Voyez Darwin, Expression of (he Einolions, p
KSSAI Sri! LE lilRR
Toutefois, quelque séduisante que puisse être cette tliéorie pour l'ami du rire, elle ne s'accorde pas bien avec la rigueur des faits physiologiques. Le rire complet est, comme la toux et le sanglot, une interruption violente du rythme normal des mouvements respiratoires. Aussi sa fonction dans l'organisme humain paraît-elle se.j2gLrjigr à celle d'une sorte d'explosion passagère.
qîTîl
lîeme un sourire perpétuel, i^îinsparler de tout ce ^t d'insipide pour d'autres que celui qui sourit, ne serait guère compatible, il faut bien le reconnaître, avec le cours égal et régulier des opérations delà vie. Ce qu'on a appelé « la niaiserie d'un sempitprnp] snnrirp » ne va pas en réalité jusque-là.
Le sourire et le rire, envisagés comme faits physiologiques, sont l'un avec l'autre dans le rapport le plus étroit. Un SQurire est, nous le verrons, regardé avec raison comme un rire incom-
us deux sans les
plet. Nous ferons donc bien de les eTïïTtti séparer.
Le sourire comprend un groupe complexe de mouvements de la face. Peut-être sulïira-t-il de rappeler au lecteur des changements aussi caractéristiques que la rétraction et l'élévation légère des coins de la bouche, l'élévation de la lèvre supérieure, qui découvre en partie les dents, et Tincurvation des sillons entre les coins de la bouche et les lèvres (sillons naso-labiauxj. Il y faut ajouter la formation de rides au-dessous des yeux, élément très caractéristique de l'expressioin^ effet et suite des mouaugmentation du brillant des yeux est
vements précédents probablement l'effet de leur tension due à la contraction des muscles adjacents et à la pression de la joue qui remonte ; mais une certaine accélération de la circulation du sang dans la prunelle peut y contribuer pour sa part.
Les modifications de la face sont communes au sourire et au riré^ quoique les yeux, dans les formes violentes du rire, soient exposés à perdre, sous l'épanchement lacrymal qui les çQimce, le scintillement que le sourireamène.
Comme groupe caractéristique de mouvements faciaux le sourire est parfaitement adapté à sa fin qui est l'expression primitive et la plus universelle dun état d'âme agréable ou heureux. Il fait, du moins par quelques-uns des traits qui le
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consliluonl, un contraste marqué avec l'expression des sentiments opposés. Ainsi il est très différent, et par suite très facile à distinguer, do l'expression que prend la figure quand nous pleurons, alors que les paupières sont étroitement serrées et que la bouche s'ouvre largement en dessinant une cavité presque carrée; il ne difTère pas moins du jeu de physionomie qui trahit l'abattement et la mauvaise humeur par l'abaissement des coins de la bouche, l'obliquité des sourcils et les rides du front.
Je viens de parler du sourire primitif et naturel tel qu'on peut l'observer chez les enfants et chez ces adultes qui n'ont pas appris à maîtriser les mouvements spontanés et instinctifs de la face. Dans les classes cultivées d'une société civilisée, non seulement ce sourire est contenu et modifié, mais encore il sert à d'autres usages qu'à l'expression des sentiments élémentaires de plaisir et de joie. Du sourire méprisant, du sourire légèrement ironique d'un supérieur, du sourire amer et sardonique, nous n'aurons heureusement guère à nous occuper ici. Il suffit de remarquer que ces différenciations répondent exactement à celles qui se produisent dans le rire, et d'établir ainsi l'affinité organique qui existe entre les deux.
Nous pouvons passer maintenant à l'étude plus complexe du rire audible. La continuité physiologique qui le rattache au sourire a déjà été indiquée. L'expression de la face est à peu près la même dans le large sourire et dans le rire tranquille. C'est seulement quand le rire devient immodéré que des traits nouveaux viennent s'ajouter nettement aux précédents : ainsi la contraction énergique des muscles qui entourent l'œil amène le froncement des sourcils et l'épanchement des larmes. Ce qui montre combien le sourire et le rire modéré se tiennent de près, c'est la tendance que nous éprouvons, quand le sourire s'épanouit largement et que la bouche est bien ouverte, à exécuter les mouvements respiratoires du rire. Comme Darwin et d'autres l'ont bien indiqué, on passe par une gradation ininterrompue du sourire le plus léger et le plus décent aux éclats les plus retentissants du rire^
l. Voyez, entre autres autorités, Raulin, Le Rire. p. :28.
