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CHAPITRE IX

PERSÉCUTION DBS PHILOSOPHES.

La période de terreur, qui dura trois années, depuis 93 jusqu'à la mort de Domitien, commença par la persécution des philosophes. L'empereur avait des motifs poyr se méfier d'eux. Prédicateurs de morale^ plutôt que faiseurs de systèmes, ils se piquaient de poursuivre les vices partout où ils les rencontraient (1) ; souvent même ils n'épargnaient pas la personne du prince. Or ils trouvaient de nombreux sujets de blâme dans la vie privée de Domitien. Ils étaient surtout hostiles au gouvernement. Enclins à la critique par profession comme par orgueil , ils dénigraient tous les actes du pouvoir , ils s'en prenaient aux conseillers , aux auxiliaires du prince, quand ils ne l'attaquaient pas lui-même. S'érigeant en juges de mœurs, ils empiétaient , pour ainsi dire, sur les attributions de Domitien , censeur. Ils n'aimaient pas la dynastie Flavienne^ dont le chef, Yespasien, les avait persécutés (2), à cause de leur opposition au régime impérial (3). Ces hommes, qui faisaient la leçon à tous, ne voulaient accepter un seul maître qu'à la condition de le diriger ; ils se souvenaient que parmi les victimes des Césars avaient figuré depuis un siècle les plus illustres représentants du stoïcisme , doctrine dominante à cette époque. On n'avait donc pas toujours tort de les

(1) Dion Ghrysostome , Discours LXXII, t. II, p. 248, édition Dindorf ' < Le philosophe doit avertir les hommes, ne flatter ni n'épargner personne. Il les reprend le plus qu'il peut et leur montre ce qu'ils sont. »

(2) Dion Gassius, LXVI, 12; 13; 15. Suétone, Vespasten, 15. Epictéte, Dtssertaitont, I, 2, 19.

(3) Sous ce prince, Hostilius déclamait contre la monarchie (Dion Gassius, LXVI, 13). Uelvidius Priscus vantait le gouvernement républicain (Dion CassiuB, LXVI, 12) et ne voulait pas donner à Vespasien le titre d'empereur (cf. Suétone , toc. cit,).

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considérer comme des factieux (1). Leurs attaques semblaient d'autant plus blessantes que maintes fois elles étaient faites avec une franchise brutale. Sous Vespasien , Helvidius Priscus, Hostilius, Demetrius avaient grossièrement insulté le prince (2); sous Domitien , Dion Chrysostome ne fut pas plus réservé : du moins il s'en vanta plus tard (3). Le pouvoir impérial pouvait difficilement contraindre au silence ces importuns; contre eux, les mesures les plus sévères paraissaient sans effet. Ne craignant pas la mort, avides de réputation (4), ils ambitionnaient le martyre (5). — Tous , il est vrai , ne se montraient pas aussi téméraires. Martial écrivait à son ami Decianus, philosophe stoïcien (6) : a Tu suis les dogmes du grand Thraséas et de Caton, ce sage parfait, de manière pourtant à prouver que tu ne fais pas fi de la vie et que tu ne veux point aller la poitrine découverte te précipiter au devant d'un glaive sorti du fourreau. Je t'approuve, Decianus : j'estime peu celui qui achète la renommée au prix d'un sang prodigue ; j'estime l'homme qui peut se rendre digne de louanges sans s'attirer la mort. » Beaucoup devaient suivre cette conduite prudente (7), mais ceux qui attaquaient le prince se faisaient plus facilement connaître et semblaient plus dignes du nom de philosophes.

Par eux-mêmes , les philosophes ne semblaient pas fort redoutables : ils parlaient plus qu'ils n'agissaient , et d'ordinaire ils s'abstenaient de prendre part aux affaires publiques : ils prétendaient consacrer tout leur temps à l'étude de la science suprême du bien , et ne pas se rendre complices d'actions peu honorables, conduite qui leur attirait le blâme de beaucoup de Romains, habitués à placer les devoirs civiques au-dessus de tous les

(1) Voir Friedlfinder« Sittengeschichte, III, 6* édit., p. 671 et suiv. Boissier, Opposition sous les Césars, p. 103.

