FIN
0BSB&Y4TI0N8 SUR LBS PRINCIPALES 80URCB8 DU RÈONB DB DOlfITIEN (1).
Pendant le règne de Domitien , il y eut sans doute des historiens de cet empereur : nous n'en connaissons cependant aucun (2). Sous un prince qui aimait à être flatté et qui punissait d'une manière terrible toute opposition littéraire, les auteurs qui firent les récits des événements contemporains durent se proposer moins de dire la vérité que de plaire au maiti'e. Nous voyons Frontin dans son livre des Stratagèmes^ composé peu après 83 (3), vanter outi*e mesure des succès remportés dans la première guerre contre les Cattes (4). Quant aux poètes Martial et Btacc, leurs œuvres sont pleines de louanges excessives ou mensongères à l'adresse du prince.
Après la mort de Domitien, « il fut permis, » dit Tacite (5), « de penser ce que l'on voulut et de dire sa pensée. » Cependant il est probable que personne n*osa justifier un empereur dont la mémoire était condamnée par le Sénat, et la politique complètement abandonnée par Nerva et Trajan. D'ailleurs, le souvenir de Domitien était détesté à Rome : on oubliait la bonne administration qu'il avait assurée à tout Tempire, pour ne se rappeler que les cruautés odieuses auxquelles on avait assisté pendant les dei'nières années de son règne. Martial , obéissant à l'opinion
(1) Pour le régne de Domitien, rétnde de Peter, De fontihvL& hiBlorihe imperatorum Flaviorum (Halle, 1866) est peu utile.
(2) C. Vibius Maximus composa à cette époque une histoire très étendue, peut-être même une histoire universelle (Staco, Silves^ IV, &3 et suiv.); mais nous ignorons s'il y raconta les événements contemporains.
(3) Voir plus haut, p. 190.
(4) Passages cités chapitre VI, p. 185, n. 2 ; p. 187, n. 1, 4 pi 6^
(5) Hi8t,f 1,1:1 rara temporum felicitate, ubi sentira quae vçlis, et quae sentias dicere licet. »
340 B8SÂI SUR LB RÈGNE DB L*EMPERBUH DOMITIBN.
publique 9 insulta celui qu'il avait tant de fois flatté. 11 le traita de « Néron (1), » de a rex (2); » il écrivit ces vers (3) :
Flavia gens, quantum tibi tertius abstulit hères ! Paene fuit tanti, non habuisse duos (4).
En attaquant violemment Domitlen dans $on Panégyrique, Pline voulut à la fois donner satisfaction à son ressentiment personnel (5), et faire sa cour à Trajan et au Sénat. On doit donc se servir de ce discours avec beaucoup de précaution.
Il parut alors un assez grand nombre d'ouvrages historiques racontant les événements qui venaient de s'accomplir. Ils furent en général écrits par des personnages appartenant à l'aristocratie, qui voulurent soulager leur haine, justifier leur conduite passée ou celle de leurs proches, glorifier leurs amis, victimes du tyran. — Pline publia un petit livre pour rendre hommage à la mémoire d'Helvidius Priscus le Jeune (6). Titinius Capito a raconta la mort d'hommes illustres dont plusieurs avaient été bien chers à Pline (7). » — En 98 (S), Tacite écrivit la biographie d'Agri- Gola. Il chercha naturellement à rehausser le mérite de son beau-père, qui ne fut pourtant qu'un bon général. Quant à Domitien, il le maltraita fort : à ses yeux, Agricola avait été victime de la jalousie de cet empereur; lui-même était peut-être tombé en disgrâce à la fin du règne (9).
A la même époque , furent écrites de véritables histoires du règne de Domitien. Pline fait peut-être allusion à l'une d'entre elles (10). « Quelqu'un, > dit-il, « avait lu en public un livre d'histoire très véridique , et en avait réservé une partie pour un autre jour. Plusieurs de ses amis vinrent le prier, le supplier même de ne pas lire le reste, tant ceux qui n'avaient pas rougi de faire ce qu'ils entendaient , rougissaient d'entendre ce qu'ils avaient fait. Cependant l'histoire demeure aussi bien que l'action, et elle demeurera ; elle sera lue avec d'autant plus d'empi^essement qu'on la lira plus tard. » Peut-être cet écrivain dont parle Pline est-il Bardus, qu'il félicite de son livre : c Je l'ai lu avec un grand intérêt, et en particulier les passages où il est question de moi-même (h 1). »