VIII
(5) Stace, SilveB, IV, 2, 18-31.
96 ESSAI SUR LE RÈGhNB DE L*£MP9BUBUR DOMITIBN.
qa*il en faudrait pour soutenir les dieux et le ciel et pour laisser quelque répit à Atlas; le temple voisin de Jupiter Tadmire, et les dieuz sont heureux de te voir dans un séjour qui vaut le leur, car ainsi tu te hâteras moins de monter au ciel : tant est imposante la masse de ce palais, tant est vaste Tespace que sa cour occupe, tant ses murs s*élëvent dans les airs ! Et cependant combien il est plus petit que son maître dont la pi*ésence le remplit et dont le puissant génie le protège. Là rivalisent les nutfbres de Libye, de Phrygie, de Ghios, des îles de la mer iËgée, les granits de Syëne; le marbre de Luni ne sert qu*à supporter les colonnes. Au-dessus, les regards fatigués peuvent à peine atteindre le faîte de rédiflce et croient voir les lambris du ciel doré. » — Plutarque disait (1) qu'un seul des portiques, des salles, des bains ou des appartements réservés aux femmes dans le palais de Domitien suffirait à donner une idée de la manie de bâtir dont ce prince était possédé.
Dans les ruines du Palatin, trois édifices, orientés de même
et présentant les mômes particularités de construction , semblent
; avoir été élevés ou restaurés à Tépoque de Domitien : ce sont
. ceux qu'on appelle le palais d'Auguste , le palais des Fia viens et
le stade.
Le palais d'Auguste, représenté sur deux fragments de la forma urbis Romae (plan de la ville) (2), en partie découvert, en 1777, par Tabbé Rancoureil et actuellement sous la villa Mills , avait deux étages et renfermait un très grand nombre de salles; au centre était une grande cour entourée de colonnes ioniques. L'entrée se trouvait du côté du nord (regardant la Voie Sacrée) ; au sud , il y avait une vaste terrasse curviligne d'où l'on voyait la vallée du grand cirque (3). Des tuyaux de plomb trouvés dans cet édifice portent la mention Domus Augustana et ont été faits sous Domitien (4); des briques qui y ont été employées datent de
(1) Vie de PoplicoU, 15.
(2) Edition Jordan, n** 163 et 144 : voir à ce sujet Hulsen, Râmiêcke MUtheilungen^ IV, 1889, p. 186,
(3) Sur ces ruines, voir Hûlsen, Rômische Miitheilungen , V, 1890, p. 76 (dessin inédit de Ligorio) ; — Quattani , Aoma descriiia ed illusiraU^ l, Rome, 1785, p. 48 et suiv. (fouilles de Rancoureil), avec des plans de Tardiitecte Barberi; ~ Deglane, Gazette archéologique^ XIV, 1888, p. 145 et suiv., et pi. XXI (d'après le relevé de Piranesi); Mélangée de l'Ecole de Rome, IX* 1889, p. 188 et suiv., et pi. iv-v.
(4) Lanciani, Atti deW Accademia dei Lincei, Scieme morM, «èrie III, U IV. p. 446, n*' 153 et 154.
ROVB SOUS DOVITIBK. 97
la fin du premier siëcle (1). Ce n*est cependant pas une raison sufflsantepour penser que cet édifice ait été fondé par Domitien (2). Il est plus vraisemblable que ce palais date d'Auguste (3) et qu'il a été restauré par notre empereur : dans quelle mesure « on l'ignore.
Le palais des Flaviens , eiploré au seizième siècle (4) , puis au dix-huitième (par Fr. Bianchinî) (5) et déblayé de nos jours par P. Rosa (6), se trouve au nord-ouest du palais d'Auguste. Pour l'élever, on a comblé une petite vallée qui séparait le mont Germains (palais de Tibère) du Palatin proprement dit (villa Mills). Je n'ai pas à insister sur la description de cette ruine célèbre (7).
(1) C. /. L., XV, 995, 1; 998 b, 3; 999 6,. 2; 1097 f, 39. Mais cela ne prouve pas grand'chose.
(2) Gomme le fait Richter, Topographie von Rom, dans le Handbuch der hlassischen Alterthums'wissenschaft d'Ivan MuUer, III, p. 832. Hûlsen (Rômische Mittheilungen^ IV, 1889, p. 256, n. 1) a fait des réserves à ce sujet.
(3) Hichter (2oc. cit., p. 830) croit plutôt que le palais d'Auguste s'élevait au lieu où Ton voit les ruines appelées palais des Flaviens. Il se fonde suir Ovide (Tristes.^ III, 1, 31). Le poète fait parler son livre qui, après avoir passé contre la Regia et la demeure des Vestales, arrive à la porte du Palatin :
« Porta est, » ait [lut dit son guide], « iata Palati
» hic stator, hoo primum condita Roma loco est. *• Singnla dnm miror, video fulgentibus armis
conspicuos postes tectaque digna deo [la demeure d'Auguste}.
Cf. Gilbert, Geschichte und Topographie der Stadt Rom in Alterthum^ III, p. 177, n. 2 et 3. — Mais Ovide peut aussi bien désigner un palais situé à Tendroit oii s'élève actuellement la villa Mills , surtout si Ton songe qu'en ce lieu les constructions impériales s'étendaient , dans la direction de la voie sacrée, beaucoup plus loin qu'on ne l'a cru jusqu'à présent (voir Hiilsen, Rômische Mittheilunpen, V, 1890, p. 7H); d'autre part, avant de construire le palais dit des Flaviens , on dut combler la vallée située entre le Palatin et le Germains (voir plus loin) , comblement qui semble postérieur à l'époque d'Auguste, car les maisons dont des restes ont été découverts dans la vallée, sous le palais des Flaviens, sont probablement de cette époque.
(4) Voir, sur ces fouilles du seizième siècle, Hûlsen, Rômische MiUhet/ungen^ IV, 1889, p. 185 (fragments architecturaux dessinés par Dosio).
(5) Bianchini, Del palazzo de' Cesari, Vérone, 1738, p. 49 et suiv. Cf. Schneider, Archàologisch-epigraphische Mittheilungen aus Oesterreich- Ungarn, IV, 1880, p. 26 et suiv. (dessins de G. Piccini conservés à Vienne).
(6) P, Rosa, Annali deW Instiluto, XXXVII, 1865, p. 346 et suiv.
(7) Voir en particulier Visconti et Lanciani, Guide du Palatin, p. 100 et suiv.; Boissier, Promenades archéologiques, chap. II ; Dutert, Revue archéologique, XXV, 1873, p. 104 et suiv., pi. 2 et 3 ; et surtout Deglane^ Gazette archéologique, XIV, 1888, p. 158 et suiv., 211 et suiv., planches xxii, xxni et XXX.
98 ESSAI SUR LE RÈGIŒ BE L^BMPEREUR DOICTIEIC.
Je rappelle seulement que le devant du palais, dont la face est tournée vers Tare de Titus (1), est occupé par trois grandes salles: dans Tune , avaient lieu les réceptions solennelles ; dans la deuxième, Tempereur rendait la justice; la destination de la troisième n'est pas certaine. Par derrière s'étend une cour entourée de colonnes, d'une surface de plus de trois mille mètres carrés, à droite et à gauche de laquelle il y a des séries de petites salled. Au delà, est située une salle que Ton appelle en général le iricii' nium : elle est flanquée de deux nymphées, ornées autrefois de fontaines, de statues, de colonnades (2). Toutes les salles sont décorées avec magnificence : on y voit les marbres les plus rares; les fragments d'architecture qui existent encore sont d'une ornementation très riche, surchargée même (3); de belles statues y ont été découvertes (4). — Ce palais, qui est plutôt un édifice d'apparat qu'une maison d'habitation, a été élevé d'un coup, comme le prouve la symétrie parfaite de toutes ses parties (5) ; il paraît, conformément à l'opinion courante, dater de l'époque flavienne. On y a trouvé des marques de briques de cette époque (6); le système de construction et de décoration semble aussi indi-
(1) Cependant il n'y a pas de trace d'escalier devant la façade. On y entrait, semble-t-il, du côté du palais de Tibère, peut-être aussi du c6té de la villa Mills. Il y avait, en outre, un passage souterrain et privé entre le palais de Tibère et le palais des Flaviens.
{'i) Différentes parties de ce palais semblent être énumérées iproauHunif salutatorium , consislorium ^ zetae aestivales^ zetae hiemales^ Iricorium [= tricliniiim]), dans un texte dont Toriginal est perdu, mais dont on possède quatre copies plus ou moins fidèles, publiées par de Rossi, Ptan(e tenografiche e prospettiche di Roma, anteriori al secolo XVI, p. 123 et suiv.; voir les observations de Lanciani jointes à cette publication,
(3) Il y en a quelques-uns au palais Famèse. Cf. la relation de Bianchini, après les fouilles duquel on enleva les objets les plus précieux, p. 51 et suiv., pi. II, III et IV.
