‹ Essai sur le rireChapitre 51 sur 112 · LK HIUK DES SAU YACKS · texte numérisé non relu

LK HIUK DES SAU YACKS

encore par les Européens qui viennent leur rendre visite, poussés par un désir vertueux de les réformer et de les civiliser.

Disons d'abord quelques mots de Ihilarité qui accueille les manières d'une tribu différente. Le spectacle de l'étranger sera particulièrement amusant quand il s'y prendra maladroitement pour faire une chose tout à fait familière à la tribu de l'observateur. Les Taïtiens, à ce qu'il paraît, excitent la risée des insulaires du voisinage quand ils essaient de tuer les tortues on les étranglant. Comme on peut le supposer, c'est la promptitude, si souvent salutaire pour l'animal, avec laquelle il rentre sa tète sous sa carapace, qui donne à ces tentatives un air d'absurdité. Ainsi encore les naturels de certaine île furent prodigieusement amusés d'apprendre que ceux d'une autre île, oîi l'on était moins éclairé, venaient d'entrer en possession d'un instrument tout nouveau pour eux, une paire de ciseaux; et qu'ils avaient essayé de les aiguiser en les passant au four ^ Ces deux exemples nous montrent cette idée encore à l'état obscur, que la justesse des choses est déterminée non par (( notre manière à nous » de les faire, règle toute relative, mais par une règle objective.

Si les sauvages aiment à s'égayer des manières des étrangers, la conduite des blancs qui viennent les visiter paraît être pour eux le champ le plus fertile en divertissements de ce genre. Ici les différences sont si tranchées, la distance qui sépare les façons de l'étranger de celles de leur tribu est si grande, l'impossibilité où il est de la franchir si visible, que leur sens primitif du ridicule est énergiquement excité. Ils voient cette race étrange des blancs faire une foule de choses qui les frappent comme extraordinaires et absolument inutiles. Si l'Anglais rit de l'étranger qui ne prend pas son « tub « chaque matin, le simple enfant de la nature, renversant les rôles, s'égaie de nos ablutions compliquées. C'est ainsi que les Fuégiens, quoiqu'ils passent une partie de leur vie dans l'eau, n'ont jamais l'idée de se laver ; aussi « lorsque les Européens arrivèrent chez eux pour la première fois, la vue d'un homme

Page 1