CHAPITRE II
TRAJAN SEUL EMPEREUR. — PAaFIGATION DE LA GERMANIE.
Nous ne trouvons, dans les historiens, que des renseignements très-brefis et très-vagues sur l'organisation militaire qu'il établit dans les Germanies*. Toutefois, en s'aidant des autres sources historiques, on se fait une idée du plan qu'il s'était formé et dont il assura l'heureuse exécution *. Le rôle de Rome, vis-à-vis de la Germanie septentrionale, n'était plus alors et ne pouvait être désormais que défensif . Si , sous le règne d'Auguste, les succès rapides de Drusus et de Tibère purent faire espérer d'abord un agrandissement de territoire, la bataille de Teutoburg prouva bientôt que les Germains pouvaient être effrayés , battus même , mais jamais domptés ni conquis. Le seul but auquel les empereurs pussent viser était donc de ne pas laisser la Gaule en contact immédiat avec les barbares, et de rendre le Rhin infranchissable aux envahisseurs.
Le cours supérieur du fleuve était protégé par les villes for^ tifiées de Vindonissa (Windisch) et d'Augusta Rauracorum (Augst) qui suffisaient pour préserver de toute invasion le pays difficile que traversent les Alpes de Constance.
Le coude du Rhin , et son cours jusqu'à Mayence , étaient
1. Butrope, VIII, 2 : « Urbes trans Rhenum in Germania reparavit. » Orose, VII, 12 : ( Germaniam trans Rhenum in pristinum statum reduxit. •
2. On peut lire sur ce sujet un opuscule intéressant de M. Brambacb. Trajan am Rhein, Elberfeld, 1866, in-8*.
défendus par la Forêt-Noire, à peine percée alors, et qui couvrait un pays dont la pauvreté en avait écarté les Germains euxmêmes. Quelques colons gaulois l'occupaient , et Rome avait permis leur établissement à charge d'une redevance égale au dixième des produits de la culture. C'étaient lesagridecumani,
A partir de Mayence, on trouvait sur la rive droite des populations braves et remuantes, accumulées sur un étroit espace qu'elles se disputaient continuellement : Mattiaques, Sicambres, Tenctéres, Bructères, Cattes, Angrivariens. Rome les surveillait depuis un siècle, et opposait à leur passage les forteresses de Moguntiacum, de Bingium, de Bonna, de la Colonia Agrippina, de Novesium, de Gelduba, et enfin les Castra Vetera. Tous ces points étaient occupés par des troupes, auxquelles la flotte germanique*, qui parcourait incessanmfient le cours du Rhin, pouvait amener des renforts. Les Romains contenaient d'ailleurs ces nations turbulentes, soit par des postes avancés, hardiment établis au milieu d'elles, comme Aliso*, Amisia^ et quelques autres sur le Mein et jusque sur l'Elbe, soit par des alliances, précaires il est vrai, nouées avec quelques-uns de ces peuples, les Mattiaques par exemple ^
Enfin venaient les Frisons , contre lesquels aucun ouvrage de défense n'avait paru nécessaire au premier siècle, à cause de la fidélité jusqu'alors inébranlée des Bataves. Après l'insurrection de CiviUs, on ne pouvait plus conserver la même sécurité ; Trajan s'occupa donc activement de fortifier la frontière du Rhin inférieur. A un mille du lieu appelé Castra Vetera, illustré vingt ans auparavant par la défense héroïque de Vocula et les exploits de Cerealis, il fonda la ville appelée de son nom Colonia Trajana. EUe n'est mentionnée par aucun écrivain ancien, mais la carte de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin attestent son existence, et nous sommes conduits, par l'étude de ces documents, à en chercher l'emplacement près de la ville actuelle de Xanten. Cette identification est d'ailleurs corroborée par les nombreuses et importantes antiquités qu'on y retire du sol depuis deux cents ans*^. A côté de la ville qu'il avait fondée, Trajan établit un camp pour une légion nouvelle, qu'il forma et qui reçut de lui le