‹ Essai sur le rireChapitre 53 sur 112 · Lichtenstein, op. cil.. II, p · texte numérisé non relu

Lichtenstein, op. cil.. II, p

3. Burchell, Travels in Southern Africa (1822), vol. II, p. 339.

LE UlKE DES SAUVAGES 221

dépourvus de tout sens apparent, si on les lui présentait tout à coup de la môme façon.

Quand les actes de l'homino blanc ne sont pas absolument nouveaux, il peut s'exposer par leur apparente bizarrerie au rire de ces peuplades jojeuses. On aimerait à connaître toutes les plaisanteries que les naturels de l'Afrique du Sud, de la Polynésie et des autres régions encore habitées par le joyeux « Enfant de la Nature » (Naturkind), ont faites sur les gestes et le langage de leurs visiteurs blancs ! Seulement il ne serait pas facile d'y parvenir. Nous savons du moins quel accueil ils font d'ordinaire à quelques-unes des manifestations les plus remarquables de noire civilisation. Voici comment se comportèrent quelques femmes de la Tasmanie ciuand elles entendirent pour la première fois chanter à la façon des Européens. Tant que dura le chant elles écoutèrent attentivement, et quelques-unes ensuite applaudirent par de bruyantes acclamations ; d'autres riaient à se tenir les côtes, tandis que les jeunes filles, plus timides sans doute, gardaient le silence ^ Ce rire était probablement autre chose que l'expression d'un plaisir sans bornes. On peut supposer que celles qui riaient étaient plus frappées que les autres de ce qu'il y avait d'absurde dans cette manière extraordinaire de chanter. Si nous passons à un art tout voisin du précédent, on nous assure que les danses qui nous charment peuvent paraître ridicules aux sauvages qui les regardent. Les indigènes de Sumatra, nous dit un auteur, ont des danses très lentes que les Européens trouvent risibles. Mais, chose assez plaisante, ils trouvent à leur tour que nos danses ordinaires sont « on ne peut plus ridicules ». Ils comparaient nos menuets (?) à une bataille entre deux coqs de combat -. On se demande ce qu'auraient dit ces amateurs des danses lentes, s'ils avaient vu danser aussi un galop. Les arts raffinés des hommes civilisés risquent toujours d'exciter le rire des peuples inférieurs.

Le rire de ces cires ignorants éclate quand l'homme blanc, avec toute son intelligence, ne peut réussir aux choses qu'ils font eux-mêmes avec tant de facilité. Uien ne Leur cause plus

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