‹ Essai sur le rireChapitre 20 sur 112 · Mois en français dans le lextc · texte numérisé non relu

Mois en français dans le lextc

nos gardes, et qu'elle n'est ni trop appuyée ni trop développée, est, je crois, universel parmi les hommes qui rient.

Le plaisir qui accueille ces allusions à ce que les sociétés civilisées et même sauvages cherchent à dérober aux regards, semble naturellement devoir se ranger parmi les cas où le comique naît d'une inconvenance, d'une infraction aune règle acceptée. Éveiller l'idée d'objets de ce genre, c'est violer une convention sociale bien reconnue. De plus celle infraction entraîne un abandon complet de toute dignité ; car, puisque la société a résolu ici de jeter un voile, toute tentative de le soulever entraîne une certaine honte. La honte retombe sur la personne qui est le sujet de l'allusion, toutes les fois qu'il est question d'une personne déterminée. Dans d'autres cas oîi l'allusion porte sur une des infirmités communes à la nature humaine, l'indignilé, bien entendu, s'étend davantage. Ce n'est pas tout : nous sentons, en entendant une allusion de ce genre, que la dignité de celui qui parle et de ceux qui l'écoulent est également atteinte. La rougeur de l'auditeur délicat atteste ce sentiment de honte.

Et cependant, attribuer cette sorte de gaîté à une infraction à la règle et à une perte de dignité, ce n'est certainement pas expliquer dune façon complète le mode d'action de celle variété du risible. S'il est défendu de parler de ces choses, si l'on ne peut le faire sans offenser le bon. goût, d'autre part la chose à laquelle on fait allusion est en réalité un des attributs inséparables de notre nature. Le plaisir pris à ces allusions peut donc être envisagé sous un autre aspect comme une protestation contre l'artificiel en faveur de la nature simple et sans déguisement. Quand on écarte pour un instant le voile de la décence et qu'on regarde ouvertement ce qui reste caché d'ordinaire, il semble qu'on éprouve un sentiment bien marqué d'allégement et de délivrance, ainsi que d'expansion joyeuse. De là probablement ce fait signalé par les historiens des coutumes du moyen âge, que la grossièreté des divertissements semblait augmenter avec la grandeur de la fêle. Le développement d'une hilarité exubérante favorise le relâchement de toutes les contraintes artificielles. Peut-être doit-on expliquer par cette considération la saveur agréable que de rudes plaisanteries, quand elles ont

assez de sel, gardent toujours pour le palais en gaîté des plus forts et des plus virils parmi les intellectuels.

Dans cet aperçu rapide sur le côté comique de l'indécent, je me suis borné à ce que nous découvrons en nous dans les formes modérées du rire communes chez les hommes civilisés habitués jusqu'à un certain point à se contenir. Nous savons cependant que les éclats de gaîté provoqués, du moins chez les gens grossiers, par ce qui a trait aux rapports sexuels, ont une source profonde dans les parties obscures de notre organisation animale. Le rire, ici, semble avoir pour fonction de donner une voix à la révolte triomphante de la partie animale de de notre nature, quand, pour un moment, elle ne connaît plus de frein. De plus, ici comme dans certaines formes du rire nerveux, il paraît avoir des relations organiques avec une condition de paroxysme émotif.

Est-il nécessaire de dire qu'ici encore le risible est quelque chose de très relatif? L'idée qu'un homme se fait de l'obscène est en rapport avec les règles de décence admises par la société à laquelle il appartient, et ces règles peuvent varier beaucoup. L'Anglais qui vit à l'étranger est souvent frappé de voir que des personnes de l'un et de l'autre sexe, aussi cultivées d'ailleurs qu'on l'est dans le milieu où il a été élevé, hésitent moins à appeler les choses par leur nom et à faire allusion en causant à des sujets interdits en Angleterre par un tabou rigoureux. De même, aujourd'hui, le lecteur de Shakespeare peut être choqué par la liberté de langage des femmes de la société polie d'autrefois.

