‹ Essai sur le rireChapitre 46 sur 112 · Angas, lac. cil · texte numérisé non relu

Angas, lac. cil

gurés. Enfin ils reprirent courage et, après s'être lancé plusieurs coups d'oeil à la dérobée, ils se regardèrent face à face et éclatèrent de rire, le plus âgé disant à l'autre : « Nous sommes marqués tous les deux' ». Ici la délivrance d'une gêne et dune sorte de honte était la cause principale du rire, bien que ce sentiment eût été fortifié sans doute par un sentiment de Iriomphe, quand chacun d'eux découvrit qu'après tout il n'était pas plus malheureux que l'autre. Un écrivain nous rapporte que dans l'Afrique Orientale « jamais un esclave ne casse un objet sans un rire instinctif déplaisir »-. Il attribue ce rire à l'amour de la destruction ; cependant c'est peut-être, en partie du moins, comme celui d'un enfant méchant, un rire de bravade cachant la conscience de la méchanceté, un moyen d'étoufTer un sentiment naissant de honte. Il est présumable en effet, d'après ce que nous dit le même écrivain, qu'un esclave de l'Afrique Orientale ne détruit pas impunément ce qui appartient à son maître. En même temps on peut accorder qu'un acte de destruction peut être par lui-même pour un sauvage, comme il l'est souvent, hélas ! pour un jeune garçon d'Angleterre, une manière aisée de se procurer un sentiment de triomphe soudain.

Les sauvages ressemblent plus sensiblement aux enfants par les attaques joyeuses qu'ils introduisent dans leurs jeux. Ici nous voyons une analogie entre l'attitude mentale d'un sauvage et celle d'un enfant un peu âgé. Rien ne ressort plus clairement des relations oîi l'on nous parle des peuples non civilisés que leur passion pour la taquinerie, y compris les tours qu'ils se jouent réciproquement.

Leur amour de la taquinerie est attesté par plus d'un écrivain. Une bonne autorité nous assure que les sauvages « se taquinent les uns aux autres beaucoup plus librement et plus gaîment (Scherzhaft) que les Européens » '. Ce goût prononcé qu'ils ont pour la taquinerie éclate dans la façon dont ils singent entre eux leurs défauts, et c'est un point sur lequel nous allons nous arrêter. Dans certains cas la taquinerie, comme entre nos

Page 1