, p. 214). Ils durent donc montrer une assez grande répugnance à suivre Antonius, l'allié des Germains.
qui devaient soutenir Antooius furent empêchés à Pheure même du combat de passer le Rhin sur la glace, par suite d'un dégel subit (1). L'usurpateur fut tué dans cette bataille (2). A cette nouvelle, qui se répandit avec une rapidité surprenante (3), le Sénat et les collèges religieux offrirent de grands sacrifices (4) ; des présages heureux furent inventés après coup; on raconta que, le jour même de la bataille, un grand aigle avait entouré de ses ailes la statue de l'empereur, en poussant des cris de joie (5).
11 ne restait plus qu'à punir les complices et les alliés d*Antonius.
Après qu'on eut reçu la nouvelle de la victoire de Norbanus, on crut peut-être à Rome que l'empereur reviendrait aussitôt. On fit des vœux, non plus pour sa victoire, mais seulement pour son retour (b). Cependant Domitien continua sa marche vers le Rhin (7). 11 alla sans doute à Mayence, où il fit de terribles exécutions. Ceux qui avaient montré le plus d'empressement à reconnaître le rebelle furent mis à mort avec d'horribles raffinements de cruauté (8). Selon Dion Cassius, le nombre des victimes fut si grand que Domitien défendit de les mentionner dans les Actes, et qu'il n'écrivit rien au Sénat sur les exécutions ordonnées, bien qu'il eût envoyé à Home les tête^ des suppliciés, comme celle d'Antonius, et qu'il les eût fait exposer sur le Forum (9). — La répression était terrible ; mais il ne faut pas oublier que la révolte avait éclaté au moment où de grands dangers menaçaient l'empire du coté du Danube et qu'elle avait été appuyée par les ennemis de Rome, les Cattes. Ces rigueurs n'atteignaient donc que des traîtres. D'un autre côté, Domitien, qui s'appuyait sur l'armée, qui
(1) Suétone, Domitien^ 6.
(2) Suétone, loc. ciU
(3) Piutarque, PsluL Emile, 25. Cf. Suétone, loc, cit,
(4) Actes des Arvales. Voir p. 250.
(5) Suétone, loc, cit,
(6) Actes des Arvales, au 29 janvier; voir plus haut, p. 250.
(7) Dion Cassius (LXVII , 11) raconte qu'un sénateur le quitta alors pour retourner chez lui. Voir d'ailleurs, p. 197, n. 8, les textes qui prouvent que Domitien alla alors sur le Khin.
(8j buétone, DomUieriy 10 : a Post civilis belli victoriam pleros-
que partis adversao, duiu etiam latentes conscios investigat, novo quaestionis generu distorsit, immisso per obscoena igné; nonnullis et nianus auiputavit. Satisque constat duos solos e notioribus venia donatos , tribunum laticlavium et centurionem, qui se, quo facilius expertes cuipae ostenderent, iuipudicos pro baver ant, et ob id neque apud ducem, nec apud milites ullius momenti esse potuisse. » Cf. Dion Cassius, LXVII, 11.
(9j Dion Cassius, loc. cit.
1». — ■ ii"-^.
HOSTILITÉ DE l'aRISTOCRATIE CONTRE DOMITIEN. 259
avait fait tant d'efforts pour se la concilier, dut être indigné de cette sédition militaire ; il la punit comme un acte d'ingratitude. Il fut décidé que plusieurs légions ne prendraient plus désormais leurs quartiers d'hiver dans le même camp (1), circonstance qui avait beaucoup favorisé la révolte. D'autre part, Domitien défendit qu'à l'avenir chaque soldat déposât dans les caisses d'épargne légionnaires plus de mille écus (2). On sait l'usage qu'Antonius avait fait des sommes gardées dans ces caisses.