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On pourrait aller plus loin peut-être et dire que le rire ordinaire passe avec plus ou moins de rapidité par toute la série des formes <{ue nous venons d'indiquer. Chez les personnes lentes à rire, qui, comme on dit, ont de la peine à « se laisser aller », on peut suiNre ces phases successives. Un ingénieux investigateur américain a dit que le rire peut commencer soit par les yeux, soit par la bouche, la fréquence du premier mode par rapport à celle du second étant, dans les exemples qu'il a observés, dans la proportion de 7 à o '.
On peut ajouter qu'à cette continuité de formes dans les actes du sourire et du rire répond une communauté de fonction. Gomme on le montrera plus complètement tout à l'heure, tous deux sont, dans leurs formes primitives, des manifestations de plaisir, le rire étant dans le principe 1 expression d'une somme plus considérable de contentement ou de joie, et variant dans son énergie et son intensité en raison du degré auquel sont portés ces sentiments.
Les rapports chronologiques du règne du sourire et de celui du rire dans la vie de l'individu nous occuperont bientôt. Peutêtre ici suffira-t-il de dire que ces rapports nous permettent de penser que le sourire est tout à la fuis le précurseur et le successeur de son frère. Les premiers sourires sont le premier pas de la gravité extrême du nouveau-né à l'hilarité complète; les derniers reviennent de cette hilarité à l'impassibilité stupide du vieillard retombé en enfance.
Il semblerait suivre de là que la distinction tranchée qu'on fait souvent entre le sourire et le rire est artiticielle. La société mondaine, guidée par ses Chesterfield. peut insister sur la difl'érence entre l'acte initial et l'acte complet; mais l'homme naturel incline à les regarder comme étant de nature identique.
La reconnaissance de cette identité des deux actes est mise en évidence par les habitude» mêmes du langage. Nous voyons dans les langages classiques une tendance à employer pour tous deux le même mot, le sourire et le rire étant regardés, du moins dans le principe et en gros, comme un objet de percep-
1. Voyez lart. « La Psychologie du chatouillement, du lilie et du Comique », par(j. Stanley Hall et A. Allin. — American Journal uf l'sycliolofjy. vol. IX, p. 1 et suiv.
LE SOUniRE ET LE RIRE 27
tion visuelle. C'est ce qu'on voit dans le latin « ridere », qui signifie sourire aussi bien que rire, la forme « subridere » étant assez rare. Cette tendance à assimiler le sourire et le rire comme expressions de la physionomie appelait naturellement, en grec comme en latin, l'emploi d'un terme supplémentaire, d'un mot tout ù fait distinct, «xaxâuiv-cachinnare », dans les cas où il était nécessaire dinsister sur le fait de la sonorité. Dans quelques langues modernes le rapport entre le sourire et le rire est e.Kactement indiqué comme celui d'une action incomplète à une action complète (en italien, « ridere » et « sorridere » ; en français « rire » et « sourire » ; en allemand « lachen » et lacheln ») ^ Peut-être l'existence dans notre langue et dans d'autres langues modernes de deux mots qui n'ont entre eux aucune parenté, vient-elle de ce que certaines races ont été plus frappées de la différence entre l'acte perçu par l'preille et celui qu elle ne perçoit pas, que de la ressemblance entre les manifestations visibles.
Il est bon de noter que là même où les deux modes d'expression ont été distingués par des noms différents, il y a une tendance à employer la métaphore la plus forte « rire, riant », de préférence à la plus faible « sourire », dans la description des aspects brillants des beautés de la nature, ainsi pour parler des prés en fleur. Un peintre que Dante rencontre au Purgatoire, et [qu'il place au-dessus de tous les autres dans l'art de l'enluminure, reporte gracieusement cet honneur sur un de ses confrères en disant que les feuilles peintes par ce dernier « sont plus riantes » (piu ridon) que les siennes-.
Nous pouvons arriver maintenant au caractère distinctif du rire, c'est-à-dire à la production de cette série de sons qui nous est familière. Comme le soupir, le sanglot et quelques autres actes, c'est une interruption du rythme respiratoire normal
1 N'oublions pas, pour bien entendre ce passage, que cette ressemblance verbale n e.xiste pas du tout en anglais où les deux mots [lau<,hten vire et {Hmile) sourire, n'indiquent entre les deu.x actes aucune communauté d'origine ni do fonction. [Noie du trad.)
2 Purnalorio. Chant XI. vers 8:>-83. Cf Chant I. vers 20. où le poète dit de la belle planète (Vénus), qu'elle fait rire tout l'Orient. Chaucer a emprunté cette ligure. The Kn\ç,hles Taie, v. 630. Addison parle de cet usage poétique du rire, Speclalor, n» 249.
