‹ Essai sur le rireChapitre 57 sur 112 · Sarazin, op. cit., III. p · texte numérisé non relu

Sarazin, op. cit., III. p

LE lUUE DES SAUVAMES 227

soin dans une calebasse, croyant que c'était la crème du plat. Elle le gronda alors de sa sottise et lui fit voir que cette crème savoureuse, une fois fondue, s'était réduite à rien ^ Ceci nous fait penser aux contes innombrables du moyen âge et nous montre combien, par tous pays, l'incompétence de l'homme est exposée aux joyeux sarcasmes de la satire féminine.

Ces traits fréquents lancés par un sexe à l'autre sont intéressants en ce qu'ils font bien comprendre la différence des règles d'après lesquelles juge chaque groupe social. Si le mâle fait rire de lui quand il intervient maladroitement dans les mystères de la cuisine, que sera-ce lorsque, sur son propre terrain, il sera battu par l'autre sexe? M. Ling Roth, dont l'attention semble s'être dirigée tout particulièrement sur les manifestations de la gaîté des sauvages, nous raconte que des femmes qui étaient allées dans un bateau à rames recueillir des huîtres, joutèrent de vitesse avec l'équipage d\m canot européen, et parvinrent à battre leurs adversaires; sur quoi il y eut une belle explosion d'hilarité féminine et maint quolibet à l'adresse des hommes qui s'étaient laissé battre par des femmes^. Ici certainement nous trouvons une nuance d'un sentiment plus élevé, et tout au moins une idée obscure des formes permanentes et universelles de la convenance des choses.

L'exemple le plus clair que j'aie rencontré de ce que nous pourrions appeler une plaisanterie de pince-sans-rire, se trouve dans l'ouvrage que je viens de citer. Il paraît qu'un vieux sorcier stupide convoqua un jour une grande réunion de chefs pour décider avec eux du nom qu'il donnerait à ses enfants. Ces enfants, assurait-il n'étaient pas véritablement les siens, mais ils avaient été engendrés par certains esprits, (les Antus ou Hantus). Un des chefs ne fut pas du tout charmé d'être venu de si loin pour entendre de pareilles sottises : que fit-ir? « Il feignit, au milieu du discours du sorcier, d'avoir une attaque de nerfs, tomba sur le dos, haletant comme un homme qui suffoque et agitant en même temps ses pieds en l'air convulsivement ». L'interruption mit fin à cette séance fastidieuse et du coup le chef fut délivré de son ennui. Ce ne fut pas du tout : le charlatan

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