Ceci a déjà été reconnu par M. Heuzey, 1. 1., p
fondement que chez les autres Thraces. La croyance à Timmortalité y fut si générale et si vive, qu'elle caractérisa les Gètes aux yeux des anciens'; il est même bien remarquable que dans le sacrifice quinquennal à Zamolxis, ceux qui ne pouvaient mourir fussent regardés comme des criminels* : les Dieux, en refusant de les accueillir, paraissaient les frapper de réprobation. Stimulés par une telle idée, les Gètes, dans les batailles, devaient nonseulement braver la mort, mais s'en éprendre, et la rechercher avec cette passion furieuse que l'on a signalée chez les combattants gaulois et Scandinaves, animés d'une foi semblable^. Aussi Hérodote les nomme-t-il les plus braves des Thraces^ et Trajan, dans les Césars de Julien^, cite la religion de Zamolxis comme un des plus grands obstacles qu'il ait rencontrés dans ses campagnes, en raison de l'intrépidité qu'y puisaient les Daces.
Chez ce peuple éminemment religieux, le sacerdoce se constitua fortement et prit dans l'État une place considérable, plus grande peut-être que chez les nations civilisées contemporaines. Ainsi à dater de la réforme de Zamolxis*, c'est-à-dire dès une époque extrêmement ancienne, le roi ou chef temporel fut toujours assisté d'un grand prêtre qui recevait presque autant d'honneurs que le Dieu dont il interprétait les volontés"'. Ce trait remarquable de l'état social des Gètes a été relevé par les anciens et transmis par eux d'une façon irrécusable. Malheureusement, si l'on y joint quelques faits rapportés par Hérodote sur la religion de Zamolxis, et la mention de la polygamie des Gètes dans Strabon, on aura groupé tous les renseignements positifs que l'on possède sur ce peuple célèbre^.