‹ Essai sur le regne de l'empereur DomitienChapitre 41 sur 72 · XII · texte numérisé non relu

XII

(3) Edition Friedlànder, t. II, p. 217, d'après le scoliaste de Juvénal, IV, 38.

(4) Le second vers veut dire : « Il aurait presque mieux valu n'avoir ni les deux premiers, ni le dernier. » Voir encore X, 72; XI, 7; XII, 6, 11.

(5) Voir p. 320 et suiv.

(6) Lettres, VII, 30, 4 : « libellos meos de ultione Helvidii. » Cf. IX, 13, 1.

(7) VIII, 12, 4. Titinius Capito (sur ce personnage, voir p. 69-70) voulait, par un zèle excessif, faire oublier la faveur dont il avait joui sous Domitien (voir encore I, 17).

(8) Agr., 3.

(9) Voir p. 322.

(10) Lêttrei, IX, 27.

(11) Lettrée, IX, 31.

APPBNDICBS. 341

Dans une scolie de Juvénal (1), il est question de Pompeias Planta, historien de la guerre de 69. Son livre renfermait sans doute le récit d'événements plus récents, car Pline conseille à un de ses amis, Maxime, de répondre aux critiques d'un certain Planta, probablement le môme que celui du scoliaste (2).

Faut-il voir dans Bruttius, qu'Eusèbe cite au sujet de la persécution de Domitien contre les chrétiens, un écrivain du commencement du second siècle, identique à Bruttius Praesens, consul pour la seconde fois en 139? C'est là une hypothèse bien hasardée (3).

Tacite, dans ses Histoires^ racontait les règnes des empereurs Galba, Othon, Vitellius. Vespasien, Titus et Domitien. I/auteur lui même a indiqué que son ouvrage se terminait au règne de Nerva (4). Il renvoie, dans les Annales, à de^ explicatioos qu'il a données dans les Histoires, au sujet des jeux séculaires célébrés en 88 (5). Pline le Jeune lui donne, dans une de ses lettres, des renseignements sur des faits qui se sont passés sous Domitien. Paul Orose parle du récit fait par Tacite des guerres que cet empereur eut à soutenir contre les Daces (6). — D n'est pas. impossible de fixer approximativement la date à laquelle fut composée la partie des Histoires relative à Domitien. Dans deux lettres du livre VI (16 et 20), Pline envoie à Tacite des notes au sujet de l'éruption du Vésuve, survenue en 79; dans une autre, que nous venons de citer et qui se trouve au livre VII (33), au sujet du procès de Baebius Massa, jugé en 93. Or le livre VI de Pline fut publié vers 106, le livre VII vers 107 (7). Ce fut donc environ dix ans après le meurtre de Domitien que Tacite écrivit l'histoire de ce prince. — Nous avons quelques données sur les sources qu'il, employa. Il se servit certainement des actes publics ; Pline lui dit : « Je vous signale un fait qui ne peut cependant

(1) Satire II. 99.

(2) Lettres j IX, 1. Il s'agit sans doute de Pompeius Planta, procurateur de Lycie sous Vespasien (Lebas et Waddington, III, 1225) et préfet d'Egypte au début du régne de Trajan (voir Correspondance de Pline et de Traj&n, 7 et 10). Cf. Mommsen, Index de Pline $ J. Baillet, Revue archéologique ^ IIP série, tome XIII, 1889, p. 70.

(3) Voir p. 298. — Il faut observer que les derniers renseignements empruntés par Malalas à Bruttius se rapportent au règne de Domitien. Doit-on en conclure que Touvrago de Bruttius ne s'étendait guère plus loin? Cette conclusion serait vraisemblable si Malalas citait souvent Bruttius, mais il ne le nomme que trois fois (à propos des amours do Jupiter et de Danaé, des conquêtes d'Alexandre, do la persécution de Domitien : édition Dindorf, p. 34, 193. 26?).

(4) Histoires, I, 1.

(5) Annales, XI, il.

(6) Paul Orose, VII. 10. Voir encore saint Jérôme, In Zachariam, III, 14.

(7) D'après les calculs do Mommsen, Etude sur Pline , traduction Morel, p. 20 et suiv. Ces lettres datent en tout cas de la période 106-109.

