‹ Essai sur le rireChapitre 27 sur 112 · Voyez p. 70 et suiv · texte numérisé non relu

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simples, étrangères à toute contrainte imposée par les convenances, s'expriment par le rire, sont de l'essence du jeu. Se livrer à la joie du rire, rejeter l'attitude guindée et fatigante du sérieux pour s'abandonner à une gaîté folâtre, c'est vraiment commencer à jouer.

L'étroite parenté entre le rire et le jeu se découvre dès que nous commençons à les considérer avec soin. Signalons quelques-uns de leurs caractères communs.

Le jeu contraste avec le travail, non pas de la même façon que le repos ou l'inactivité, mais comme une activité légère et agréable contraste avec celle qui est plus énergique et en partie désagréable. Il en est de même du rire : c'est une activité agréable et légère qui contraste avec l'activité laborieuse de nos heures de sérieux.

De plus le jeu est une activité libre à laquelle on se livre pour elle-même. C'est-à-dire qu'elle ne vise aucun but en dehors d'elle-même, qu'elle ne cherche à satisfaire aucun besoin, si ce n'est l'instinct même du jeu. Par suite elle est libre de toute contrainte extérieure; elle ne connaît pas ce sentiment d'obligation, cet « il faut » qui résonne soit par la voix d'un maître, soit par celle de la partie la plus élevée de nous-môme, et qui ne cesse de stimuler le travailleur. De même, quand nous rions, nous sommes soulagés de la contrainte et de la pression d'une concentration sérieuse, de cette tyrannie des besoins pratiques ou autres, qui, en somme, fait de l'homme un être sérieux.

Il suit de là en même temps que le jeu est dans un certain rapport avec le travail, qu'on en jouit comme d'un soulagement après des occupations plus graves, et qu'il ne peut être indéfiniment prolongé. Or, comme on l'a indiqué plus haut, il en est de même du rire et de ce plaisir qu'on a très bien caractérisé par l'expression de « faire le fou »'.

En disant que le jeu est une activité spontanée, affranchie de la règle impérieuse de la nécessité, je ne prétends pas dire qu'il soit sans but. L'instinct du jeu agit pour ses propres lins;

1. En Anglais le rapprochement est plus frappant par ce qu'où dit, non pas faire le fou, mais jouer le fou (play the fool),ce qui implique l'idée de jeu.

car s'il n'avait quelque but oij viser, il ne serait pas une activité consciente au vrai sens de l'expression. Ainsi, chez les enfants tout au moins, et peut-être aussi chez les jeunes animaux, le jeu qui prend la forme d'un combat, implique, comme le montre le professeur Groos, une lutte très vive pour quelque chose d'analogue à une victoire. En d'autres termes, l'instinct qui se cache sous cette activité semble apporter avec elle l'idée d'un but qu'elle se propose. Il en est de même pour ces jeux des enfants qui visent à la réalisation d'une idée et, par là, ressemblent à l'art. Dans ce cas aussi un instinct, celui de l'imitation d'une activité productrice, pousse l'enfant à imiter une succession d'efiforts sérieux combinés et soutenus en vue d'une fin. Ceci s'applique de même à l'activité joyeuse. Quand nous faisons une farce à quelqu'un, nous avons certainement en vue un but défini. Pourtant ni dans l'un ni dans l'autre cas le but n'est considéré comme sérieux ou important. Le jeu cesse d'être un purjeu, dès que l'on commence à en considérer le but, par exemple la victoire, comme une chose importante pour le joueur; et le rire, de même, cesse d'être uniquement de la gaîté, dès que l'on envisage le but, par exemple l'invention d'un trait d'esprit, comme un solide avantage personnel, tel qu'un accroissement de réputation'.

Une remarque analogue s'applique à l'introduction de l'attitude sérieuse dans le jeu lorsqu'il prend une forme étudiée exigeant un certain effort d'attention. Ceci n'enlève pas à l'activité son caractère de jeu tant que le but n'est pas considéré comme une affaire d'importance. Sous ce rapport aussi le rire ressemble au jeu; car lorsque nous jouons un tour à quelqu'un, nous pouvons nous donner beaucoup de mal pour y réussir, sans jamais oublier cependant que notre but est de nous divertir.