Enfin, comme nous l'avons fait entendre plus haut, la disposition à rire en pareil cas sera profondément modifiée par le plus ou moins de délicatesse des sentiments. Peut-être est-il vrai que tous les hommes peuvent s'amuser d'une allusion indécente, pourvu qu'elle soit finement présentée ; mais ce qui n'est pas moins vrai, c'est que seuls les esprits grossiers sont capables de s'abreuver souvent et largement à celte source fangeuse du rire^.

4. Il sera peut-être bon d'ajouter, par précaution, que le faible simulacre de rire qui se produit chez l'habitué de notre théâtre moderne lorsqu'il y voit ou entend quelque chose de risqué, n'est pas simplement un cfl'et de

7 — Un autre groupe de présentations risibles a une certaine analogie avec le précédent. La foule a toujours aimé à ségayer aux dépens de tous les faux- semblants. Celui qui soulève les masques et écarte les apparences trompeuses est assuré de ne pas manquer de sujets de rire. La place que raffeclation et le déguisement tiennent dans la vie sociale est si grande, que non seulement la farce populaire, mais la véritable comédie, ont trouvé là la principale source de leur amusement. D'ailleurs la saveur du rire varie beaucoup avec le caractère moral de la tromperie dévoilée. Nous rions sur un certain ton devant les ruses transparentes d"un enfant, sur un autre ton si l'on démasque un charlatanisme à demi inconscient, sur un autre encore quand on fait tomber le masque d'un habile imposteur.

Ce qu'il y a de relatif dans le plaisir produit par cette forme du risible n'est peut-être pas évident au premier abord. Cependant un simple coup d'œil sur cette foule de petites hypocrisies non seulement autorisées, mais exigées même par la société polie, suffira pour montrer combien le point de vue oîi se place le spectateur peut varier. Le pouvoir que possède l'habitude pour émousser les impressions se montre ici d'une manière exceptionnelle. Les comédies de la vie cessent de nous amuser, sauf de rares exceptions, quand elles se présentent souvent et partout. L'Anglais qui rit des petits mensonges de la société à l'étranger sera peut-être absolument incapable de distinguer le côté plaisant de simulations et de dissimulations tout à fait analogues pratiquées dans la nôtre.

Ici encore, comme en général quand il s'agit d'imperfections inorales, l'impulsion du rire sera combattue par la tendance à juger sérieusement et par un tempérament moral d'un degré plus élevé. Les hommes d'une moralité peu exigeante salueront peut-être d'un rire cynique des formes d'imposture qui choqueraient ceux dont la constitution morale est plus délicate.

8. — Passons maintenant à un genre de risible d'un caractère intellectuel plus marqué. Parmi les imperfections humaines il n'en est aucune qui présente un caractère comique plus géné-

riadécence. C'est Teffet d'une attitude d'esprit exlrêmement arlificielle qui oscille entre la disposition de l homirie naturel à se laisser aller librement et la crainte qu'éprouve l'honinie civilisé de se laisser entraîner trop loin.

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ralement reconnu que Vignorance, la maladresse. Ici encore notre vieil ami, le clown du cirque, vient à notre aide. Quand il s'épuise en efforts maladroits pour imiter les prouesses de l'écuyer consommé et des autres artistes de ce genre, il donne à la multitude un spectacle qui élève son hilarité jusqu'au paroxysme. L'ignorance des localités, surtout chez un voyageur qui se trouve tout désorienté, est une occasion fréquente de gaîté pour le paysan qui jouit de son embarras. Les enfants, les sauvages et toutes les natures simples, prennent grand plaisir à de pareilles preuves d'ignorance et d'incompétence. La gaîté plus retenue que procure à la « société » le manque d'usage de ceux c^ui ne sont pas initiés à ses mystères, montre bien que presque partout le spectacle de lignorance réjouit ceux qui sont mieux instruits. Voulez-vous connaître tout le prix de ce spectacle? Voyez dans une discussion celui qui cherche à mettre les rieurs de son côté ; quels efforts ne fait-il pas pour montrer chez ses adversaires une ignorance digne de risée? Quand la forte tête du village cherche à briller devant son rustique auditoire, la situation est fertile en incidents joyeux. Qu'il me suffise de citer les délicieuses discussions ([ue M. Hardy met dans la bouche des paysans du Wessex.