(2) Dion Gassius, LXVII, 1'/ et 13. Suétone, Vespasien, 13 et 15.

(3) Dion Chrysostome, Discours, III, t. I, p. 41 ; XLV, t. II, p. 118. Voir encore le langage que Philostrate {Apollonius , VII , 5 et suiv. ; VII , 32) fait tenir à son héros légendaire.

(4) Leur orgueil leur était souvent reproché : Tacite, Hisl,, IV, 6; Dion Cassius, t. IX, p. 304, édition Gros-Boissée (discours de Mucien à Vespa> sien); Dion Chrysostome, XIII, p. 243; etc.

(5) Philostrate; Apollonius, VII, 16. Dion Cassius, LXVI, 15.

(7) Nous connaissons un philosophe qui sut s'attirer les bonnes gr&ces de Domitien : le Bithynien Flavius Archippus, qui reçut de l'empereur une terre aux environs de Prase, sa patrie {Correspondance de Pline et de Tra- ;an, 58; cf. 60).

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autres (1). — Ce qui les rendait dangereux, c'était l'influence que leur donnaient leurs talents et leurs vertus , souvent très dignes d'admiration. Les critiques qu'ils adressaient au prince et à son gouvernement, les théories politiques qu'ils exposaient pouvaient inspirer à leurs disciples la haine du régimel présent. Ils aiguisaient les poignards dont d'autres se servaient (2).

Cette influence, ils ne l'exerçaient guère sur le peuple. Ils avaient, il est vrai, cessé de penser, comme Cicéron (3), que la philosophie doit éviter la multitude. Des esclaves même étaient admis aux leçons du stoïcien Musonius Rufus (4); Helvidius Priscus recherchait la popularité (5) ; les cyniques se donnaient pour mission d'enseigner la vertu aux petites gens (6). Mais le peuple , en général , estimait peu les philosophes. Il les regardait comme des pédagognes insupportables et vaniteux, se moquait de leur costume et de leurs allures bizarres, raillait leurs rivalités si fréquentes, voyait en eux des oisifs passant leur vie à discourir, et même des hypocrites : car les cyniques, qu'il connaissait plus que les stoïciens , n'avaient pas tous des mœurs fort recommandables (7).

C'était surtout dans l'aristocratie que les philosophes trouvaient des disciples. Comme, par leur éducation, les nobles étaient presque aussi Grecs que Romains, ils devaient s'intéresser à la philosophie, création de l'esprit hellénique. Ne pouvant prendre qu'une part fort restreinte aux affaires de l'Etat , ils trouvaient dans cette étude une sérieuse occupation ; menacés des. plus dures épreuves sous Domitien, ils aimaient à se persuader que les disgrâces, la pauvreté, l'exil, la mort ne sont pas des maux. Fidèles en général aux pratiques religieuses de leurs ancêtres, ils pensaient que la philosophie en était le complément nécessaire : les dieux sanctionnaient la loi morale, les philosophes l'enseignaient. Enfin la mode, dans la haute société, était à la philosophie : le rhéteur Quintilien s'en alarmait fort et revendiquait, pour les professeurs d'éloquence, le droit d'enseigner la vertu (8). Les jeunes gens de l'aristocratie suivaient les leçons des maîtres les plus re-

(1; Voir Friedlànder, SiUengeschichte,, III, p. 669-670.

(2) Philostrate, Apollonius, VII, 4. Cf. Dion Cassius, LXVI, 12 et 13.

(3) TusculaneSj II, 1, 4.

(4) Epictète fut son élève [Enlrctiens, I, 7, 32).

(5) Dion Cassius, LXVI, 12.

(6) Voir Friedlànder, Sillengeschichte, III, p. 722.

(7) Voir Friedlànder, III, p. 677 et suiv.

(8) Inst, or.^ I, proœm., 10 et suiv.; cf. XI, 1, 35; XII, 1, 6 et suiv.