Ceci nous amène à une autre analogie entre le jeu et le rire. Tous deux, quoique bien distincts des choses du monde réel et sérieux, s'y rattachent d'une certaine façon. Le jeu, soit chez

1. Le Prof. Groos ne fait pas, selon moi, ressortir assez clairement cette distinction, bien qu'il paraisse à peu près la reconnaître, quand il représente « la joie de la victoire » comme étant le but des jeux où il y a combat. [Jeux des animaux, pp. 291, 292, trad. française, Paris, F. Alcan.)

les enfants soit chez les animaux, est en grande partie un faux semblant, c'est-à-dire qu'il imite un acte de la vie sérieuse, tout en nous laissant jusqu'à un certain point la conscience du caractère illusoire de cette imitation. C'est ce qu'on peut inférer, à ce qu'il semble, dans les jeux des animaux, par exemple dans leurs combats simulés, du soin visible qu'ils ont de modérer leurs mouvements de manière à les rendre inoffensifs^ Quant aux jeux de la nursery, il est probable que, dans tout le cours de l'action simulée, il y a chez les enfants, en dépit de leur air de sérieux affairé, le sentiment obscur que tout cela n'est qu'un trompe-l'œil. Il est bien certain que nous nous trouvons ici en présence d'un fait de conscience double ou dédoublée ^. Or, comme on l'a montré plus haut, le rire aussi voltige d'ordinaire autour du domaine du sérieux. D'un côté comme de l'autre nous voyons le goût de l'illusion faisant des niches au monde réel, en ôtant aux choses le sens et la valeur qu'elles ont pour la partie sérieuse de notre esprit, et en les transformant par l'imagination, pour notre amusement, en pures apparences.

On peut encore indiquer un autre point de ressemblance. De récentes discussions sur la nature du jeu ont servi à en mettre en lumière l'utilité et les services réels. L'activité déployée dans le jeu par les enfants et les jeunes animaux n'est pas seulement pour eux un bienfait physiologique à titre d'exercice salutaire ; on reconnaît maintenant qu'elle leur est utile comme préparation pratique aux actes qui plus tard leur deviendront nécessaires. Ainsi, dans les combats simulés, les enfant.-î et les jeunes animaux commencent à apprendre l'art d'attaquer et de se défendre '. Le bienfait de cette activité de jeu est dû en grande partie à ce qu'elle est un mode de coopé- • ration organisée, et fournit une sorte d'entraînement pour Tac-

1. Cette attention à se modérer prond quelquefois l'aspect d'un efTort suivi pour se maîtriser soi-même, par e.\emple quand un vieu.K chat, qui n'est plus h.ibitué k jouer, est importuné par les provocations folâtres d'un chaton en gaîté.

:2. Sur ce « dédoublement de conscience » dans le jeu. voyez Groos, Play of Animais, p. oO.'J et suiv.

3. Sur l'utilité du jeu des animau.K, voyez Groo.s, The Plai/ of Man, Part. m, sect. 2, et Lloyd Morgan, Animal Beliaviour, ch. VI, sect. 2.

tivité sociale sérieuse des années à venir. J'espère montrer plus tard que le rire possède une valeur semblable, non seulement parce qu'il est pour l'individu une source de bienfaits physiologiques, mais parce qu'il nous prépare à tenir convenablement notre place dans la société. Est-il besoin d'ajouter que cette utilité, n'étant connue ni du joueur ni du rieur, n'infirme en rien la vérité de ce que nous avons avancé : savoir que leur activité n'est pas dirigée par des fins extérieures possédant une sérieuse valeur soit pratique, soit d'un autre genre?

La comparaison que nous venons de faire nous donne le droit d'identifier le jeu el la gaîté assez pour dire que, quand nous jouons et quand nous rions, notre disposition d'esprit est au fond la même. Le langage ordinaire semble confirmer cette opinion. Les mots — « divertissement », « ébats folâtres », « amusement n, « récréation » — et d'autres encore, semblent désigner à la fois tout jeu joyeux et toutes les variétés de la gaîté. Nous avons donc le droit de donner au principe du jeu une importance fondamentale dans notre théorie du rire'. Nous pouvons maintenant continuer à établir plus complètement par des exemples la présence de l'attitude de jeu dans le domaine d'un rire plus élevé, dan^s le plaisir qu'on prend à un spectacle risible.

