‹ Essai sur le rireChapitre 6 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

S'il convient d'avoir toujours pour les faits le respect qui leur est dû, ce devoir semble s'imposer tout particulièrement ù nous quand nous traitons de la nature et de la signification du rire. Ceci veut dire, on l'a déjà fait entendre, quil faut soumettre à un certain examen l'acte même du rire, la manière dont il s'exécute et les circonstances qui l'accompagnent, et que cet examen doit être fait d'une façon aussi complète que possible.

Vieux et graves comme nous le sommes, nous considérons le rire et le sourire comme des choses accidentelles, comme des oublis d'un moment où, de loin en loin, nous sortons de notre attitude persistante de sérieux. C'est une façon de voir qu'il ne faudrait pas exprimer en termes trop absolus. Chez les types les plus simples de l'humanité, l'enfant et le sauvage, le rire de la joie occupe d'ordinaire une partie des heures de la journée plus considérable que cette opinion ne le laisserait supposer. Un garçon plein d'entrain, dont l'état chronique est une bonne humeur capable de mettre à l'épreuve la patience d'un âge plus mûr et plus rassis, dirait peut-être (si toutefois on pouvait l'amener à exposer une théorie de la vie), que le rire est la manière la plus naturelle de passer le temps, et que le sérieux est une ennuyeuse nécessité qui ne se peut tolérer que de temps ù autre. En tout cas cette façon de voir représenterait assez exactement l'attitude mentale de ces heureux imbéciles dont on a dit qu'ils sont « continuellement joyeux et bienveillants », ne casant jamais de rire ojjLii^..SQurire, et^gue « sur leur figurg" siège souvent un sourire stéréotypé ^ »

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