‹ Essai sur le regne de l'empereur DomitienChapitre 29 sur 72 · VU · texte numérisé non relu

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290 ESSAI SUR LE RÈGNE DE L^EMPEREUR DOSnTIEN.

et cette épigramme (1) :

Menophiii penem tam gravis fibula vestit,

ut sit comoedis omnibus una satis.

Hune ego credideram — nam saepe lavamur in unum —

soilicitum voci parcere, Flacce, suae.

Dum ludit média, populo spectaote, palaestra,

delapsa est misero fibula : verpus erat.

C'était sans Joute pour éviter de payer l'impôt que Ménophile ue voulait pas qu'on sût qu'il était circoncis.

Nous avons voulu citer ces textes parce qu'ils nous semblent prouver que le didrachme ne fut exigé que des circoncis. Ils devaient être assez nombreux , car , à cette époque , la propagande juive était active (2). A partir de quelle date l'impôt du didrachme fut-il exigé avec tant de rigueur? il est difficile de le dire. Nous savons qu'au début de son règne, Domitien ne donna aucune marque de cupidité (3). D'autre part , Suétone dit qu'il fut témoin du fait qu'il rapporte, quand il était encore enfant ^ « adulescentulris, » et, dans un autre passage, il nous apprend que, vingt ans après la mort de Néron, vers 88, il était jeune homme, a adulescente me (4). » Si l'on donnait un sens précis à ces deux expressions (5), on pourrait en conclure qu'avant 88, l'impôt dont nous parlons donna lieu déjà à des délations nombreuses, à des perquisitions violentes (6). Domitien , dont nous connaissons les

(2) Sur cette propagande et les progrès du judaïsme, voir Tacite, HisU, V, 5; Josèphe, contre Apion, II, 39; Juvénal, VI, 542 et suiv.; XIV, 96 et suiv. Cf. Grâtz, Geactiichte der Juderif IV, p. 111; Renan, les Evangiles, p. 234; Schûrer, Geschichte des judischen Volkes, 2» édit., II, p. 548 et suiv. En Judée, les docteurs s'occupaient beaucoup des prosélytes: Qrâtz, p. 40 et 110; Derembourg, Histoire de la Palestine ^ p. 313. Â Rome, Joséphe, le favori des Flaviens, faisait alors connaître l'histoire du peuple juif dans ses Antiquités, terminées en 94 (XX, 11, 2). Dans le traité contre Apion, il essayait de justifier les Juifs des accusations répandues contre eux. — L'interdiction de la circoncision semble dater seulement de l'époque d'Hadrien (Mommsen, Rômische Geschichte, V, p. 545 et 549; cf. à ce sujet Tacite, Histoires, V, 5).

(3) Suétone, Domitien, 9 : a Gupiditatis aut avaritiae vix suspicionem iil> lam [dédit]. »

(4) Néron, 57.

(5) D'autres considérations portent à croire que Suétone est né vers 77 : voir Mommsen, Etude sur Pline le Jeune (traduction Morel), p. 13-14.

(C) Le vers de Martial, a damnatam modo mentulam tributis, » qui se trouve dans un livre d'épigrammes publié au mois de décembre 92, ne

POLITIQUE A I.'é0ARO DBS JUIFS ET DES CHRÉTIENS. 291

embarras financiers^ voulait augmenter les revenus de son trésor; rien ne m'autorise à croire que Fâpreté dont il fit preuve dans la perception du didrachme ait eu une autre cause (1). Beaucoup de Juifs et de prosélytes devaient s'abstenir de payer cet impôt (2); ces récalcitrants furent non seulement dénoncés et soumis à des examens humiliants, mais peut-étro aussi punis d*amendes et de confiscations. Cette mesure fiscale et les conséquences qu'elle eut attirèrent sur Domitien la haine de beaucoup de gens affiliés ou sympathiques à la religion juive. Lorsqu'à la fin de Tannée 96, Nerva interdit les dénonciations faites au profit du fisc judaïque et décida sans doute que le didrachme ne serait plus exigé que des Juifs restés fidèles à la religion de leurs pères, il en tira gloire et fit frapper des monnaies avec cette exergue : Fiscijudaici calumnia sublata (3).