(4) Notamment un Hercule et un Bacchus colossaux en basalte noir, actuellement à Parme (voir Dutscbke, Antihe Bild'werhe in Oberit&lien , V, n" 956 et 957 , p. 388 et suiv.) ; — un Amour en marbre, qui est au Louvre (Frôhner, Catalogue de la sculpture antique, n* 325; Furtwângler, article Eros du Lexikon der griechischen und rômischen Mythologie de Roscher, p. 1360); — l'admirable torse de Satyre du Louvre (Friederichs-Wolters, Die Gypsabgûsse antiher Bild'werhe zu Berlin, n* 1216; Baumeister, Denkmdler des klassischen Alterlums, III, p. 1399, fig. 1549).
(5) Il fut restauré au second siècle, peut-être sous Hadrien, comme l'indiquent les marques de briques : C. /, L., XV, 377 c, 30; 474, 1; 563 h, 20;
•565 m, 34; 596 c, 11; 607, 3; 614; 893, 1, etc.
(6) C. /. L., XV, 118 a, 2 ; 999 y, 11 ; 1139, 2.
ROME SOUS DOMITIBN» 99
quer à peu près la fin du premier siècle (i). Ce peut donc être spécialement à cet édifice que se rapportent les vers de Martial et de Stace.
Devant ce palais se dressait peut-être une statue colossale de Tempereur : des vers de Martial semblent l'indiquer (2).
Le stade, qui n'est mentionné que par un seul texte ancien (3), a laissé de belles ruines (4) : il mesure 165 mètres de long et 48 de large. Les plus anciennes marques de briques (5), extraites du mur d'enceinte, portent des noms d'affranchis impériaux appelés T. Flavius et d'ouvriers au service des frères Domitius Lucanus et Domitius Tullus, dont Tun, Lucanus, mourut en 93 ou 94 (6). Sur Tune de ces briques, on lit l'inscription Nicomachi Domiti TuUi (7) : elle est postérieure à la mort de Lucanus , qui laissa TuUus seul propriétaire des briqueteries possédées auparavant en commun par les deux frères. Les briques dont il s'agit ne prouvent pas avec évidence que le stade ait été fait à la fin du règne de Domitieu, car elles peuvent avoir été fabriquées longtemps avant leur emploi. Cependant, le style de la construction ainsi que le voisinage d'autres édifices, élevés ou restaurés par Domitien et formant un ensemble avec le stade, rendent probable
(1) J*ajoute, en attachant, du reste, peu d'importance à cette observation, qu'un certain nombre de portraits-bustes trouvés dans les ruines datent certainement de la fin du premier siècle, ainsi qu'en témoigne l'arrangement de la coiffure : il y en a deux au Louvre (salle des Ântonins), dont l'un est reproduit dans Bernoulli, Rômische Ikonogr&phie^ II» 2, pi. xxx.
(2) Martial, VIII, 60 :
Summa Palatini poteras aeqaare oolossi si âeres brevior, Glaadia , sesqaipede.
Jure sacro Teneranda petes Palatia cUto
plorima (=plarimum?) qua sammi fulget' imago dacis.
Voir, à ce sujet, Gilbert, Philologus, XLV^ 1886, p. 461 et suiv. La statua trtump/ialis dont parle Suétone (Domitien^ 15) me semble plutôt la statue équestre de Domitien élevée sur le Forum.
(3) C'est la description du palais impérial éditée par de Rossi (Pianie di Roma, p. 123) : le stade y est, semble-t-il, désigné par le mot gymnasium,
(4) Voir, sur le stade du Palatin, Sturm, Das haiserliche Stadium auf dem Palatin (Wurzburg, 1888); Deglane, Mélanges de V Ecole française de Romct IX, 1889, p. 205 et suiv., pi. iv-vi.
(5) Etudiées par Sturm, loc. cit., p. 28 et suiv. C. I. L., XV, 118 a, 4; 990, 2;999p, 13; 1096 e, 31-, 1097 d, 26; 1152, 1 et 2; cf. 928 a, ! et 2; 1164, 1; 1449 a, 4 et f, 31.
(6) Voir Friedlànder, édiUon de Martial, I, p. 62.
(7) C. /. L., XV, 261 a, 3.
100 BSSAI SUR LB RÂGNB DB L'BHPBRBUR DOMITIBN.
rattribution du stade au dernier empereur flavien (1). Le stade était entouré d'un portique supportant une terrasse : il était flanqué sur sa face longue de Test d'une grande loge en forme de demi-cercle. Au sud de cette loge il y avait des thermes. Portique, loge et thermes ont été refaits plus tard, mais dans leur état primitif, ils étaient contemporains de la construction du stade (2).
En contre-bas de la maison d'Auguste, au sud-ouest, se trouve la demeure des pages (3), qui pourrait bien avoir été construite ou restaurée à la fin de l'époque flavienne, à en juger d'après les marques de briques trouvées dans cet édifice (4).
Derrière la demeure appelée improprement maison de Livie, au nord-ouest du palais des Flaviens, ont été découverts des tuyaux de plomb avec les marques suivantes (5) :
a) Imp(eratoris) Domitiani Caesar(is) Aug{usti); sub cura Eutychi l{iberti)^ proc{uratoris) ^ {ec{ii) HymnuSy Caesar{i8) n{ostri) serv{us),
b) luliae Aug{ustae).
Ils ont été posés à l'époque de Domitien, et prouvent qu'alors cette petite maison , célèbre par les belles peintures qu'on y a trouvées, appartenait à Julie, fille de Titus et maîtresse de l'em* pereur, son oncle. Du reste, construite en polit opus reticulatum de tuf, elle n'appartient pas à l'école* flavienne, mais à peu près aux derniers temps de la république ; elle est, en tout cas, antérieure au comblement de la vallée centrale du Palatin, au-dessus de laquelle s'éleva le palais des Flaviens. Elle se trouve à un niveau inférieur de plusieurs mètres à celui de ce palais, dont les fondations ont intercepté une de ses issues (6). Quant aux peintures, elles semblent dater de l'époque d'Auguste au plus tard (7).
Il est possible que Domitien ait restauré le temple d'Apollon
(1) Cf. Mélanges de l'Ecole de Rome, IX, 1889, p. 206, n. 1.
(2) Voir, à ce sajet, Deglane, Mélanges, p. 213, 214, 215 et suiv.
(3) Sur cette ruine , voir Visconti-Lanciani , Guide du Palatin , p. 75 et suiv.; Gatti, Annali delV Instituto, LIV, 1882, p. 217 et suiv. — Il n'est pas prouvé qtt*il faille identifier cet édifice avec Tancienne domus Gelotiana,
(4) C. /. L., XV, 1097 h, 57; 1449 6, 16 et f, 30.
(5) Lanciani, Atti delV Accademia dei Lincei, Scienze morali, série III, t. IV, p. 446, n" 155 et 157.
(6) On remplaça alors cette issue par une autre qui contourna le palais des Flaviens : voir Deglane, Gazette archéologique, XIII, 1888, p. 128 et planche xxiii.
(7) Voir, à ce sujet, Mau, Geschichte der decorativén Wandmaleréi in Pompeii, p. 196 et suiv., 246 et suiv., 287-288.
ROMB sous DOMITIBN. 10 1
Palatin. Martial dit en parlant des constructions ou des restaurations de cet empereur (1) :
Quid loqu&r Alciden, Phoebumque piosque Laconas,
L'emplacement de ce temple fametij[ doit peut-être être cherché sur la hauteur de S. Sebastiano, au sud de lare de Titus (2).
Philostrate (3) parle de jardins , appelés jardins d'Adonis (4), gui se trouvaient dans le palais de Tempereur Domitien. Leur emplacement est inconnu, et il est fort douteux qu'il faille les identifier avec le grand édifice appelé Adonaea du plan de Rome (5).
Les tuyaux de plomb trouvés dans le palais d'Auguste et dans la maison de Julie rendent assez vraisemblable Topinion que Domitien fut le premier empereur qui amena Teau de VAqua Claudia au Palatin (6). Peut-être des réservoirs dont l'existence a été constatée au nord-est du stade, sous le couvent de S. Bonaventura, ont-ils été construits à cette époque (7).
L'aspect du forum romain fut en partie modifié sous Domitien. Au pied du Palatin, il restaura le temple de Castor (8)^ sans doute endommagé par Tincendie de Néron ; cependant, les trois colonnes qui sont, avec le stybolate et une petite partie des escaliers, les seuls restes de ce temple, ne semblent pas, si Ton en juge par leur style, remonter à l'époque de Domitien , mais à celle de Tibère sous lequel cet édifice fut reconstruit (9). Contre le temple
(1) IX, 3, 11. Lanciani [Bullettino délia commissione comunale di Homa, 1883, p. 189) cite à ce sujet Martial XII, 3; mais le novum templum du poète est celui d'Auguste; voir la note de Friedlânder au'passage cité.
(2) Hûlsen, Rômische Mittheilungen, V, 1890, p. 76-77.
(3) Vie d'Apollonius de Tyane, VII, 32.
