‹ Essai sur le rireChapitre 59 sur 112 · Von den Steinen, op. cil., p · texte numérisé non relu

Von den Steinen, op. cil., p

LE lîlRl'] DES SAUVAC.ES 229

inimiquu, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, reproduit aussi les manières étranges de l'homme blanc. Les indigènes de la Nouvelle-Galles du Sud étaient devenus si habiles dans cet art qu'on a écrit d'eux ceci : « Ils reproduisent si exactement les bizarreries, le costume, la démarche, le maintien, la mine de tous les Européens qu'ils ont vus depuis le gouverneur Philipps jusqu'à l'époque actuelle, qu'on trouve dans ces imitations une sorte de registre historique où revivent les actes et les caractères' ». Selon la même autorité, les Taïtiens observent d'un regard pénétrant les manières, les actions et même la physionomie des étrangers : et s'ils trouvent chez eux quelques défauts singuliers ou quelques bizarreries, ils ne manquent pas de s'en égayer-! Un autre voyageur nous assure que les aborigènes de Victoria étaient des mimes admirables, qu'on les voyait souvent, après avoir assisté au service religieux chez les blancs, « prendre un livre et, avec beaucoup de succès, imiter tout ce qu'avait fait l'ecclésiastique, puis rire et prendre grand plaisir aux applaudissements qui les acccueillaient^' ». On rencontre aussi ce talent d'imitation chez les Indiens de l'Amérique du Nord. Les indigènes de la Californie donnèrent aux blancs d'Amérique le surnom de « Who'hah », d'après le cri « Whoa-Haw », qu'ils entendaient pousser par les premiers émigrants conduisant leurs bœufs. « Quand un Indien voit un Américain venir à lui sur la route, qu'il crie à ses compagnons : « Voici un Wo'hah qui arrive », et qu'il agite ses bras en même temps comme s'il conduisait des bœufs, il soulève aussitôt des rires convulsifs ' ».

A côté de cette habileté pour la mimique, les sauvages possèdent une aptitude remarquable à se servir de la parole pour les caricatures descriptives, les bons mots et les piquantes réparties, et font, nous dit-on, dans toutes ces occasions, un usage fréquent de l'ironie.

La culture de ces germes de talent amène naturellement ceux qui les possèdent à se spécialiser dans une certaine mesure.

Page 1