Mot en français dans le te.\lc. (Suie du Irad
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vient à se faire entendre ce « rire formidable ». Ce sens réconfortant d'un fardeau allégé, bien qu'il soit en partie le résultat direct d'une interruption de la tension cérébrale, serait ainsi très probablement accru, comme nous l'avons vu, par les sensations de retour qui nous avertissent que la condition de nos organes corporels est améliorée.
3. — Nous avons considéré deux, des variétés du rire qui sortent du domaine de notre gaîté de chaque jour ; nous pouvons maintenant entrer dans ce domaine et chercher, tout d'abord, les causes de ces variétés qui rentrent dans la classe du rire joyeux.
Ici ce qu'il y aura de mieux à faire pour commencer ce sera d'aborder la forme simple et primitive où l'on peut voir l'épanchement de la bonne humeur. Darwin, ainsi que nous l'avons dit, regarde avec raison la pleine réaction du rire comme l'expression universelle dans notre espèce de la bonne humeur, d'un état d'esprit joyeux. Nous avons maintenant à examiner comment se produit ce type simple.
Il est à remarquer que tous les genres de plaisir n'amènent pas le rire. Certainesjouissances paisibles, d'un caractère calmant, sont loin d'engendrer la puissante impulsion nécessaire pour ébranler le diaphragme et les côtes. Reposer* sur un hamac, dans un bois, par un beau jour d'été, et se livrer aux charmes d'un dolce far~nienle, c'est être hors des atteintes du joyeux lutin. D'autres jouissances encore qui, tout excitantes qu'elles sont, demandent une certaine somme d'attention sérieuse, ainsi celles que nous procurent un somptueux coucher de soleil, une musique dont le cœur est remué, ne provoquent pas les contractions spasmodiques du muscle.
Le plaisir qui nous pousse au rire doit, cela est évident, s'élever jusqu'à l'allégresse et à la joie. Et ceci veut dire, tout d'abord, que l'état de conscience agréalile doit se produire sous la forme d'une augmentation considérable; qu'il doit, pour un moment du moins, déborder, emplir l'àme et le corps. Comme l'expression de « Good Spirils n le fait entendre, les processus organiques, pendant de tels états de joie, sont amples et bien marqués. Une partie de cette accélération dans le courant de l'activité vitale se trouve dans l'expression motrice caractéris- J.\.\ii;s Sui.i.Y. — Le Rire. 5
tique de l'état de joie, c'est-à-dire dans l'agitation des membres, les cris joyeux et le rire.
Cependant la montée du flot vital ne produit pas toujours le rire. Des accroissements doux et graduels dans le sentiment du bien-être et du contentement ne tendent guère à faire mouvoir les muscles qui doivent entrer en jeu. L'explosion joyeuse dénote un accroissement soudain dans la conscience du bonheur. Elle présente en quelque sorte le caractère d'un afflux violent des esprits dans les canaux destinés à les recevoir.
Il y a aussi une condition négative qu"il n'est pas superflu d'indiquer. Une faut pas que le débordement soudain d'humeur joyeuse qui doit produire le rire soit accompagné par un efiFort nouveau d'attention. Une jeune fille, en lisant la première lettre d'amour de l'homme que son cœur a choisi, ressentira une joie dont l'intensité croîtra par bonds rapides ; mais le rire ne se produira pas dans toute sa force tant que des lignes qui restent à lire attacheront encore ses yeux.
Le rire de la joie s'observe surtout, il me semble, dans deu.K sortes de cas. C'est, en premier lieu, quand nous nous sentons soulagés d'une contrainte extérieure. La joie folle et exubérante des enfants quand ils se précipitent hors de l'école, pourvu qu'ils aient en réserve le fonds de vigueur et d'ardeur nécessaire, est pour ainsi dire l'exemple typique de cette sorte de rire. L'explosion semble ici un moyen de rejeter bien loin la contrainte et l'ennui de la salle d'étude, et de savourer à pleins poumons le sentiment délicieux de la liberté retrouvée. Dans la mesure où ce débordement de joie provient de ce qu'on échappe à une attitude sérieuse et pénible, à un travail qui absorbait les énergies de l'esprit et du corps, il présente une analogie manifeste avec le rire nerveux que nous avons considéré plus haut.
