Op. cit., p
.■). Brough Smyth, op. cil,. [,- p. 2'J.
4. \o7ih American Etluioloi/^/.(i.-W. Powell), vol. III.. p. ilO.
230 ESSAI SUn LE RIRE
De nombreux témoignages nous apprennent que ces peuplades sauvages sans culture possèdent leurs pantomimes, leurs bouffons, leurs beaux esprits en titre. Nous lisons même qu'on trouve des formes rudimentaires d"un art comique chez des races tout à fait inférieures, comme celles des Australiens et des Tasmaniens. Ainsi Lumholtz parle des pantomimes dansées des noirs de l'Australie ^ et Ling Roth nous assure que les Tasmaniens ont leurs boufTons et leurs bateleurs qui représentent les particularités des individus avec une vérité surprenante-. Chez les indigènes de Sumatra on trouve de même des plaisants attitrés qui, par la bouffonnerie, la pantomime, les jeux de mots, les réparties, la satire, tiennent la compagnie en joie pendant les nuits de fête *. Dans certains cas ces plaisants sont nommés par un chef, de même que chez nous un boufîon était d'ordinaire choisi par le roi. A Samoa, chaque chef a son farceur en titre, et ce personnage privilégié peut, entre autres libertés, se permettre d'ùter les morceaux de la bouche du chef*. A Kanowit un boufîon privilégié, à qui Ion avait donné un vieux fusil, dit au Résident qu'il avait tué quatorze daims d'une seule balle. Le Résident paraissant étonné, il lui expliqua qu'il avait chaque fois extrait la balle °. Nous trouvons ici la contre-partie exacte des facéties auxquelles se livre le clown dans les cirques d'Europe.
Chez les Esquimaux du Groenland il y a, paraît-il, une sorte de concours en règle où ceux qui aspirent au titre d' « amuseurs )) se disputent la faveur populaire. Après un repas, chacun d'eux se lève à son tour et d'abord bat du tambour et chante pour montrer son talent musical ; il fait aussi ses preuves comme acteur en faisant des gestes comiques, en exécutant avec la figure, la tête et les membres, des grimaces grotesques ^ Ils engagent aussi entre eux une lutte analogue sur la façon dont ils savent remplir leur fonction propre, qu'on vient d'in-