échapper à votre attention^ puisqu'il est dans les actes publics (1). • Il demanda des renseignements à ceux qui avaient été mêlés aux faits dont il parlait , et soumit son œuvre à leurs critiques (2). Déjà d'un âge mûr à Pépoque de Domitien (en 88 , il fut préteur) , il utilisa ses souvenirs. La perte de cette partie des Histoires est fort regrettable. Si rapproché des événements qu'il racontait , Tapite dut les exposer, au moins dans leur généralité , d'une manière exacte ; il avait l'esprit trop élevé pour dénaturer la vérité de parti pris; il savait d'ailleurs que ses lecteurs pourraient contrôler ses assertions à l'aide de leurs souvenirs. C'eût été dans les derniers livres des Histoires que nous eussions pu le mieux apprécier les qualités historiques de Tacite. Dans ses Annales, dans la pre-> mière partie des Histoires, il n'eut pas la peine de rassembler des maté* riaux : d'autres l'avaient fait avant lui. Son principal mérite fut de les présenter d'une manière plus artistique que ses devanciers : il fut moins un érudit qu'un écrivain. Pour le règne de Domitien, sa tâche présenta plus de difficultés : il dut à la fois chercher des renseignements et les mettre en œuvre. Les appréciations qu'il porta sur Domitien et son règne furent fort sévères : certains passages des livres parvenus jusqu'à nous le prouvent (3). Le portrait que Tacite traça du dernier Flavien fit certainement une grande impression sur l'esprit de ses contemporains qui avaient une vive admiration pour son génie (4) : ils durent lire avec une curiosité particulière les livres où l'historien se montrait le plus original et parlait d'événements dans lesquels un grand nombre d'entre eux avaient été acteurs ou spectateurs. Ainsi l'œuvre de Tacite contribua sans doute beaucoup à entretenir et à fortifier l'opinion défavorable qu'oa avait de Domitien.

A cette époque , Juvénal écrivit la satire du turbot (5).

La vérité cependant se faisait jour quelquefois. Lampride raconte, d'après Marins Maximus , qu'HomuIIus se permit de dire à Trajan que

(1) Lettres, VII, 33, 2. — Mention de ces actes publics dans Dion Cassius (LXVII, 11), au sujet de la révolte d*Antonius Satuminus.

(2) Voir Lettres de Pline déjà citées et VII, 20, 1 ; VIII, 7.

(3) Histoires, I, 2 et 3; II, 1; IV, 2; IV, 52; IV. 86.

(4) Pline lui écrit (VII, 33, 1) « Auguror, nec me faliit augurium, historias tuas immortales futuras. o Cf. VI, 16, 2 : a Scriptorum tuorum aetemitas; » IV, 15, 1 : « Cornelium Tacitum : scis quem virum. » Voir surtout VII, 20.

(5) La sixième satire fut éditée vers 116 (voir les vers 407 et suiv. ; cf. Friedlander, Sittengeschichte, 6* édit , III, p. 489) et la première fut faite certainement après Tan 100 (vers 47 et suiv.; cf. Mommsen, Etude «ur Pline^ traduction Morel, p. 9). Ce fut donc sous Trajan que fut écrite la quatrième satire, celle du turbot. — On pourrait supposer que Juvénal avait des motifs particuliers pour flétrir Domitien : Malalas (p. 263, édit. Dindorf; cf. Suidas, s. V, 1ou6evàXtoc), plusieurs vies du poète (II et IV) et le scoliaste (Satire I, 1 et IV, 38) attribuent son exil à cet empereur. Mais ces témoignages n'ont qu'une très mince valeur. Le fait même do l'exil de Juvénal est douteux : voir Hild, Juvénal, Notes biographiques, p. 26 et suiv.

Domitien avait été sans doute ud fort méchant prince, mais qu'il avait eu de bons conseillers (1).