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nommés; dans chaque grande maison, vivait un sage qui était le conseiller de ses hôtes et le précepteur des enfants de la famille. Les philosophes ne se bornaient pas , d*ailleurs, à donner des règles de conduite : on prenait leur avis pour chaque affaire importante ; ils étaient sans cesse mêlés à la vie intime des nobles (1). Des hommes d'un rang élevé se faisaient philosophes de profession et se montraient plus ûers de ce titre que des hauted charges qu'ils avalent eiercées. Sur un buste de Junius Rusticus, qui fut préteur et probablement aussi consul , on lit ces simples mots : « L. Junii Rusticiy philosophi stoïci (2). » Ils donnaient des leçons publiques, comme le &t, au temps de Néron et de Vespasien, C. Musonius Rufus, ancien consul (3). Ce personnage se montra dédaigneux des préjugés romains et aristocratiques au point de marier sa fille à un philosophe grec Artémidore (4).

Ainsi les philosophes, qui attaquaient la personne comme la politique de l'empereur, exerçaient une grande autorité morale sur la noblesse qui faisait une opposition fort vive au gouvernement. On pouvait en conclure qu'ils étaient non seulement les complices, mais aussi les instigateurs de cette opposition. Ce fut la cause des mesures que Domitien prit contre eux.

Il ne semble pas cependant qu'avant Tannée 93 ils aient été poursuivis d'une manière systématique. Quelques-uns d'entre eux purent être frappés (5) , mais la persécution générale n'eut lieu

(1) Voir, à ce sujet, Friedlànder, Sittengeachichte, III, p. 706 et suiv.

(2) Visconti, Iconographie romaine^ I, p. 204, pi. xiv, n* 5; Orelli, Inscr, col/., n" 1190. Ce n'est pas le buste de Junius Rusticus, consul pour la seconde fois en 162 (Klem, Fasti consulareSy p. 75) et philosophe stoïcien lui aussi (voir Lacour-Gayet , Anlonin le Pieux et son temps ^ p. 338) : ce personnage s'appelait Quintus, non Lucius (C. /. L. , XIV, 58). On peut donc attribuer (comme le fait Mommsen, Index de Pline) le buste en question au Rusticus qui vécut sous Domitien et dont le prénom n*est du reste indiqué nulle part ailleurs. Le personnage représenté porte la barbe : c'était l'usage des philosophes qui ne s'était pas encore répandu dans la haute société à l'époque Flavienne. — Ce buste et l'inscription qui l'accompagnent ne sont cependant pas à l'abri de tout soupçon de non-authenticité : voir Bernoulli, Rômische Ihonographie, I, p. 284.

(3) Tacite, Annales, XV, 71 ; Hist., III, 81.

(4) Pline, Lettres, ÏU, 11, 7.

(5) Eusébe (Chronologie, p. 160, 161, éd. Schône) indique en 2105 (!•' octobre 88-30 septembre 89) une expulsion des philosophes et des astrologues, puis une autre, quatre ans plus tard : ce fut celle qui suivit le procès de Massa* Cependant aucun auteur ne fuit allusion à la première expulsion, car Dion Cassius (LXVII, 13)» quand il écrit au sujet des événements de 93 ; a Ol Xoiuol icdvxec [91X096901] £^XdOT)(rav aOOtç i% T$j; *Pa>(iT)c, » pense sans doute à