D'autres textes pourraient faire croire que Domitien persécuta durement les Juifs. Dans des Actes apocryphes de saint Jean (4), on lit que cet empereur, ayant appris que Rome était remplie de Juifs , et se souvenant des décrets de son père à leur sujet, donna ordre de les chasser tous de Rome. L'auteur ajoute que les Juifs détournèrent le danger en accusant les chrétiens auprès de l'empereur. Mais cette indication ne mérite guère qu'on s'y arrête, la valeur historique des Actes dont il s'agit étant nulle. Dans leTalmud (5), il est question d'un César ennemi des Juifs qui dit aux

prouve pas que ce fut alors qu'un édit soumit les circoncis au didrachme. Il indique seulement, qu'à cette époque, de nombreux circoncis cherchaient à échapper au fisc judaïque et étaient condamnés à payer rimp6t lorsqu^on les découvrait.

(1) Le texte de Suétone que nous avons cité fait partie d'un chapitre dans lequel l'auteur parle en détail de la cupidité de Domitien.

(2) Les Juifs étant fort méprisés, l'obligation de payer le didrachme était presque une flétrissure publique. — D'autre part, un certain nombre de Juifs qui s'étaient convertis au christianisme se considéraient sans doute comme ayant abandonné le judaïsme, et se croyaient par conséquent dégagés de l'obligation de payer le didrachme; ils ne voulaient pas être confondus avec leurs anciens coreligionnaires, qu'ils regardaient comme les ennemis de leur foi. On ne doit pas oublier que ce fut à cette époque qu'eut lieu la rupture complète entre le judaïsme et le christianisme. Les protestations des judéo-chrétiens contre la perception du didrachme contribuèrent peut-être à hâter cette rupture.

(3) Eckhel, VI, p. 404. Cohen, iVcrua, n** 54 et suiv.

(4) Tischendorf , Acta aposiolorum apocrypha, p. 266. Darmesteter (Reliques scientifiques , I, p. 76) a attiré l'attention sur ce passage.

(5) Aboda Zara. 10 b, cité par Derembourg, Histoire de la Palestine^ p. 335. Cf. Qràtz, IV, p. 122; Darmesteter, loc, cit., p. 55 et suiv.

292 ESSAI SUR LE RÈGNE DE L*EMPEREUR DOItITIBN.

grands de son royaume : « Si Ton a an ulcère au pied , faut- il Tamputer et vivre, ou garder sou pied et souffrir? » Tous furent pour raniputatiou ^ sauf le sénateur Katia bar Schaiom. 11 fut condamné à mort et, avant de périr^ il dit : a Je suis tel qu'un vaisseau qui a payé son impôt [allusion à la circoncision], je puis donc passer et me mettre en route. » — Un midrasch (1) raconte le même fait avec des amplitications. On y lit que pendant un voyage à Rome de Habi)i Gamaliei , de Rabbi Eliezer, de Rabbi Josué et de Rabbi Akiba, docteurs célèbres (2) , le Sénat de Tempereur décréta qu'au bout de trente jours il n'y aurait plus de Juifs dans le monde. Un sénateur, homme pieux , vint auprès de Rabbi Gamaliel et lui révéla la décision, qui affecta douloureusement les docteiii'S. Mais cet bomme leur dit de se calmer, car, dans les trente jours, ie Dieu des Juifs viendi-ait certainement à leur secom's. Après vingt-cinq jours, le sénateur en parla à sa temme. « Voilà déjà vingt-cinq jours écoulés, » dit-elle. — « li en reste cinq! » Plus pieuse encore que son mari, elle repiit : « N*a8-tu pas de bague empoisonnée? Suce-la et meurs : cela donnera aux Juil's un répit de trente jours encore et dans l'intervalle on abrogera le décret. » Le sénateur Técouta , suça la bague et mourut. On reconnut plus tard qu'il avait été circoncis : le vaisseau n'avait pas quitté le port sans payer l'impôt. — Ce récit a évidemment un caractère légendaire. En outre, les textes dont il s'agit ne disent pas sous quel empereur se passèrent les événements qu'ils rapportent. — Loin d'interdire le judaïsme, Domitien, comme ses deux prédécesseurs, semble au contraire l'avoir laissé libre de axer délinitivement sa doctrine et les pratiques qu'il imposait. Les écoles de la Judée, très llorissantes alors, constituaient et interprétaient les textes saints; le synbédrin à Jabné, s'occupait de régler la vie religieuse des Juifs (J), sans que le gouvernement impérial intervint dans ces affaires de foi (4j.

(1) Ûebarim raba, chap. II, Midrasch lalkout sur Psaume XVII, 10; cité d après Derembourg, p. 334. Cf. Renan, les Ev&ngiies, p. 3U6.