Au début du règne d'Hadrien, vers 120 (2), Suétone écrivit la biographie de Domitien que nous possédons. C'est la plus importante de nos sources. Autant que nous pouvons en juger, son récit est exact : on n'y relève que quelques erreurs sans grande importance (3). I^a jeunesse de Suétone s'était écoulée pendant le règne de Domitien et il en avait conservé quelques souvenirs dont il fît usage (4). Occupant un rang distingué dans Tordre équestre, chargé pendant quelque temps d'une fonction fort importante (il fut secrétaire ab epistulis d'Hadrien) (5), il connut des peraonnages qui avaient pris part aux affaires publiques sous Domitien, put se servir des archives impériales et demander des renseignements aux affranchis, aux esclaves qui, depuis longtemps, vivaient dans le palais ; enfin les ouvrages historiques qu*il dut consulter avaient été écrits fort peu d'années après les événements dont il faisait le récit. — Ce qui inspire confiance dans Suétone, c'est le ton mesuré de l'écrivain, fort sobre d'appréciations. Il n'accueille pas sans restriction certaines accusations qu'on avait fait courir contre Domitien (6). Il reconnaît que d'abord ce prince gouverna bien, et que, pendant tout son règne, il surveilla les fonctionnaires, les magistrats, de manière à les empêcher de commettre des exactions (7). Il indique, en termes sommaires il est vrai, les causes qui ont pu contribuer à modifier son caractère et son gouvernement (8). Cette modération est dans les habitudes de Suétone ; de plus, il faut observer qu'il appartenait à un ordre favorisé par Domitien et qu''tl n'avait aucun grief personnel contre lui. Cependant on ne doit pas oublier qu'alors tout le monde considérait le règne de Domitien comme une époque néfaste, et que, d'autre part, Suétone fut le protégé et l'ami de sénateurs fort hostiles à ce prince, Pline le Jeune, par exemple (9). La biographie de Domitien s'en ressent. On n'y trouve presqu'aucune trace de l'opposition à laquelle l'empereur se heurta dès le début, des provocations, des complots fréquents dont la noblesse se

(!) Vie d'Alexandre Sévère, 65.

(2) Voir Laurentius Lydus, De magistratibus, II, 6, p. 171, édit. Bekker; Spartien, Hadrien, 11. Cf. Mommsen, Index de Pline, s, v. C. Sepiiciua Clarus, «

(3) Voir, sur le titre d'Augusta donné à Domitia, p. 45, n. 1; — sur les livres de Junius Ârulenus Rusticus et d'iicrennius Senecio, p. 283, n. 2; — sur les triomphes de Domitien et le nom de Germanicus donné à Tempereur, p. 195, n. 6.

(4) Suétone, Néron^ 57; Domitien, 12.

(5) Spartien, Hadrien, 11.

(6) Domilien, 1.

(7) Domitien, 3, 8, 9.

(8) Domitien, 3.

(9) Pline, Lettres, I, 18; I, 24; III, 8; V, 10; IX, 34; Correspondance avec Trajan, 94 et 95.

344 BSSAI SUR LE RÈGNB DB L'BMPBRBUR DOMITIBN.

rendit coupable à son égard (1). Il semble aussi que Suétone ait jugé trop sévèrement la conduite que Domitien suivit à Tégard de Titus, qui eut, peut-être lui aussi, de graves torts vis-à-vis de son frère. Il dut subir rinflueiice des écrivains antérieura qui , pour mieux montrer la méchanceté du dernier des Flaviens, se plurent à la mettre en contraste avec la générosité de Titus (2).

A Suétone, il faut rattacher l'Histoire des Césars ^ attribuée à Âurelius Victor, ainsi que Tabrégé (Epitome) qui porte le nom du même écrivain, ouvrages écrits à la fin du quatrième siècle. Les deux biographies de Domitien que ces petits livres contiennent sont en relation fort étroite, non seulement par les faits qu'elles rapportent, mais encore par le plan qu'elles suivent et les mots qu'elles emploient. Il est peu probable cependant que l'auteur de VEpitome ait copié les Césars, car dans cette hypothèse on ne s'expliquerait pas qu'après en avoir fait un usage constant depuis Auguste jusqu'à l'année 96, il l'ait abandonné ensuite complètement à partit* de cette époque (depuis Nerva, les deux livres ne concordent plus). Or les renseignements relatifs aux douze premiers empereurs , que nous trouvons dans les Césars et VEpitome , sont aussi donnés en général par Suétone, mais non dans les mêmes termes, et dans un ordre assez différent. U faut donc en conclure que, jusqu'en 96, les deux livres en question copient, non Suétone, mais un ouvrage fait d'après Suétone. Pour la vie de Domitien , ils contiennent fort peu de renseignements qui ne semblent pas puisés à cette source. Le plus important se trouve dans VEpitome et concerne la révolte d'Ântonius Satuminus.