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dans lequel l'inspiration et l'expiration se suivent ù intervalles réguliers. Le trait saillant de cette interruption est, dans le rire, la série de mouvements expiratoires courts et spasmodiques par lesquels sont produits les sons. Toutefois ils sont précédés par une inspiration qu'on remarque moins et qui est d'une énergie et d'une profondeur exceptionnelles. Ces interruptions des mouvements respiratoires ordinaires entraînent une action exceptionnellement énergique des grands muscles qui dilatent la poitrine, c'est-à-dire de ceux qui assurent la contraction et par suite l'abaissement de la voûte du diaphragme et de ceux dont l'action élève les côtes.
Los sons qui se produisent par suite des mouvements respiratoires spasmodiques montrent que le passage de la trachée artère au pharynx, c'est-à-dire la glotte ou intervalle entre les cordes vocales, est en partie fermé. La qualité des sons s'explique par les arrangements particuliers de l'appareil vocal au moment du rire sonore, et plus particulièrement par la forme de la chambre de résonnance de la bouche.
Quelque familiers que soient pour nous les sons du rire, nous aurions de la peine à en donner une description exacte. Et d'abord ils semblent varier considérablement chez la même personne et plus encore d'une personne à une autre. Le rire ne s'est pas encore prêté aux méthodes de la psychologie expérimentale et, par suite, n'a pas été étudié avec une précision vraiment scientifique. Bientôt, nous pouvons l'espérer, le phonographe en enregistrera les sons et nous permettra ainsi de les observer à loisir. En attendant nous n'en pouvons donner qu'une analyse très imparfaite.
Si nous prenons le rire de l'adulte mâle, qui est peut-être plus franc et mieux prononcé, nous trouvons que les formes les plus communes des sons vont de la voyelle grave o (comme dans « hors ») à la aigu (comme dans « ma »). L'ô plus long (comme dans « apôtre )>), qui exige une ouverture ronde de la bouche, me paraît être beaucoup moins commun. On en peut dire autant des sons î (gîte) et è (procès), et de ceux qui paraissent en être le plus rapprochés K
^. Pour tous ces sons il a fallu, bien entendu, donner des voyelles et
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Les variations dans le timbre paraissent, autant que j'en puis juger, aller de pair avec des changements dans la hauteur de la note. Les sons plus larges, par exemple To, semblent naturellement s'allier avec une explosion plus vigoureuse et une note plus basse, les autres avec une émission plus semblable à une sorte de caquetage dans les régions élevées du registre. Le rapport se montre aussi dans le changement du timbre-voyelle lorsque, comme il arrive fréquemment, le rire descend, par un changement graduel de ton, d'une note plus haute à une note plus basse.
Ces considérations nous préparent à constater que le timbrevoyelle du son varie en général avec le sexe et l'âge. Selon Haller et Gratiolet les sons du rire des femmes et des enfants, qui correspondent avec les notes les plus élevées de leur voix, approchent par leurs timbres de l'i et de l'é français K
Des variations qui s'écartent beaucoup de ces formes typiques paraissent se présenter de temps à autre. Dans les documents américains déjà cités, le son du rire décrit est figuré par d'étranges représentations comme « Gah ! gah ! w « iff! iff! » « tse ! tse ! » etc. Ces bizarres onomatopées, si, comme il semble, elles ont l'intention de représenter des façons habituelles d'exprimer la gaîté par la voix, ne peuvent guère, je le crains, s'attribuer à des différences naturelles de vocalisation ; mais elles résultent probablement d'une action nerveuse ou d'une affectation qui, comme nous le savons, contribuent dans une large mesure à déterminer la forme de l'expression de la joie.
La description du rire que nous présentons ici s'applique • seulement à la forme typique. Il faudrait la modifier considérablement pour l'accommuder aux formes atténuées auxquelles se réduit l'expression de la gaîté dans la société polie. Nous nous étendrons bientôt davantage sur ce point. Même quand lexplosion vocale conserve sa spontanéité iet sa plénitude primitives, on observe des variations considérables liées à des différences dans l'ensemble de l'appareil respiratoire et vocal.
(les mots français aussi équivalents que possible aux exemples du texle anglais (N. d. Tr.).
1. Gratiolet. Ue la Phijsionomie, p. 115. Benedick, dans Much Ado About nolkhif/. A. IV, se. 1, note ainsi « ha! ha! hé » ! les interjections du rire.
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L'intensité et le volume du son, la hauteur et le timbre, la rapidité des expirations successives, lalongueur de leur série, la manière dont elle commence et dont elle finit, tous ces détails peuvent présenter des variations qui contribuent à rendre le rire d'une personne ou d'une race différent de celui dune autre.