(4) « 'Ev auX^ 'Âduvidoç ». — Sur la signification de ce terme, voir Roscher, Lexikon der griechischen und rômischen Mythologie, p. 74 ; Comtesse Loyatelli, Nuova Antolqgia, XL, 1892, p. 262.
(5) Jordan, Forma urbis Romae, pi. x, n* 44. Hûlsen, Rômische Mittheilungen, V, 1890, p. 77.
(6) Lanciani, Atti delV Accademie dei Lincei, loc. c<t. , p. 372 et p. 446, n** 153 et suiv.
(7) Deglane, Mélanges, p. 204-205 et lettre g du plan, p. 203, figure 2. Cf. Bartoli, MemoriCt n* 5, dans Fea, Miscellanea, I, p. ggxxiii. — L'aqua Claudia arrivait près de là, plus à Test (Deglane, Mélanges, p. 187, 188; et pi. iv).
(8) Martial, IX, 3, 11 : « Quid loquar Alciden, Phoebumque, piosque Laconas. > Chronique urbaine : a templum Castorum et Minervao ».
(9) Jordan, Topographie, I, 2, p. 372. — Nous avons une représentation du temple de Castor dans deux fragments du plan Capitolin : 1* Jordan,
102 bssâi sur lb règnb db l'bmpbrbitr domitibn.
de Castor, fut élevé un sanctuaire à Minerve, la déesse favorite du prince, sanctuaire gui était aussi voisin du temple d'Auguste, situé au bas du Palatin (1). C'est, semble-t-il, Pédiflce qui est souvent mentionné dans les diplômes militaires à partir do Domitien (2).
Au-dessous du Capilole fut construit, par ordre du Sénat, un temple à Yespasien divinisé (3), temple qui est mentionné des Tannée 87 (4); on y adora aussi Titus (5). Sur le fronton était
Forma, pi. in, n" 20 ; '2* Jordan, Gratulationsschrift des deutschen Instiluta an Lepsius, 1883.
(1) Chronique urbaine : <i templum Gastorum et Minervae ». Le Curiosum indique aussi dans la VIII* région le « templum Gastorum et Minervae ». Peut-être s'agit-il de ce sanctuaire dans des vers de Martial (IV, 53) :
Hnno quem saepe vides inter pénétrai ia nostrae Pallados et templi limina, Goame, novi...
Le templum novum est précisément le temple d'Auguste.
Mommsen (Abhandl. der sdchsischen Gesellschaft, î, 1850, p. 652, n. 43) croit que Domitien, en reconstruisant le temple de Gastor, le dédia en mémo temps aux Dioscures et à Minerve. L'expression c templum (et non (empfa) Gastorum. et Minervae > indique, en tout cas, qu'il ne s'agit pas de deux édifices entièrement distincts. Jordan {Topographie^ I, 2, p. 372) pense, avec plus de vraisemblance , qu'il s'agit d'une chapelle de Minerve formant une annexe du temple de Gastor. — Il est donc peu vraisemblable que ce temple de Minerve soit représenté approximativement sur une monnaie de Domitien (Cohen, 171) : Temple à quatre colonnes sans coupole; au milieu, la statue de Pallas debout; en haut, des antéfixes, des palmettes et des masques. — Dans les Mirabilia, le temple de Castor semble être qualifié de templum Palladis (Duchesne, Mélanges de l'Ecole française ^ IX, 1889, p. 352) , mais cette dénomination du moyen âge ne mérite pas qu'on s'y arrête.
(2) a Descriptum et recognitum ex tabula aenea quae fixa est Romae in muro post templum Divi Augusti ad Minervam • (Diplôme du 27 octobre 90, ^ Ephem. epigr.^ V, p. 653; Diplôme de 93, C, /. L., III, p. 859, etc.); les diplômes antérieurs ne contiennent pas cette indication. Ces tables de bronze devaient être fixées sur le mur d'enceinte du temple d'Auguste (pour la position de ce temple, voir Suétone, Caligula, 22 ; Uenzen, Acta fratrum. Arvalium^ p. 55), contigu au sanctuaire de Minerve.
(3) Chronique urbaine : « templum Vespasiani et Titi. » — On ne doute plus aujourd'hui que ce soit le temple dont il reste trois colonnes et le fragment d'inscription ,.,estituer. Vdir Jordan, Top.^ I, 2, p. 192 et suiv.; p. 411.
(4) Actes des Arvales de cette année-là (C. /. L. . VI , 2165) : In pronao aedis Coficordiae , quae e[st prope templulm. Divi Vespasiani. — En 89, Stace écrit au sujet de ce temple (Stiues, I, 1, 31) :
terga pater blandoque videt Conoordia Tulta.
(5) Aussi la Chronique urbaine, le Curiosum et la Notitia l'appellent-ils : templum Vespasiani et Titi, Mais le temple était officiellement celui de
noHE sous DOHITiex.
gravée l'inscriplion suivante (1) : Dftç '«it.:.: S(matus) P{opulvs)q(ve Bomanus). Les ru.:,^. tr: core : trois belles colonnes corinthiennes car,:.t,-w d'une hauteur de 15",20 (2), soutiennent le- ;i^-.« mont richement orné (3). Ces restes sont, c ï:--' l'époque de Domitien. Une restauration fail^vj-.. ^ semble avoir été peu importante ; la partie ôh '..'■• concerne fut gravée sur l'ancienne architrave, .'.-.î-m pour former une surface. Derriéi-e s'étend h <>-. j, laquelle on voit les vestiges d'un grand pi&Jç'Ui;, -i les statues des deux empereurs.
Du côté nord , la curie fut restaurée ou itif/i:.^:est représentée sur un des deux bas-reliefs du M:-. retrouvés sur le fornm romain (5). C'est un ni',:.-,-:au-dessus du forum avec lequel il commun;-. ■.• lier; il est figuré avec cinq colonnes, ce qui trs ■, inexact ; il devait en avoir six. — Le chalci'',.'.,i.curie (6), semble avoir été aussi restauré ol a-. :■ ■ le nom de Chalcidicum ou Atrium Mincrvi.^. -
Vespasien seul (voir C. I. L,, !165, passage cité nij comme le tomplo aux trois colonnes situé au pie't Castor. Titus et Pollui y furent admis seulcmen' daires (voir Jordan, Ephem. epigr,, III, p. 71). D* grand temple oit l'on adorait Jupiter, Junon et M,-. aedes Jouis Opilmi Afaximi (Jordan, Top., I, 3, p
(1) C, J. L.,VI, 938, d'aprùs l'anonyme d'EinaierN Septime Sévère fit ajouter : Smpp. Caess. Severut ■ Augg. resliluer{\tnt).
(2) Il y en avait huit, sii sur le front du tem^.. ' avant des murs latéraux de la ct^lla.
(3) Pour les reproductions de celte ru' Les édifices Antiques de Tî'.n ■ (-■■liiiini d ladier, R.ircolls drlUpii' /.uf.iM,.!-.
(4) Clironiquo urbains •: >,.ihnn. C cuHh (voir, par exemple, L.iniiJink', Mexanilte, de la curie est indiqué par l'cgliso actuell» p. 258 et suiv. Lanciani, L'uuln fl ait ufftci Ain deU- Academii d«i Lincei, Scie"" p. 14 et suiv.
(5) Ces bas-reliefs ont été souvent reproiluili partie 2. de la Topographie de Jûrd.in, (il, iv.
(6) Auguste, Monumenl d'Ani:yr.;. IV, 1 : , cfdicum... feci.
ÇJ) Dion Cassius, Lt, 22 : ■
104 BS8ÂI SUR LB RÈGNE OB l'bMPBRBUR DOMITIBN.
trouver sur remplacement actuel de l'église de 8. Martina (1).
Enfin , au milieu de la place, le Sénat fit élever à la fin de 89 , après le double triomphe sur les Daces et les Gattes (2), une statue colossale en bronze de Tempereur. Martial la mentionne (3) et Stace a consacré la première de ses Silves à la décrire. Domitien, vêtu d'un paludamentum et ceint d'une épée, était représenté à cheval, foulant le Rhin. Son regard était tourné vers le temple de Jules César et la demeure des Vestales; à sa gauche, il avait la basilique Emilienne; à sa droite , la basilique Julienne ; derrière lui, le temple delà Concorde et celui de son père. Il soutenait de sa main gauche une statue de Minerve qui portait la tête do Méduse ; sa main droite étendue « arrêtait les combats. > Cette statue, élevée en quelques semaines, fut détruite sans aucun doute après le meurtre du prince (4).