- Eutrope, dans sa courte biographie de Domitien (3) , se sert aussi de Suétone, sauf pour un passage concernant les édifices que ce prince fit construire à Rome (4).

Un siècle environ après Suétone , Dion Cassius raconta le règne de Domitien dans son Histoire romaine. Pour cette période, le texte original est perdu, sauf quelques fragments compris dans la collection de Constantin Porphyrogennète, et nous ne possédons que l'abrégé fait au ^onzième siècle par Xiphilin. Il faut y ajouter les quelques pages que

(1) Il faut dire que Suétone fait, non une histoire du règne de Domitien, mais une biographio de ce prince.

(2) Cette tendance est sensible dans Tacite, Histoireêy IV, 52 (voir plus haut. p. 13) et IV, 86. Voir aussi Pline, Panëy., 35. A cet égard, du reste, les écrivains n'avaient qu'à so régler sur l'exemple du pouvoir : Trajan restitua des monnaies de Titus (Cohen, I, p. 462) et fit graver des inscriptions en son honneur (C. /. L., VI, 946). Le culte des empereurs divinises Vespasien et Titus se conserva pendant des siècles (Beurlier, Essai sur le culte rendu aux empereurs romains, p. 75).

(4) «t Forum transitorium , divorum porticus, Iseum ac Serapcum et stadium. Pour ce passage, voir plus haut, p. 90, n. 1.

Zonaras consacre à Domîtien dans son histoire (1). pages copiées^ soît dans Eusèbe (2), soit dans Dion Gassius (3), et an passage de Pierre le Patrice , conservé dans les Excerpla de legationibus (collection de Constantin Porphyrogennëte) (4) et provenant aussi de l'histoire de Dion (5).

D'un manière générale , Dion Gassius est exact ; on ne peut relever dans son histoire pour cette période aucune erreur matérielle (6). Il a donc puisé à de bonnes sources. — Mais il faut être en garde contre les jugements qu'il porte sur Domitien et la manière dont il présente les événements de son règne. Il lui est fort hostile : à peine consent-il à lui accorder en passant un mot d'éloge pour quelques actes de sa censure (7). Gettc malveillance s'explique. Gassius Dio Cocceianus était sans doute descendant de Gocceius [ou Gorceianus] Dio (8) , l'illustre Dion Ghrysostome qui fut une des victimes de Domitien (9).' Fils d'un sénateur (10), deux fois consul lui-même (il), il appartenait à l'aristocratie ; il était de ceux qui, au temps d'Alexandre Sévère, rêvaient de rétablir le gouvernement du Sénat (12); or Domitien s'était montré le plus grand ennemi de la noblesse et du Sénat. — De plus, il faut se souvenir que Dion avait les habitudes d'esprit d'un rhéteur : il aimait l'exagération, soit dans la louange (13). soit dans le blâme; il se plaisait A donner une tournure vive, dramatique aux faits qu'il exposait. Il avait des prétentions psychologiques, quoiqu'à cet égard il ne fît pas d'ordinaire preuve de beaucoup de pénétration : dans son portrait de Domitien , il ne paraît pas s'être rendu compte des causes qui contribuèrent à former et à modifier le caractère du prince. — Enfin, il semble avoir fait usage de sources fort défavorables à cet empereur : ses préventions l'em-

(1) XI, 19, p. 499 et suiv., édition Pinder.

(2) Eusébe, IfisL ecclés., III, 14-21.

(3) Même dans un passage oti Zonaras cite Philostrate (XI, 19, p. 503), il copie Dion (cf. Xiphilin, LXVII, 18).

(4^ Edition Niebuhr, p. 122. Mûller, Fragmenta historicorum graecorurrt, IV, p. 185.

(5) Sur remploi de Dion par Pierre le Patrice, voir édition de Niebuhr, p. XXIV et 531.

(6) Sauf en ce qui concerne les anecdotes qu'il aime à raconter : plusieurs sont suspectes (voir p. 221, 260, 327).

(8) Correspondance de Trajan et de Pline, 81 et 82 ; voir Mommsen, Index,

(9) Reimar pense que Dion Ghrysostome était le grand-père maternel de Dion Gassius {De vita et scriplis Dionis, édition Dindorf, V, p. lui). Outre la similitude des noms, il faut observer que les deux Dion étaiept originaires de Bithynic : le premier, de Pruse; le second, de Nicée.

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