Bergk (3) a supposé que la XXI Rapax fut supprimée alors à cause de sa participation à fa révolte. Cela esl^ peu vraisemblable (4) ; deux légions, la XXI Rapax et la XIV Gemina, étaient également coupables ; pourquoi Domitien n'en aurait-il frappé qu'une ? — 11 y a cependant tout lieu de croire que l'empereur fit quitter Mayence à ces deux légions. Elles ne pouvaient rester en face des barbares qui avaient été leurs associés dans la révolte. £n tout cas, l'une des deux quitta certainement ce lieu, puisque^ comme nous venons de le voir, il n'y eut plus désormais de camp de deux légions. Elles furent peut-être envoyées l'une et l'autie sur le Danube. Nous avons vu qu'il y a des raisons de croire que la XXI hapax fut détruite par les Sarmates en 92 (5). Quant à la XIV Gemina, elle était eu Panuonie sous Trajan (6), et rien n'empêche d'admettre qu'elle y ait été envoyée par Domitien (7). Elles semblent avoir été remplacées à Mayence par la XXII Primigenia, qui appartenait à l'armée de Germanie inférieure et qui ne pouvait rester à Noviomagus, camp de deux légions. Elle était' certainement dans la province Supérieure en 97 (8), et même si, dans deux inscriptions, l'une de Mayence (9),
(1) Suétone, Domitien, 7.
(2) tiuétone, loc. cit,
(3) Zur GeschicMe, p. 67 et suiv. Cf. Asbach, Westdeutsche Zeitschrift, III, 1884, p. 10.
(4) M. Schiller (Geschichte der rômisclien Kaiserzeit, I, p. 942, en bas] a déjà montré l'invraisemblance de l'hypothèse de Bergk.
(5) Voir p. 157 et 225.
(6) Voir p. 178, n. 3.
(7) Ritterling (p. 78) attribue,*' mais sans raisons suffisantes, à l'époque de Domitien la brique de la légion trouvée à Mursella, sur la Drave (C. /. L., LII, n** 3755). Dos briques de la XIV (iemina, vraisemblablement antérieures aux guerres daciques de Trajan, ont été trouvées à Vienne (Von Domaszewski, Korrespondenzbl&it der We$tdeut8chen Zeitschrift, X, 1891, p. 253- 254). -^ M. Meyer pense aussi que la XIV Gemina quitta Mayence après la révolte d'Antonius (Phiiologus, XL VII, 1888, p. 661).
(8) Voir plus haut, p. 177.
(9) Drambach, 1377, y, 31 (brique). La lecture donnée est LFWIISFD-
260 E^SAI SUR LE BËGNB DE L'bmPBREUR DOMITIBN.
Tautre du Wurtemberg (1), où on lit : leg. XXII PFD, la sîgle D signifie DomiLiana^ comme le suppose M. Ritterling (2), ce serait une preuve qu'elle s'y trouvait dès Tépoque de Domitien.
Il n'y a, je crois, aucune raison pour penser que les deux autres légions de Germanie Supérieure, la VIII Augusta et la XI Claudia, qui né nous sont nulle part indiquées comme rebelles, aient été alors éloignées de cette province.
Quant aux Cattes, ils furent punis de leur participation à la révolte. Nous avpns vu qu'à la fin de 89, Domitien triompha d'eux en même temps que des Daces (3).
L'empereur frappa durement les personnages de l'aristocratie qu'il soupçonna d'avoir été les complices d'Antonius. Malgré les vœux et les sacrifices officiels ordonnés par le Sénat avant et après la victoire, Domitien avait, au cours de toute cette révolte, éprouvé la sourde hostilité de ceux mêmes qui le servaient. Lucianus Proculus, sénateur âgé qui vivait la plupart du temps à la campagne, était parti avec l'empereur pour ne pas sembler l'abandonner au moment du danger, ce qui aurait pu lui attirer une condamnation à mort. Mais lorsque la nouvelle de la défaite d'Antonius fut arrivée, il s'écria : « Tu as vaincu, prince, comme je le désirais ; rends-moi donc à mes champs. » Quittant alors l'empereur, il s'en alla dans ses terres , et bien qu'ayant vécu longtemps encore, il ne revint jamais auprès de lui dans la suite. — Quant à Norbanus , il aurait brûlé tous les papiers trouvés dans les cassettes d'Antonius, aimant mieux risquer sa vie que de permettre qu'ils servissent à des accusations (4). Mais cette anecdote, rapportée par Dion Cassius, pourrait bien être une légende. Le même acte de courage est attribué par lui à Martius Verus, général qui vécut sous Marc-Aurèle (5).
Cela n'empêcha pas l'empereur de punir de la mort ou de l'exil un certain nombre de sénateurs, accusés de complicité avec Antonius ; mais nous n'avons aucun détail sur ces condamnations (6) .
(i)Jiiscriptioxi d'Âlpirsbach : Brambach, 1626.
(2) Page 79.
(3) Voir p. 198.
(4) Dion Cassius, LXVII, 11.