Nous pouvons passer maintenant à quelques autres circonstances qui accompagnent les mouvements musculaires du rire. Il importe qu'elles soient étudiées avec soin, si nous voulons apprécier exactement la A^aleur de l'explosion joyeuse dans l'économie de la vie humaine.
Puisque les mouvements du rire sont des interruptions violentes et soudaines du cours égal et rythmique du processus respiratoire, nous pouvons nous attendre à trouver qu'ils ont des effets organiques importants non seulement sur la respiration, mais aussi sur la circulation du sang. Ici, à ce qu'il semble, nous sommes en présence d'un effet double. Tout d'abord, nous dit-on, cette série d'expirations spasmodiques, durant laquelle, ainsi que nous l'avons vu, la glotte est partiellement fermée, augmente la pression dans le thorax, et par suite s'oppose à ce que le sang passe des veines dans le cœur. Cet effet se trahit par la congestion de la tête et du cou, qui se manifeste après un rire violent et prolongé. En second lieu les inspirations exceptionnellement profondes tendent à gonfler d'air les poumons et à attirer le sang des veines dans le cœur. La manière dont ces deux actions, inspiration profonde et expiration prolongée, alternent durant un accès de rire, paraît bien assurer un avantage considérable au double point de vue d'une accélération considérable dans la circulation du sang et de son oxygénation plus complète. Le mouvement plus vif du sang après le rire a été récemment observé dans quelques recherches expérimentales sur les effets que des excitations émotionnelles de divers genres exercent sur le pouls '.
1. Voyez un article sur « les Processus organiques et les faits de Conscience », par .1. R. Angell et H. B. Thompson, dans la l'sycholof/ical Review. vol. VI. p. a5. D'après ces recherches, un rire cordial, provoquant des changements soudains et violents dans la courbe respiratoire, est accompagné par la vaso-dilatation la plus nette et la plus marquée, ainsi que l'attestent les courbes du sphygmoniètre, cpioique, dans un cas isolé, l'etTet opposé de constriction ait été produit.
LE SOUniUE ET LE UIRE 31
Il est assez probable que celle accélération de la circulation produit sur l'organisme des elTels plus éloignés. Lorsqu'on a bien ri, cela, dit-on, dégage le cerveau, ce qui semblerail indiquer que le rire hâte le mouvement du sang dans les vaisseaux fins et facilement engorgés qui sillonnent tout l'appareil cérébral.
Et ici nous nous trouvons en face de cette question : Qu'y a-t-il de vrai dans celle opinion courante que le rire a des efTets physiologiques bienfaisants? On pourrait écrire un chapitre curieux sur les opinions émises en même temps par le bon vivant au cœur léger et par le grave et philosophique observateur sur les bienfaits hygiéniques de cette forme d'exercice physique. Toutefois on ne peut donner ici que de simples indications sur ce côté du sujet.
Pour commencer par les ignorants qui ne savent rien du diaphragme ni des veines congestionnées qui ont besoin d'être soulagées, ils se sont ingénieusement convaincus que le rire imprime au courant de la vie un mouvement vigoureux. Des proverbes tels que celui-ci : « Ris et tu engraisseras », attestent cette conviction répandue. Les auteurs qui ont fourni de la pâture aux amis du rire ont naturellement fait sonner bien haut celte intluence salutaire. Les écrivains du moyen âge qui versitiaient de joyeux récils, « Fabliaux » ou « Contes à rires en vers », croyaient fermement à la « vertu saine ^ » d'un éclat de rire.
Celte opinion populaire a été appuyée par la grave auLorilé des savants. Les exercices vocaux, parmi lesquels tigure évidemment le rire, ont été recommandés par d'habiles gens, dès le temps d'iVristote, comme un moyen de fortifier les poumons et de contribuer à la santé de l'organisme entier. Le rire a même été spécialement recommandé par beaucoup d'entre eux comme mesure hygiénique. Le savant Burton (1577) cite une foule de médecins qui approuvent l'ancienne coutume d'animer les fêtes par la gaîté et les facéties-. Le lecteur peut trouver des renseignements sur les etïets salulaires du rire dans les plus récents
1. Ces mots, comme les précédents qui sont entre guillemets, sont en frani;ais dans le texte. (.V. de Tr.).
-. Analomy of Melancholij, Part -, sect 2, « Mirth and merrycompany ».
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manuels de physiologie. De deux façons, dabord en rendant plus énergique l'action des grands muscles qui exécutent le travail de la respiration, puis, et mieux encore, par les effets bienfaisants de cette action ainsi renforcée sur les fonctions des poumons et de lappareil respiratoire, le rire trouve une place légitime parmi les « exercices physiques '■ w.
