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ESSAI sur. LE RIUE
iralr--ûJL. observa dès le secoiid mois un iijineperception agréable, celle de figures
jsourire
' guise penchaient sur renfantefàïïxâuellesellejpri^un grand ^ ^>,.»^^ Il intérêt. Ce sourire dû à un plaisir spécial, et qui exprimait
•y^ beaucoup de gaîté, se produisit alors qu'elle était couchée après
avoir pris sa nourriture, qu'elle avait bien chaud, et qu'elle jouissait d'un bien-être parfait.
' 11 est bien certain que ces différences indiquent aussi des
,^ précocités inégales chez les enfants observés. En même temps
il est probable que les différents observateurs parlent de stages différents dans le développement du sourire. Preyer montre clairement qu'il se développe d'une façon considérable, en amenant des mouvements de plus en plus complexes et en s'enrichissant de ce trait important : un éclat plus vif du regard. Mrs Moore ne décrit pas ce qu'elle vit le sixième et le septième jours, et parle sans doute d'une vague apparence ou rudiment de sourire, qui. n'avait aucune signification précise; de même certains détails des observations de Preyer donnent à croire que le premier sourire constaté par lui était moins complet et moins développé que celui dont parle Darwin ^
Tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est donc que les mouvements du sourire, comme expression de plaisir, suivent un développement progressif, et que Ion peut constater dans le second mois de la vie quelque chose qui ressemble à un sourire complet de plaisir.
Si nous arrivons maintenant aux dates indiquées pour la première apparition du rire, nous verrons qu'ici les incertitudes sont au moins égales à celles que nous venons de rencontrer -^1 pour le sourire. Darwin montre par des exemples comment au sourire peut graduellement s'ajouter un son qui devient de plus en plus semblable ù celui du rire. Un de ses enfants qui, pense-t-il, avait souri pour la première fois à l'âge de quarantecinq jours, eut environ huit jours plus tard un sourire plus distinct et plus frappant accompagné d'un léger « bêlement» qui. ajoute-t-il, « représentait peut-être un rire ». Cependant ce fut
1. Voyez en particulier ce qu'il dit d'une expression inaccoutumée, comprenant « un éclat très vif des yeu.x », qui se produisit dans la huitième semaine, op. cit., p 19i.
seulement beaucoup plus lard (cent treizième jour), que les sons, en se disjoignant, devinrent saccadés comme ceux du rire. Un autre enfant de Darwin, à l'âge de soixante-cinq joujis,
accompagnait un sourire de « sons très analoguesù ccuxdii rire ». Un rire suivi de toutes les indications d'une véritable gaîté, se produisit chez un de ses enfants le cent dixième jour, quand on s'avisa d'amuser l'enfant en lui jetant un tablier sur la figure pour le retirer ensuite soudainement ; et, pour varier le jeu, le père découvrait soudainement sa propre figure et l'approchait de celle de l'enfant. Il ajoute que trois ou quatre semaines plus tôt, le petit garçon semblait goûter comme une bonne plaisanterie un petit pincement sur le nez et les joues.
Preyer donne pour les premiers sons du rire, comme pour le sourire, une date antérieure à celle de Darwin. Il dit avoir observé chez son fils, dès le vingt-troisième jour, un rire visible et audible, qui éclata à la vue d'un rideau rose. Les mêmes sons furent répétés dans les semaines suivantes à la vue d'objets colorés qui se balançaient lentement, et à l'audition de sons nouveaux, ceux du piano. Il nous dit aussi qu'un rire éclatant et prolongé, reconnaissable comme tel pour une personne qui ne regardait pas ce qui se passait, survint pour la première fois vers le huitième mois, tandis que l'enfant jouait avec sa mère. Parmi les autres observations, il suffira peut-être de citer celles d'une des personnes qui en ont fait avec le plus grand soin, Miss Shinn. C'est elle, on s'en souviendra, qui fait remonter au premier mois le premier sourire de Ruth : elle donne comme date au premier rire véritable le cent dix-huitième jour. II fut provoqué par la vue des grimaces que la mère faisait à sa fille. 11 n'est pas inutile d'ajouter que la jeune Ruth accomplit son troisième exploit onze jours plus tard^
Dans ce cas encore il est probable que nous n'avons pas seulement à tenir compte des différences de précocité chez les enfants observés, mais aussi de la diiïiculté qu'il y avait à déterminer avec certitude un exemple bien net du mode d'expres-
1. Miss Shinn a bien voulu me laisser voir toutes ses notes originales, auxquelles j'emprunte ((uel(iues-uns des faits que je cite.
