Hermès, III, p
, 2. A la fin du Pline le Jeune édité par Keil (Leipsig, 1870), M. Mommsen a donné un excellent index historique de ces personnages. L'article de V Hermès a été traduit par M. Gh. Morel et publié dans la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes-Etudes (15* fascicule), 1873, in-8*, sous le titre d'Etude
sur Pline le Jeune.
' 3. Beitraege %u einer kritischen GescfUchte Trajan% dans Bubdimgbr :
Untersuehungen jtw rœmischen Kaisergeschichte, I, 1868, p. 3-219.
L'étude que j'avais poursuivie m'amenait presque partout aux mêmes conclusions et me donne le droit de recommander son ouvrage comme la base indispensable de tous les travaux ultérieurs sur Trajan. Cet ouvrage , d'ailleurs , ne laisse rien à désirer, dans l'état actuel de nos connaissances, pour tout ce qui concerne la chronologie et l'histoire des guerres. Si M. Dierauer avait embrassé dans ses recherches la politique intérieure de Trajan et le tableau de la littérature et de la société à cette époque, j'aurais dû renoncer à publier cet Essai.
Malgré mes efforts pour rendre aussi complet que possible cet exposé d'un grand règne, on y trouvera bien des lacunes, imputables au hasard, qui ne nous livre qu'avec lenteur, et capricieusement , les monuments propres à éclairer une histoire aussi maltraitée par le temps. Ces lacunes, aussi bien que les digressions et dissertations nécessaires sur beaucoup de points de détail rendront, je le crains, assez fatigante la lecture d'un livre auquel manquera l'agrément du style. La difficulté d'éviter le morcellement dans une histoire de Trajan semble dater de loin. Pline, envoyant son Panégyrique à un ami , appelle son attention sur l'art avec lequel il a su opérer les transitions ^ Or, en examinant ces transitions qui ont tant coûté à leur auteur , nous jugerons qu'il a médiocrement réussi à donner à son œuvre l'unité désirable*. Je n'ai pas renouvelé une tentative dans laquelle Pline avait échoué à demi : au contraire, j'ai multiplié les subdivisions et les chapitres, quelqu'inégale que dût être leur étendue, afin de rendre les recherches sur un point donné plus faciles, et pour qu'on trouvât au moins ici un répertoire commode à cotisulter.
Au surplus, la vie d'un prince que Tacite et Pline ont aimé, qui reçut de ses sujets le beau nom à'Optimus, qui a laissé une réputation légendaire de gloire, de bienveillance et de justice, et sous le règne duquel les lettres latines ont jeté leur dernier éclat, éveille une curiosité et une sympathie légitimes , et l'on peut espérer qu'elle plaira, de quelque façon qu'elle soit écrite. Mais indépendamment de cet attrait propre au sujet, elle offre, ce me
1. Bp. m, 13 : f atqueutinam ordo saltem,et transUus, et figurae simul spectarentur.i
2. Paneg. 18 : aliud exalio mihi occurrit.. 28 : alio me vocat numerosa gloria tua... 76 : operae pretium est referre...
semble, un intérêt plus général, comme faisant partie intégrante d'une histoire plus étendue et encore mal connue, celle du deuxième siècle de notre ère. Cette époque, peu étudiée jusqu'ici à cause de la rareté des textes , et dont le tableau ne pourra être entrepris que lorsqu'on possédera un nombre suffisant de monographies consacrées aux hommes célèbres et aux institutions de cette période*, cette époque, dis-je, est celle d'une des révolutions les plus considérables de l'histoire du monde, caractérisée par quatre grands faits.
1° Le premier est la formation de la société européenne. Jusqu'alors , les diverses nations qui la composent avaient eu leur histoire à part, aussi bien que leurs intérêts. Subjuguées par Rome, elles ne connurent d'abord d'autres relations mutuelles que le lien de Tassujétissement commun. Pendant le premier siècle de notre ère, à la faveur de la paix romaine, l'existence matérielle des peuples devint plus abondante , plus facile et plus sûre ; les relations des hommes entre eux, plus régulières et plus étroites, se subordonnèrent à des principes plus généraux et plus équitables. Les religions , les langues et les coutumes indigènes disparurent par l'effet du temps et sous l'influence prolongée d'une civilisation supérieure. De Ik, entre l'Italie, la Gaule et l'Espagne, une certaine communauté d'intérêts, d'idées et d'habitudes , une analogie dans l'existence nationale , qui devaient , malgré d'assez grandes inégalités dans la culture morale de ces pays, imprimer à leur développement une même direction. Depuis lors, en efiet, ces nations ont constitué un seul et même système politique , dont les grandes lignes n'ont jamais été brisées. Les modifications survenues dans le régime de l'Europe ont affecté toutes les parties de ce système, tous les progrès leur ont été communs, et de nouveaux peuples ne sont entrés dans le concert européen qu'en se faisant une place dans le groupe romain, agrandi mais non défiguré par leur accession. Or, ce groupe se constitua très-solidement au deuxième siècle, car dans l'anarchie du siècle suivant l'empire eût certainement sombré si les compétitions des chefs d'armées avaient été appuyées ou favorisées par de sérieuses revendications nationales.
1. Le recueil de M. Buedinger, dont nous avons parlé, est destiné à publier des monographies de ce genre. Trois volumes en ont paru.
2® Dans la même période, Rome achève d'élaborer ses institutions juridiques. Ce grand résultat , auquel aboutit l'histoire intérieure de la cité, qui domine et explique cette histoire, n'est pleinement obtenu qu'à la mort d'Alexandre Sévère, mais tout le deuxième siècle est animé par les efforts des jurisconsultes qui, à Tenvi, règlent et perfectionnent le puissant instrument de civilisation que léguera Rome aux nations qu'elle a vaincues.
3* Les sciences prennent une forme qui va rester longtemps définitive. L'esprit d'investigation est éteint; la curiosité même n'est plus aussi éveUlée que chez Senèque et chez Pline; mais on résume les faits acquis , on les coordonne par des théories générales. Du temps des Antonins datent les ouvrages que traduiront les Arabes et qui marqueront jusqu'au seizième siècle la borne du savoir humain.
4* Enfin, l'Eglise a jeté les bases de sa puissance future, nonsèulement par la lointaine et courageuse propagation de la parole du Christ, par l'éloquente et habile polémique des premiers Pères contre les premiers hérésiarques, mais, ce qui fut décisif, par rétablissement de sa hiérarchie ecclésiastique, si propre à consolider les conquêtes successives de la nouvelle religion , et en même temps à assurer l'universalité et la pureté de la foi *.
Tels sont les grands résultats acquis à la civilisation au moment où se ferme le siècle des Antonins; sous Trajan, au commencement de ce siècle, ils commençaient à se dessiner, et nous chercherons à les mettre en lumière, dans les pages qui vont suivre, sans perdre de vue notre sujet principal, déjà suflSsanmient vaste.
1. De Broglie, VEglise et l'empire romain au iv* siècle, l'* partie, I, 440 : c Après saint Irénée, l'Eglise est définitivement constituée. H n'est plus besoin de rassembler des textes et de chercher des preuves; elle marche, elle agit; on voit son action, on entend son langage dans toute Tbistoire, même civile. >
Merivale, Romans under ihe Empire, VII, p. 401 : i Meagre as are the remains of Christian littérature of the second century, they tend to confirm our assurance that the scriptures of the new Dispensation were known and recognised as divine at that early period, and that the Gburcb of Christ, the future mistress of the world, vvas already become a great social fact, an empire vvithin the empire, i