Les deux célèbres bas-reliefs trouvés sur le forum romain en 1872 (5) ne peuvent représenter (comme l'ont a*u MM. Vis-
ce texte que, dès l'époque d'Auguste, cet édifice s'appelât Chalcidicum Minervae : le mot Minervae ne se trouve pas dans le texte officiel d'Auguste, et Dion Cassius a pu lui donner le nom sous lequel on le désignait de son temps. Voir aussi le Curiosum et la Notitiaf dans la VIII* région : Atrium Minervae à la suite du mot Senatum. Dion et les régionnairos mentionnent évidemment le même édifice (Mommson, Res gestae divi Augustin 2* édition, p. 79). — On peut supposer qu'il a été restauré par Domitien pour deux raisons : a) ce prince reconstruisit la curie dont l'atrium n'était qu'une annexe; b) il consacra à Minerve, sa déesse favorite, un assez grand nombre de monuments (Jordan, Topographie, I, 2, p. 255).
(1) Jordan, p. 256.
(2) Stace, Silves^ I, 1, vers 6, 27, 51, 80. La silve de Stace fut écrite le lendemain du jour de la consécration de la statue , à la demande du prince, alors présent à Rome (préface du livre I). D'autre part, cette statue fut élevée très rapidement (vers 61 et suiv.) : elle fut donc consacrée peu de temps après le double triomphe qui eut lieu vers la fin de novembre 89 (voir chapitre VI).
(3) VIII, 44, 7 : « colosson Augusti. »
(4) On a retrouvé au milieu du forum, entre le temple de Jules César et les Rostres , une base de statue équestre. Ce ne peut être un reste de la statue célébrée par Stace; quand le Sénat décréta, en 96, la destruction de toutes les images de Domitien, celle qui se trouvait dans le lieu le plus célèbre et le plus fréquenté de l'empire ne fut certainement pas épargnée. Il n'en est jamais question plus tard. D'ailleurs, la technique grossière de la base conservée ne permet pas de la faire remonter à l'époque de Domitien. Elle supportait peut-être la statue de Constantin. Voir Jordan, p. 187 et suiv. — Un fragment d'inscription trouvé près de là ne peut pas non plus, comme on l'a cru, être rapporté à cette statue de Domitien; il appartient à l'empereur Vespasien : voir Hùlsen, Rômische Mittheilungeiit III, 1888, p. 89.
(5) Voir plus haut, p. 103, n. 5.
ROMB SOUS DOMITIEN. 105
conti et Gantarelli) (1) deux actes publics deDomitien. Ainsi que Ta fait remarquer M. Hûlsen (2), il est impossible d'admettre qu*on ait laissé subsister en cet endroit des monuments d'un empereur dont la mémoire a été si rigoureusement condan;mée.
Au nord du forum romain , Vespasien avait élevé le temple de la Paix et un édifice pour les archives publiques. Il se pourrait que Domitien ait placé une statue de la Paix dans le temple construit par son père (3). — Près de là, au nord-est, il fit le forum (4) qui porta le nom de son successeur, Nerva (5), sous lequel il fut consacré (6). Peut-ôtre projeté et même commencé par Vespasien (7), il est mentionné dès Tannée 86 (8). C'était une
(1) Visconti, Deux actes de Domitien en qualité de censeur représentés dans les bas-reliefs du double pluteus , Rome , 1873. OaatarelU , Bullettino comunalSf 1889, p. 99 et suiv.
(2) Rômische Mittheilungen, IV, 1889, p. 240.
(3) Stece, Silves, IV, 3, 17 :
et Pacem propria domo repooit.
Mais rinterprétation de ce vers est douteuse.
(4) Suétone, Domitien, 5. Eutrope, VII, 23, 5. Staco et Martial, passages cités note 8. — Sur ce forum, voir Jordan, p. 448 et suiv.
(5) Suétone, Domitien, 5 : « Forum quod nunc Ncrvae vocatur ». Lam> pride, Vtc d'Alexandre Sévère^ 28 : « In foro Divi Nervae, quod transitorium dicitur ». Cf. Lydus, De mensibus, IV, 1, p. 51, édit. Bekker. Notitia et Curiosum, premier supplément, 6.
(6) Aurelius Victor [Caesares, 12) dit de Nerva : « dedicato... foro, quod
appellatur pervium , quo acdes Minervae eminentior consurgit et magnifi-
centior ». L'inscription du temple de Minerve, élevé dans ce forum, indique
la titulature de Nerva en 98 (voir p. 106, n. 4). A la même époque (la seconde
édition du livre X date de 98 : voir FriedIânder, édition de Martial, préface,
p. 62 et suiv.), Martial fit les vers suivants en l'honneur de Janus quadrifons
Perriua exiguoa habitabas ante Pénates ,
plarima qua médium Roma terebat iter.
Nunc tua Caesareis oinguntor limina donis
et fora tôt numeras, lane, quot ora geris.
(forum romain; f. de César; f. d'Auguste; f. transitorium). Cf. X, 51, 12. — Au moyen âge. ce forum s'appelait forum Trajani : voir Duchesne, Mélan-' ges de l'Ecole de Rome, IX, 1889. p. 348 et suiv.
(7) Aurelius Victor, Caesares^ 9 [monuments de Vespasien] : c multaque alia, ac forum, coepta et patrata ».
(8) Martial, I, 2, 8 :
Limina poat Pacia, Palladiumque forum.
Le livre I" fut édité en 85 ou 86 : voir FriedIânder, édition de Martial, préface, p. 52 et suiv. — En 93, Martial ne mentionne cependant que trois fora (VIII, 44, 6) : « in triplici foro (forum romain, fora de César et d'Auguste) ». Mais il ne faut pas attacher trop d'importance à cette expression qui, dans la langue usuelle , désignait les lieux où Ton rendait la justice à Rome en
longue place , entourée d'un portique (1) , qui servait de passage entre le quartier de Subura et le forum romain, et qui pcMir cette raison était appelée aussi forum transilorium (2). Le centre de cette place était occupé par le temple à quatre portes de Janus quadrifrons (3). A Textrémité septentrionale fut élevé un grand temple consacré à Minerve (4). Il est représenté sur un fragment du
public : cf. Ovide, Tristes, III, 12, 24 ; Martial, III, 38, 4; VII, 65, 2; Stace, Silves, IV, 9, 15. Elle n'exclut pas absolument l'existence du forum de Nerva à cette époque. — En 95, Stace {Silves, IV, 3, 9) écrit ces vers :
[Domitiane], qui limina bellioosa Jani.
jastis legibus et foro eoronas.
(il y avait un temple de Janus quadrifrons dans ce forum : voir plus loin). Cf. IV, 1, 13 (silve composée la même année) :
[Janas] qnem tn, Ticina Face ligatam,
omnia iiusisti componere bella, noyiqae
in leges jurare fori.
(i) Voir le plan restauré dans Ganina, Edifizj di Roma ûntica, pi. civ. Cf. Reber, Die Ruinen JRoms, p. 163 et suiv.; H. Blûmner, Annali delV Instituto, XLIX, 1877, p. 34 et suiv.
(2) Lampride, loc, cit, Eutrope, VII, 23, 5. Servius à Virgile, Enéidey VII, 607. Notitia et Curiosum^ dans la quatrième région. — Aurelius Victor (loc. cit,) rappelle « forum pervium. » Le passage qui faisait communiquer ce forum et le quartier de Subura est indiqué sur un fragment du plan Capitolin (cf. p. 107, n. 1). Il s'appelait, au moyen âge, ArcusAureae : voir Lanciani, Monumenii antichi delV Accademia dei Lincei, I, p. 529.
(3) Stace et Martial, passages cités. Servius, loc, cit. : « Captis Faleriis civitate Tusciae (en 241 avant Jésus-Christ) inventum est simulacrum lani cum frontibus quattuor. Proptcr quod in foro transitorio constitutum est illi sacrarium aljud (que celui de Janus geminus dont Servius vient de parler), quod novimus hodieque quattuor portas habere ». [Pour ce passage, voir Jordan, I, partie II, p. 347, n. 46]. Lydus, loc, cit, : «t *ÂYa>(&a (tsTpà- Itopçov) iv T$ 9dp(|> Tov Nep6â ëri *a\ vvv Xéyerai ffeffaKr(jLévov. » — Il faut observer qu'aucun de ces textes n'implique nécessairement la construction d'un nouveau temple de Janus quadrifrons par Domitien. Le sanctuaire du dieu semble, au contraire, avoir existé à cet endroit bien antérieurement : Domitien se serait contenté de l'entourer d'une vaste place. — On ne doit pas confondre ce Janus quadrifrons avec le Janus Geminus, dont le temple fut sur le forum romain, du côté septentrional, depuis les temps les plus anciens de Rome, jusqu'à la fin de l'Empire : voir Jordan, p. 347 et suiv. Une ruine située près do Sant'Adriano , ruine dont il reste des dessins des quinzième et seizième siècles , ne doit pas être considérée , ainsi que l'a cru M. Lanciani (L'aula, p. 29 et suiv ), comme le temple de Janus quadrifrons : c'est l'angle occidental de la basilique émilienne : voir Hûlsen, Annali delV Instituto, LVI, 1884. p. 323 et suiv.; Rômische Mittheilungen, IV, 1889, p. 242 ; V, 1890, p. 95.
