Tacit., Hist,, i
grand jour, et par là mit sous la garantie du peuple l'acte solennel accompli en sa présence.
On apportait de Pannonie la nouvelle d'un succès militaire S et Nerva devait déposer sur les genoux de la statue de Jupiter Capitolin les lauriers entourant la lettre que lui adressait le général victorieux *. La cérémonie avait attiré un grand concours de peuple sur le Forum. Quand elle fut terminée, l'empereur annonça qu'il adoptait Trajan, et qu'il l'associait à l'empire.
n y a ici un acte civil et un acte politique. L'adoption est d'ordre purement civil : toutefois , le caractère de l'adoptant permit d'introduire quelques modifications dans les formalités qui la précédaient et la constituaient. On sait que les Romains distinguaient deux espèces d'adoption, Tune faite imperio magistratus, YsLuireauctoritatepopuli. La première s'appliquait aux personnes encore placées sous l'autorité paternelle. Leur père les cédait en droit {in jure cessio), par une vente simulée, à l'adoptant. C'est ainsi qu'Auguste adopta ses petits-fils, Caius et Lucius César, du vivant de leur père Agrippa^. La deuxième sorte d'adoption, nommée anssi adrogatio, était employée quand il s'agissait défaire entrer dans une nouvelle famille une personne sui juris. Elle avait lieu par le ministère du grand pontife, dans les comices par curies, et eUe était sanctionnée par une loi curiate. Tel est le mode suivant lequel Tibère et Agrippa Posthume entrèrent dans la famille Julia , et Néron dans la famille Claudia^.
Galba essaya une innovation dans les adoptions impériales. Il adopta Pison sans se préoccuper des formes légales, et n'annonça même pas au peuple, mais seulement au sénat et à l'armée, ce qu'il avait fait '^. Ainsi que nous l'avons dit, ce mépris des formes
1. Remporté sur les Suèves, ce qui valut à Nerva le surnom de GermaBicus. Henzen, n** 5439 et Mommsen, Etude, etc., p. 91.
2. Pline, Pan^gf., ô. Sur les litterae laureatae, voy. Dion, XLIV,25. Pline, EUL Nat, XV, 40.
3. Suét, Oct,, 64 : c Gaium et Lucium adoptavit domi per assem et libram, emptOB a pâtre Agrippa. >
4. Suét, OcL, 65 : c Nepotcm Agrippam, simulque privignum Tiberium adoptavit in foro lege curiata. » Tacite, Ann,, XII, 25 : c Rogata lex qua in familiam Glaudiam et nomen Neronis transiret. »
5. Tacite, Hist, 1, 18. Tacite prête à Galba un discours en contradiction complète avec ce que nous savons des adoptions faites par Auguste. Ibid., I, 15 : t Si te (Pisonem) privatus, lege curiata apud pontifices, ut moris est, adoptarem... nunc me, deorum hominumque consensu ad imperium vocatum praeclara indoles tua et amor patriae impulit ut principatum offeram, exemple divi Augusti, qui sororis filium Marcel*
choqua les Romains et contribua sans doute à la chute de Galba. Au contraire, Nerva, grand pontife, annonçant l'adoption au peuple sur le forum , prononçait une adrogation régulière , sauf l'absence de l'adopté *. Depuis longtemps , les trente curies étaient représentées, pour le vote des lois curiates, par trente licteurs* qu'il avait été facile de convoquer pour donner inunédiatement force de loi à l'adoption projetée. Elle était donc imprévue, mais parfaitement légale ^.
Quant à l'association de Trajan à l'empire, c'est un acte politique, ou plutôt une série d'actes politiques pour lesquels le vote du sénat fut nécessaire. Déclaré en même temps fils du prince et César, puis imperator et associé à la puissance tribunitienne, Trajan , dit Pline *, reçut dès le premier moment ce qu'un père véritable n'avait donné naguère qu'à l'un de ses enfants.
U s'agit évidemment de Titus, associé à l'empire par Vespasien dès l'an 71 . Plusieurs inscriptions nous ont appris quelles furent les conditions de cette association, et Titus y porte précisément les titres que Pline attribue à Trajan ^ Trois sénatus-consultes furent nécessaires pour les lui conférer, car aucun de ces titres n'appartenait, ipso facto, au fils de l'empereur. Ainsi les fils de Marc Aurèle, Commode né en 161, et Annius Verus né en 163,
Jum, dein generum Agrippam^ mox nepotes suos, postremo Tiberium Neronem privignum in proximo sibi fastigio allocavit. Cf. l, \S : € apud frequentem niilitum concionem, adoptari a se Pisonem, more divi Âugusti et exemple militari quo vir virum legeret, pronunciat. > Auguste ne fit rien d*au8si contraire aux lois. Sa prudence bien connue ne permettrait pas de le croire, quand même le témoignage de Suétone nous manquerait. Ajoutons que Marcellus et Agrippa, mis ici sur la même ligne que Gaius, Lucius et Tibère, furent associés à la puissance tribunitienne, mais non adoptés.
1. On lui demandait s'il consentait à entrer dans une nouvelle famille : c Is qui adoptatur rogatur an id fieri patiatur. » Gains Comment. , 1, 99. Cf. Cic, pro dom.,^. Le peuple était également consulté. C'est seulement à partir de Diociétien que Tadrogation se fit par un simple rescrit impérial (Cod. Inst., VIII, 48 (de adoption.), 1. 2. et 1. 6).
1. Cic. Agrar., II, \1. Sur les formes de l'adrogation, voy. aussi Aul. GeUe, N. AU. V, 19.
3. Nerva, en déclarant qu'il adoptait Trajan, ^outa qu'il le faisait autant dans l'intérêt du sénat et du peuple que dans le sien propre (Dion, LXVIII, 3). Auguste, suivant Velleius Paterculus (II, 104), dit la même chose en adoptant Tibère.