Mais la rapide augmentation de joie peut aussi se produire d'une autre façon, par la transformation soudaine du monde autour de nous, par l'arrivée de quelque bien inattendu qui est en même temps assez considérable pour nous inspirer un vif sentiment de bonheur. Chez les enfants et les sauvages la vue d'un joli jouet, d'un colifichet nouveau, suffit quelquefois à produire cet effet. Le charmant hochet emplit si bien les sens et l'àme que la joie de vivre sélève dun bond et qu'elle éclate }
en une fusée joyeuse. On nous a parlé d'un petit Américain à qui il suffisait, à la fin d'une longue journée passée dans la nursery, d'entendre tout à coup la voix de son père, pour éclater d'un rire bruyant : c'en était assez pour transporter son âme enfantine dans un autre monde tout resplendissant. Nous autres, vieilles gens, nous avons pour la plupart perdu la faculté d'accueillir les choses délicieuses avec cette joie ingénue et franche où n'entre aucune pensée de leur signification ou de leur utilité. Pourtant nous sommes encore capables de saluer l'arrivée inattendue de nos amis avec une joie qui tient de la simplicité et de la franchise de celle des enfants. Il est bien difficile de ne pas sourire lorsque, dans une rue de Londres, on aperçoit tout à coup un ami dans la foule ; difficile d'empêcher le sourire de prendre les proportions d'un véritable rire, si nous supposions, au moment de la rencontre, que bien des milles nous séparaient de cet ami. Quelques-uns même d'entre nous sont encore capables, comme l'enfant, de rire avec une admiration joyeuse devant les éblouissantes explosions d'un feu d'artifice.
Il reste à rendre compte du rire persistant qui accompagne souvent une joie prolongée. Est-ce que ce fait, que l'enfant et l'homme de la nature, une fois possédés par l'humeur joyeuse, continuent à donner cours à leur gaîté par de longs éclats de rire, n'est pas contraire à notre théorie qui assigne pour cause à l'explosion l'arrivée d'une joie nouvelle"?
Pour répondre à cette objection, il faut examiner d'un peu plus près ce prétendu rire persistant. Le langage des observateurs de la nature humaine non corrompue est ici singulièrement dépourvu de précision. Quand, par exemple, les voyageurs nous racontent que certains sauvages ne cessent jamais de rire, nous savons qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre ce qu'ils disent. Cela signifie simplement la même chose que les paroles d'une mère disant à son visiteur que son fripon d'enfant ne cesse jamais de rire aux éclats; c'est-à-dire que dans certaines conditions favorables, l'accès de rire vient plus facilement et persiste plus longuement que chez d'autres. Dans un accès durable de bonne humeur nous sommes tous fortement disposés à rire, et il faut peu de chose pour provoquer une longue explosion.
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Celle prolongalion contre nature du rire durant un élat prolongé d'humeur joyeuse trouve en partie son explication dans une sorte dinertie physiologique, de tendance à continuer les mêmes mouvements quand une fois l'impulsion a été donnée. La répétition du rire chez un enfant est très analogue à celle du chant qu'il se répète à lui-même d'une façon à demi inconsciente. Cette tendance des mouvements à se perpétuer d'une façon mécanique explique probablement la prolongation de l'explosion unique dans le cas d'un enfant saisi d un transport de joie. Comme le savent les mères, ce rire, qui dégénère en un mouvement machinalement répété, est sujet à se continuer au delà des limites où commence la fatigue et à amener des effets désagréables tels que le hoquet. Il est probable aussi que la tendance, durant un état de joie prolongé, ù recommencer à rire après une courte pause, peut être attribuée à une cause semblable : le ressort pliysiologique des mouvements étant une fois mis enjeu, l'accès explosif tend à se renouveler.