(4) Aurelius Victor, loc. cit. Le temple portait sur son fronton l'inscription suivante {Ephem, epigr., IV, p. 274, n* 779 a; cf. C. /. L., VI, 953) : Impierator) Nerva Caesar Aug[ustus Germanicus], Pont(ifex) Max{imus\ trib{u-
plan Gapitolin (\) : c'était un prostyle bexastyle corinthien avec une cella à trois nefs, se terminant au fond par une abside semicirculaire. Au seizième siècle , ses ruines se voyaient encore , et Ton a conservé plusieurs dessins et gravures qui le reproduisent (2) : il fut détruit sous Paul V, au commencement du dix- . septième siècle. Aujourd'hui, il ne reste plus du forum de Nerva qu'une petite partie du portique (3). Ce sont deux colonnes corinthiennes (4), dont chacune soutient un entablement composé d'une architrave, d'une frise, d'une attique et d*une corniche : par derrière , se voit le mur d'enceinte que chaque entablement va rejoindre en formant avec lui un angle droit et en s'appuyant sur un pilastre. Les charmants reliefs, par malheur fort endommagés, qui décorent les frises, sont d'une interprétation difficile : Athéna au milieu des Muses dans la vallée de THélicon; Athéna punissant Arachné; travaux chers à la déesse, filage, tissage? etc. (5). Sur le mur, est sculptée une belle figure de Minerve» coiffée d'un casque, tenant une lance et un bouclier. Toute cette ruine est d'une grande richesse et d'une élégance exquise : elle donne une idée très favorable de l'architecture et de la plastique romaine à la fin du premier sièle (6).
Sur la Yelia, fut construit, aux frais du trésor public et à la suite d'un sénatus-consulte, le célèbre arc de Titus. L'inscription
nicia) potest{&te) 111, tmp(erator) //, [co{n)s{ul) IIII, p{ater)p(atriae)t aedem Mi]nervae fecit. Pour cette raison, Martial (1, 2, 8) qualifie Je forum de c Palladium, » expression que justifient les sculptures de la ruine conservée.
(1) Jordan, Forma, pi. xvii, n* 116.
(2) Voir rénumération de ces dessins dans Jordan, Forma urbis, p. 27. Cf. Lanciani, L'Aula, p. 24.
(3) On voit aussi une portion du mur contre lequel s'adossait le temple de Minerve. Le soubassement de ce temple, caché sous des maisons modernes, existe encore (Lanciani, L'Aula, p. 26).
(4) On les appelle, à Rome, « le Colonnacce. » Elles sont en partie enfouies sous le sol. Elles devaient avoir , base et chapiteaux compris , 10 mètres. Leur diamètre est de 0",90; leur éloignement de 5 mètres 80; les chapiteaux mesurent l mètre 28. Voir Reber, Die Ruinen Roms, p. 163.
(5) Voir Blûmner, Annali delV Instituto, XLIX, p. 5 et suiv; Monumenii deW Inatituto, X, pi. 40, 41, 41 a. Petersen, Rômische Mittheilungen , IV, 1889, p. 88.
(6) Selon deux textes, Domitien aurait commencé le forum de Trajan. On lit dans Aurelius Victor, Caesares , 13 : [Trajanus] Romae a Domitiano coepta, forum, atque alia multa plusquam magnifiée coluit èxornavitque. Dans la Chronologie de saint Jérôme, p. 161 (édition Schône), le forum de Trajan est mentionné parmi les constructions de Domitien. — C'est là, sans aucun doute, une erreur; en 98, il n'y avait que quatre fora; voir plus haut, p. 105, n. 6.
qu'on y lit encore porte : Senatus Populusque Romanxis Divo Tito^ Divi Vespasiani f{ilio)^ Vespastano Augtisto (1). Le mot Divo prouve que Titus était déjà mort; dans la voûte est représentée Tapothéose de l'empereur. La construction de cet arc fut sans doute décrétée en même temps que la consécration de l'empereur (2). Il fut destiné à perpétuer le souvenir de la prise de Jérusalem. Les deux principaux reliefs, composés d'une manière pittoresque, re~ présentent le triomphe de 71 ; ils comptent parmi les œuvres les plus admirables de l'art romain par leur belle ordonnance, leur mouvement, leur exécution large et sévère dans les draperies et dans les nus, mais ils n'ont pas la sobriété de composition et l'élégance de style des chefs-d'œuvre grecs (3).
L'immense amphithéâtre Flavien, dont Auguste déjà projeta la construction, avait été commencé par Yespasien et continué par Titus, ce fut Domitien qui le termina (4) : il avait pourtant été inauguré dès 80 (5). — Près de là furent construites de nouvelles écoles de gladiateurs (6), et peut-être un magasin destiné
(1) c. /. L., VI, 945.
(2) Cependant on doit remarquer que dans Tépigramme 70 du livre I" (publié vers 85-86), oii Martial indique à son livre le chemin qu'il devra suivre pour aller du forum au Palatin, Tare de Titus n'est pas mentionné : ce qui étonne, la description topographique étant assez détaillée pour cet endroit.
(3) Sur ces bas-reliefs, voir Philippi, Ueber die rômischen Triumphal reliefs dans les Abhandlungen der philos, 'hisior. Classe der sâchsischen Gesellschaft der Wissenschaften, VI, 1872, pi. ii et ni; Reinach, Revue des études juives^ XX, 1890, p. lxv et suiv.
(4) Suétone, Vespasien^ 9. Chronique urbaine : [Vespasianus] tribus gradibus amphitheatrum dedicavit — [Titus] amphitheatrum a tribus gradibus patris sui duos adjecit — [sous Domitien] amphitheatrum usque ad clypea. Voir, sur ce passage, Lanciani, Bullettino comunaley 1880, p. 273. Les clypea étaient des ornements qui couronnaient la corniche supérieure : on les voit sur une monnaie de Titus (Cohen, Titus, 400), sur un médaillon contorniate à l'eflBgie de Gordien Pie (Sabatier, Description des médaillons coniorniates^ pi. viii, fîg. il), sur le bas-relief des Haterii {Monumenti delV Instituto, V, pi. 7).
(5) Suétone, Titus, 7. Dion Cassius, LXVI, 25. C. /. L., VI, 2059. Martial, Spectaculorum liber^ 1, 7 et 2, 5. Cohen, Ttfus, 400.
(6) Chronique urbaine : ludos Illl. C'étaient le ludus magnus^ la ludus matutinuSf le ludus dacicus et le ludus gallicus. Cependant le ludus magnus et le ludus mafuf inus existaient auparavant (voir Hirschfeld, Verwaltungsgeschichte^ p. 179, n. 2; Mommsen, Staatsrecht, II, 1071, n. 1, n'admet que l'existence du ludus matutinus avant Vespasicn, peut-être en un autre lieu de Rome). Il faut observer que, comme on no trouve pas d'employés des deux autres ludi, on peut supposer qu'ils n'étaient que des dépendances du ludus magnus et du ludus matutinus. ~~ Le Curiosum et la Noti-
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à recevoir les décors et les accessoires qui servaient aux spectacles publics (1). Domitien acheva aussi ou restaura la Meta Sudans (2), château d'eau dont la ruine informe se voit encore entre le Goliséo et Tare de Constantin : ce monument figure déjà sur une monnaie de Titus de l'année 80 (3). On a retrouvé des tuyaux de plomb qui conduisaient Teau de Vaqua Claudia à la Meta Sudans : ils datent du règne de Domitien (4).
Les thermes de Titus, voisins aussi de Tamphithéàtre, avaient été construits rapidement par le flis aîné de Yespasien et inaugurés en 80 (5) : Domitien les acheva (6). Ils prirent plus tard le nom de Trajan , qui les ût rebâtir (7); mais Texpression thermae Domitianae se trouve encore au moyen âge (8).
La Mica Aurea^ une maison de plaisance de Tempereur, fut bâtie sur le Célius (9).
lia mettent ces écoles dans la II* et la III* région, mais les indications que ces deux ouvrages donnent ne concordent pas, peut-être parce que le ludus gallicus et le ludus dacicus n'étaient point mentionnés dans le document original (voir Jordan, Top.^ II, p. 133 et suiv.). En tout cas, les quatre ludi étaient situés prés du CoJisée (Hirschfeld, p. 179, n. 3). — Le ludus magnus est représenté sur un fragment du plan Capitolin (Jordan, Forma^ pi. I, n* 4). Il se compose d'une cour entourée d'un portique et de chambres disposées tout autour de cette cour. Le ludus matutinus est peut-être aussi indiqué sur un petit fragment du plan (pi. xv, n* 102).
(1) C'est, semble-t-il, le summum choragium (Hirschfeld, p. 182 et suiv.) représenté sur un fragment du plan Capitolin (pi. ii , n* 7) et indiqué dans la III* région par le Curiosum et la Noiitia : il devait être situé entre l'emplacement du futur temple de Vénus et de Rome et le Golisée (Hirschfeld, p. 184, n. 3).
(2) Chronique urbaine.
(3) Cohen, Titus, 400 (cf. 399).
(4) Lanciani, Atti dei Lincei^ scienze morali^ série III, tome IV, p. 371; p. 423-424, n" 1-8.