Les effets salutaires du rire n'ont pas été négligés par les pédagogues. Mulcaster (né vers lo30) donne une place importante au rire parmi ses exercices hygiéniques. Les raisons physiologiques qu'il allègue sont quelquefois assez plaisantes, car l'auteur s'appuie sur Tautorité de Galien et sur la théorie des « esprits ». Il pense que le rire fait du bien à ceux qui ont les mains et la poitrine froides et qui sont tourmentés par la mélancolie, attendu cr qu'il fait circuler beaucoup d'air dans la poitrine, et qu'il répand des esprits plus chauds ». On pourra y ajouter avec avantage le chatouillement sous les aisselles, (< vu que ces parties du corps contiennent une foison de petites veines et de petites artères qui, étant chatouillées, séchaufifent ainsi elles-mêmes, et par suite envoient de la chaleur dans toutes les parties du corps- ».
Jusqu'à quel point ces effets favorables à la. santé, qui sont reconnus aussi bien par les médecins modernes que par leurs devanciers, sont dus à l'action plus énergique imprimée par le rire au travail de la respiration et à celui de la circulation du sang, c'est ce qu'il n'est pas aisé d'établir. Ce dernier processus nous rappelle la circulation des piétons et des voitures dans nos rues de Londres. En général elle s'opère assez bien d'elle-même. Cependant il est fort vrai que de temps à autre un vigoureux «Circulez ! » lancé par un policeman, paraît rendre des services très appréciables. Des bienfaits analogues peuvent s'étendre aux organes delà digestion et à d'autres encore.
Il est aussi une chose que nous ne devons pas perdre de vue : c'est que le rire peut exercer d'une autre façon une action bien-
I. Le rire est un « bon exercice » selon la d^claralion du D^ Léonard Hill dans son ouvrage niUe. Manuel de Physiolof/ie humaine (1899), p. 230. Les avantages physiologiiiues sont plus amplement présentés par le D' Harry Campbell dans sa publication, Respiral or y Exercices in l/ie Trealment of Diseuse (1898), p. l-2o.
'2. « Positions », éd. par Quick. p. 64-65.
faisante sur notre machine surmenée. Ainsi qu'on l'a indiqué plus haut, le rire vigoureux et sonore est l'expression vocale que la nature donne à l'allégresse, à un soudain accroissement de plaisir. Or, les psychologues ont soutenu que les sentiments agréables tendent à stimuler dans son ensemble le groupe des fonctions organiques en accroissant la force nerveuse qui en entretient le fonctionnement. Le rire doit peut-être une partie de l'influence heureuse qu'il a sur notre état physique au fait qu'il amène un accroissement considérable d'activité vitale en augmentant l'excitation nerveuse ^
Un des traits qui caractérisent l'explosion du rire peut être attribué sans crainte à cette augmentation de l'activité nerveuse sous l'effet d'une émotion agréable. Dans tous les accès naturels d'hilarité le rire est accompagné d'un déploiement considérable d'activité diffuse dans les muscles qui dépendent de la volonté. On ne le voit nulle part plus clairement que dans le rire franc et naturel des enfants et des sauvages. La joie soudaine qui fait éclater le rire détermine en même temps des mouvements du bras, de la jambe et du tronc, si bien que les bras s'agitent comme des ailes, ou se rencontrent en un battement de mains joyeux, et que le corps entier bondit. Chez les personnes plus mûres les choses ne peuvent aller si loin, bien qu'il y ait là aussi des exemples du rire aux larges secousses, ainsi en particulier chez le Teufelsdrockh de Carlyle, dont le rire énorme « n'était pas seulement un rire de la face et du diaphragme, mais de l'homme tout entier, de pied en cap » ; et peut-être n'est-ce pas sans peine qu'un homme, quel qu'il soit, surpris et touché au vif par une bonne plaisanterie, réussit à tenir ses bras pendants et son corps vertical.
Nous pouvons ajouter que cet accroissement dans l'énergie des actes respiratoires, qui est dû aux mouvements des membres,
1. Angell et Thompson, dans l'article cité plus haut, supposent que la dilatation générale des vaisseaux capillaires pendant le rire est un effet des modifications soudaines de la respiration. Cette conclusion semble raisonnable. Cependant puisque, selon ces écrivains, le sourire, aussi bien que le rire modéré, produit des modifications légères du même genre, il est possible que nous voyions entrer en jeu ici, sous une forme déguisée, la loi générale établie par les mêmes écrivains, savoir que les impressions agréables sont accompagnées par une dilatation des vaisseaux sanguins périphériques.