Mots en français dans le texte
2. On peut trouver çà et là des essais qui ont leur valeur, par exemple dans le volume divertissant d'un comédien français, Le Rire, par Coquelin Cadet.
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que dans beaucoup de cas, dans la plupart des cas peuL-èlre, on peut distinguer plus d'un côté risible. Par conséquent, dans cet essai de classilication, nous devons être guidés par le trait qui paraît le plus important et le plus frappant; et, comme on a déjà pu le comprendre, il n'est pas toujours facile de dire quelle est en réalité la cause principale de notre rire.
l. — Parmi les choses qui passent communément pour risibles nous en trouvons beaucoup qui se distinguent par la nouveauté. Un objet qui diffère beaucoup de ceux du type ordinaire et qui, par là, possède une fraîcheur piquante, peut, c jmme nous lavons vu, lorsqu'il est agréable et qu'il agit avec assez de force, exciter le rire en soulageant tout à fait celui qui l'aperçoit de l'ennui du commun et du rebattu, et en élevant chez lui le ton de sentiment à la hauteur de l'excitation joyeuse. L'effet propre d'un spectacle reconnu comme risible ne se manifeste que lorsque l'impression commence à se débrouiller et l'esprit du spectateur à percevoir, au moins confusément, une certaine opposition entre l'objet qui lui est actuellement présenté et le cours de ses perceptions habituelles, en d'autres termes à constater un aspect insolite et bizarre. C'est ce que nous montre hi plupart du temps le rire des enfants et, comme nous le verrons, des sauvages, en présence de ce qu'on appelle (( une chose drûle ». Ainsi un enfant rira à gorge déployée en entendant pour la première fois un mot nouveau et d'un son bizarre, ou en voyant pour la première fois un baudet se rouler sur le dos, un Ilighlander dans son kilt, les cheveux de sa sœur enroulés en papillotes, et ainsi de suite. Dans quelques-uns, tout au moins, de ces cas, l'effet produit par la singularité et la bizarrerie de ro])jet nouveau est secondé par le caractère vivement agréable de l'impression nouvelle. Il en est de même de l'effet amusant de deux figures dune ressemblance frappante qui se montrent ensemble ; car ici la bizarrerie du fait, qui tient à ce que nous voyons d'ordinaire des figures di.ssemblables, est secondée par la force stimulante de la ressemblance même.
Cet effet expansif du nouveau et de l'étrange sur notre sensibilité peut se produire à la vue d'êtres ou de choses au-dessous de l'hunumité. La vue d'un crabe marchant de travers, d'un
chien aux mouchetures bizarres, d'un tourbillon de feuilles sèches en automne, etc., excitera le rire d'un enfant.
Jetons seulement un coup d'œil sur les termes par lesquels on décrit les objets risibles, et nous reconnaîtrons quel grand rôle l'étrangeté joue dans le rire. Ainsi, le « bizarre » et le (( fantastique » dans le domaine des idées, « l'extravagant « dans celui du sentiment, et d'autres mots analogues semblent se rapporter directement à ce qui s'éloigne d'une façon amusante des voies ordinaires de la vie.
Cette gaîté que nous cause l'étrange est tout particulièrement et manifestement quelque chose de relatif. Premièrement l'effet amusant d'une chose est déterminé par son opposition à la mode du moment, et par conséquent dans un rapport étroit avec elle. Comme le prouve le mot « anlic » S une mode ancienne commence à prendre un aspect amusant dès qu'elle est assez complètement remplacée par une mode nouvelle pour devenir insolite.
En second lieu l'étrangeté, ainsi qu'on l'a déjà fait entendre, est toujours relative aux coutumes d'une localité ou d'une classe. Un sauvage et un homme civilisé rient tout autant l'un que l'autre de l'apparence et des manières d'un peuple étranger ; et cela à cause du contraste frappant qu'elles font avec ce qu'ils ont l'habitude de voir.
Ici ce qui contribue le plus à contrebalancer l'effet du risible c^st notre tendance à éprouver devant ce qui est nouveau et insolite un sentiment de défiance et de crainte. Ou verra souvent un enfant hésiter entre le rire et la peur quand il se trouve tfiUt-à coup en présence d'un objet nouveau et inconnu. Un sauvage a besoin de se sentir en sûreté avant de s'abandonner librement au rire qu'excitent chez lui l'accoutrement et les façons étranges de l'homme blanc.
2. — Une variété spéciale du singulier et de l'exceptionnel, qui est propre, dans de certaines limites, à exciter le rire, est la difformité ou déviation d'une forme typique. Il est certain que, pour le palais non blasé de l'enfant et du sauvage, la difformité physique est une source inépuisable de gaîté. Le nain,
\. Kn anglais « (uitic » signifie grotesque et bouffon et ne garde que dans la langue des arts sa signilication primitive d'antique. (Note du Irad.)
Ja.mes Sully, — Le Rire. 6
le bossu, le boiteux, riiommo pourvu dun nez phénoménal, etc., ont de loul temps égayé la jeunesse. La tendance à trouver amusantes de pareilles altérations du type normal s'étend, nous le savons, aux impressions que produisent sur nous les animaux et les plantes. Un quadrupède qui marche clopin-clopant, un arbre déformé par une grosse loupe, semblent copier des difformités humaines et partager ce qu'elles ont de risible. Il n'est pas jusqu'aux objets privés dévie qui ne puissent quelquefois nous amuser par une apparence de difformité. Une maison soutenue par des étais produit sur nous un effet analogue à celui d'un homme appuyé sur des béquilles; et quand une charrette couverte d'une banne branlante descend une rue devant nous en cahotant de droite et de gauche, elle peut amuser nos yeux autant que la vue d'une personne grosse, lourde et mal d'aplomb qui essaierait de courir.
Quand nous présentons l'aspect risible de la difformité physique comnîe un exemple d'étrangeté, c'est-à-dire de déviation du type normal que nous sommes habitués à rencontrer, nous ne devons pas oublier que ce cas fait appel à ce qu'il y a dans le rire de plus brutal. Toutes les choses laides avaient aux yeux des Grecs quelque chose de méprisable et de honteux. Le rire que provoque souvent la difformité vient en grande partie de la pensée quelle abaisse celui en qui elle se rencontre. C'est visiblement une manifestation de la tendance qui pousse l'homme à se réjouira la vue de ce qui est dégradé, bas ou méprisable. Il n'est pas difficile de découvrir cette note de joie méprisante dans le rire moqueur des enfants mal élevés et des sauvages, dans ce genre de rire que nous montre Homère lorsqu'il décrit l'hilarité des chefs Achéens à la vue du personnage mal bâti de ïhersite, avec sa bosse, sa tète en pain de sucre dont le sommet rappelle un chaume, son regard louche'. lime semble qu'il entre ici un élément de satisfaction malveillante, de joie à la vue du mal d'autrui (rÈz'./a-.pE/.a/.îy. d'Aristote).
Nous pouvons dire grosso modo que la force risible d'une difformité varie avec le degré qu'elle atteint. L'effet plaisant d'un gros nez ou d'un menton trop petit s'accroît, du moins