Déduction faite de cet effet dinertie physiologique, nous trouvons, semble-t-il. que, dans ces périodes de gaîté prolongée, le rire garde son caractère fondamental et reste un processus comparativement court qui se produit de façon intermittente. Quand le rire n'est pas une simple apparence où nous sommes dupés par le mécanisme organique, mais garde un certain élément mental sous la forme d'une joie consciente d'elle-même, il a ses pauses larges et significatives.
S'il en est ainsi, il paraît raisonnable de supposer que l'antécédent mental qui amène une explosion nouvelle est analogue au sentiment « de triomphe soudain )> qui explique l'explosion joyeuse isolée. Vu la disposition à rire qui reste exceptionnellement forte durant une telle période, le sentiment qui précède chaque éclat n'a pas besoin d'être bien puissant, un très léger accroissement momentané du ton de joie sufïisant pour mettre de nouveau les muscles en branle.
Il n'est pas difficile d'imaginer les causes possibles de ces renforcements légers et soudains du ton de joie initial. Aucun état prolongé de conscience n'est, à parler rigoureusement, d'une couleur uniforme. Dans la gaîté turbulente d'un grand dîner à l'ancienne mode, il y avait dans le diapason général
OCCASIONS ET CAUSES ni' niP.IC ()9
lies varialions allernanlcs d'intensité ; des moments brillants en suivaient d'aulres comparativement ternes. Le cours des sensations organiques est lui-même, dans ces états de joie prolongés, une série de changements oîi des périodes d'exaltation succèdent ù des dépressions relatives du « sens vital ». Le cours des perceptions auditives et visuelles dans un tel état d'allégresse est nécessairement sujet à de semblables fluctuations par rapport à leur action sur le ton de sentiment, et l'on en peut dire autant du cours des idées qui peuvent trouver place dans l'esprit quand il est ainsi afl'ecté. Enfin il ne faut pas oublier que les mouvements de l'attention assureraient à eux seuls des alternatives de hausse et de baisse dans le plaisir. Nous savons tous comment, quand nous nous réjouissons de quelque bonheur nouveau et inattendu, l'esprit revient à l'objet de sa joie après s'en être un moment écarté, et comment, par suite de ce retour, un nouveau flot de joie paraît inonder le cœur.
Il semble qu'il y ait beaucoup à dire en faveur de cette bypotlièse que toutes les variétés du rire joyeux (quand il ne dégénère pas en un mouvement machinal) sont excitées par Varrivée soudaine d'un état de conscience agréable. Le rire est-il nouveau, n'a-t-il été préparé par aucune disposition antérieure à l'hilarité, cet adlux de plaisir amènera probablement, comme nous le verrons plus tard, une amélioration dans un état mental qui était relativement d(''primé. Si, au contraire, c'est une disposition joyeuse qui se prolonge, tout ce qui semble nécessaire pour exciter de nouveau les mouvements du rire (pourvu que les énergies musculaires suffisent à l'explosion) c'est un accroissement soudain, en quantité appréciable, du ton de plaisir de la conscience.
Nous pouvons éclaircir et vérifier cette observation générale sur les causes du rire joyeux en examinant quelques-unes des circonstances les plus familières où il se produit d'ordinaire. Ici, bien entendu, nous nous occuperons de mentalités simples en quelque sorte à l'état primitif. Les esprits déjà mûrs et dressés aux convenances ne montrent que rarement le phénomène dans toute son intensité.
a) Tout le monde a pu observer que le rire joyeux, surtout dans sa première reprise, accompagne fréquemment l'attitude
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de jeu. C"est ce dont nous avons déjà trouvé un exemple dans le rire des enfants tout heureux de sortir de Técole. Ici les conditions indiquées, délivrance après un état de contrainte et soudaine expansion de joyeuse activité, sont manifestes à tous les yeux.