(2) Voir Derembourg, p. 319 et suiv., 30b et suiv.

(3) Voir Derembourg, Histoire de La Palesiinef p. 21^5 et suiv. Renan, les Evangiles^ p. 21 et suiv. Gràtz, IV, premiers chapitres, bchùrer, Geschichte des judisctien Volhes, 2* edit., I, p. 551 et suiv.

(4) Selon une tradition juive (voir Gràtz, IV, p. 119-, Derembourg, p. 32*.:), un empereur romain envoya deux hommes a Kabbi Gamaliel, aâu de s'euquérir si les lois juives ne présentaient aucun dahger pour l'Ktat. Lorsqu'ils eurent pris connaissance des dihérentes parties de la doctrine, ils déclarèrent qu'ils en trouvaient toutes les prescriptions excellentes, sauf ceUes qui ctaïuut iuspirocs par la haine contre les païens ; ainsi, il leur parut in-

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Les conversions au judaïsme furent très fréquentes sous les Plaviens, mais tous ceux que cette religion attirait à elle ne se soumettaient pas scrupuleusement aux obligations de la loi de Moïse. Ils étaient rebutés par la minutie des pratiques qu'elle imposait et que les docteurs agorravaient encore; les hommes répugnaient à la circoncision. D'ailleurs, la propagande était faite surtout par ceux qui mettaient la foi au-dessus des œuvres , par les agadistes, par les sihyllistes, par des lettrés dont l'esprit s'était ouvert au contact de la civilisation grecque. Aussi beaucoup de prosélytes empruntaient-ils au judaïsme sa doctrine théologique et sa morale, bien plus que ses observances, sauf les plus importantes, comme le repos du sabbat et certaines abstinences. Ils ^e distinguaient des Juifs de race et s'appelaient « religionis judaicae metuentes., » en grec (TEÔofxevoi (1).

A cette époque, la propagande chrétienne était encore plus active. Le gouvernement impérial connaissait les chrétiens (2), mais il les considérait comme formant une secte du judaïsme, religion licite (3). Après la persécution de Néron, PEglise ne fut plus inquiétée pendant trente ans (4), et elle put faire d'impor-

juste que la loi ne défendit pas aussi sévèrement aux Juifs de voler les païens que leurs corelifçionnaires. Cependant, ils promirent de ne pas dénoncer ces prescriptions. A la suite de cet entretien, le patriarche Gamaliel intordit avec la même rigueur de voler les païens et les Juifs. — L'empereur dont il s'agit se serait donc inquiété des doctrines juives et aurait voulu les surveiller. Mais cet empereur peut avoir été Trajan aussi bien que Domitien.: du reste, rien ne garantit Tauthenticitc do cette anecdote.

(1) Voir de Rossi, Bullettino di archpologia cristiAnay 1865, p. 92; Renan, les Evangiles^ p. 236, n. 3 ; Hausrath, Neutestamentliche Zeitgeschichtet II, p. 114 et suiv.; Schûrer, II, p. 564 et suiv.

(2) En 64, il sut fort bien les distfnguer des Juifs; il est vrai que ceux-ci l'y aidèrent peut-être (voir Aube, Histoire des persécutions de l'Eglise jusqu'à la fin des Antonins, p. 73 et 101: Renan, l'Antéchrist, p. 159). — Sulpice Sévère, II, .30 (peut-être d'après Tacite), fait dire à Titus, en 70 : a Has superstitioncs [Judacorum et Christianorum], licet contrarias sibi, isdem tamen auctoribns profectas. christianos ex Judacis extitisse. »

(3) Voir Tortullien, Apologétique, 21. Le texte de Dion Cassius, que nous citerons p. 303, prouve qu'à la fin du premier siècle le christianisme n'était pas encore regardé comme une religion absolument distincte du judaïsme. Voir à ce sujet Groppo, Trois mémoires relatifs à Vhistoire ecclé' siastique des premiers siècles^ p. 135; de Rossi, Hullettino di archeologia cristiana, 1805, p. 90 et suiv. — La pratique du judaïsme n'était licite que sous certaines conditions (voir pins haut, p. 2S7, n. 3, auxquelles tous les chrétiens ne devaient pas se soumettre, mais le pouvoir impérial pouvait fermer les yeux.

