‹ Essai sur le rireChapitre 103 sur 112 · Sartor Besarlus, loc. cil · texte numérisé non relu

Sartor Besarlus, loc. cil

James Sci.ly. — Le Rire. 2.t

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pas jusqu'à dire avec R.-L. Stevenson : « comme travailler, de même plaisanter c'est prier»*; mais nous penchons à croire qu'il est impossible de concevoir un homme qu'on puisse déclarer suffisamment complet sans le doter d'une certaine somme d'humour. Quelle que soit notre opinion du « Bon » (bonum), les hommes raisonnables de toutes les écoles'paraissent accorder quelque prix à une certaine capacité pour le plaisir, et surtout pour les plaisirs sociaux, parmi lesquels le rire, même quand il semble se retirer dans la solitude, garde toujours un rang élevé. D'autre part, au point de vue intellectuel, la disposition à la gaîté étant le jeu de l'esprit, elle est dans un rapport étroit avec des qualités précieuses telles que la promptitude et la souplesse de l'intelligence-. Sous la forme légère et charmante d'une causerie spirituelle, elle devient une qualité sociale qui n'est pas certes à dédaigner.

Ce qui vaut mieux que tout le reste, le rire cordial apporte avec lui et aide à se développer des sentiments bienveillants et le désir de plaire. On oublie trop souvent qu'un esprit joyeux, quoiqu'il puisse blesser parfois, est une source abondante de joie pour autrui. Celui qui fait éclater un rire de pure gaîté rend pour ceux qui l'entendent l'atmosphère plus brillante. Un esprit fertile en plaisanteries peut placer son possesseur au nombre des bienfaiteurs de l'humanité ; et l'on a dit de FalstatT, avec quelque raison, « qu'il a contribué prodigieusement à soulager la soufl'rance des hommes et à augmenter leur bonheur »^. C'est surtout ce désir implicite de divertir qui fait que le rire a tant de valeur pour nous enseigner la sympathie. Rien, en effet, ne semble favoriser les sympathies plus que l'habitude de rire ensemble. Les affections de famille prennent un développement nouveau, quand on s'accorde mutuellement une liberté raisonnable de rire des mésaventures et des bévues les uns des autres. En voici peut-être la raison : la conscience d'avoir un peu ri de nos amis et d'avoir subi leur rire, sans

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