Ce plaisir qu'on trouve à prendre sur le fait l'ignorance et l'incapacité est un ingrédient savoureux des railleries qu'échangent entre eux les hommes appartenant à des nations ou ù des classes différentes, par exemple le sauvage et l'homme blanc, le marin et le terrien. Nous en donnerons des exemples plus tard.

En de semblables cas le spectateur peut ne pas s'attendre à ce que les autres possèdent le savoir ou l'habileté. C'est tout au plus si le rieur pense vaguement que tout le monde devrait en savoir autant qu'on en sait dans son propre milieu. Le rire qu'éveillent l'ignorance et l'incompétence prend un ton diff(''rent et plus ironique dans les circonstances oii l'on doit raisonnablement s'attendre à trouver la compétence et le savoir, par exemple lorsqu'un fonctionnaire montre une incapacité flagrante dans l'exercice de sa fonction.

Le speclacle de l'ignoranee humaine devient particulièrement réjouissant lorsqu'il s'agit de choses qu'on suppose con-

nues de tout le inonde. M. Bergson nous rappelle le mot du voyageur désappointé en apprenant qu'il y a dans le voisinage un volcan éteint : « Ils avaient un volcan, et ils l'ont laissé s'éteindre '■ ! » C'est cette ignorance de ce qui est généralement connu qui fait en partie le comique de beaucoup d'infractions aux règles admises, par exemple, aux règles du langage. Nous supposons si bien que tout le monde, même les étrangers, doit être en état de parler notre langue, que nous ne pouvons entendre une faute grave contre la prononciation ou contre le sens des mots sans y trouver un peu de sottise. Shakespeare nous fait rire, dans une même pièce, du mauvais anglais du D"" Gains et de celui de Sir Hugh Evans. Nalurellement la faute est plus réjouissante encore si ce qu'elle fait dire à l'étranger retombe sur lui sans qu'il s'en doute-.

Le côté plaisant de l'invraisemblable, de ce qui est violemment opposé au bon sens (sujet sur lequel nous nous étendrons plus longuement dans la suite) montre les effets d'une forte naïveté intellectuelle. Toute description naïvement exagérée, toute assertion extravagante, excitent le rire, en partie par cette raison qu'elles montrent chez leur auteur l'ignorance de ce qui est croyable. Insiste-t-on, au contraire, sur ce qui est bien connu, sur ce qui saute aux yeux, et surtout en appuyant l'affirmation d'arguments laborieux, on fait encore rire en montrant qu'on ignore que l'auditeur ou le lecteur sont déjà tout à fait au courant de la question.

La naïveté est des plus amusantes quand elle dénote une ignorance complète au sujet de ce qui arrive, de ce qui se dit actuellement. Le Londonien fera peut-être le bonheur du provincial qui l'écoute, parce qu'il n'entend rien aux choses qui, pour ce dernier, s'expliquent parfaitement d'elles-mêmes. Les

\. Bergson, op. cit. p. 45. Il s'agit ici d'un voyageur de comédie.

Le mot est-il authentique? Est-il (chose plus probable) de l'invention de Gondinet. l'auteur delà comédie? Peu importe : il est aussi drôle que connu. (.Y. du Irad.)

2. Ici quatre lignes dont le comique est intraduisible parce qu'il tient à des fautes commises par un Allemand qui croit parler en bon anglais. Il pense répondre ceci à une question sur la santé de sa femme : « D'ordinaire elle est au lit, et quand elle n'y est pas elle a des vertiges », et il dit en réalité dans son jargon .\nglo-Allemand : « D'ordinaire elle ment, et quand elle ne ment pas elle filoute ». {Noie du Irad.)

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méprises ainsi commises deviennent plus plaisantes encore quand elles impliquent une idée qui est exactement l'inverse de la vérité. On connaît l'histoire de ce juré du Yorkshire qui disait : « L'avocat Scarlet plaide toutes les bonnes causes »'. Ce qui en fait le piquant, c"est cette charmante inversion des rapports de cause à efîet. Un jour en chemin de fer j'entendis une mère dire à sa petite fdle qui se plaignait de la chaleur : « Plus tu y penseras, plus tu en souffriras. » Sur quoi l'enfant riposta avec une petite moue plaisante ; « Dites plutôt que plus j'en souffrirai, plus j'y penserai. » Probablement la remarque de la mère lui avait paru renverser le vrai rapport entre les choses.

