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DÉVELOPPEMENT DU RIRE PENDANT LES TROIS PREMIÈRES ANNÉES DE LA VIE

Après avoir examiné les germes primitifs et nettement héréditaires de la tendance au rire chez l'enfant^ nous pouvons chercher comment le rire se développe et se spécialise dans les premières années de la vie. Sans doute les études récentes sur l'enfance n'ont pas encore, que je sache, enregistré méthodiquement les changements que subit cette expression intéressante de notre sensibilité; mais cependant peut-être parviendrons-nous, à l'aide des données qui nous sont accessibles, à en suivre le développement dans ses principales directions.

Nous trouvons ici deux problèmes qui sont étroitement liés : (a) comment les mouvements expressifs eux-mêmes, le rire et le sourire, changent-ils et se différencient-ils? et (6) comment le processus psychique qui précède et provoque ces mouvements j expressifs, devient-il lui-même plus complexe et plus différencié, en prenant les formes variées de gaîté ou d'amusement énumérées plus haut ?

En traitant de ces manifestations primitives, nous chercherons naturellement les réactions qui sont spontanées en ce sens qu'elles ne sont ni dues à l'imitation, ni enseignées par autrui. Toutefois, il ne sera pas toujours facile de déterminer celles qui ont ce caractère. J'ai déjà fait remarquer ci-dessus que le rire est un des mouvements expressifs les plus contagieux. On peut par conséquent prévoir que les enfants, qui sont très enclins à l'imitation, se montreront particulièrement sen-l sibles à cette contagion.

Cependant les difficultés ne sont pas en réalité aussi formidaUles qu'elles pourraient le sembler tout d'abord. Si l'enfant

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est, d'une part, éminemment sensible à la contagion, d'autre, part, dans aucune autre expression de ses sentiments, il n'est plus spontané. Un observateur attentif peut facilement distinguer le rire « naturel « ou spontané, à sa rapidité et à sa franchise. Ce n'est pas tout : on peut observer une diflerence dans le ton du rire lorsqu'il est entièrement naturel et sincère, et quand il n'est qu'une imitation artificielle. Le ton du rire affecté est bien connu des observateurs attentifs de l'enfance. Il est particulièrement reconnaissable lorsque l'enfant n'imite pas simplement sur le moment le rire des autres, mais que les autres lui ont suggéré l'idée qu'une chose est risible. La nièce de Miss Shinn, à la fin de sa seconde année, faisait entendre un rire forcé quand elle entendait les autres employer le mot « drôle ».

La meilleure garantie contre cette erreur, c'est de choisir un enfant seul et que nul entourage gai n'influence. Ceci n'est pas nécessairement une expérience aussi cruelle qu'elle le paraît. Dans le milieu oîi vivait la joyeuse petite Ruth, il n'y avait pas, nous dit-on, une seule « personne rieuse «. Cette circonstance donne une grande valeur aux observations faites sur cette enfant. Selon toute probabilité, son rire ne venait que d'elle et lui était aussi personnel qu'aucune chose puisse l'être chez un enfant.

On peut ajouter que, même si nous ne pouvions pas éliminer l'élément imitatif et artificiel, il y aurait toujours, dans la gaîté libre et personnelle de l'enfant, un champ assez étendu pour l'observation attentive. Car, ainsi que le savent ses amis, il rit assez souvent de bon cœur pour des choses qui, sur nous autres, personnages mûrs et mornes, n'ont aucun effet ou en produisent un tout différent.

Sur le développement des mouvements expressifs eux mêmes je ne puis trouver que peu de données. Elles suffisent cependant pour montrer que le processus de différenciation commence dès la première année. Mistress Moore nous dit que son petit garçon acquit dans la trente-troisième semaine une nouvelle forme de sourire, « qui remplaça graduellement, mais non pas entièrement, le sourire à bouche largement ouverte des mois précédents... Le nez était plissé, les yeux presque fer-

mes... Ce sourire paraissait exprimer un plaisir extrême et plus conscient '. » Preyer remarque qu'il vit se développer chez son fils, dans les trois derniers mois de la première année. « un mouvement de rire plus conscient «, qui, on peut le présumer, avait un caractère diflférent comme mouvement expressif. Dans le cas du petit garçon G..., dont j'ai parlé ailleurs, une note nouvelle et bien distincte fut découverte dans le rire de défi (auquel nous reviendrons plus tard) qui fit son apparition de bonne heure dans la seconde année. -Mistress Hogan dit avoir remarqué un « rire malicieux » (mischievous) à làge de cinquante-cinq semaines, tandis que Preyer remarque que le premier « rire fripon w (roguish) se présenta chez son fils à la fin de la seconde année. Il est grandement à désirer que Ton enregistre avec plus de précision les changements phonétiques du rire dans les trois premières années.

Les mouvements du rire sont soumis aux lois générales de nos mouvements, la Répétition et l'Habitude. Ils tendent à se perfectionner par la pratique, et ce perfectionnement a probablement pour résultat de renforcer et d'étendre la commotion générale de l'organisme qui produit la réaction. Chatouillez un enfant de quatre ans ; il rira beaucoup plus vigoureusement qu'un enfant de deux ans-. De plus l'exercice fréquent de la fonction semblerait, comme on l'a déjà fait entendre, amener dans les centres moteurs d'oîi sort la décharge du rire un état très marqué d'instabilité ; si bien qu'une très légère application du stimulant, ou (comme dans le cas du chatouillement) la simple menace de l'appliquer, suffit à provoquer la réaction. Enfin, ce travail d'organisation arrivera évidemment à bien fixer la connexion dans les centres cérébraux entre l'effpt de l'excitation et la réaction motrice. Nous disons que la tendance au rire s'est associée à un genre défini de présentation sensible. Le rire par lequel un enfant répond immédiatement aux doigts qui menacent de le chatouiller, est un exemple clair du résultatd'une telle coordination sympathique. D'autres exemples s'observent quand un spectacle ou un son particuliers revêlent

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