Suét., Calig,, 16. V. dans les inscriptions, passim
devant le Sénat* qui se rendit maître absolu des procédures et de la peine. Tous les abus, tous les entraînements que favorise la mise de la justice dans les mains d'un corps politique ne tardèrent pas à se faire sentir, et le règne de Trajan, comme nous Talions voir, en fournit plus d'une preuve.
En dehors des envoyés de la province, des sénateurs seuls prenaient la parole dans ces affaires. Le Sénat désignait ceux de ses membres qui soutiendraient l'accusation, et ceux qui défendraient l'accusé et ses complices : dans ce choix, on se conformait généralement aux désirs exprimés par les parties.
Le renvoi, devant les juges ordinaires, du gouverneur accusé exposait celui-ci à des restitutions pécuniaires et à la perte de ses dignités. C'est ici que le Sénat usait de son pouvoir discrétionnaire pour adoucir ou pour aggraver la peine*. Ainsi Julius Bassus, n'ayant donné et reçu que des présents peu considérables, parut plus imprudent que coupable. Le Sénat décida que l'accusé conserverait son rang, quelle que fût la décision des juges devant lesquels il le renvoyait^. D'autres fois, la déchéance n'était que partielle : ainsi Hostilius Firminus, légat de Marins Priscus, ne fut pas exclu du Sénat, mais seulement privé de prendre part au tirage au sort des gouvernements. Pline relève avec vivacité ce qu'il y avait de contraire au bon sens et à l'équité dans cette demi-mesure : « Que peut-on imaginer de plus bizarre et de plus indécent que de voir siéger au Sénat un homme que le Sénat a flétri, de le voir au niveau de ses propres juges? de le voir, exclu du proconsulat pour cause de prévarication dans ses fonctions de légat, juger lui-même des proconsuls? de voir enfin un homme, condamné pour un crime honteux, condamner ou absoudre les autres^ ? »
Un épisode du procès de Classions offre un exemple révoltant d'arbitraire et de partialité. Au nombre des complices poursuivis* était Casta, la femme du proconsul. L'accusation, néanmoins,
1. Dion, Ll,2l. Sur cette question et les développements qu'elle comporte, voir Laboulaye, ouv. cit. pp. 4t3-428, 43S-444.
2. Pline, Ep,, rv, 9. Gaepio quum putaret licere Senatui, sicut licet, et mitigare leges et intendere...
3. Julius Bassus fut même consul suffect en 105. Les actes de son gouvernement furent cassés {ad Traj., 56, 57).
4. Ep., 1, 12. Il supporte plus patiemment Finconséquence dont profita son client Bassus, mais il convient qu'elle causa beaucoup de mécontentement dans le Sénat et dans Rome (£>. lY, 9). Le Sénat abusait un peu de la liberté que lui laissait Trajan.