Disons tout d'abord qu'une grande partie des formes du risible exposées ci-dessus peut être regardée comme une expression, dans les personnes ou les choses, de la disposition au jeu qui se communique au spectateur par voie de résonance sympathique. On en a donné des exemples dans le rire excité par le spectacle d'actions sans objet qui ont un air de joyeux badinage. Ainsi que l'indique clairement notre terme « jeux de mots » (word play), les plaisanteries verbales sont reconnues comme un effet de la disposition au jeu qui renonce de parti pris à l'usage sérieux et régulier du langage. D'autre part la bizarrerie, quand elle va jusqu'à l'extravagance, ressemble visiblement à la liberté sans frein que se permet le jeu. Dans une grande partie des effets amusants du déguise-

1. Parmi les écrivains qui ont traité avant nous ce sujet, c'est M. Dugas qui paraît avoir reconnu te plus nettement la présence du jeu comme caractère essentiel du rire, op. cit., ch. VI, surtout p. 11b et suiv.

ïnent, de la feinte, y compris certains genres de singerie, il semble qu'on reconnaisse, comme dans le jeu, que les choses ne sont pas faites pour de bon. Le désordre, même dans le mobilier d'une chambre, rappelle singulièrement, pour ne rien dire de plus, les effets d'un jeu tumultueux. Une foule d'irrégularités de pensée et d'action prennent facilement l'aspect de ce fol abandon avec lequel on se livre au jeu. Ce sont, par exemple, les idées confondues et sans rapport entre elles; les actions bouffonnes et sans but apparent, telles que les allées et venues dun personnage qui sort de la scène et y rentre à plusieurs reprises ; les actes répétés sans aucune raison par la même personne ou par plusieurs personnes différentes, effets de comique des plus fréquents dans les cirques et les théâtres populaires. Comme dernier exemple nous pouvons citer les choses déplacées, quand elles introduisent dans une occasion solennelle un intermède frivole. Certainement elles nous amusent parce qu'elles ressemblent fort aux jeux par lesquels les enfants interrompent les occupations sérieuses.

Jusqu'où peut-on pousser ce principe ? Ne peut-on pas dire que souvent ce qui est plaisamment déplacé dans la conduite et les circonstances, que les défaillances intellectuelles et morales, quand elles ont un air de folie, nous affectent comme une expression de la disposition au jeu? Et quand nous nous égayons à la vue de certaines mésaventures dont la victime semble avoir été dupée, bernée, abusée soit par d'autres personnes, soit par les circonstances ou la « fatalité », notre plaisir ne vient-il pas de ce que nous percevons quelque chose qui ressemble à s'y tromper à un jeu oîi l'on taquinerait les gens ?

Toutefois nous ne devons pas atta(;her une importance exagérée à cette manifestation de l'esprit de jeu. Il semble qu'il y ait bien des cas dans le risible (par exemple les vices comiques, les distractions plaisantes, et tous ces manques d'à-propos qui introduisent le solennel là où il n"a que faire) où ce qui s'exprime est une disposition d'esprit qui est tout le contraire delà disposition au jeu. Mais nous ne devons pas non plus pousser ce principe à l'extrême. Même quand le spectacle risible ne présente pas l'apparence d'une provocation au jeu, il peut introduire la disposition au jeu dans l'esprit du spectateur d'une

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autre manière. Il peut nous présenter son trait particulier de manière à nous faire sortir de notre sérieux et à nous contraindre doucement à jouer avec les choses plutôt que de les considérer sérieusement. 11 suffira, pour expliquer ceci, de se reporter brièvement à notre liste des choses risibles.

