‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 283 sur 327 · LES SCIENCES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES

L'histoire nous amène, par une transition naturelle, auxsciences dont la culture pritj vers cette époque, une certaine importance. Les loisirs de la paix, le développement de la richesse, avaient déterminé un mouvement général de curiosité, et le goût des études de toutes sortes s'était répandu dans la classe moyenne. La nécessité de mettre rapidement les esprits au courant des résultats acquis dans les différentes branches des connaissances humaines, et de classer les faits recueillis depuis tant de siècles, se &isait donc impérieusement sentir : à ce besoin répondirent de nouveaux traités élémentaires, résumés qui n'ajoutaient rien à la science, mais qui la propagèrent et qui ont servi de bases aux recherches ultérieures. Dans le naufrage deslettres antiques, quelques-uns de ces manuels, sauvés par leur petit volume, ont pris une importance hors de proportion avec leur valeur réelle, en devenant les anneaux de la chaîne qui a relié les deux grandes périodes delà civilisation et préservé d'un anéantissement total les efforts des générations anciennes. Ainsi, les cinquante premières années du deuxième siècle virent éclore, sur chaque art et sur chaque science, des traités techniques S des commentaires, des Institutiones. En même tempsles encyclopédies et les lexiques met-

1. On admet généralement que le Terentianus Maurus, auteur du De literis syllabis, etc., est celui dont parle Martial (I. 87). flèphestion, qui fut précepteur de Lucius Verus, et dont on a ub ihat^uel de métrique grecque, doit avoir vécu sous Trajan.

talent à la portée de tous, sous une forme concise, les grands faits et les noms célèbres de la littérature et de l'histoire. Dans la foule des compilateurs qui travaillaient alors, Suétone mérite une place à part, en raison du nombre et de l'importance de ses ouvrages : la liste qu'en donne Suidas témoigne d'une érudition variée et d'une activité infatigable. De ces ouvrages presque tout a péri, mais saint Jérôme et Isidore en avaient fait. heureusement passer la substance dans leurs compilations, de sorte que les fruite du travail de ce diligent explorateur de l'antiquité n'ont pas été complètement perdus , et sont venus jusqu'à nous , sans que nous sachions toujours à quel point nous lui sommes redevables. Ce goût d'érudition provoqua chez les granunairiens un redoublement d'activité *. Valerius Probus se signala entre tous par l'exactitude de ses recherches ; il donna une base solide aux études littéraires en établissant les textes authentiques des principaux auteurs latins ^. Mais la science du temps ne se borna pas à cette tâche utile et modeste ; elle visa plus haut, et créa des méthodes : Apollonius Dyscole établit les lois philosophiques de la syntaxe et tenta de donner une forme scientifique à la grammaire ^. Le livre de Quintilien précéda de si peu l'avènement de Nerva ^ qu'il se rattache véritablement à l'époque dont nous nous occupons. La différence des temps et des civilisations a rendu inutiles pour les nations modernes la plupart des préceptes développés dans ï Institution oratoire. C'est l'œuvre d'un esprit plus laborieux qu'élevé : on n'y rencontre aucune de ces vues de génie qu'un Aristote et un Cicéron jettent sur la nature de l'art et les conditions du beau. Mais une douce influence morale anime l'ouvrage d'un bout à l'autre : d'ailleurs les deux premiers livres seront toujours lus avec admiration et médités avec profit. La pédagogie, dégagée des préjugés politiques et des traditions locales qui, en Grèce, pesaient sur elle jusqu'à la fausser , apparaît ici fondée sur des vues plus larges et plus humaines, qu'avaient développées les stoïciens. Le livre de Quintilien en offre le premier traité méthodique, et par son double caractère d'universalité et d'utilité pratique, il mérite d'être rangé au nombre des plus belles productions du génie romain.

Le goût de vulgarisation que nous avons signalé se marque

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