D'autres exemples de ce que nous appelons naïveté se rangent, par certains côtés du moins, dans ce groupe. Le manque de tact, l'introduction de choses qui n'ont aucun rapport avec les circonstances et les idées du moment, excitent le rire chez les hommes, quel que soit leur degré de culture. Les moyens inattendus par lesquels un sauvage ou un enfant essaient, dans d'excellentes intentions, de contribuer au bien-être de leur visiteur, sont un exemple assez joli de cette simplicité. Les manques d'à-propos dans la conversation et la discussion, les erreurs sur ce qui est en question, les arguments baroques ou malheureux et ainsi de suite, viennent, personne ne l'ignore, grossir les sources du rire. Tout cela contribue beaucoup aux petits plaisirs et aux amusements de la vie de société. Un genre de naïveté qui ne manque presque jamais son effet, c'est une réponse qui n"a aucun rapport avec la question. Par exemple un aéronaute opérant sa descente en pays inconnu, demande à un paysan, au moment de toucher terre : « Où suis-je? » Et le rustre de faire cette réponse aussi véridique qu'absurde : « Dans un ballon. »

La naïveté des enfants est une mine inépuisable pour l'amateur en quête de sujets de rire. C'est là qu'on voit combien nous chatouille parfois une candeur parfaite, et ce qu'il y a de comique dans ces quiproquos de conduite ou de paroles dont l'énormité inattendue saisit l'imagination et déconcerte un instant la logique. Une des formes les plus amusantes de cette

L II aurait dû dire : « Toutes les causes deviennent bonnes quand c'est l'avocat Scarlet qui les plaide, w [Note du tnul.)

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simplicité drolatique est cette habitude qu'a Tenfant de substituer tranquillement son point de vue à celui de Tadulte. C'est ce qu'on trouve dans une foule de mots plaisants que nous devons aux enfants. En voici un exemple. Une de ces personnes qui aiment à ne laisser perdre aucune occasion demandait aune petite tille qui avait entraîné son grand-père dans un jeu un peu vif pour un vieillard : « N'est-ce pas que votre grand-papa est bien bon de jouer avec vous, ma chérie? » « C'est moi », corrigea vivement la petite, « c'est moi qui joue avec lui ».

On peut se contenter d'indiquer d'autres formes de cette simplicité intellectuelle qui réjouit l'amateur de gaîté. L'eflfet du préjugé et de la passion pour rétrécir et égarer l'intelligence et donner de fausses idées des chos'es est un des sujets favoris de la comédie. Ainsi que nous le verrons, le spectacle prend plus de valeur quand l'intelligence ainsi dégradée est en même temps presque détraquée, si bien que le personnage ridicule, tout préoccupé de ses illusions, enfile un chapelet de remarques si complètement étrangères aux réalités du moment que les plus graves même des spectateurs ne peuvent tenir leur sérieux. L'influence limitative de la relativité sur le plaisir que cause ce genre de risible, ressort assez clairement de ce que nous avons dit. La maladresse Ja naïveté ou l'ignorance, qui excitent notre gaîté, consistent à manquer de ce que possèdent communément les gens de notre société, de ce que nous nous attendons, par conséquent, à rencontrer chez autrui. Par suite, l'homme du monde rit de voir que vous ignorez certaine sorte de choses, par exemple l'histoire de la pairie anglaise; le paysan rira de votre ignorance sur un autre point, par exemple sur l'élevage des veaux, et ainsi de suite. La simplicité de l'enfant ne vous frappe que par comparaison avec la maturité et la complexité de nos propres façons de penser. Les absurdités même du paradoxe sont relatives; car ce que nous nous plaisons à regarder comme le fondement stable et immuable du sens commun est en réalité sujet au changement.