Il y a un rapport étroit entre cette situation où les énergies physiques sont mises en liberté et celle où l'on est délivré d'une contrainte mentale. Au cours des leçons données dans la nursei'i/, pourvu que la maîtresse soit une mère indulgente ou quelque personne peu sévère, l'enfant est porté à chercher des moyens d'échapper à l'effort et à l'ennui en détournant la conversation et surtout en y introduisant des sujets « drôles » ; et l'exécution de celte petite manœuvre hardie est souvent annoncée par le rire. Par ces artifices familiers à l'enfance, le poids du travail est un moment allégé, et le rire annonce une escapade de quelques instants dans le monde délicieux de la drôlerie et du faire-semblant.
L'instinct du rire et de la gaîté est de plus continuellement mêlé chez les enfants au plaisir du jeu. Assurément ce jeu peut prendre parfois une apparence extrêmement sérieuse, par exemple quand la maladie d'une poupée, les horreurs de la caverne où gronde un ours, une attaque de Peaux-Rouges armés du couteau à scalper, les émeuvent comme s'ils vivaient tout cela en réalité. Cependant il ne faut pas oublier que cette introduction du sérieux dans le jeu, même en ce qu'elle a de sincère, fait une partie de la jouissance. La terreur momentanée est recherchée par les nerfs sains et jeunes, parce que son frisson, lorsque l'esprit sent qu'il peut s'assurer à chaque instant que tout cela n'est rien, est une émotion délicieuse. Un examen plus complet des rapports entre le rire et le jeu appartient à une période ultérieure de nos recherches.
b) Des effets qui tiennent de très près à ceux du jeu sont ceux de la taquinerie. On entend ici par taquinerie ces feintes attaques, ces agaceries diverses où l'on ne va jamais jusqu'à l'intention d'être sérieusement désagréable. Ainsi définie, la taquinerie entre pour une bonne part dans le jeu de l'enfant. Le chatouillement n'est qu'une modification spéciale de la disposition à la taquinerie. Dans quelques-uns des jeux les plus
enfantins de la nursery, le jeu de bo-peep^, par exemple, la taquinerie intervient dans la disparition par laquelle on fait semblant de vouloir alarmer l'enfant et dans le choc de la brusque réapparition. Celui qui taquine un enfant en faisant mine soit de le pincer, soit de lui prendre son joujou, use de menace ; mais c'est une menace pour rire, une menace qui effraie à peine pour un moment, si légère et si fugitive qu'elle amène aussitôt, pour peu que l'enfant soit dans un moment de bonne humeur, un rebondissement délicieux dans l'esprit du petit être détrompé et rassuré. Du côté du taquin (quand il reste dans la pure taquinerie), il n'y a aucun désir sérieux de tourmenter, aucun motif plus sérieux que la curiosité à demi scientifique de voir comment l'expérience sera prise par celui qui en est le sujet.
Les explosions de rire chez un enfant soumis à cette aimable taquinerie ressemblent fort à celles d'un enfant chatouillé : elles jaillissent d'un sentiment soudain de soulagement, d'élastique détente après une période de compression. Les rapides alternatives entre les moments de crainte naissante et ceux où l'enfant reconnaît avec joie qu'on a voulu seulement plaisanter, sont éminemment propres à amener un flot soudain de joyeuse humeur. L'enfant qui aime à être taquiné (dans une juste mesure, bien entendu) est parfaitement disposé à payer ces instants de délices par les inquiétudes d'un instant.
