Introduction de la Germanie, etc. Bd. Charpentier, p
CSeiiolgections, j*ose le dire, ne me paraissent point péremptoireB. €harlemagne rencontra les mêmes difficultés et en triomj^a. Les Romains ne pouvaient-ils s'arrêter, conmielui, à la liante de l'Elbe? D'ailleurs l'incorporation que, suivant nous, les Antonins devaient poursuivre, ne pouvait pas être, au début du moins, ceUe de la Grermanie du Nord. Conquérir cette masse énorme par une attaque latérale conune l'essayèrent Drusus et Germanicus, était une œuvre impossible. De ce côté il fallait simplement consolider, au point de vue défensif, les premiers établissements militaires de ces hardis capitaines, et cette consolidation, nous l'avons vu, fat accomplie par Trajan. ftfais du côté du Danube, Rome avait bien plus facilement prise sur les barbares. Là, il lui restait seulement à annexer la Moravie et la Hongrie, c'est-à-dire une superficie égale à celle des pays que Tibère et Trajan avaient réduits en province. Et la romanisation déjà profonde de la Pannonie et de la Dacie facilitait considérablement l'assujettissement des pays voisins. A la poursuite des Marcomans, les légions étaient amenées jusque dans la j^obême : tout cela ne demandait que deux ou trois guerres, moins terribles ^ moins longues, à coup sûr, que les deux expéditions dirigées par Trajan eontre un homme de guerre aussi habile que Décébale.
Par ce &it seul de l'instaUation romaine dans le bassin du Dftnnbe, les populations nomades de la Germanie septentrionale auraient adopté l'existence i^entaire avant l'époque où leur propre évolution les y amena. Parmi les nombreuses peulilactes qui s'y livraient des guerres incessantes, quelques-unes auraient pris le dessus, anéanti les plus faibles S et cet espace immense aurait été enfin habité par de vraies nations établies sur déS territoires appropriés et délimités. L'élément turbulent de la sociétèbarbare, la bande aurait cherché dans les pays slaves ou dans l'extrême nord la satisfaction de ses goûts de piUage et de S60 besoins d'activité désordonnée; la tribu^ aurait possédé et exploité tranquillement le sol. Et alors Rome pouvait faire pénétrer sa civilisation plus avancée et plus douce chez ces peuples à demi policés, ou même les conquérir en trouvant chez quelquesuns d'entre eux des auxiliaires de sa politique, en s'y créant des clients tels qu'avaient été en Gaule les Rhèmes et les Eduens au
1. Cf. la destruction des Bructôres par d*autre8 peuples Germains, au commencement du deuxième siècle. Tacit. Germ,, 33.
2. Pour la différence entre la bande et la irihu, V. Ouizot, CMiisatUm en France, tom. I**, 8* leçon, p. ^5, éd. 1846. *>
temps de Jules César, la province romaine du Danube devenant à regard de la Germanie ce que fut la Narbonnaise vis-à-vis de la Gaule chevelue.
Le christianisme aurait complété et cimenté, sans gaerre et sans violence, l'ouvre de Rome. Quand les Huns envahirent au cinquième siècle la partie occidentale de notre continent, ils n'auraient pu, malgré leur férocité et leur nombre, désagr^er ce groupe compacte de nations disciplinées à l'école de Rome, et animées de son esprit : l'effort de ces bordes se serait brisé sur l'Elbe au lieu de promener la dévastation et la mort dans toute l'Europe, et la civilisation aurait tranquillement suivi le cours marque que troublèrent les invasions germaines et mongoles, et qu'il a Callu reprendre laborieusement, après plusieurs siècles, pour nous relier au monde ancien.