(4) Eusèbe, Histoire ecclésiastique , III, 17. Sur cette question, voir Gôjrres,

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tantes conquêtes. Parmi ceux qui se convertirent alors, il faut très probablement compter un consulaire qui portait un nom illustre, M'Acilius Glabrio. Dion Cassius dit quUl fut accusé d' « athéisme et de mœurs juives, » ce qui ne nous fait pas savoir s'il inclina vers la religion de Moïse ou vers celle de Jésus , car les Juifs, aussi bien que les chrétiens, étaient regardés comme des athées (1). Mais des découvertes récentes permettent de préciser l'indication de Thistorien. En 1888, M. de Rossi (2) a découvert dans le cimetière de Sainte-Priscille une large galerie, creusée en « gamma, n dont les parois, recouvertes de stuc, étaient percées de niches ayant contenu autrefois des sarcophages : on y avait accès par un escalier particulier. A l'endroit où la galerie tourne à angle droit, se trouve une grande citerne (huit mètres de long sur quatre mètres de large), transformée dans Tantiquité en chambre funéraire. La décoration en était luxueuse, les parois étaient jadis couvertes de plaques de marbre et la voûte de mosaïques. Cet hypogée contenait les restes de plusieurs Acilii qui professaient la foi chrétienne : les inscriptions trouvées le prouvent avec évidence. Sur un fragment de marbre, appartenant au couvercle d'un sarcophage , on lit ces mots :

Acilio Glabriani fi[l]io

Un autre fragment de marbre, ayant peut-être aussi fait partie d'un couvercle de sarcophage, porte les mots :

M^Adlius «F...

.. Priseilla • (J • ...

Le prénom rare Manius est ordinaire dans la famille des Acilii Glabriones, les signes C • F et C • [Pou F] (clarissimus tnr, clarissima puella ou femina) indiquent des personnages de haute

Das Ghristenthum unter Vespasian, Zeitschrift fur wissenchafUiche Théologie, XXI, 1878, p. ^92 et suiv.

(1) Voir plus loin.

(2) Bullellino di archeologia cristianaf 1888-1889, p. 15 et suiv. Cf. de Wahl, Rômische Quartalichrift, IV, 1890, p. 305 et suiv.

(3) Suppléer quoique chose comme parentes fecerunt.

POLITIQUE A L'ÉaARD DBS JUIFS ET DES CHRÉTIENS. 295

naissance qui ne vécurent pas antérieurement au second siècle. M. de Rossi a vu dans cette inscription Tépitaphe de M'Âcilius V[erus] et d'(Acilia) Priscilla, enfants de .M*Acilius Glabrio, consul pour la seconde fois, en 186, et d'Arria Plaria Vera Priscilla (1). Sur un troisième fragment, on lit : « [Aci\lû.. M(arci) Acili.., » Sur d'autres inscriptions, trouvées dans les galeries voisines et gravées sur des plaques de loculi, on retrouve encore des Acilii : 1° Un ou une Axe{X[ioç ou la] ; 2** un AxefXioç KoTv- [toç ou Tiavàç] et une Ax€(Xia; 3** un [A]xE(Xto; Pou^eïvoç : il ne s*agit probablement pas d'un affranchi, mais d'un parent d*Acilius Rufus, consul en 105 ou 106. Sur un couvercle de sarcophage, découvert près de là , on lit encore : < KX(au8iou) | AxetX(ou | Oùaîktpioo I ... I ...v{(Txou. » Enfin, de nombreux indices, qu'il serait trop long d'énumérer ici , portent à croire que la Priscilla qui donna son nom au cimetière et qui était ensevelie près de l'hypogée en question , était parente des Acilii Glabriones (2). — Le christianisme de ces Acilii, dont plusieurs vécurent au second siècle (3) et parmi lesquels se trouve un Acilius Glabrio, rend plus que vraisemblable le christianisme du consulaire contemporain de Domitien.

On a été tenté aussi de considérer comme chrétiens deux autres consulaires de l'époque de Domitien , Civica Gerialis et Salvidienus Orfltus (4). Suétone les nomme en même temps que Glabrion (5) : « Complures senatores, tn his aliquot consulares, interemit; ex quibus Civicam Cerialem in ipso Asiae proconsulatu, Salvidienum Orfiium^ Acilium Glabrionem in exilio, quasi molitores rerum novarum. » Il faut ajouter que Philostrate (6) parle de l'indolence de Salvidienus Orfitus; or ce reproche d'indolence

(1) Cette Arria Plaria Vera Priscilla (Orelli , 2228) peut cependant avoir été la femme de M' Acilius Glabrio Cn. Cornélius Severus, consul ep 152.