(5) Suétone, Titus, 7. Dion Cassius, LXVI, 25. Martial , Spectaculorum liber, 2, 7.
(6) Chronique urbaine : « thermas Titlanas et Trajanas. » — Sur les thermos de Titus, voir en particulier Richter, Topographie von Rom, p. 909; Gilbert, Geschichte und Topographie der Stadt Rom, III, p. 297; Ilûlsen, RÔmische Mittheilungen y IV, 1889, p. 79; Lanciani, Monumenti Lincei, I, p. 483-484.
(7) Chronique urbaine : voir note précédente et (au sujet de Trajan) : « hoc imperatore mulieres in thermis Trajanis lavarunt. »
(8) Liber pontificalis j Vie du pape Silvestre, 33 (édit. Duchesne, p. 187; cf. n. 4 de la page 188) : « Constituit titulum suum in regione III, juxta thermas Domitianas, qui cognominantur Trajanas. » — Mirabilia, 7, De thermis (p. 612, édit. Jordan dans sa Topographie, tome II) : a thermae Domitianae. »
(9) Voir saint Jérôme (Schône, p. 161), d'après une édition de la Chroni-
De grandes constructions furent faites sur le champ de Mars , qui avait beaucoup souffert de Tincendie de 80 (l). Domitien y réédifia, au début de son règne, le double temple dlsis et de Sérapis (2), que de nombreuses trouvailles faites depuis plusieurs siècles près de Téglise Santa Maria sopra Minerva permettent de reconstituer à peu près (3). L'architecture en était à la fois grécoromaine et égyptienne. On y entrait par des propylées, constructions pyramidales ornées d'obélisques, on suivait ensuite une avenue bordée de sphinx, de lions, etc., au bout de laquelle s'élevait le double temple , de style égyptien , avec des colonnes de granit, des figures colossales, des obélisques. A l'intérieur, les parois étaient couvertes de bas-reliefs et d'hiéroglyphes. L'enceinte du lieu sacré était formée par un portique gréco-romain (4).
que urbaine plus complète que la nôtre, dans laquelle la Mica Aurea manque. Eu égard aux rapports qu'il y a entre la Chronique urbaine et Toriginal des régionnaires , c'est sans doute le même édifice qu'indiquent le Curiosum et la Notitia dans la II* région (Caelemontium). — Cette expression de Mica Aurea s'appliquait d'ailleurs, d'une manière générale, à une chose jolie et agréable, et en particulier à une maison de plaisance. On en connaît deux autres à Rome : l'une prés du mausolée d'Auguste (Martial, II, 59), l'autre au Trastevere (Gatti, Bulleltino comun&let 1889, p. 392 et«uiv.; cf. Uûlsen, Rômische Mittheilungen , VI, 1891, p. 148). On lit dans les Graphia urbis Romae (XIII* siècle; édition Urlichs, Codex topographicus^ p. 116) : <c paiatium Domitiani in Transtiberim ad Micam Auream. » U y a là, semble-t-il, une confusion entre la Mica Aurea du Célius, et la Mica Aurea du Trastevere. — Dion Cassius (LVII, 11) dit de Tibère : c Quand il y avait des jeux ou quelque autre spectacle qui devait occuper la multitude, il se rendait la veille au soir, pour y passer la nuit, dans la maison d'un de ses affranchis qui fût voisine du lieu de la réunion, afin qu'on pût venir le saluer facilement et sans peine (le matin du jour où étaient donnés les jeux : voif Friediândor, Sittengeschichte, 1, 6* édit., p. 157). » Ce fut peut-être pour un motif analogue que Domitien se fit construire une maison de plaisance auprès du Colisée.
^ (1) Voir p. 90.
(2) Chronique urbaine : a Iseum ac Serapeum. » Dès 85-86, Martial mentionne les a Memphitica templa » du Champ de Mars (11,14,7), — Ce temple fut embelli sous Alexandre Sévère (Lampride , 26) et restauré sous Dioclétien (Chronique urbaine).
(3) Voir un important article de M. Lanciani, BuUettino communale, 1883, p. 33 et suiv. Cf. Lafaye, Culte des divinités d'Alexandrie hors de l'Egypte, p. 216 et suiv. ~ C'est là qu'on a découvert le Nil du Vatican, le Tibre du Louvre et une grande quantité d'œuvres d'art égyptiennes, entre autres les trois obélisques des places de la Minerve, du Panthéon et des Thermes de Dioclétien (voir la liste des découvertes dans Lanciani, p. 34 et suiv.; cf. Hulsen, Rômische Miitheilungen, VI, 1891, p. 125;.
(4) Une partie de ce portique est figurée sur le plan Capitolin (Jordan,
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Auprès du temple d'Isis fut élevé le temple de Minerva Ghalcidica (1), dont le souvenir s'est conservé dans le nom de la vieille église de Santa Maria sopra Minerva (2). La statue de la déesse se voit encore au musée du Vatican : c'est la célèbre Minerve Giustiniani (3).
Dans le Champ de Mars y Domitien restaura le Panthéon (4), endommagé dans Tincendie de 80 ; les autres monuments touchés par cet incendie furent réparés dès la fin du règne de Titus y qui montra une grande activité à relever les ruines , ou
Forma, pi. V, n** 32). La ruine appelée Arco di Gamigliano, qui a subsisté jusqu'à la fin du dix-septième siècle, se rattachait à l'enceinte et en était une des portes latérales (Lanciani, p. 55 et suiv.).
(1) Chronique urbaine : a Minervam Cbalcidicam. » D*ou vient l'épithéte de Chalcidica? C'est peut-être une corruption de l'expression grecque : « 'ÂOnvà xo^xbixoc. » A Sparte, il y avait un temple célèbre d'Athéna portant ce nom : voir les textes cités dans le Thésaurus d'Estienen,, édit. Didot, s. v. XaXxCoixo;. Il est moins probable que ce nom tire son origine d'une construction appelée « chalcidicum , » sorte d'annexé dont la signification précise est contestée (voir Nissen , Pompeianische Studien , p. 291 et suiv.; Jordan, Topographie, l, 2, p. 256).
(2) Le Curiosum le met dans la neuvième région , après le temple d'Isis et de Sérapis. Anonyme d'Einsiedeln {Monumenti Lincei, l, p. 443) : « Minerviam, ibi Sancta Maria. » Mirabilia (Jordan, II, p. 631): <c juxta Panthéon templum Minervae Calcidie. » Le Pogge (De varietate fortunae, dans Urlichs, Codex topographicus ^ p. 238), A. Fulvius {Antiquitates urbis, V, p. LZXXiz), Marliani {Thésaurus de Graovius, III, p. 228 E) virent des ruines de ce temple dans les jardins du cloître de la Minerve.
(3) Friederichs- Wolters , Die Gipsabgûsse antiher Bildwerhe, n** 1436; Hebbig, Fûhrer durch die ôffenilichen Sammlungen klassischer Allerthûmer in Rom, n* 51, — Elle a été trouvée, d'après Bartoli (Fea, Misceltanea, I, p. ccLiv, n* 112), dans les jardins du cloître. La Minerve de la villa Ludovisi (Schreiber, Die antiken Bildwerhe der villa Ludovisi, n« 67), trouvée dans l'enceinte du collège romain, n'a aucun rapport avec le temple de Minerva Chalcidica, qui ne s'étendait pas jusque-là. Le Pogge {loc, cit,) parle d'une tète énorme appartenant à une statue de Minerve, tète trouvée près du couvent des dominicains de la Minerve. « Comme on venait en grand nombre pour la voir, » ajoute-t- il, a le propriétaire du jardin où elle fut trouvée la fit enterrer de nouveau. » Cette statue se trouvait peut-être dans l'enceinte du temple.
(4) Chronique urbaine. — Il est, je crois, tout à fait impossible de dire en quoi a consisté la restauration du Panthéon par Domitien. Les recherches récentes, qui ont été faites sur la demande de M. Chédanne, pensionnaire de l'Académie de France à Rome, et qui seront étudiées par lui, ont mis hors de doute que la rotonde actuelle est tout entière l'œuvre d'Hadrien. Le Panthéon avait-il auparavant la forme d'une rotonde précédée d'un portique, ou était-il simplement rectangulaire? c'est ce qu'on ne saurait dire encore. Les recherches ultérieures apporteront peut-être quelque lumière sur cette question.
au début du règne de Domitien : le théâtre de Pompée est mentionné par Martial dès 84-85 (1), les Septa dès 85-86 (2), les thermes d*Agrippa dès 87-88 (3). Le vieux portique de Minucius fut aussi restauré (4). — Domitien fit encore construire un portique en rhonnour des empereurs divinisés (5), monument dont remplacement est inconnu. Enfin , il éleva un Odéon et un Stade pour les concours musicaux et athlétiques des jeux capitolins qu'il fonda. L*Odéon, qui contenait plus de dix mille places (6), semble avoir été terminé ou restauré sous Trajan, par le célèbre architecte Apollodore de Damas (7). C*était un des plus beaux monuments du champ de Mars : Tempereur Constance II Tadmira à son entrée dans Rome (8); au cinquième siècle, Polemius Silvius le mettait parmi les sept merveilles de la ville (9). On ignore son emplacement exact (10). Le Stade corres-
(1) XIV, 29 et 166.