Celui qui taquine se trouve lui-même dans une situation très favorable aux accès d'hilarité. S'il réussit, il a la joie de se sentir le personnage supérieur; il est fier d'avoir si habilement mené son expérience. Le sentiment du pouvoir, qui grandit en lui tandis qu'il observe sa victime, lui donne justement ce sentiment de « triomphe soudain » qu'un philosophe met à la base de tout plaisir causé par le risible; et même, hélas! chez ceux qui n'ont pas assez de bonté, ces accroissements de l'état agréable de conscience peuvent continuer; ils
1. Le reste de la phrase indique assez clairement ce qu'est ce jeu. Je ne lui trouve pas d'appellation précise en français; mais nos enfants en ont l'équivalent; par ex. quand leur mère ou leur nourrice se cache un instant et reparait tout à coup, en faisant alterner ces cris : Coucou ! — Ah le voilà ! Et l'enfant, rassuré après une demi- inquiétude, éclate d'un rire franc et sonore. (.Yo/e du Ivad.)
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peuvent s'accentuer encore alors que la taquinerie a cessé d'être
un jeu et ne se distingue plus du plaisir de faire souffrir'.
c) Les plaisanteries en action, farces ou tours joués à autrui (praclical jokesl provoquent des remarques très analogues. Ce genre de divertissement, quand il ne s'y mêle pas une intention sérieuse de chàlinient ou de correction morale, est une simple extension des attaques joyeuses du chatouillement et de la taquinerie. Quand la victime a le caractère si bien fait qu'elle prend elle-même sa part du divertissement, ce plaisir lui vient dune appréhension dissipée, ou de ce que, après avoir pris les choses trop au sérieux, elle se détrompe et voit ce qui en est. Toutefois, dans ces plaisanteries, la plus grande part de plaisir, et la plus grande de beaucoup, revient certainement à leur auteur qui, dans ce cas, y trouve le « triomphe soudain », un sentiment plus intense de son pouvoir. "
d) Disons encore que le rire accompagne d'ordinaire tous les genres de lutte, de rencontre violente, soit physique, soit morale. Lorsque, chez le sauvage, l'écolier et le soldat civilisé, il éclate après un combat physique, il prend quelques-uns des caractères du rire nerveux. C'est un phénomène concomitant d'une soudaine détente après un effort physique et mental, ou de la cessation de l'attitude de défense et d'appréhension. Dans la plupart des cas, puisque, selon le proverbe, « les rieurs sont les vainqueurs », le sentiment de soulagement est renforcé par celui d'une exultation méprisante que cause la victoire dans les premiers moments où on la savoure.
Un combat prolongé, s'il n'est pas trop inégal, offre des deux côtés des occasions fréquentes à ces détentes et à ces transports d'exultation. J'ai ouï dire qu'un bon boxeur, aux prises avec son adversaire, doit être capable de tempérer de temps en temps par un sourire aimable le sérieux un peu farouche de la situation. Cela est certainement vrai de toute lutte mentale. Rien de plus remarquable, quand on étudie le rire populaire, que la manière dont il semble pénétrer les relations et les
1. La tariiiinerie collective, quand elle soumet un enfant à des « brimades » méthodiques, parce qu'il lui arrive, par ex. de prendre dans une discussion jiolitique le parti qui n'est pas à la mode, et quand elle fait pour lui de l'école un enfer, devrait (n'en déplaise aux directeurs d'école qui l'excusent I prendre un autre nom.
OCCASIONS ET CAUSKS DU RIRE là
circonstances de la vie sociale qui amènent de vives rencontres et des assauts d'esprit. C'est ce que nous montrerons bientôt plus amplement. Il suffit ici de faire allusion à l'énorme influence des débats entre les deux sexes sur le développement de l'esprit et d'un sens très vif du plaisant.
e) Comme dernier groupe de situations propres à faire naître des manifestations de joie, nous avons celles où une gravité particulièrement solennelle nous est imposée. On a déjà dit quelques mots à ce sujet. Ici les extrêmes paraissent se rencontrer. On pourrait s'attendre à voir une impulsion née de l'humeur enjouée trouver sa place naturelle dans les scènes de gailé sociale et les réunions de fête. Et en eCfet, aux temps où la société était gaie, c'est autour de la table du festin que l'esprit de gaîté déployait toute son activité. De notre temps il semble presque plus naturel d'associer le rire à une cérémonie funèbre qu'à un grand dîner.
