‹ Essai sur le rireChapitre 42 sur 112 · Rev. Diiir Macdonald, Afrlcuna (1882), I, p · texte numérisé non relu

Rev. Diiir Macdonald, Afrlcuna (1882), I, p

:2. 11 est vrai que le Rév. Dr. FoUiott répond assez ironiquemeat à cette

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Il est juste de reconnaître que les voyageurs eux-mêmes n'ont pas été assez sots pour soutenir cette opinion. Pourtant quelques-uns d'entre eux ont tiré des conclusions précipitées du fait qu'il ne leur était jamais arrivé d'entendre rire les membres de telle ou telle tribu. Nous trouvons un exemple curieux de cette façon de raisonner sur des preuves négatives tout à fait insuffisantes,, dans la discussion qui eut lieu il y a quelque temps pour savoir si certains indigènes de Ceylan, connus sous le nom de Weddas, appartenaient à l'espèce de « l'animal qui sait rire ». Un certain M. Hartshorne affirma hardiment que ces Weddas ne riaient jamais, alors même qu'on mettait leur sérieux à l'épreuve et qu'ils se trouvaient en présence d'autres gens qui se tordaient de rire. Un autre voyageur nous aide à nous expliquer cette discussion en remarquant qu'ils sont tantôt « taciturnes et moroses, lorsqu'ils ont faim, tantôt, quand ils n'ont pas faim, insouciants et prompts à rire ». Évidemment Hartshorne doit les avoir observés dans un moment de faim très sérieuse. Peut-être, après tout, au contraire de Mary Kingsley, dont quelques-uns se rappellent l'observation plaisante, il y avait quelque chose en lui qui excitait l'appétit ^

On trouve d'autres exemples de conclusions tirées à la légère d'observations insuffisantes. Ainsi un A^oyageur, Bâtes, dit que les Indiens du Brésil sont d'un tempérament flegmatique et apathique. Von den Steinen, qui les visita après lui, donne une impression toute différente ; il fait à un certain moment cette remarque « que les Indiens et les Indiennes, silencieux d'ordinaire, ne cessaient de bavarder, et que le rire d'Éva résonnait fort gaîment » (Lustig heraus) -.

assertion étonnante en disant : « Donnez-lui la moderne Athènes, notre savant ami (Broughain) et la Société de la SimiH-inlellirjencc : ils lui apprendront à rire ». I^ourtant il semble étrange qu'une assertion si hasardée n'ait pas valu à son auteur des reproches sur son ignorance étonnante.

1. Les ciu'ieux pourront suivre la discussion dans les publications suivantes : Indian Antiqucwy, vol. VIII, p. 316; cf., E. Ueschamps, l'aya clex Weddas, p. b78-9; The Taprobaman, vol. I, p. 192 et suiv. Le voyageur Allemand Sarazin soutient ce dernier écrivain et dit que les Veddas « lachen gerne », quoupie quelques-uns d'entre eu.v aient mauvais caractère et ne rient pas. Nalurforschunçien auf Ceyloii, p. 378 et 540.

'i. Cari von den Steinen, Vnter der Naturviilkern Zenlral-BrasiUens. p. 61.

Ces contradictions apparentes dans les notes d'observateurs différents indiquent, il me semble, quelque chose de plus que des circonstances accidentelles et l'humeur particulière de la tribu au moment où on la rencontre. Tout le monde ne possède pas l'art de provoquer le rire. Voyez combien de grandes personnes font en vain des efforts méritoires pour exciter l'hilaritc' des enfants. Il semble qu'on ne puisse amener à son plein épanouissement la gaîté de ces enfants de la nature, si l'on ne possède pas cette bonhomie aisée qui rassure la timidité, un peu de sympathie fraternelle, et le talent de persuader à ses auditeurs qu'on est semblable à eux*. Il faut toujours tenir compte de ce facteur dans l'équation personnelle de celui qui observe les mœurs des sauvages. On a plaisir à constater que les missionnaires ont si souvent réussi à voir les païens dans leurs moments de joie : cela fait honneur à leur humanité naturelle.

L'impression générale qui ressort de ces récits, c'est que les tribus sauvages, loin de rester plongées dans un désespoir morne, possèdent au contraire une gaîté facile et copieuse. De même que les enfants, elles semblent exprimer leurs émotions avec une grande liberté, et leur rire et les manifestations de leur humeur joyeuse sont du genre le plus énergique. Darwin nous dit que ses correspondants, missionnaires et autres, l'ont fixé sur ce point. Un rire bruyant accompagné de gambades et de battements de mains, et souvent poussé jusqu'aux larmes, est un des traits remarquables qui caractérisent les Australiens et d'autres tribus sauvages-. D'autres témoignages confirment celui de Darwin. Sturt, par exemple, nous dit que les indigènes du centre de l'Australie sont des gens gais, et qu'ils veillent toute la nuit en riant et en causant^. Les observations plus récentes de Lumholtz confirment l'opinion que les indigènes sont très enjoués'*. Les Maoris de la Nouvelle-Zélande

1. Ceci s'applique naturellement à l'ensemble des qualités sociales qui dénotent la bonté. F. Nancen reproclie au missionnaire Egede de représenter les Groenlandais sous un faux jour en disant qu'ils sont impassibles.

i'. Expression of the Emolions, 1, p. 209.

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