Pour commencer par le rire dont nous avons trouvé la source dans le nouveau, le bizarre, l'extravagant, est-il autre chose que l'effet d"un instinct de jeu, d'un gai caprice qui, pour le moment, ne veut pas prendre les objets au sérieux, qui en néglige la nature et la signification réelles au point de vue pratique, théorique et même esthétique, pour le plaisir d'en faire des jouets dont l'œil s'amusera? Ou, si l'idée d'une règle" enfreinte par l'objet nouveau qui pénètre dans le champ de notre perception s'impose, notre rire annonce que l'infraction ne compte pas; que nous passons même sur la violation des lois de la coutume; qu'elle est transformée en sujet d'amusement par le joyeux esprit du jeu qui nous possède.

Il en est de même des mésaventures, des situations fâcheuses et embarrassantes, des insuffisances morales et intellectuelles de toute sorte. 11 est clair qu'il y a dans tout cela des choses que nous devrions prendre au sérieux : elles se présentent à notre jugement comme dignes de pitié, comme regrettables, souvent comme nettement coupables. Nous rions cependant et nous rejetons toutes nos responsabilités de juge, précisément parce que l'humeur du moment nous dispose à l'indulgence, et parce que l'attitude que nous prenons en considérant la faute comme légère, amène instantanément en nous l'amour du jeu, la disposition à voir dans ce qui n'a peut-être que trop de sens une réjouissante absurdité.

Passons-nous au rire qui accueille une adroite allusion à l'obscène, c'est la même transition rapide de l'attitude sérieuse à celle du jeu qui semble être au fond de notre amusement. Ici encore c'est la petitesse (quantité qui varie considérablement, ainsi qu'on l'a indiqué, avec la qualité du rieur) qui désarme l'esprit, et le fait passer presque à son insu à l'attitude du jeu.

Quand c'est la tromperie qui éveille le rire, qu'il s'agisse d'hypocrisie ou de feintes moins giaves, nous remarquons le même passage rapide à l'altitude de jeu ; car pour jouir de ces

fausses apparences avec une gaîté sans mélange, il faut que nous soyons disposés à détourner notre regard intellectuel de tout ce qu'elles ont de signification sérieuse. Ici encore nous nous jetons dans le monde du jeu et nous transformons tout ce qui pourrait être sérieux, ou même choquant et malfaisant, en un simple amusement.

Dans les variétés plus intellectuelles du plaisant nous trouvons la même caractéristique profondément marquée. La disconvenance, l'absurdité, les tours de passe passe d'un langage à double sens, sont des choses qui offensent en nous l'homme sérieux qui tient à trouver dans le commerce de la vie des idées logiquement enchaînées et clairement exprimées. Elles provoquent notre rire quand elles prennent une forme telle que nous sortons bon gré mal gré de notre attitude sérieuse et ne voyons plus dans tout cela qu'un spectacle divertissant.

Dans le rire plus intellectuel provoqué par les choses, il me semble que nous trouvons la forme parfaite du jeu de l'esprit. Je dis « parfaite », parce que les psychologues, tout comme les autres hommes, parlent le plus souvent de l'imagination poétique comme s'ils y voyaient une activité de jeu ; et cependant cette imagination, gouvernée comme elle l'est par les fins de l'art, est le sérieux même, si nous la comparons avec les mouvements si libres des idées quand l'humeur du jeu nous saisit.

Un autre exemple du rôle que joue l'esprit de jeu dans la sphère du risible ne saurait être négligé. J'ai présenté l'intrusion inattendue du trivial dans les scènes solennelles comme une expression de celte même disposition au jeu chez l'enfant. Mais, ainsi qu'on l'a fait entendre ci-dessus, c'est quelque chose de plus. Les scènes particulièrement graves et cérémonieuses qui nous imposent un sérieux et un empire sur nous même véritablement pénibles pour des mortels dont la gravité a des bornes, sont propres à nous jeter dans un état d'équilibre éminemment instable. De là notre disposition à saluer comme bienvenue toute chose qui éveille les tendances au jeu qui sommeillaient en nous. En de telles circonstances de petits incidents qui, en d'autres temps, auraient passé sans être aucunement remarqués, sont saisis au vol et deviennent pour nous

des sujets de rire en raison même de celte nécessité impérieuse qui s'impose à l'homme de s'évader de temps en temps dans la liberté du jeu.