sion dont il s'agissait'. C'est, la chose n'est pas douteuse, par degrés et non d'un seul coup, que l'enfant arrive à exécuter et à répéter complètement notre rire. Darwin l'établit pleinement et Preyer l'admet. Et cependant, de toute la série des sons plus ou moins analogues au rire, qu'émet un enfant dans les étals de plaisir, combien en est-il qu'on doive regarder comme rentrant dans le développement du rire, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Miss Shinn a entendu Rulh émettre de petits gloussements de deux syllabes le cent cinquième jour, c'est à-dire treize jours avant celui oîi se produisit le véritable rire. Elle note sous la date suivante, cent treizième jour, c'est-à-dire cinq jours encore avant le rire, que l'enfant a fait entendre de nouveaux sons gutturaux : cris analogues au chant du coq (crowing), croassements, etc., et montré une forte disposition à varier les sons en signe de contentement. Il est difficile de ne pas croire que ces sons étaient comme des stages préparatoires dans le développement du rire-.
Il est assez certain que le rire vient après le premier sourire. Sans doute les paroles de Preyer paraissent indiquer que le premier rire (vingt-troisième jour), vient avant le premier sourire (vingt-sixième jour) ; mais la manière dont il rend compte du développement de l'un et l'autre, montre clairement que telle n'est pas sa pensée. Il dit nettement que le rire n'est pas autre chose qu'un sourire renforcé et sonore (laut) ; il remarque en outre, que « chez tous les enfants également, l'expression du plaisircommence par un sourireàpeine perceptible qui graduellement passe au rire dans le cours des trois premiers mois.» II ajoute que ce développement dépend de celui des centres cérébraux supérieurs et de la capacité d'avoir des perceptions'.
Le premier rire est, comme le sourire, une expression de plaisir. Selon Preyer, le rire n'est qu'une manifestation de plaisir
1. 11 est regrettable que Preyer ne décrive pas avec quelque précision les sons émis par son enfant le vingt-troisième jour.
2. Miss Shinn insiste sur ce fait que le rire ne sortit pas du gloussement, puisqu'il sembla faire son apparition, ainsi que cela arrive pour beaucoup de sous articulés, comme quelque chose de complet du premier coup: mais c'est justement à cela qu'on doit s'attendre si le rire est un son héréditaire.
?,. Op. cit., p. 197
LES ORIGINES DU lUUE 15^7
plus marquée. Il indique cependant un degré plus élevé dans la conscience d'un état agréable. Tandis que les premières ébauches maladroites du sourire ne dénotent qu'un état agréable de réplétion, les premiers essais du rire sont des réponses à des perceptions sensibles réjouissantes, comme celle des objets colorés qui se balancent et celle des sons nouveaux du piano. Ce rire à la suite de sensations optiques et acoustiques nouvelles, fut suivi, selon Preyer, entre la sixième et la neuvième semaine, par un rire exprimant plus distinctement la joie ou l'allégresse, dans un moment oîi l'enfant regardait la figure de sa mère et semblait la reconnaître. Ce rire de la gaîté mentale semble, dans le premier âge, environ au quatrième mois, s'alliera des mouvements des membres (élévation et abaissement des bras, etc.), comme un signe complexe de bonne humeur ou de joie ^
Je ne saurais dire dans quelle mesure le moyen de provoquer le rire mentionné par Darwin, c'est-à-dire le jeu qui consistait à découvrir tout à coup la tête de l'enfant ou sa propre tète, impliquait un commencement de plaisanterie. Il montre, du moins, l'étroite relation qu'il y a entre le rire et la surprise agréable, c'est-à-dire un choc modéré qui, bien que tout près d'être alarmant, est en somme une cause de joie.
Une autre forme primitive du rire, qui se rencontre aussi chez certains jeunes animaux, est celle qu'excite le chatouillement. Chez les enfants, c'est dans le second ou le troisième mois qu'on l'a observée pour la première fois. Le fils de Preyer répondait par le rire au chatouillement dans le second mois'. Le D'' Léonard Ilill me dit que sa petite-fille, qui était, soit dit en passant, particulièrement sensible au chatouillement, y répondit pour la première fois par un rire dans la dixième semaine.
Puisque notre analyse nous a conduit à regarder l'effet du chatouillement comme un phénomène en grande partie mental et comme amenant l'attitude de jeu, ce fait confirme la conclusion que le rire spécial qui accompagne le jeu se présente sous une forme bien définie dans les trois premiers mois.