§ 6. — Les Roumains,
Avant d'abandonner les questions relatives à la Dacie, disons quelques mots du lien qui rattache les Roumains aux colons de Trajan. Les historiens latins disent formellement qu'après les guerres malheureuses de Gallien, Aurélien ne croyant plus pouvoir assurer aux Romains établis sur la rive gauche du Danube une protection sufSsante, ramena les soldats et les colons sur la rive droite de Mésie où il leur procura des établissements ^ constitua une nouvelle province portant le même nom que celle qu'il abandonnait aux Goths^ Mais cette émigration totale est contestée par plusieurs historiens et surtout par les écrivains roumains*. D'après ceux-ci, un grand nombre des colons refusé» rent d'abandonner leur patrie. Selon d'autres auteurs*, la partie
1. Vopisc. Aurelian, 39 : Quum vastatum Illyricum ac Maesiam 'deperditam videret, provinciam trans Oanubium Daciam, a Trsyano constitatam, Bublato exercitu et provincialibus reliquit, desperans eam posée retineri, abductosque ex ea populos in Moesia collocavit, appellavitque novam Oaciam, quae nunc duas Moesias dividit. Cf. Eu trop., IX, 15. Sext. Ruf. Breviar. 7.
2. Mich. Kogàlnïichimy Histoire de la Valachie et de la Moldavie, tom.I% p. 11. c La plus grande partie des Romains, qui depuis près de deux c cents ans habitaient la Dacie, n'ont pas quitté le pays à cette époque.» Cf. Bd. Vaillant, La Roumanie, l, pp. 41, 52. Gibbon (chap. xi) avait déjà émis cette opinion.
3. Ed. Quinet, Revue des Deux-Mondes, 1856, tom. I*', p. 391. Il faut reconnaître que cette dernière manière de voir s'appuie sur les traditions locales (V. Nicolas Gostin, analysé par Hase. Notices et extraits des manu-
la plus brave de la population aurait cherché un asile dans les Carpathes, et, derrière ce retranchement inexpugnable, amassé lentement la force nécessaire pour déposséder ses envahisseurs, et remettre la main sur les pays que Trajan avait réunis à l'empire et que les Roumains habitent aujourd'hui. Ces derniers seraient donc les descendants directs et les héritiers des colons romains.
L'exemple célèbre de Pelage et de ses compagnons retirés dans les montagnes des Asturies, le succès des sorties faites de cette forteresse contre les Arabes, donnent quelque vraisemblance à l'opinion répandue en Roumanie. Cependant elle a été attaquée par M. Roesler au moyen de considérations qui me paraissent difiSciles à réfuter*. Si, pendant le moyen âge, les colons latins n'avaient point cessé d'occuper, totalement ou partiellement, la Dacie Trajane, on trouverait dans la langue roumaine (dont la grammaire est restée latine, mais dont le vocabulaire a dû accueiUir un grand nombre de mots étrangers), on trouverait, dis-je, quelques traces des idiomes propres aux envahisseurs du f§LjSy Goths, Huns, Gépides (autre branche des Goths), Avares, Bulgares, Hongrois, Petchénègues, Cumans^. Il n'en est rien : rélément germanique y est insignifiant, et son introduction, toute récente, s'est faite par la Transylvanie et par l'Autriche^. Les mots turcs n'y sont entrés également que très-tard : ils appartiennent au dialecte osmanli, mélange de turc, de persan et d'arabe, qui ne date que des invasions du xv® siècle, et non au dialecte cumanique, plus ancien et plus pur, dont se servaient les Petchénègues, Uses et Cumans si longtemps maîtres de la Valachie^. Les idiomes touraniens n'ont pas apporté non plus leur contingent dans le Valaque. Au contraire, la partie non latine du vocabulaire est empruntée aux langues qui, jusqu'au xin* siècle, ne furent parlées qu'au sud du Danube : albanaise, bulgare et grecque 5. Ce fait, joint à la profession de la religion grecque par les Roumains et à leur dépendance de l'église de Constantinople, fait supposer à M. Roesler que les colons de la
serits, XI, p. 305. — Neigebaur, Beschreibung der Moldau und Walachei, p. 73).