9. — Nous allons nous occuper à présent d'un groupe de faits auquel les écrivains qui s'occupent du plaisant ont l'habitude d'attacher une grande importance. Le spectacle d'un enfant coiffé d'un chapeau d'homme, que ngus avons étudié à fond

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plus haut, nous montre le risible naissant directement et sans méprise possible de la juxtaposition de deux éléments étrangers l'un à l'autre, de l'apparence d'un tout formé de parties incompatibles. Ici nous voyons le sens du comique fixer son regard sur l'idée de rapport. Tout le monde reconnaît que la perception de certains rapports, particulièrement des rapports de disconvenance, de disproportion, d'inconséquence et d'incohérence logiques, jouit d'un grand pouvoir pour éveiller le genre de rire le plus raffiné.

En traitant de cet aspect risible des rapports, il nous faut faire une distinction. Par exemple, lorsqu'une personne rit des efforts maladroits et impuissants d'un patineur pour éviter une chute, d'un costume extravagant, du langage maniéré d'une précieuse, peut-être a-t-elle conscience d'entrevoir un rapport, de constater qu'une chose n'est pas adaptée à sa destination, qu'elle s'écarte follement de la normale. Elle sait cependant que sa vision mentale n'est pas adaptée expressément à ce rapport; elle a, au contraire, le sentiment que la présentation môme de l'objet, en donnant à ses facultés aperceptives la secousse requise, provoque directement sa gaîté.

Mais d'autre part elle reconnaîtra, je crois, que dans certains cas, le plaisir de rire lient à ce que l'œil intellectuel se dirige sur un rapport. Ce rapport peut n'être pas saisi avec une précision parfaite ; mais il est certain qu'il est saisi par l'esprit, ne fût-ce que pendant une fraction de seconde, et, de plus, qu'un certain degré de précision est donné à la perception de ce rapport, tout au moins par un coup d'œil rapide sur les termes qu'il réunit.

Cette localisation du risible dans un rapport est évidente surtout dans le cas de ces présentations complexes où le défaut d'harmonie et de convenance est manifeste dans les parties du tout qui sont offertes à nos yeux, et s'impose à notre attention d'une manière tout à fait agressive. Une femme de la campagne déployant dans sa mise et dans son langage un mélange bizarre de paysanne et de belle dame, un original qui vous propose de faire l'ascension d'une montagne en fins souliers à hauts talons, un vote de remerciement exprimé en des termes qui sont bien audessus ou au-dessous de la circonstance, mettent en branle les

muscles du rire en nous frappant comme des assemblages forcés de choses qui se contredisent et refusent de s'associer. On en peut dire autant des cas où la disconvenance existe entre l'objet actuellement perçu et un autre qui, après l'avoir précédé, reste encore présent à Timagination ; ainsi quand le clown échoue radicalement dans ses efforts pour reproduire les exercices savants de Tarliste qu'il a la prétention d'égaler.

Dans les cas même où la disconvenance risible existe entre deux choses qui ne sont pas présentes en même temps ou presque au même moment, un coup d'oeil direct sur leur rapport, amenant au moins à l'esprit une représentation confuse de celui des deux objets qui est absent, est peut-être nécessaire pour que le plaisir soit bien senti. 11 est probable, par exemple, que les dieux d'Homère, quand ils riaient si bruyamment à la vue de Vulcain noir et boiteux s'essayant au rôle de Ganymède, revoyaient en esprit l'image de ce dernier et faisaient une comparaison entre les deux échansons. Peut-être aussi que souvent, dans les jugements de notre délicatesse sur des exagérations ridicules dans le costume, le langage et les manières, nous envisageons, ainsi qu'il a été dit plus haut, d'une façon directe, le rapport de ce que nous voyons avec un type qui nous sert d'unité de mesure '.

On peut assurément se demander si, dans des cas de ce genre, le rapport qui est au foyer de notre vision mentale existe entre deux parties d'un ensemble complexe réellement présent, ou entre cet ensemble considéré comme un tout et un autre ensemble type que nous avons dans l'esprit. Quand, par exemple, nous rions d'un prédicateur dont la gesticulation est excessive, dirigeons-nous notre pensée sur la disproportion qu'il y a entre le discours de l'orateur et son action, ou nous reportons-nous à l'idée du genre d'action qui convient et que nous rencontrons d'ordinaire, et envisageons-nous le désaccord entre ce que nous voyons d'une part et de l'autre ce que nous imaginons? Cette question peut être réservée pour un examen ultérieur.

Dans les cas que nous venons de présenter il semble bien

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