Ling Roth, Saraivak and British Norlh Bornéo, I, p
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désappointé dut payer, pour avoir permis aux esprits d'attaquer un de ses hôtes, une indemnité de quelques volailles au chef qui avait interrompu la cérémonie ^ L'histoire est instructive en ce qu'elle montre la tendance qui se produit, aussitôt qu'il y a des classes bien tranchées, à s'entendre contre un homme d'une autre classe. Peut-être en efifet trouvons-nous, dans cette amusante faconde tromperie trompeur, quelque chose comme cette disposition des rois et des peuples à se divertir aux dépens du clergé, qui était un des traits si marqués de la gaîté du moyen âge.
Nous pouvons bien ici dire en quelques mots comment la tendance au rire s'organise chez les tribus sauvages en divertissements réguliers. Une des choses que l'homme blanc peut apprendre de ces populations si mal comprises est l'art de se divertir en commun. Sans salons somptueux, sans vaisselle plate ni vins rares, sans salles de théâtre ou de concert, ils savent se procurer en abondance, en se réunissant, des plaisirs naturels et sans prétention. Lorsqu'ils sont délivrés, nous dit un voyageur, de la présence des étrangers, ils ont d'ordinaire entre eux des relations faciles et cordiales. Autour de leurs feux ils chantent et devisent, et les vieillards, avec force inventions et hâbleries, content leurs prouesses de guerre et de chasse. « Les plaisanteries circulent sans contrainte, et le rire est prolongé sinon bruyant- ». •
Le plaisir par excellence, dans ces réunions, c'est de contrefaire les particularités des autres tribus et des Européens. La mimique, fondement de l'art du comédien, est souvent portée, chez ces sauvages ignorants, à un rare degré de perfection, et ils y attachent un grand prix. Lorsque, nous dit un missionnaire qui a visité les tribus les plus reculées de Victoria, lorsqu'un naturel sait imiter les particularités de quelque membre absent de la tribu, rien n'est plus commun que de voir tout le camp se tordre de rire. Les indiens du Brésil excitent le rire aux dépens des particularités des autres tribus, de leur barbe par exemple, à l'aide d'une vive pantomime 3. Cette
i. Ling Roth, op. cit. I, pp. 83-4.