MRURTRB DE DOMITIEN. CONSÉQUENCES DE SON RÉGNE
— L. Aelius Lamiâ Plautius Aelianus était Tancien mari de rirapératrice Domitia. Il 8*était consolé de son malheur conjugal par quelques épigrammes. Un jour que Titus rengageait à se remarier, il lui dit : u Vous aussi, vous voulez donc prendre femme? » Une autre fois, comme on le félicitait de sa voix , il répondit, en se comparant à un homme qu'on aurait fait eunuque : « C'est que je vis chastement. » Selon Suétone, ces allusions désobligeantes causèrent sa mort (1). — Arrecinus Clemens , beau-frère de Titus et deux fois consul, périt aussi. Avant de le condamner, Domitien le traita avec de grands égards; mais tout à coup, tandis qu'il se promenait en litière avec lui, il lui dit, à la vue de son dénonciateur : « Veux-tu que demain nous entendions ce misérable esclave (2) ? » — Mettius Modestus se permit, entre autres crimes, d'appeler Regulus « le plus méchant des bipèdes. » Il fut condamné à la relégation (3). — C. Salvius Liberalis Nonius Bassus fut accusé sous Domitien, et peut-être exilé (4). — Julius Bassus, qui devint sous Trajan proconsul de Bithynie , fut aussi relégué (5); il était cependant tombé en disgrâce sous Titus, à cause de ses relations amicales avec le second fils de Vespasien (6).
Le prince s'irritait fort de Popposition littéraire qu'il rencontrait. Le rhéteur Maternus , s'étant permis dans un exercice oratoire de parler contre les tyrans , cette imprudence lui coûta la vie (7). — L'historien Hermogène de Tarse fut aussi condamné à mort pour avoir mis dans un de ses ouvrages des allusions jugées
(1) Suétone, Domitien, 10. Cf. Juvénal, IV, vers 154.
(2) Suétone, Domitien, U.
(3) Pline le Jeune, Lettres, I, 5, 5 et 14.
(4) Pline, III , 9, 33. — Salvius Liberalis , qui assista aux cérémonies des Arvales en 81, 86, 87, 101 (voir Henzen, Index des Acta, p. 196), n'est pas indiqué sur les actes de cette confrérie dans l'intervalle des années 87 et 101. Peut-être doit-on en conclure avec Borghesi {Œuvres, III, p. 179) qu'il fut exilé à la fin du règne de Domitien. Cependant il ne serait pas tout à fait impossible qu'il ait été , lors de la mort de cet empereur , leg&tus juri^ dicus de Bretagne (voir plus haut, p. 140).
(5) Pline, Lettres, IV, 9, 2.
(6) Voir p. 28, n. 5.
(7) Dion Cassius, LXVII, 12. — Il n'y a pas lieu d'identifier ce Maternus avec le poète Curiatius Maternus, un des héros du Dialogue des Orateurs de Tacite (voir Teuflfel-Sçhwabe, Geschichte der rômischen Literatur^ § 318, 1), ni avec le jurisconsulte Maternus (Martial, I, 96; II, 74; X» 37), personnage qui vivait probablement encore en 98 (le livre X fut édité pour la seconde fois à cette époque : voir Friedlânder, édition de Martial, t. I, p. 62 et suiv.)*
320 ESSAI 8UH LE RÈGNE DE L*EMPBREÙR DOMITIBM.
criminelles. L'empereur n'épargna même pas les copistes, qui furent crucifiés (1).
D'autres personnages importants n'échappèrent pas sans peine à la mort. Selon Dion Cassius, Juventius Gelsus, ayant conspiré contre Domitien avec quelques-uns des principaux citoyens de Rome, fut mis en accusation. Sur le point d'être condamné , il demanda à parler en secret à l'empereur; il se prosterna devant lui, l'appela à plusieurs reprises maître et dieu. « Je n'ai rien fait, » dit-il , « de ce qu'on me reproche : si j'obtiens un sursis, je prendrai des renseignements et je vous dénoncerai un grand nombre de coupables. » Relâché à cette condition, il ne dénonça personne, et alléguant tantôt un prétexte, tantôt un autre, il atteignit le moment du meurtre de Domitien (2).
Pline le Jeune avait été d'abord très favorisé par l'empereur, qui lui avait accordé une dispense d'un an pour briguer la préture (3). Mais il était l'ami de plusieurs victimes de Domitien : Herennius Senecio (4), Arulenus Rusticus (5), Junius Mauricus (6), Helvidius Priscus (7), Arria, Fannia (8), Gratilla, Julius Bassus (9). Avec Senecio il avait accusé le concussionnaire Baebius Massa (10). Il eut le courage de ne pas renier ses amitiés. Pondant l'exil de Fannia, il correspondit avec elle (11); à la fin de 93, année de sa préture, il alla visiter le philosophe Artémidore chassé de Rome (12). Aussi tomba-t-il en disgrâce (13). Même avant 93, Regulus, s'il faut l'en croire, avait cherché à le
(1) Suétone, homiiien^ 10.
(2) Dion Cassius, LXVII, 13. Est-ce le grand jurisconsulte P. Juventius Gelsus T. Auûdius Hœnius Severianus (Digeste, V, 3, 20, 6), préteur en 106 ou 107 (Pline, heiXret, VI, 5, 4) et consul pour la seconde fois en 129 (Klein, Fash ConzxiX^reB^ p. 64; voir Mommsen, Index de Pline et Eiudt zux PXim^ p. 20) ? Il est plus probable que Dion Cassius veut parler de son père qui se serait appelé Ti. J[uventius] Celsus Polemaeanus (la lecture de ce dernier nom n'est pas certaine), personnage qui fut consul en 92 (C. I. L., III, p. 858). Voir Asbach, Bonnische Jahrbûcher, t. LXXIX, 1885, p. 142.
(3) Lettres, VII, 16, 2; cf. Panég., 95.
(4) VII, 33. Voir encore, en général, III, 11, 3; Panég., 90.
(6) I, 5, 10 et 16; I, 14; II, 18; VI, 14.