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Darwin, Expression of Emolions, p. d'jo

2. A. Lehmann, dans son intéressant exposé du développement de» émotions et de leur expression chez l'individu, émet l'idée que le premier sourire imparfait de l'enfant, qui exprime un plaisir tranquille (the pleasure of sweelness) est, par son mode de production même, lié aux mouvements de la succion (Hauptgesetze des menschl. Gefilhlslebens, pp. 295,

trine soient plutôt que ceux des lèvres et des mâchoires, « alTectés d'une manière spasmodique ^ ».

A en juger par l'intervalle qui sépare le premier sourire du premier rire dans la vie de l'individu, nous pouvons conjecturer que le rire n'est devenu un son franc et réitéré chez riiomine primitif ou chez son prédécesseur immédiat, quel qu'il ait été, qu'à une époque bien postérieure. Nous devons supposer qu'un développement considérable de la puissance vocale était une condition nécessaire pour que l'homme se livrât volontiers à ce mode d'expression émotionnelle. L'étude de l'enfant vient certainement à l'appui de cette idée. Le gazouillement du second et du troisième mois, qui est formé de la répétition d'une foule de voyelles et de consonnes, est peutêtre une préparation au rire, comme il en est certainement une au langage. Les observations de miss Shinn, citées plus haut, sur l'extension du champ des sons vocaux avant l'apparition du premier rire, ont ici une valeur très significative. Elles semblent amener à cette conclusion que, dans l'évolution de l'espèce, le premier rire fût le résultat d'une sélection entre des sons très variés produits durant les états de plaisir.

Supposons maintenant que notre ancêtre animal immédiat s'est déjà élevé jusqu'à des conceptions claires et s'est habitué à émettre dans ses états de plaisir certains sons réitérés. Concevons-le en outre comme ayant des sympathies développées au point qu'elles demandent un moyen d'exprimer non seulement les peines, mais les plaisirs, et plus particulièrement un moyen d'appeler l'attention des autres sur la présence d'objets qui réjouissent et sont les bienvenus, par exemple sur le retour d'un membre de la famille qui est resté quelque temps absent. Un animal de cette sorte éprouverait le besoin de perfectionner ses grimaces et ses sourires primitifs. 11 lui faudrait aussi des manifestations vocales assez fortes pour arriver jusqu'à des oreilles éloignées, quelque chose de correspondant au caquetage de la poule quand elle a découvert un morceau de choix et qu'elle désire attirer ses poussins auprès d'elle. Comment ce perfectionnement s'effectuera- t-il ?

1. \)nv>\in, Expressions of l/ie EmolioHs, pp. 134, I3.j. James Sii.i.y. — Le Rire. M

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On peut se risquer à supposer que les choses se passèrent à peu près comme il suit. La position de la bouche ouverte pour un large sourire était, on peut le dire, favorable d'elle-même à la production de sons vocaux. Nous pouvons, d'après l'analogie avec la position des yeux, y voir « la position première » de la chambre vocale quand elle est ouverte. Cette position primitive se prêterait assez sûrement d'une façon spéciale à l'émission d'une certaine qualité de son, disons du son « eh »', avec quelque chose de l'émission gutturale ou gloussement qui l'accompagne dans le son du rire. Nous pouvons alors supposer que, quand quelques-uns des sons réitérés de babil étaient produits pendant les états de satisfaction et de plaisir, la « position première » était prise. Nous obtiendrions ainsi, comme concomitants psycho-physiques de la position une fois sentie de la bouche ouverte pendant un large sourire ou ricanement, non seulement une disposition à réitérer le « eh » ou quelque son similaire, comme complément de l'acte entier, mais une association et une coordination déterminées entre le mouvement d'ouvrir la bouche et les actions réitérées des muscles de l'appareil respiratoire et vocal. Ainsi nous pouvons comprendre comment, quand l'état agréable exprimé par un sourire augmentait d'intensité, par exemple quand le sentiment de plaisir excité par la vue d'un visage devenait une vraie joie, parce que ce visage était reconnu comme celui d'un membre de la famille, les mouvements s'accentuaient jusqu'à l't'mission d'une sorte de rire.

Je trouve que, pour expliquer cet enchaînement, les phases diverses du développement du rire, telles qu'on les observe chez l'individu, ne laissent pas que d'être suggestives. Miss Shinn remarque que la bouche de Ruth était bien ouverte le cent treizième jour, cinq jours avant le premier rire, pendant qu'on balançait l'enfant en l'élevant et en l'abaissant tour à tour. Sous la date du cent trente-quatrième jour nous voyons mentionné un rire prolongé mais non sonore, composé d'une

1. Coiiiinc nii ]'a indiqué pins liant, le son français lé) semble être le pins fréquent dans le riie des enfants. Preyernons dit que le son allemand correspondant (aj se présente dans le jtremier gazouillement enfantin {Development of Intellect., p. 230).