(4) Chronique urbaine : « Minuciam veterem. » Sur ce portique, voir Gilbert. Geschichte und Topographie der Stadt Rom^ III, p. 144.
(5) Chronique urbaine : a Divorum. » Saint Jérôme. Chronique d'Eusèbe, p. 161, et Eutrope. VU, 23, 5 : a Divorum portions. » Le Curiosum et la Notiiia mentionnent dans la neuvième région (Champ de Mars) un édifice qu*ils appellent c Divorum » (texte du Curiosum : « Iseum et Serapeum, Minervam Calcidicam. Divorum »). Vu les rapports entre la Chronique urbaine et Toriginal que copièrent la Notitia et le Curiosum , il est probable qu'il s'agit du même monument. De plus. M. Mommsen {Abhandlungen der sàchsischen Gesellschaft . I , p. 652 . n. 40) observe que . si sur la liste des constructions de Domitien . conservée dans la Chronique , Tordre des édifices n'est pas strictement topographique, certains groupes locaux sa reconnaissent. Or, le mot Divorum se trouve sur la liste avant cinq édifices du Champ de Mars. — M. Borsari [BuUettino comunaUf 1885, p. 87 et suiv.) voudrait identifier ce Divorum porticus avec un portique construit par Auguste, dans la huitième région, contre la basilique Julienne, en l'honneur de ses petits-fils Gains et Lucius. Gela est impossible, car ainsi que le fait remarquer M. Beurlier [Essai sur le culte rendu aux empereurs romains, p. 342), Gains et Lucius ne furent pas admis parmi les Dtm. M. Gilbert {Geschichte und Topographie, III, p. 132) place ce porticus Divorum sur le Palatin et le met en relation avec le temple d'Auguste : rien ne le prouve.
(6) 10600 selon le Curiosum, 11600 selon la Notiiia.
(7) Dion Cassius, LXIX. 4 : « Tàv 8* AiroXX6do>pov tôv àpxixéxTova, xdv ti^v àyopàv xal xb 4>8cTov, tô xt ^Uiivdffiov, xà toO TpalavoO iroiii(iaTa, iv t^ Pw|q) «a- TaoxcudffoivTa. 9 Pausanias, V, 12, 6 [constructions de Trajan] : c Oéatpov [UyoL xuxXoxtpic irfltvraxâOtv. »
(8) Ammien Marcellin, XVI, 10, 14.
(9) Edition Mommsen, Chronica minora, p. 545.
(10) Le Curiosum et la Notifia le placent dans la neuvième région. Il ne
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pond à la grande place Navone, qui en a conservé la forme et le nom {in agone){l). Restauré plus tard par Alexandre Sévère, il pouvait contenir plus de trente mille spectateurs (2).
Près de la porte triomphale , dans le voisinage du Gircus Flaminius, Domitien fit peut-être construire, au retour d'une de ses expéditions , un temple à la Fortuna Redux (3). Après Texpédition suévo-sarinate, en 93, il éleva, auprès de ce temple, un arc de triomphe sur le faîte duquel on voyait deux quadriges d'éléphants conduits par deux figures doi*ées représentant Tempe- j reur (4).
Sur d*autres points de Rome , des monuments importants f u-
pent s*étre élevé sur remplacement actuel du monte Citorio, comme le prouve une étude de M. Hûlsen, Rômische Mittheilungen ^ IV, 1889, p. 41 et 8uiv. ; ce lieu était occupé par d'autres monuments.
(1) Le Curioaum et la Notilia mentionnent un stade dans la neuvième région. — C'est la piazza Navone , comme l'indiquent la forme même de cette place et les débris qu'on a retrouvés au-dessous des maisons qui la bordent. L'absence de la spina, constatée lors de l'établissement des fontaines actuelles, prouve qu'il y avait là dans l'antiquité un stade et non un cirque. Voir Gancellieri, /{ mercato, il lago,.. nel circo Agonale (Rome, 1811), p. 26-27; Nibby, Roma aniica, I, p. 601 et suiv.; BeschrMung der Siadt Rorrif III, partie 3, p. 73; Lanciani, Bulleltino delV Instituto, 1869, p. 229. Les catalogues régionnaires ne mentionnent d'ailleurs aucun cirque dans cette partie de Rome. De plus, le mot iVavona vient de In agone. Agon se disait aussi bien du lieu où se livrait la lutte que de la lutte ellemême, et c'est le nom qui désignait la place au moyen âge (voir Nibby, loc, cit.; Preller, Die Regionen der Stadt Rorrif p. 171, n. 2). — Ce stade est très probablement celui de Domitien. Il y a en effet tout lieu de croire qu'il le construisit sur le Champ de Mars, car cette plaine, la seule importante qui se trouvât dans Rome, convenait à un édifice de ce genre aussi bien qu'aux théâtres et à l'Odéon. C'était sur le Champ de Mars qu'avant Domitien César et Auguste avaient élevé des stades en bois (Suétone, César, 39 ; Dion Cassius, LUI, 1). En outre, les auteurs anciens n'indiquent pas d'autre stade permanent, car le stade d'Alexandre Sévère ne fut, autant qu'il semble, qu'une restauration de celui de Domitien (Lampride, Vie d'Alexandre Sévère , 24 : « ad instaurationem theatri, circi, amphitheatri , stadii], » Au douzième siècle, nous trouvons encore la place Navone actuelle appelée circum Alexandri (voir Nibby, loc. cit. ; Becker, Topographie, p. 669).
(2) Notitia : 33888 ; Curiosum : 30088. — Constance l'admira aussi quand il entra dans Rome (Ammien Marcellin, loc. cit.).
(3) Martial, VIII , 65.
(4) Martial l loc. cit, — Voir, sur un bas-relief du musée Torlonia (/ monumenti del museo Torlonia, n* 430), un arc de triomphe d'Ostie surmonté de même d'un quadrige d'éléph&nts. Cf. E. Q. Visconti, Museo Pio-Clemen-' tino , VII , pi. 17. — Peut-être cet arc remplaça-t-il l'ancienne porte triomphale (Gilbert, Geschichte und Topographie, III, p. 191, n. 1; Richter, Topographie, p. 873).
114 BSSAI SUB LB RÈ6NB DE l'bMPBRBUR DOlfITIBN.
rent encore élevés. Au lieu où il était né, dans la sixième région, Tempereur édifia un magnifique mausolée^ destiné à servir de lieu de sépulture aux membres de sa famille , le templum gentis Flaviae (1). Vespasien (2), Julie et Domitien (3) y furent certainement ensevelis ; sans doute aussi Titus , ainsi que le César, fils de Domitien. Ce temple fut achevé peu avant Tannée 94, date de la publication du livre IX de Martial, dans lequel il est fréquemment mentionné (4). Peut-être le lieu où il devait s'élever fut-il consacré dès Tannée 89, comme semblerait Tindiquer un vers de Stace (5). Cet édifice est aujourd'hui complètement détruit : cependant on peut dire où il s'élevait. Dans la Notiiia et le Curiosum, il est indiqué entre les jardins de Salluste et les thermes de Dioclétien. Il est possible de préciser encore davantage. Une inscription (6) ainsi formulée : inter duos parietes ambitus prival{i) Flavi Sabini , a été trouvée, au seizième siècle, dans les en-
(1) Suétone, Domitien, 1 : « Domitianus natus est... regione urbis sexta, ad Malum Punicum , domo quam postea in templum gentis Flaviae convertit. » Cf. 5 et 15. Martial, IX, 1, 8; IX, 3, 12; en particulier IX, 20 :
HaM qoae tota pat«t tagiturqoe et mwmore et aoro infoatii doBoini oooBoia terra fOit.
Voir encore IX, 34. Stace, SUves, IV, 3, 18.
Qui genti patriae fatora semper •anoit limina, flaTiomqae caimen.
Ibid,, IV, 2, 60; V, 1, 240. — Chronique urbaine : c gentem Flaviam. »
(2) Martial , IX , 34 , 8. — U avait d*abord été enseveli au mausolée d'Auguste : voir Hirschfeld , Sitzungsberichte der preussiêchen Akademie der WiMsensch&ften zu Berlin, 1886. p. 1157-1158.
(3) Suétone, Domitien^ 17.
(4) Voir plus haut, n. 1. La troisième silve du livre IV de Stace fut composée en 95 (Friedl&nder, SiUengeschictiiey III, 6* édit., p. 478). L'épigramme de Msirtial, V, 64, 5, se rapporte, non à ce temple, mais au mausolée d'Auguste (Hirschfeld, loc. cit., p. 1166). — Jordan {Top., II, p. 35) suppose que le temple construit sans emploi de bois, dont parle Eusèbe (Chronique, p. 160), est celui de la famille Flavienne, qui devait avoir une coupole, comme le mausolée d'Auguste et le mausolée d'Hadrien. Mais Eusèbe place la construction du temple qu'il mentionne vers le début du règne de Domitien (année 2101 =s 1*' octobre 84-30 septembre 85 ; en 86, selon la Chronique pàscale, 1, p. 466, édit. Dindorf).