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qu'à la suite du procès de Baebius Massa (1). Nous avons vu qu'il fut accusé d'avoir commis des malversations pendant son proconsulat de Bétique. Le Sénat désigna comme avocats aux Espagnols Herennius Senecio et Pline le Jeune (2). Sénateur et philosophe stoïcien , Senecio était fort hostile à l'empereur. Après sa questure, il n'avait voulu gérer aucune autre charge (3); lors de l'afiFaire de la grande vestale Cornelia, que Domitien fit périr, il avait accepté d'être l'avocat de Valerius Licinianus, accusé de complicité avec cette prêtresse (4) ; il médisait des délateurs les plus puissants (5). Il fut donc heureux de saisir cette occasion d'attaquer le prince dans la personne d'un de ses favoris et il s'acharna contre Massa. Après avoir obtenu, avec l'appui de Pline, que le Sénat instruisît le procès, puis qu'il déclarât Massa coupable et ordonnât la mise de ses biens sous séquestre, en vue des dommages-intérêts à payer aux victimes, il ne se tint pas pour satisfait, a Ayant appris, écrit Pline à Tacite (6), que les consuls devaient statuer sur les requêtes qui leur étaient présentées, Senecio vint me trouver : « Nous nous sommes fort bien enten- » dus, » dit-il, <c pour soutenir ensemble l'accusation dont nous D étions chargés ; montrons maintenant le même accord , allons D nous présenter aux consuls et demandons que ceux à qui l'on » a confié la garde des biens ne permettent pas qu'on les dissipe. » — a Nous avons été désignés comme avocats par le Sénat , » lui répondis-je; a maintenant que le jugement est rendu, ne pensez- » vous pas que notre mission soit terminée? » — « Vous pou- » vez, » dit alors Senecio, « donner à votre tâche^le terme qu'il D vous plaira, vous qui n'avez aucune autre liaison avec cette » province que le service que vous venez de lui rendre. Mais moi » j'y suis né , j'y ai été questeur. » — a Si telle est votre ferme » résolution, » répliquai -je, «je vous suivrai, pour que les con- » séquences, s'il y en a de fâcheuses, ne pèsent pas sur vous seul. »

l'expulsion qui eut lieu sous Vespasien (Lenain de Tillemont, Histoire des empereurs, II, p. 483). Il faut donc admettre, ou bien qu'Eusèbe a fait une confusion, ou bien qu'un certain nombre de philosophes et astrologues furent expulsés en 88-89, comme complices d'une conspiration. — Au début du règne, le courtisan Martial faisait l'éloge de Thraséas et d'Arria (I, 8, 1 ; IV, 54, 7; I, 13).

(1) Ce procès fut jugé vers le milieu de 93 (voir p. 142, n. 2).

(2) Pline, Lettres^ VII, 33, 4 et 5.

(3) Dion Cassius, LXVII, 13.

(4) Pline, IV, 11, 12.

(5) Voir p. 267.

(6) Pline, VII, 33.

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Nous allons trouver les consuls. Senecio dit ce qui convient à la circonstance et j'ajoute quelques mots. A peine avons-nous cessé de parler, Massa se plaint que Senecio se conduise à son égard, non comme Tavocat d'une partie adverse, mais comme un véritable ennemi, et il demande qu'on reçoive contre lui une accusation d'impiété [c'est-à-dire de lèse-majesté]. » Pline, qui, dans ce récit , veut surtout faire admirer son propre courage , ajoute qu'il dit alors : i Je crains, illustres consuls , que Massa, en me » passant sous silence dans sa demande d'accusation, no me » rende suspect de prévarication. » — Par égard pour les provinciaux , Domitien avait laissé condamner son favori : c'était de sa part une importante concession. Les gens sensés en jugeaient ainsi, et Pline, s'il n'avait pas été entraîné par la crainte de paraître lâche, aurait toujours été de cet avis. Mais Senecio fut enhardi par la sentence du Sénat. Il voulut faire le plus de bruit possible autour d'une affaire désagréable au prince et de nature à jeter du discrédit sur son gouvernement; il se piqua de défendre les intérêts des provinciaux mieux que Domitien, qui, pourtant, recherchait leur appui ; dans son orgueil, il fut bien aise de faire montre de courage, à une époque dû tous se taisaient par prudence.

Vers le même temps sans doute, Senecio écrivit la biographie d'Helvidius Priscus, mis à mort par Vespasien (1) ; ce dut être un pamphlet contre les Flaviens, bien plus qu'une histoire impartiale.

