‹ Essai sur le rireChapitre 45 sur 112 · Cruickshank, Gold Coast of Africa, loc. cil · texte numérisé non relu

Cruickshank, Gold Coast of Africa, loc. cil

;<. Musters, Al Home wilh Ihe Palaf/07\ianft (1873), p. 167.

LE llIRE DES SAUVAGES 209

Rengger, par exemple, remarque, à propos des Indiens du Paraguay, qu'ils sont sérieux et sombres (di'isler); que rarement ils rient, et que jamais ils ne se laissent aller à un rire bruyante II y a probablement des tribus sauvages sérieuses, comme il y a des enfants sérieux en Angleterre et dans d'autres pays civilisés. Il serait étrange d'ailleurs que les traitements infligés aux Indiens d'Amérique et aux autres races primitives par les conquérants civilisés n'eussent pas fait prendre souvent, même à des hommes naturellement gais, une attitude un peu sombre, du moins en présence de l'homme blanc. Par conséquent ces exceptions ne paraissent pas infirmer notre conclusion générale, savoir que le rire tient une large place dans la vie des peuples non civilisés.

Les descriptions que ces voyageurs nous donnent des mouvements par lesquels s'exprime la gaîlé chez les tribus sauvages sont généralement incomplètes ou inexactes. On pourrait induire de là que le rire du sauvage ressemble fort au nôtre. Cependant ce serait une conclusion précipitée ; car (ne l'oublions pas), il est difficile, pour celui qui n'est pas habitué aux observations d'un genre délicat, de noter avec précision des mouvements aussi complexes et aussi fugitifs que ceux qui expriment la joie et la gaîté. On n'a pas encore employé, il me semble, l'appareil photographique et le phonographe, pour enregistrer ces formes, probablement primitives, du rire, avant qu'elles disparaissent de la terre.

Darwin, ainsi que nous l'avons vu, s'était assuré des larmes dont les yeux sont baignés dans la joie. Les mouvements concomitants des mains et des pieds semblent être communs. Une description plus précise de ces mouvements est donnée par Ling Iloth. Les Tasmaniens, nous dit-il, accompagnaient leurs bruyants éclats de rire de mouvements qui consistaient à porter les mains à la tête et à frapper vivement le sol de leurs pieds-. Le son retentissant, émis à pleine poitrine, du rire des hommes, est quelquefois noté spécialement. Un des derniers visiteurs de l'Afrique centrale regrette que, sous l'intluence des

J. SuiKjethiere von Parujuay (1830), s. 10. •2. Aborigines of Tasmania [1'' éà'ii), p. 38. J.\..MES Si'LLV. — r.>c Rire. 14

Européens, le rire cordial, à pleins poumons, des hommes, soit en train de céder la place dans la jeune génération à ce qu'on appelle « le rire étouffé des missions »^

J'ai rencontré aussi un écrivain qui essaie de décrire l'expression d'une gaîté plus tranquille. La bonne humeur, chez les naturels des îles Andaman, se manifeste, paraît-il, par le brillant des yeux et par un plissement de la peau qui les entoure, en même temps que par la rétraction en arrière des coins des lèvres qui laissent la bouche entr'ouverte-. On peut conclure de là que les mouvements de la face correspondent à peu de chose près avec l'expression caractéristique que nous avons trouvée chez les enfants des races civilisées, quoique les différences physiques de race introduisent aussi de légères différences dans les mouvements expressifs du rire^.

La plupart du temps ce rire des sauvages est l'effet d'un état d'esprit joyeux; il est l'épanchement d'un bien-être moral que ne trouble aucun souci, aucune inquiétude. Cette « allégresse » persistante, pour employer notre langage imparfait, est d'une grande utilité pour ceux qui la possèdent. On nous assure que la gaîté naturelle des Maoris les soutient dans les moments d'épreuve. Ils sont pleins de verve alors même lorsqu'ils manquent de nourriture en voyage*.

Mais nous ne trouvons pas seulement dans le rire des sauvages un signe général de gaîté et d'humeur joyeuse. Il s'est aussi spécialisé pour exprimer des conditions et des attitudes mentales analogues à celle que manifeste le rire de nos propres enfants.

Ainsi nous trouvons des exemples d'un rire qui survient comme une réaction contre certaine honte ou timidité. Un missionnaire nous rapporte que deux jeunes garçons avaient eu la petite vérole et ne s'étaient pas vus depuis un mois. Quand ils se revirent dans la maison du missionnaire, ils commencèrent par cacher l'un à l'autre leurs visages défi-

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