(5) SilvBM, I, 1, 105 :
Certoi amea terrai et qaaa tibi templa dioamoa ipae oolaa...
Voir Stange, P. Papinii Statii carmina quae ad Domitianum ipectant (Dresde, 1887), p. 14.
(6) Qmter, p. 200, 8.
BOME SOUS DOMITIEIi. 115
virons du carrefour des Quattro Fontane (1). Les restes de ce temple ont peut-être été retrouvés aussi au seizième siècle : il aurait été de petites dimensions et de forme circulaire (2). — J'ai parlé, au chapitre précédent, d'une place et d'un autel faits par Domitien près de ce temple de la famille Flavienne (3).
Sur TEsquilin (place Victor-Emmanuel) existent encore les ruines d*un château d'eau antique, ruines qualifiées sans raison de trophées de Marins (4). La maçonnerie de cet édifice semble d'une époque assez basse ; mais il était orné de deux trophées que Sizte-Quint fit transporter sur la balustrade du Capitole , au sommet de Tescalier qui mène à la place : on les y voit aujourd'hui (5). Sous l'un des deux fut trouvée l'inscription suivante : Imp{eratoris) Dom{itiani) Aug{usti) Ger{manici) per Cre[scentem?] lib{ertum){&). Ces sculptures faisaient-elles partie delà décoration d'un château d'eau construit par Domitien et restauré dans la suite (7)? Ou furent-elles transporlées là, d'un édifice construit par cet empereur en souvenir de ses prétendues victoires ? Il est difficile de le dire. A en juger d'après leur style , elles semblent d'une époque postérieure à Domitien (8).
Le grand cii'que qui, sous Vespasien, avait déjà deux cent cinquante mille places (9), semble avoir été en partie modifié à la suite d'un incendie (10). Gomme Domitien ajouta deux factions
(1) Hûlsen, Rômische Mittheilungen^ VI, 1891, p. 120. — 1\ n'j a donc pas lieu de tenir compte de la découverte d'une tête colossale de Vespasien, faite en 1873, dans les fondations du ministère des finances {Bullettino comunale , 1873 , p. 229), pour déterminer l'emplacement du temple de la famille Flavienne.
(2) Flaminio Vacca, Memorie^ n* 38, dans Fea, Miscellanea , 1, p. Lxxn. ^ Voir p. 7d.
(4) Voir, à ce sujet, Lancianf , Atii deW Accademia dei Linceiy série III, t. IV, p. 383 et suiv.; Jordan, Topographie , I, partie i, p. 478; Ganina, Edifiij di Roma antica, pi. ccxxxiv, ccxxxv.
(5) Reproduction dans Righetti, Descrizione del museo Capitolino^ II, pi. 387.
(6) D'après Cittadini. Voir Bruzza, Annali delV Instituto, XLII, 1870, p. 111 ; Jordan, p. 479, n. 103. On ne sait malheureusement pas si cette inscription était en rapport direct avec le trophée.
(7) Ce monument est représenté sur des monnaies d'Alexandre Sévère. Voir Ch. Lenormant, Revue numismatique ^ 1842, p. 332, pi. xvi et xvii ; Donaldson, Architeclura numtsmafica, p. 270 et suiv.; Petersen, Rômische Mittheilungen, II, 1887, p. 295.
(8) Winckelmann {Storia délie arli del disegno, traduction Fea, 1783, II, p. 367) les attribue cependant à l'époque de Domitien.
(9) Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XXXVI, 102.
(10) Suétone, Domitien^ 5. Voir Becker, Topographie, p. 667.
116 ESSAI SUR LE RÈGNE DE l'bMPBRBUR DOIATIEN.
aux quatre qui eziataient auparavant (1), il fut nécessaire d'établir douze portes pour les chars, au lieu de huit. Ce prince semble avoir fait aussi construire une loge impériale ; Pline loue Trajan de l'avoir supprimée (2). Enfin ^ le nombre des places fut peut-être augmenté. Ces travaux furent achevés sous Trajan (3).
Sur la rive droite du Tibre, Domitien creusa un vaste bassin pour les naumachies, bassin qui fut détruit peu de temps après (4).
Nous ignorons le lieu où furent élevés d'autres édifices de Domitien , les deux temples de Junon (5), les Semptem Atria (6),
Un si grand nombre de Jani^ d'arcs de triomphe, commémorant les guerres de Domitien , furent construits dans Rome, qu'un jour une main inconnue écrivit sur l'un d'eux : àpxtT (c*est assez) (7). Une médaille de Tannée 85 nous montre une porte triomphale à deux arches, richement décorée de reliefs et surmontée de deux quadriges d'éléphants, conduits chacun par une figure de l'empereur (8). Nous avons déjà vu que Martial décrit un monument semblable élevé près la porte triomphale à la suite
'(1) Voir plus loin, p. 121.
(2) Pline le Jeune, Panég., 51.
(3) Dion, LXVIII, 7. Pausanias, V, 12, 6. Cohen, Trajan, 545. ^ On se servit pour les travaux en question des pierres de la naumachie construite par Domitien (Suétone, Dominent 5).
(4) Suétone, Domitien , 4 : « Edidit navales pugnas paene justarum dassium, effosso et circumstructo juxta Tiberim lacu. » Cf. 5. Dion Cassius, LXVII , 8 : a èv xaivû xivi x<^P^ vouiiax^av èiceiéXcas » (à la suite du double triomphe sur les Daces et les Cattes). Stace, Silves, IV, 4, 5 :
Continno dextras flavi pete Tybridis oras Lydia qua penitoa atagnom naTale coeroet.
Mais il s'agit peut- être dans ce passage du bassin creusé par Auguste pour les naumachies. ^ Le bassin de Domitien ayant été détruit quelque temps après, on ne doit pas en chercher la mention dans le Curiosum et la Notitia,
(5) MarUal, IX, 3, 9 :
Qaid pro calminibaa geminia matrona TonanUa ?
Peut-être un de ces deux temples est-il celui qui s'élevait à l'intérieur du portique d'Octavie, brûlé en 80. Voir Jordan, Forma, p. 33.
(6) Chronique urbaine. — C'étaient vraisemblablement diverses constructions destinées à un usage public, greniers, bains, etc., ou bien un seul édifice divisé en plusieurs corps de bâtiment. Voir Jordan, Forma, p. 29.
(7) Suétone, Domitien, 13. Cf. Pline, Panég., 54.
(8) Donaldson, Architectura numismatica, p. 223 et suiv., n* 57. Cohen, Domitien, 530. Cf. Cohen, 531 [monnaie semblable avec co{n)8(ul) XV U^ 95-96], et Cohen, 672 [avec co{n)8(ul) XV =s 90-91].
ROME SOUS DOMITIBN 117
de l'expédition suévo-sarmate, en 93 (1). Après le meurtre de Domitien^ la plupart de ces arcs furent renversés (2).
Domitien s'occupa aussi du bien-être de la population de Rome. De nouveaux greniers publics furent bâtis (3). Les aqueducs furent entretenus avec soin. On a conservé une inscription de 88 (4) dans laquelle un entrepreneur de constructions remercie la Bonne Déesse de l'avoir aidé par sa bienveillance à terminer les travaux de la conduite souterraine d'un bras de Taqueduc Glaudien, travaux faits sur l'ordre de Tempereur. La porte Capëne, au-dessus de laquelle passait une conduite d'eau (5), fut restaurée (6). Nous avons vu que ce fut probablement sous Domitien que l'eau de Vaqua Claudia fut amenée au Palatin (7). Dans le camp des prétoriens ^ on a retrouvé plusieurs tuyaux de plomb portant le nom de Domitien (8). D'une manière générale, ce nom est un des plus fréquents sur les tuyaux qui ont été retrouvés (9). Le curator aqtuirum était, sous ce règne , Acilius Aviola, prédécesseur du célèbre Frontin (10),
En 92, un édit ordonna Tenlèvement de toutes les boutiques et échoppes en bois qui, placées devant les maisons , rétrécissaient les rues et causaient des incendies (11).
(1) Voir plus haut, p. 113.
(2) Dion Cassias, LXVIII, 1.
(3) Chronique urbaine : c Horrea piperateria, ubi modo est basilica Gonstantiniana, et horrea Vospasiani. » Les horrea piper&teria doivent être identifiés à ceux dont parle Dion Cassius (LXXII , 24) : a Le feu prit la nuit dans une maison, gagna le temple de la Paix, et dévora Ventrepôt des mar^ chandisea d'Egypte et d'Arabie, puis, continuant de s'élever, atteignit le Palatin. » Quant aux horrea Vespasiani^ on ignore leur position.