Ces attaques irritèrent et alarmèrent l'empereur, qui décida la mort de Senecio. Vers la fin de 93 (2) , il fut accusé devant le Sénat, par Mettius Carus (3), d'avoir écrit le livre dont nous parlons et d'avoir dédaigné les honneurs (4). Déclaré coupable, il fut mis à mort (5) ; la biographie d'Helvidius fut brûlée de la main des triumvirs capitaux sur le comitium et le Forum (6); le lâche

(1) Dion Cassius, LXVH, 13. Tacite, Agr., 1. Pline, VII, 19, 5.

(2) Le récit do Pline montre que Senecio fut accusé de majesté immédiatement après le procès de Massa. Tacite {Agr,, 45) dit qu'il fut condamné peu après la mort d'Agricola (23 août 93); or, on sait que, lors de la mort d'Agricola, Massa était déjà accusé.

(3) Pline. VII, 19, 5 et I, 5, 3.

(4) Dion Cassius. loc. cit. — Cf. Tacite, Histoires^ I, 2 : « omissi gestique honores pro criminc. »

(5) Dion Cassius, loc, cit. Pline, I, 5, 3; III, 11 , 3. Tacite, Agr,^ 45; cf. Agr.f 2.

(6) Tacite, Agr„ 2. Cf. Pline, VII, 19, 6.

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Régulas lut en public et répandit un libelle dans lequel il insultait à la mémoire du mort (1).

En même temps que Senecio (2), furent frappés plusieurs personnages illustres qui étaient ses amis et partageaient ses idées. Fannia (3), veuve d'Helvidius Priscus et fille du grand Thraséas, femme admirable par sa vertu, son courage et aussi par sa grâce et son affabilité, avait jadis accompagné deux fois son mari exilé. Au cours de son procès, Senecio déclara, pour se justifier, qu'il avait écrit le livre qu'on lui reprochait sur la prière de Fannia. Mettius Carus demanda d'un air menaçant à Fannia, si elle l'en avait véritablement prié. — « Oui, » répondit-elle. — « Si elle lui avait donné des mémoires? — Oui. — Si sa mère le savait? — Non. » Elle ne laissa échapper aucune parole qui pilt paraître inspirée par des sentiments de crainte. Le Sénat la condamna à la relégation et ses biens furent confisqués. Quoique l'ouvrage de Senecio eût été supprimé, elle en conserva un exemplaire et l'emporta dans le lieu où elle fut exilée (4). — Sa mère , « la mère d'une telle femme, c'est tout dire (5), » était Caecinia Arria (6), fille de la première Arria et de Paetus(7), célèbres par leur fin héroïque. Lorsque Thraséas avait été contraint de se tuer, elle avait voulu partager le sort de son mari ; mais celui-ci l'avait conjurée de vivre et de ne pas enlever à leur fille son seul soutien (8). En 93, elle fut, comme Fannia, condamnée à la relégation (9).

Helvidius Priscus était fils du sénateur qui périt sous Vespasien, et beau-fils de cette Fannia (10). Plus prudent d'abord que son père, il avait pu parvenir au consulat (11). Il évitait d'ailleurs

(1) Pline, I, 5, 3.

(2) Tacite, Agr„ 45 : « Eadem strage tôt consularium caedes, tôt nobilis-

simanim feminarum exsilia et fugas Mox nostrae duxere Helvidium in

carcerem manus, nos Maurici Rusticique visus, nos innocenti sanguine Senecio perfudit. » D'autres textes indiquent que Senecio, Helvidius Priscus le Jeune, Rusticus, Mauricus, Arria, Fannia, uratilla furent jugés en mémo temps. Voir PHne, VII. 19, 5; III, 11 , 3: I, 5, 2 et 3; Tacite, Agr„ 2; Dion Cassius, LXVII, 13.

(3) Sur elle et les personnages dont nous parlons plus loin, voir Mommson, Index de Pline le Jeune^ éd. Keil.

(4) Pline, VII, 19. Cf. III, 11, 3; IX, 13, 5.

(5) Pline, VII, 19, 9.

•(6) PUne, IX, 13, 3.

(7) Pline, III, 16, 10. Tacite, Ann&leSy XVI, 34.

