Cf. Tacit., Ann., XIII, 39 (campagne de Gorbulon
des réquisitions, surtout en chevaux et en fourrages, fut faite probablement dans ces contrées mêmes, d'après des arrangements conclus entre Trajan et les petits rois qu'il avait rendus ses tributaires.
L'empereur, continuant sa marche vers le nord, arriva à Elegia^ où sans doute il rallia une partie de ses forces*. Là, PSirthamasirus obtint enfin l'entrevue qu'il avait si instamment sollicitée. Il vint plier le genou devant l'empereur assis sur un suggesttiSy dans tout l'appareil de sa puissance^, au milieu des troupes sous les armes. U voulait demander l'investiture, et se conformait au cérémonial accoutumé, mais les soldats prirent cette humble posture pour un acte de recours en grâce et un témoignage de repentir : persuadés que l'Arsacide renonçait à son royaume sans avoir livré une seule bataille, ils ne purent contenir leur joie et ils acclamèrent Trajan comme imperator.
Parthamasirus, effrayé des cris poussés de toutes parts, crut sa vie en danger et se retira précipitamment. Mais des soldats le poursuivirent, se saisirent de lui, et le ramenèrent près de l'empereur, sans lui épargner les mauvais traitements ni les
1. Auj. Ilidjab, à trois lieues d*Brzeroum et à cinq journées de Satala (JBrz Ingbian), Jaubert, 1. c. U ne faut pas confondre cette localité avec un autre Ilidjab, à 15 lieues S. de Maden, située au coude de l'Eupbrate, prés du défilé de Nucbar. Jaubert, ibid. Celle-ci se nommait également Blegia dans l'antiquité. Pline, Hitt, naL, \, 20. La route suivie par Trajan est la plus directe pour se rendre de Syrie en Arménie, comme en témoigne Tacite, racontant la marcbe de Gorbulon quand il alla au secours de Gaesennius Paetus : f qua proximum et commeatibus non egenum, regionem Comagenam, exin Gappadociam, inde Armenios petivit (Annal. XV, 12). Dans les fk-agments des IlapOixd on lit : ISkéyiia, XMpCov irépov EOfpàTov. 'Appiovic iv IlapOtxbW t)'. (Huiler, Fraçm. Hist. Gr, III, p. 587 et suiv.). Le récit de Texpédition de Trajan comprenait donc les livres VIU-XVU des Parthica,
2. Voici comment Kinneir, Vogage dans l'Asie Mineure, en Arménie^ etc. tr. par Perrin, 1818, apprécie au point de vue militaire la topographie de cette localité : c Dans le cas où une puissance européenne entreprenf drait une invasion en Perse ou dans Tlnde, il n'y aurait aucun point, f à TE. de Gonstantinople, plus favorable qu'Erzeroum à servir de lieu c de rassemblement pour de grandes forces. Les chevaux et le bétail y f sont en abondance et à bon compte. Le fourrage s'y trouve partout c au printemps et en été, et il est facile de rassembler des provinces f voisines une quantité considérable de blé. Les routes sont excellentes 1 en ces deux saisons, etc. » Cité par Letronne, Journal dês Savants, 1819» p. 143.
3. La scène est représentée sur une belle médaille d'or, A la légende RBL PARTHVS. (Cohen*, n* 376.)
— 4fiê —
insultes. Le malheureux, ne comprenant rien à ce qui se passait, attendait toujours le moment de £aire hommage à Trajan : s'imaginant que la cérémonie pourrait avoir lieu, sans être troublée, dans la tente impériale, il y pénétra. Au bout d'uû instant on l'en vit sortir, et l'empereur reprendre sa place sur son suggestus. D'une voix impérieuse et brève, il ordonna à l'Arménien de s'expliquer devant tous, afin quejamais les paroles qu'ils allaient échanger ne pussent être dénaturées. Les troupes, silencieuses cette fois, se pressaient autour d'eux : Partha* masirus sentit qu'il était perdu. En cet extr^e danger, ni sa sincérité, ni sa noblesse ne l'abandonnèrent. Il dit, aussi haut qu'on l'exigeait, et avec autant de simplicité que s'il eût parlé à Trajan dans le tête-à-tête ou en présence de son conseil, que la souveraineté d'Arménie lui appartenait l^itimement à la seule condition de recevoir le diadème des mains de Trajan, conune Tiridate avait reçu le sien des mains de Néron*, qu'il venait se soumettre à cette investiture, que sa personne et sa liberté ne devaient soufirir aucune atteinte. Trajan fit alors connaître ses desseins, et déclara, en deux mots, que l'Arménie serait désormais une province romaine. Il permit à Parthamasirus de se retirer avec quelques cavaliers qui l'avaient accompagné, mais il leur donna une escorte chargée d'empêcher qu'ils communiquassent avec personne, et de surveiller tous leurs mouvements. A d'autres Arméniens qui avaient suivi le prince, il enjoignit de retourner chacun dans sa ville, sans aucun délai, et avec défense expresse d'en sortir.
Quelques amis fidèles attendaient-ils Parthamasirus en dehors du camp ? Les appela-t-il à son secours ? Ou bien essaya-t-il de se débarrasser, soit par la fuite, soit par une lutte désespérée, des gardes que Trajan avait placés près de lui ? On ne sait, mais ce qui n'est que trop certain, c'est qu'il fut mis à mort par son escorte. De son court règne de trois ans, on ne connaît que cette fin sanglante, qui marque tristement la nouvelle politique de Trajan et le début de ses conquêtes*.