Cependant l'art d'extraire le comique des choses solennelles ne date pas d'iiier, et l'on peut s'en assurer en jetant un coup d'oeil sur les sculptures grotesques de nos vieilles églises et sur le théâtre du moyen âge. Dans cette invasion parla boufîonnerie du domaine de la solennité, il nous semble voirlalutte d'un irrépressible esprit de gaîté contre les liens qui menacent de l'éloufifer.
Diflférentes conditions peuvent faire que cette invasion du domaine du solennel par le plaisant aboutisse à une envie de rire à grand'peine maîtrisée. Souvent sans doute l'esprit frivole, médiocrement louché par la gravité des circonstances, sera le premier à trouver bienvenue la main libératrice ; pourtant c'est une erreur de supposer qu'une tendance à rire dans une occasion solennelle dénote l'absence d'une émotion vraie.
Dans une église le fidèle le plus convaincu peut, s'il a le genre de sensibilité requis, être poussé au rire par quelque incident drolatique tel qu'une remarque incongrue faite par un enfant babillard. En efifet, notre théorie montre précisément qu'en pareil cas le rire est un moyen d'échapper aune sorte de compression. Or riiomme qui, dans ces cii-constances, sent profondément, peut subir une pression émotive qui égale, si elle ne la surpasse, celle de la contrainte extérieure imposée au fidèle dépourvu de sérieux. Il est vrai, cela va sans dire, que plus le
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senliment sera profond, plus sera grande la force d'inertie à surmonter pour que l'envie de rire puisse triompher. Cependant, ici encore, nous devons nous rappeler que les tempéraments varient par rapport à rémotion, et que, chez certaines personnes, un recueillement sincère et même un chagrin intense, peuvent répondre parfois, pour un moment, à l'appel du comique, lorsque sa note frappe l'oreille.
D'après ces dernières remarques, il est à supposer que, lorsqu'on essaie de traiter des conditions favorables au rire, il faut toujours tenir compte de ces caractères physiologiques qui sont supposés déterminer le tempérament particulier d'un homme, de son penchant spécial à la gaité, par e.xemple, ou au contraire à une mélancolie habituelle. Nos aïeux avaient des idées assez arrêtées sur le genre de constitution physique qui était, selon eux, le fondement du caractère enjoué. Un embonpoint voisin de l'obésité passait et passe encore, je crois, dans le peuple, pour favoriser particulièrement l'habitude du rire. Le dicton « Riez et engraissez » explique peut-être une vague idée de ce rapport, en même temps que la connaissance des bienfaits du rire. Cependant le substratum organique précis de cet heureux privilège est inconnu. La santé, comme tout ce qui contribue au sentiment du bien-être, est sans doute favorable à un rire abondant et facile du genre élémentaire. D'autre part, ainsi que nous le verrons, l'aptitude au rire coïncide fréquemment avec des conditions physiologiques d'un genre tout différent. On trouve des hommes maigres, très portés aux réflexions graves, qui sont capables cependant, non seulement de provoquer le rire chez les autres, comme le « mélancolique Jacques » de Shakespeare, mais de payer eux-mêmes leur écot par un rire sonore dans les fêtes de la joie intellectuelle. On conçoit que la disposition à rire ait elle-même ses conditions physiologiques restreintes dans une instabilité spéciale du mécanisme ad hoc. Celui-ci peut à son tour, et c'est à présumer, mettre en jeu quelque propriété encore indéterminée des centres nerveux, qui favorise un changement rapide dans le mode d'activité cérébrale et provoque ces chutes soudaines de tension qui semblent être l'antécédent physiologique immédiat de la décharge motrice du rire.