(8) Tacite, loc. cil,

(9) Pline, III, 11, 3; VII, 19, 10; IX, 13, 5.

(10) Pline, IX, 13, 3.

(11) Pline, IX, 13, 2. Voir plus haut, p. 73.

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de faire trop parler'de lui, « cachant dans la retraite, > dit Pline, a un grand nom et de grandes vertus. » Cependant il haïssait l'empereur et ne lui épargnait pas les sarcasmes. On lui reprocha de s*être moqué du divorce bruyant de Domitien dans un mhne dont le sujet était mythologique en apparence (1); il dut être aussi accusé de complicité avec Senecio, Tapologiste de son père. Traduit devant le Sénat, il fut condamné à mort (2). Au moment où on l'entraînait en prison, l'ancien préteur Publicius Certus osa porter la main sur lui, dans la curie même (3).

L. Junius Arulenus Rusticus (4) avait exercé le tribunat en 66 (5) , la préture en 69 (6) et probablement le consulat sous les Flaviens. On le tenait en haute estime ; Pline et Tacite font l'éloge de son talent et de ses vertus (7) ; peut-être même Domitien l'admit-il parmi ses conseillers (8). Philosophe stoïcien (9), il avait été l'ami deThraséas (10) ; il était, semble-t-il, allié des Helvidii (11) ; il protégeait Dion Chrysostome (12) et Plutarque (13). Dès le règne de Néron, son^courage téméraire faillit le perdre : tribun lors du procès de Thraséas, il lui avait offert d'opposer son intercession au sénatus-consulte qui le devait condamner. Thra-

(I) Voir p. 246.

P) Pline, III, ,11, 3. Suétone, Domitien, 10.

(3) Pline, IX, 13, 2. Tacite fait allusion à cet acte de violence, quand il dit (Agr,, 45) : « Mox nostrae duxere Helvidium in carcercm manus. u (4),8ur son nom, voir Mommsen, Index de Pline. (5)JTacite, Annales, XVI, 26.

(6) Tacite, Hist., III, 80.

(7) Pline le qualiûe de grand homme (I, 14, 1 ; cf. II, 18, 4). Tacite, Hisl., loc, cit, : ff dignatio viri. » Cf. Plutarque, De curiositaie, 15.

(8) Plutarque (/oc. cit.) raconte que pendant une de ses leçons, à laquelle assistait Rusticus, on apporta à celui-ci une lettre de Tempereur.

(9) Dion Cassius, LXVII, 13. Pline, I, 5. 2. Cf. p. 278, n. 2.

(10) Tacite, Annales, XVI, 26.

(II) Fannia était parent d'une Junia, vestale (Pline, VII, 19, 1).

(12) Selon Mommson {Etude sur Pline, traduction Morel, p. 59, fi 2), Dion fait allusion à lui quand il dit (Discours XIII, t. 1, p. liO, édition Diadorf) : a "Ote çtuyeiv ow^6t) |j.e 91X01; Cvexev XeY0|j.^vific*àv6pô; où 7rovT)poO , tûv 5à t6tc ev)§ai(ii6v(i>v xe xal àpxovTwvièYTUTaxalôvToç, Sid xaùta 6i xac àiroOavovtoç, 81' & woX- Xot; xal <TxeS6v nâaiviéStfxci piaxdipio;, 5id ti^v èxeUwv otxeiôryixa xal (lUYT^vetav TaÛTTic ÈvexOe(ov)c éic' i\ik tîjî altCa;, (i); 6^ xàvSpl 9t).ov Ôvxa xal (70|j.êou>ov. » Cependant Dion dit qu'il erra pendant de longues années : « év xoaouxoïc Ixkti çu-pi; » (Discours^XL, t. II, p. 88); et nous savons qu'il parcourut beaucoup de pays pendant2son exil volontaire (voir plus loin). Or, si ce fut le procès de Rusticus qui causa sa fuite, il n'erra que trois ans. Il est vrai que Dion a pu exagérer la durée de ses souffrances.

(13) Plutarque, loc, cit.

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