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succession de larges sourires; et ces observations montrent avec certitude que, à l'approche du premier rire, un sourire développé, qui ne se distinguait du rire que par l'absence des additions respiratoires et vocales, se produisait fréquemment. En d'autres termes, elles nous apprennent que Ruth, vers le temps où elle fit entendre son premier rire, exécutait librement le mouvement facial intermédiaire entre le sourire primitif et le rire véritable.

Cette théorie serait tout à fait conforme au principe de M. Herbert Spencer, daprès lequel les muscles volontaires sont affectés par les états de sentiment dans l'ordre même où leur volume s'accroît, les plus minces étant mis en jeu par les sentiments de faible intensité, les plus épais par ceux d'une intensité supérieure. Mais celte théorie ne suffit pas : nous devons tenir compte aussi de l'ordre de fréquence dans l'emploi des muscles et de la facilité qui en résulte pour la décharge des centres nerveux connexes. Il paraît probable que les muscles mis en action dans les mouvements de la bouche et ceux qui sont exercés par la phonation, sont, pour ces raisons, spécialement sujets à entrer en jeu. Ces tendances générales seraient, conformément à l'hypothèse émise ci-dessus, secondées par des associations spéciales. Celles-ci assureraient la combinaison des deux groupes de mouvements que j'ai supposés employés d'abord d'une manière indépendante comme expressions de sentiments agréables : d'un côté ceux qui se produisent dans le sourire, de l'autre ceux qui concourent aux premiers sons répétés d'un gazouillement quasi-enfantin de satisfaction.

Un des éléments du rire, sa vigueur explosive, semble rester inexpliqué dans cette hypothèse. Ici on peut, je pense, faire intervenir l'efTet du soulagement après un effort, qui est un facteur si commun dans le rire de l'homme. Les premiers rires de l'enfant semblent nous éclairer sur ce point. Par exemple on peut attribuer ce qui se passe dans le chatouillement, dans le jeu de bo-peep (coucou ! ah le voilà!) et à la vue des grimaces de la mère, à l'effet d'une attitude mentale sérieuse tout à coup dissipée. Peut-être le premier rire énergique se produisit-il chez l'homme ou son plus proche ascendant quand le senti-

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ment de la sécurité succéda à lélreinte de la peur ou à l'effort de la lutte. Si le rire primitif fut ainsi l'effet d'une énergie concentrée cherchant à s'épancher, cette circonstance nous aiderait à expliquer la prolongation aussi bien que la force des sons.

Notre conjecture ne peut prétendre à être une véritable hypollièse. Elle n'essaie nullement d'expliquer les formes précises des changements qui affectent à la fois le sourire et le rire. Tout au plus est-elle un aperçu rudimentaire d'un mode possible de la génération du rire.

J'ai traité ici de la genèse du rire considéré sous son aspect le plus général comme expression des états agréables de sentiment. Cependant nous avons vu, dans les trois premiers mois de la vie, surgir une autre variété de rire nettement spécialisée, celle que provoque le chatouillement. Il résulte de notre analyse de cet effet du chatouillement que c'est une des premières manifestations, sous une forme claire, du rire d'amusement ou de jeu. A ce titre, il impose une attention spéciale à quiconque essaie d'expliquer le développement du rire.

Comme réaction spéciale ayant une forme réflexe bien marquée, il est naturel de se demander si le rire qui répond au chatouillement n'est pas héréditaire, et, s'il l'est en effet, comment il a pris naissance dans l'évolution de la race. Or nous trouvons que des idées ont été émises pour expliquer la genèse de ce curieux phénomène. Nous commencerons par jeter un nouveau coup d'oeil sur les faits, puis nous examinerons les hypothèses mises en avant pour les expliquer.

Ici encore cette question : dans quelle mesure cet effet se produit-il chez les animaux? prend de l'importance. J'ai déjà rappelé la remarque de Darwin, savoir qu'un jeune chimpanzé, quand il est chatouillé, particulièrement sous les aisselles, répond par une sorte de rire. Le son a quelque chose du gloussement ou du rire. L'émission de ces sons est accompagnée d'une rétraction des coins de la bouche et quelquefois d'un léger plissement des paupières inférieures ^ Le D"" Louis Robinson publie d'autres observations au sujet de l'effet du chalouil-

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