Comme on Ta déjà fait comprendre, cette saturation du rire par l'esprit de jeu ne caractérise que les formes les plus gaies du risible, celles qui sont exemptes de tout mélange de sérieux. Dès que nos mouvements joyeux se prêtent à des intentions sérieuses, comme par exemple dans le rire de la satire, le caractère de jeu tend à devenir moins facilement reconnaissable. Ce n'est pas que nous ne puissions, ici encore, trouver une ressemblance entre le rire et le jeu ; car, ainsi qu'on le sait, bien souvent ce que nous appelons jeu et divertissement a son intérêt sérieux, et le joueur, comme le rieur, franchit aisément, sans s'en apercevoir, la ligne qui sépare l'attitude enjouée de l'attitude sérieuse. Toutefois nous devrons insister sur cette idée que le rire a des tons différents dont quelques-uns sont plus enjoués que les autres, et que sa nature et ses fonctions ne peuvent être clairement déterminées que si l'on distingue ces tons les uns des autres.

Notre examen a eu pour résultat de montrer que les impre.ssions du risible ne peuvent se ramener à un ou deux principes. Notre rire en présence des choses a des tons différents. Il réunit en soi nombre de tendances primitives ; il représente des produits de périodes de l'évolution intellectuelle et morale séparées par de vastes intervalles. Ceci est virtuellement admis par tous ceux qui reconnaissent le principe intellectuel et le principe moral; car notre rire à la vue de la dignité rabaissée est probablement d'origine plus ancienne que le « rire de l'esprit », auquel pensent la plupart de ceux qui dissertent sur le plaisant. Notre argumentation nous conduit plus loin : elle conclut que l'effet du risible, même de ce qui est donné par les philosophes comme exemple du simple plaisant, est un sentiment extrêmement complexe contenant quelque chose de la surprise joyeuse do l'enfant en présence de ce qui est pour lui. nouveau et inconnu; quelque chose aussi de la gaîté avec laquelle il répond à l'appel du jeu; quelque chose enfin de ce sentiment triomphant d'expansion au sortir d'un état de compression, qui communique une énergique mobilité aux mem-

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bres des jeunes animaux et des enfants, lorsqu'on vient de les délivrer.

Ayant ainsi reconnu que les rapports du risible avec notre rire forment un tout, nous devrons en conséquence changer de méthode pour traiter notre sujet. Notre problème se transforme naturellement en cette question : pouvons-nous découvrir la différenciation et l'intégration organiques des différentes tendances psychiques que notre analyse a révélées? En d'autres termes, nous trouvons que nous devons recourir à la méthode génétique et historique, et, d'une façon modestement scientifique, essayer d'expliquer l'action exercée sur nous par le plaisant, en retraçant les stages qu'elle a traversés dans son développement. Peut-être une telle explication sera-t-elle un jour couronnée par une théorie vraiment philosophique, si une analyse logique plus délicate réussit à découvrir l'essence du plaisant ; en attendant elle me semble la seule chose utile à faire.

On n'hésitera pas à reconnaître qu'une large enquête sur l'origine et le développement de l'instinct du rire doit nous entraîner au delà des limites de la pure psychologie. Nous aurons à considérer com.ment cet instinct s'est développé au cours de l'évolution de la race ; et cela nous obligera d'adopter le point de vue biologique, et de nous demander comment ce groupe spécial de mouvements a fini par être choisi puis fixé parmi les caractères de noire race. D'autre part le rire est plus qu'un phénomène physiologique et psychologique. Comme on Ta fait entendre plus haut, il a une signification sociale ; et nous verrons que les stages les plus élevés de son évolution ne peuvent être sérieusement étudiés que dans leurs rapports avec le mouvement social.

Enfin ce sera en suivant l'évolution du rire dans la société humaine que nous nous préparerons de la meilleure manière à aborder la recherche de l'idéal qui devrait régler cet instinct assez indocile de l'homme. Une telle étude promet, à ce qu'il semble, de nous faire connaître les tendances qui ont travaillé à élever et à épurer le rire dans le passé, et à la lumière desquelles il pourra se diriger en connaissance de cause dans l'avenir.

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