Victor, Epit
les prétoriens/furent mis à mort après avoir subi les plus indignes traitements et les derniers outrages *.
Une guerre civile, aussi terrible que celle qui avait ensanglanté Rome après la mort de Néron, paraissait imminente. Comme en 68, le chef de Tétat était un vieillard* sans autorité sur les soldats. Nerva comprit qu'il ne sauverait le pouvoir suprême que lui avaient remis les Romains qu'en le partageant avec un homme plus jeune, plus actif, aimé à la fois du sénat, du peuple et de Tarmée. Tel avait été aussi le dessein de Galba quand il adopta Pison et l'associa à l'empire; mais, plus heureux que ce prince éphémère, Nerva vit le calme renaître aussitôt que l'adoption de Trajan fut connue.
C'est qu'elle avait lieu dans des conditions beaucoup moins défavorables. En 69, les armées étaient soulevées dans les différentes parties du monde romain : aujourd'hui , tout était tranquille. Les légions de Syrie n'avaient inspiré qu'une crainte passagère^; celles du Danube, émues à la mort de Domitien , s'étaient calmées à la voix du philosophe Dion Chrysostôme réfugié dans leurs lointains cantonnements**. Les troupes du Rhin étaient restées dans le devoir, maintenues par leurs dignes chefs Spurinna et Trajan ^. D'autre part, l'adoption d'un jeune homme par Galba était attendue, et, pour ainsi dire, escomptée^ : Othon, Pison, espéraient être choisis, et chacun de ces prétendants avait derrière lui , dans Rome même, un parti armé. Au contraire , la résolution de Nerva était imprévue , et aucun rival de Trajan n'était préparé à y mettre obstacle. Enfin Galba , timoré à l'excès, agit avec une sorte de mystère. La mesure fut prise dans le palais, discutée avec quelques conseillers intimes, et on fut bien embarrassé au moment de la révéler au public ''. Nerva , plus honnête à la fois et plus habile , ne fit rien qu'au
1. Victor. Epit. 12 Cet auteur dit môme que les meurtriers forcèrent Nerva à les remercier devant le peuple de ravoir débarrassé des plus méchants des hommes.
2. Nerva était né en 32, puisqu'à sa mort, en 98, il avait 66 ans (Dion^ LXVllI, 4). Merivale (VII, 197) pense que Tâge avancé de Nerva détermina le choix que firent de lui les sénateurs, qui comptaient rester les maîtres du pouvoir et profiter bientôt d'une nouvelle vacance du trône.