‹ Essai sur le rireChapitre 12 sur 112 · Par ex. Kùlpe, op. cil., p · texte numérisé non relu

Par ex. Kùlpe, op. cil., p

trouver, vu la différence de composition des sensations dont nous nous sommes occupés, que les unes sont en somme agréables, tandis que les autres sont plutôt désagréables; et celte supposition s'accorde, je le crois, avec les résultats de l'observation. Les sensations de chatouillement produites en stimulant les orifices velus de l'oreille et de la narine sont, nous dit le D'" Robinson, « franchement déplaisantes». Les sensations produites par le chatouillement de la plante des pieds sont généralement regardées, du moins par les enfants déjà grands et par les adultes, comme désagréables à tous les degrés d'intensité. Ceci est certainement d'accord avecles observations que j'ai faites sur moi-même. Le plus léger attouchement, par exemple celui de la main d'un masseur, est pour moi nettement intolérable, m'inspire une répugnance et un dégoût que je renonce à caractériser.

Un exemple d'une sensation de chatouillement nettement agréable nous est fourni, chose assez curieuse, par une autre surface dépourvue de poils et très analogue à la plante des pieds, je veux dire la paume de la main. Une dame qui excelle à observer les enfants et qui garde un souvenir exceptionnellement fidèle de ce qu'elle éprouvait dans ses premières années, me dit que dans son enfance elle aimait qu'on lui chatouillât ainsi les mains. Le sentiment qu'elle éprouvait était une sorte de plaisir craintif, la crainte venant d'un vague soupçon que ce divertissement n'était pas tout à fait convenable. D'autres sensations d'un caractère en somme agréable semblent être celles que produit une excitation légère de ces régions qui paraissent tout particulièrera'ent propres à provoquer le rire, c'est-à-dire les aisselles et les côtes. C'est du moins ce que donne à supposer le fait que les très jeunes enfants aiment à être chatouillés modérément à ces endroits-là, et demandent volontiers que le jeu soit renouvelé.

Un caractère important de ces tuns de senliment est leur instabilité et leur variabilité. Quoique nous puissions, à un moment déterminé, constater nettement une légère prépondérance du caractère agréable ou désagréable, ce n'est que pour un moment. Une pression un peu plus forte, une durée un peu prolongée de l'excitation, ou môme une variation légère dans le mode de

contact, peuvent suffire à amener et à faire prédominer le sentiment opposé.

Nous pouvons maintenant passer uu\ réactions motrices qui nous intéressent plus spécialement dans cet ensemble de faits. En laissant de côté les éléments moins remarquables, tels que la contraction des muscles des poils, nous trouvons qu'il y a deux groupes de mouvements faciles à distinguer : (a) un certain nombre de réactions protectrices ou défensives qui ont pour objet d'écarter ou d'éviter les attaques de l'agent du chatouillement ; {b) des mouvements qui expriment le plaisir et une joie folâtre, depuis le sourire jusqu au rire retentissant et prolongé.

Voici par exemple des mouvements de défense : le pied et la jambe sont rétractés quand la plante est chatouillée ; quand c est le cou, la tête, pour Tabriter, se penche sur l'épaule ; si c'est le flanc, le corps s'infléchit et se creuse pour se dérober à l'attaque; on écarte et l'on repousse la main qui chatouille; quand un enfant couché sur le dos est chatouillé, il se tortille et se débat en agitant les bras. Ces mouvements paraissent introduire des modifications importantes dans les sensations qu'excite le chatouillement. Le D'' Louis Robinson nous dit que la flexion du pied, quand il est chatouillé, rend plutôt agréable une sensation qui était loin de présenter ce caractère.

Maintenant nous pouvons aborder la question qui est d'une importance capitale dans notre étude actuelle : quelles sont les conditions de la réaction du rire pendant le chatouillement? Cette réaction est, à n'en pas douter, la forme typique du rire de l'enfance.

Ainsi qu'on la déjà fait entendre plus ou moins clairement, nous ne pouvons pas affirmer que le rire soit, dans ce cas, un effet déterminé par des difTérences assignables dans les caractères des sensations produites. Le D"" Louis Robinson pense que le chatouillement qui provoque le rire est une variété spéciale où sont excités les nerfs des couches profondes. Le D'' Léonard Hill, qui a fait à mon intention sur ce point une enquête spéciale, m'écrit : « Que le chatouillement soit profond ou superficiel, il n'y a dans la réaction aucune difl'érence. » Il dit encore : « Je suis certain que l'excitation superficielle la plus légère peut

OCCASIONS ET CAUSES DU RîlïF. ;\:\

provoquer le rire. » Et certainement il paraît être d'accord avec l'observation ordinaire. Une des formes du chatouillement les plus propres ù provoquer le rire consiste en une série de contacts extrêmement doux.

Nous devons aussi prendre garde, quand nous parlons des régions où la peau est chatouilleuse, de ne limiter à aucune région déterminée la titillation qui amène le rire. Il est incontestable que certaines surfaces répondentpluspromplement, surtout chez les enfants, à l'excitation du chatouillement. Peut-être la plupart des lecteurs penseront-ils ici aux aisselles ; et il est à remarquer que Darwin parle des singes anthropoïdes « comme faisant entendre un son répété, analogue à notre rire, quand ils sont chatouillés, et surtout sous les aisselles^ ». Ce fait cependant ne prouve pas que l'aire de sensibilité soit circonscrite. Le D'" Léonard Ilill m'assure, ù la suite de ses investigations, que le rire, dans des conditions favorables, peut être excité par le chatouillement d'une partie quelconque du corps. Le D'' L. Robinson m'écrit qu'il est sur ce point d'accord avec le D"" Hill. Il a reconnu que si un enfant se trouve, si l'on peut s'exprimer ainsi, dans un moment d'humeur chatouilleuse, il suffira, pour le faire rire, de le chatouiller sur une partie quelconque du corps, ou même de faire mine de le chatouiller. D'autre part nous ne pouvons citer aucune région dont le chatouillement provoque régulièrement le rire. Ici encore, ainsi que nousle verrons, l'influence d'actions mentales modifie le résultat.

Or ces faits donnent à supposer que les variétés mêmes du chatouillement qui produisent une sensation d'un caractère nettement désagréable peuvent exciter la réaction du rire. Le chatouillement de la plante du pied ne provoque pas le rire chez l'enfant seulement; il tend, je crois, à produire le même effet chez un adulte qui peut-être, en même temps, exprimera par une grimace sa répugnance pour cette sensation.

Il semble donc impossible de conclure que le rire né du chatouillement soit simplement l'expression du ton de plaisir amené par un processus sensitif. Même quand nous supposerions que, dans tous les cas, le côté agréable domine dans les

Page 1