(2) Voir de Rossi, Bull, di arch. crist., loc. ciL^ p. lil et suiv., 115 et suiv.

(3) L'inscription d'Acilius Glabrio est en lettres d'une bonne époque (deuxième siècle) De plus, l'hypogée dont nous parlons présente les caractères d'une assez haute antiquité chrétienne : vaste galerie, bonne maçonnerie, pas do loculi , arcosolia pour recevoir des sarcophages. Plus tard, Tescalier fut muré et remplacé (sur le côté opposé) par un autre escalier qui mit l'hypogée en communication avec les sépultures de sainte Priscille et de saint Crcscention.

(4) Grcppo , Trois mémoires relntifs à l'hisloire ecclésiaslique des premiers siècles, p. 19() et suiv.

(5) Domilien^ 10.

(6) Vie d'Apollonius, VII, 33; VIII, 7, p. 179 de l'édition Westermann.

296 ESSAI Stm le règne de l'empereur DOmTIEN.

fut souvent fait aux chrétiens (1). Mais ces textes sont beaucoup trop vagues pour autoriser une telle hypothèse. De plus , il est certain que Civica Cerialis fut mis à mort plusieurs années avant le meurtre d'Acilius Glabrion et le commencement de la persécution contre les chrétiens (2).

A la même époque le christianismeentra dans la famille impériale. La tradition catholique distingue deux Flavia Domitilla qui auraient été chrétiennes : Tune, femme de Flavius Clemens et fille d'une sœur de Domitien et de Titus ; l'autre, fille d'une sœur de ce même Clemens (3).

La première a certainement existé. Dion Cassius parle de « Flavius Clemens, cousin de l'empereur et mari de Flavia Domitilla, qui était aussi parente de Domitien (4). » Philostrate (5) dit qu'un certain Stephanus était un affranchi de la femme de Clemens : or Suétone (6) l'appelle « Domitillae procurator. » D'autre part la parenté .de Domitilla avec Domitien est expliquée par QuintiJien, qui dit (7) : « cum mihi Domitianus AugustiÂS sororis suae nepoivm delegavit curam^ » d'où il résulte que Domitilla, mère de ces enfants (8), était fille d'une sœur de Domitien. Philostrate commet donc une erreur quand il dit (9) que la femme de Clemens était sœur de l'empereur : « & [KXi^fxevTt] Trj\ àWk<fi\^f div iavTou IScSwxet f AofAETiavoç] ; » mais peut-être faut-il attribuer cette erreur à un copiste qui a transformé àSeXcptS^v (nièce) en d^<piQv, C'est à elle qu'il faut rapporter deux fragments d'inscriptions : « [Flavia Domitilla] ^ filia Flaviae Domitillae (la sœur de Titus et de Domitien s'appelait aussi Domitilla) (!0), [Imp. Cae-

(1) Voir plus loin, p. 302.

(2) Civica Cerialis fut certainement mis à mort avant 93, date de la mort d*Agricola, peut-ôtre en 87 : voir plus haut, p. 248.

(3) Voir, sur cette question, Champagny, Les Anionins^ 1. 1, p. 147 et s.; do Rossi, Bull, dt arch. crist., 1865, p. 17 et suiv., et 1875, p. 69 et suiv.; Aube, Histoire des persécutions de l'Eglise jusqu'à la fin des Antonins^ p. 178; Renan, Les Evangiles, p. 227, n. 1; Hasenclever, Jahrbûcher fur protestaniische Théologie, 1882, p. 69 et suiv. , p. 230 et suiv. ; Lightfoot, S. Clément of Rom, I, p. 49; Art. Domitilla dans le Kirchenlexicon de Wetzer et Welte, 2- édit., III, p. 1953 et suiv.

(4) liXVII, 14 : a TÔv 4>Xoeoviov KXiQfievTa..., xaiirep àvE^/ièv ôvîa, xal ^walxoi xal aOi^v (jvfXtHfi éauxoû [Ao|jiiTiavoù] 4>>aouCav Ao(i.iT(XXav ëx^vTa. »

(5) Apollonius, VIII, 25.

(6) Suétone, Domitien, 17.

(7) Insf. Ora(., IV, prooemium, 2.

(8) Suétone {Domitien, 15) dit qu'ils étaient fils de Clemens.

(9) Apollonius, VIII, 25.

(10) Suétone, Vespasien, 3. Cf. plus haut, p. 50, n. 2.

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